11.

Alguénor à la Maternelle, Alyénor à la Crèche, Ayvanère s'était rendue à l'AZ-37.

- Kochelle Hendron.

- Je n'ignore pas qui vous êtes, Madame, fit la Profileuse en prenant place dans la salle de réunion du Bureau. Pas de nouvelles de mon époux, à ce qu'il semble ?

- Nous venons seulement de lancer la procédure des recherches, sans attendre le délai légal vu les inévitables ennemis du Colonel Skendromme et le fait que l'on écarte les causes « habituelles » de disparition : fugue ou suicide, fit la Coordinatrice des Polices. D'ailleurs, Mme Thyvask Skendromme, vous n'avez pas jugé bon de donner l'alerte de votre côté – une constatation, pas un reproche !

- Je l'avais en effet pris pour une observation, assura Ayvanère. Mon mari allait passer une soirée dehors, et il lui est arrivé plus d'une fois de découcher, surtout s'il se sait incapable de reprendre le volant ! En revanche, il n'aurait jamais fait faux bond à son boulot ni ne demeurerait injoignable…

- Avec qui le Colonel Skendromme avait-il rendez-vous ? questionna doucement Jarvyl.

- Myron Kendeler.


Aldéran officiellement porté disparu, mais aucune piste exploitable, pas même le soupçon d'une pour orienter les recherches, il avait très rapidement été évident qu'il était quasiment impossible de le retrouver !

- Mais, ce n'est pas concevable, hoqueta Soreyn en reposant son verre de limonade, face à Ayvanère et Jelka venues prendre de ses nouvelles et espérant un regard neuf sur la volatilisation du Colonel de l'AZ-37. Personne, quasiment, ne disparaît sans laisser de trace ! Qu'a donné le traçage ?

- On a pisté le tout-terrain noir d'Aldie jusqu'à ce Coin du feu. Ensuite, à son départ le signal semble avoir tout bonnement cessé, et le véhicule a disparu des caméras qui surveillent les rues de la galactopole. Quant à Aldéran, il n'a donc plus donné aucun signe de vie. Et pas de trace de lui dans un des hôpitaux de la galactopole, rapporta la responsable des Communications de l'Unité Anaconda. Je fais passer en revue tous les enregistrements des caméras publiques, mais je n'ai pas retrouvé son véhicule… Mais, je vais finir par le localiser, c'est juste une question de temps ! Et une fois l'info découverte, je la transmettrai à l'AZ-37 ainsi qu'à Jarvyl Ouzer.

- Qui ? tiqua Soreyn.

- Jarvyl Ouzer, le leader de l'Unité Léviathan du GD-12. Il accompagnait la Coordinatrice des Polices pour annoncer à Aldéran sa nomination à la tête des Bureaux fusionnés. Il a aussitôt proposé ses services une fois la situation préoccupante comprise, poursuivit Ayvanère.

- Il a promis de venir en renfort, si nécessaire, ajouta encore Jelka. Mais j'espère qu'on n'en arrivera pas là…

Soreyn se massa les tempes, sa cheville le démangeant plus que tout même s'il tentait de se donner l'illusion de stopper l'information du chatouillement vers son cerveau.

- J'avoue n'avoir aucune idée de qui pourrait, depuis des semaines ou sur un coup de tête récent, avoir envie de se débarrasser d'Aldéran. Pour le Bureau, nos Interventions, nous nous sommes contentés d'Interventions basiques et nous avons toujours mis tout ce monde en état d'arrestation ! Des comparses ou commanditaires non identifiés me semblent peu crédibles…

- Une hypothèse ? siffla Ayvanère à la dernière hésitation du jeune homme, ne pouvant que sauter sur la plus petite idée pour aider son mari.

- Non, je ne peux la formuler… Elle est aussi indécente qu'improbable ! se défendit Soreyn.

- Parle, je t'en prie, fit Jelka à l'adresse de son équipier. Si ça permettait d'orienter mes recherches électroniques ! La vie de notre ami tient peut-être à un fil aussi ténu !

