16.

Aldéran était heureux, tout simplement, et il ne se posait aucune question particulière.

Ses journées se passaient tranquillement et selon un schéma très semblable : avec sa femme il lavait, habillait et faisait manger Alguénor et après qu'elle se soit occupée un peu plus longuement d'Alyénor, ils prenaient à leur tour leur petit déjeuner avant de partir chacun pour leurs bureaux respectifs, en déposant les enfants à l'école et à la crèche, où à quelques variantes près les journées se déroulaient sans grande surprise et ce pour se retrouver en fin d'après-midi pour une soirée tranquille avec leurs deux garçons ou une sortie en amoureux après les avoir confiés à leur Nounou.


L'AL-99 tournait, dès le premier jour quasi, comme une mécanique bien huilée, chacun ayant rapidement trouvé ses marques, et les résultats avaient rapidement été à la hauteur des attentes de la hiérarchie des Polices.

Et cela avait été plutôt satisfait, soulagé aussi, et donc sourire aux lèvres qu'Aldéran était venu avec son premier rapport mensuel au bureau de Kochelle Hendron.

- Je me réjoui d'avoir pris la bonne décision, Colonel Skendromme, fit la Coordinatrice des Polices une fois que le jeune homme eut fini de résumé le rapport qu'il avait apporté.

- Je ne m'en plaindrai pas non plus, approuva Aldéran. Le lancement s'est fait en douceur, sans véritables soucis humains, hormis quelques bugs techniques.

- Ce qui est inévitable, admit Kochelle. Il y en aura encore avant que les différents systèmes ne soient totalement au point.

De la tête, Aldéran approuva.

- Les liaisons seront bientôt totalement opérationnelles, reprit-il, car tous les Bureaux de la galactopole ne sont pas au courant des dispositions nouvelles entraînées par la Fusion.

- C'était la première étape. Je vais m'atteler de mon côté à la deuxième Fusion ! Et la procédure devrait s'étendre à tout le pays d'ici la fin de l'année. Nous allons encore nous baser sur ce schéma et sur vos rapports pour établir une procédure définitive. Je vous reverrai donc dans trois mois, date de votre prochain rapport.

- A vos ordres, Madame.

La Coordinatrice se détendit alors, l'entretien cessant d'être strictement professionnel.

- Je suppose que vous avez été prévenu que le procès de Myron Kendeler ne débutera pas avant des mois, un an minimum, si pas davantage, reprit-elle. Oui, son bataillon d'avocats travaille d'arrache-pied à traquer les éventuels vices de forme…

- Comme d'hab', grinça le jeune homme. Je vous assure que je ne vais vraiment pas m'en marquer !

- Je trouve que vous le prenez plutôt bien…

Aldéran eut un petit ricanement.

- Si vous étiez passée par tout ce qui m'est arrivé durant ces douze dernières années, vous ne vous étonneriez plus de rien et vous attendriez d'être devant les faits avérés plutôt que d'attendre qu'ils se produisent – mais je ne vous apprends forcément rien, vous avez votre propre expérience de la vie et elle doit bien valoir la mienne, si ce n'est pire !

- Je dois pourtant admettre que vous faites fort dans votre genre, Colonel Skendromme. Je pense surtout à ce qui se passe durant vos virées spatiales et les échos qui parviennent, parfois. Bon, je ne peux pas aller jusqu'à croire que vous avez fait face à une flottille de Mercenaires et certains de leurs vaisseaux inconnus, mais ça a un côté indéniablement romanesque qui me plaît !

- Oui, l'exagération est souvent plus séduisante que la réalité, susurra le jeune homme qui consulta alors le beeper qui venait de vibrer. Je crains de devoir vous laisser, Madame.

- Bonne journée à vous, Colonel Skendromme et à dans trois mois donc !

En déplacement sur une scène de crime, Ayvanère avait pris Alyénor à la crèche lors du retour, étant la plus proche de l'adresse, Mielle ramenant Alguénor à l'appartement de son côté.

- L'assaut de la péniche, avec les Unités Anaconda et Léviathan a causé pas mal de dégâts au bateau et aux infrastructures portuaires, mon mari va être retenu là-bas un bon moment encore, avait prévenu Ayvanère à la Nounou.

Mielle avait assuré s'occuper du garçonnet et du bébé tandis qu'Ayvanère dressait ses profils à partir des éléments relevés sur le terrain.

De fait, Aldéran était rentré tard, fatigué mais soulagé qu'en dépit du surplus administratif engendré par la violence de la résistance et de l'assaut en réponse, il n'y aie aucune perte à recenser pour ses Unités, hormis un peu de matériel.

Il avait embrassé ses fils qui dormaient depuis longtemps, avait réchauffé et fini le plat acheté sur sa route avant de rejoindre Ayvanère dans le divan.


Bien que plante, Sylvarande avait toujours aimé la nuit et surtout la lune.

Que cela ait été dans la jungle de sa tendre enfance ou dans les rues de RadCity, elle aimait se promener dans l'obscurité, les froids rayons de la lune la baignant de leur pâle lueur.

C'était d'ailleurs presque tous les soirs après avoir passé sa journée à son emploi de standardiste, qu'elle déambulait sans destination véritable.

Cela pouvait deux ou trois heures, tout comme quelques minutes suffisaient à l'apaiser, à lui faire ressentir une profonde sérénité, prémices d'une nuit paisible afin de faire alors au lever du soleil le plein de lumière qui la revigorait entièrement.

Tranquille, longiligne silhouette anonyme, Sylvarande se déplaçait silencieusement, s'étant comme à son habitude rendue au Grand Parc où seuls quelques noctambules comme elle le parcouraient encore.

Même si les craquements étaient multiples, sous la brise ou le déplacement de petits animaux, son instinct l'emporta et elle plongea derrière un monument de marbre qui reçut à sa place les tirs qui venaient de la prendre pour cible !

Fonçant alors à toute vitesse, s'exposant par ailleurs un peu follement, elle rejoignit une zone plus éclairée et un, tout petit peu, plus fréquentée.

Maji rangea l'arme dans l'étui qui ne quittait désormais plus sa ceinture.

- Je pense que l'avertissement a été reçu, capitaine.

De la tête, Zhan Tornadéo approuva.