Soreyn soupira.

- Je vais être ignoble : mais une seule personne avait à tirer intérêt de la soudaine disparition d'Aldéran… Il n'y a que le Colonel Kendeler que cette défection pouvait arranger, surtout maintenant… De ce que j'ai compris de cet homme, il n'aurait jamais laissé son Bureau fusionner à un autre sans être celui qui les dirigerait !

- Tes idées partent effectivement loin, admit Ayvanère, incrédule, mais la suggestion faisant lentement son chemin en elle. Aldie a toujours eu plus que de la défiance envers ce Kendeler, il a eu le plus grand mal à le cerner, tâchant d'éviter le contact mais l'acceptant pour la Fusion… Non, quels que soient ses sentiments, Kendeler est avant tout un policier, au parcours exemplaire, jamais il ne se serait abaissé à porter la main sur le Colonel d'un autre Bureau… Mais, ce caractère, cette inhumanité, cette fusion avec son GD-12, tout est possible. Jelka ?

- Je reprends toutes mes investigations électroniques en ce sens !

- Je ne suis d'aucune aide, soupira Soreyn. Je demeure de tout cœur avec vous. Courage et espoir, Ayvi, tous les amis d'Aldéran vont se mobiliser pour le tirer de ce mauvais pas et te le ramener, ainsi qu'à vos deux petits garçons !

- Merci, Soreyn.

Les poings d'Ayvanère se serrèrent.

- Si ce Kendeler est l'être méprisable qu'Aldie soupçonnait… On le tirera des griffes de ce chauve ! Mais, si on ne peut même plus faire confiance à un autre policier, cela remettra en question toutes nos certitudes… Cela fera un mal infini à Aldéran… Une telle désillusion…

- Je crois qu'il le devine, le sait même ! glissa Jelka. Il a toujours subodoré la part d'ombre, de sombritude absolue, dans la personnalité de Kendeler, mais lui aussi devait se refuser à y croire, au point d'aller à un dîner amical qui n'a dû être qu'un guet-apens où il s'est jeté la tête la première si je puis dire… Depuis l'annonce de la Fusion, Kendeler a sûrement dû échafauder son plan, et le mettre finalement en action cette nuit… Je retourne lancer mes ordinateurs sur ces paramètres, et dès une piste, je donne l'alerte !

- Merci, Jelka, apprécia Ayvanère qui ne ressentait néanmoins qu'une angoisse montante et ne devait qu'à son contrôle de ne pas fondre en larmes.


Sans aucune surprise, Myron avait ouvert la porte de son penthouse à deux Inspecteurs de la Police Spéciale et les avait reçu dans son salon.

- Je sais pourquoi vous êtes là : le Colonel de l'AZ-37, j'ai suivi le fil d'actualité des Polices bien que je sois en week-end !

- Oui, le Colonel Skendromme et son véhicule se sont volatilisés, après qu'il ait quitté un endroit appelé le Coin du feu. Vous l'avez vu partir ?

- Bien sûr ! Je l'ai moi-même raccompagné à son tout-terrain. Il allait bien, avait apprécié la liqueur de baies qu'un fournisseur de mon ami apporte à son établissement régulièrement. Je ne peux que répéter mon témoignage : Aldéran Skendromme a quitté le Coin du feu, en bonne santé. Pour ma part, j'ai fermé complètement l'établissement et suis rentré ici sans faire de détour ni m'arrêter… Je suppose que vous avez pisté la balise de localisation de ma berline ?

- En effet, nous sommes désolés pour cette intrusion dans votre vie privée, Colonel Kendeler.

- Je comprends. Et je suis à votre entière disposition, pour l'enquête, si cela semble nécessaire. Le Colonel Skendromme est un être de grande qualité et il importe de châtier celui ou ceux qui s'en sont pris à lui.

- Merci, Colonel, firent les deux Inspecteurs en saluant et en se retirant.