19.
- J'ai vu de la lumière, sinon je ne t'aurais pas dérangé…
- Tu as bien fait, Aldie, sourit doucement Skyrone en finissant le bandage à la main de son cadet. Cette fois, contrairement à la balle qui l'avait traversée le jour où tu as reçu ta balafre, celle-ci n'a fait que t'ouvrir la paume. Qui était visé, Sylvarande ou toi ?
- Je ne peux logiquement en déduire que ce sont ceux qui la terrorisent qui ont franchi un pas supplémentaire. Oui, Sky, il faudrait peut-être se faire à l'idée que je ne suis pas toujours le super porte-poisse de service !
- C'est vrai que ça fait bizarre de songer que tu n'es pas le pigeon de service ! gloussa son aîné.
- Je n'avais pas été jusqu'à cette formulation ! grinça Aldéran… Mais elle est exacte, reconnut-il ensuite. J'ai la main complètement engourdie maintenant.
- Oui, les injections feront encore effet une bonne heure. Je te conseille de passer la nuit ici, tu n'es pas trop en état de conduire !
Aldéran haussa légèrement les épaules.
- Si tu savais dans quels états j'ai déjà conduit !
- Je ne faisais pas spécialement allusion à ton taux d'alcoolémie, pouffa Skyrone.
- Moi non plus, fit plus sombrement son cadet. Oui, je vais faire comme tu le suggères et dormir ici. Je laisserai un message sur le téléphone d'Ayvi avant de me mettre au lit.
- Désolé d'avoir laissé du sang dans ton vestibule…
- Je nettoierai. Et, oui, les Urgentistes ont vraiment fait un pansement bâclé !
- J'avais remarqué quand j'ai souillé le volant de sang. Au moins, avec ton bandage, je suis tranquille.
Skyrone rangea son matériel de soin, nettoya la petite table avec une lingette antiseptique.
- Où est Sylvarande ?
- Je lui ai trouvé une chambre d'hôtel. Au matin, je l'emmènerai dans un endroit sûr.
- Il en existe un ?
- La Bannière de la Liberté !
- Là, Doc et les Marins vont vraiment l'avoir mauvaise, et je ne parle même pas de Maji.
- Franchement, au vu de la situation, leurs ressentiments et susceptibilité, je m'assois dessus ! C'est notre demi-sœur que nous devons mettre en sécurité. Le reste n'a guère d'importance !
Skyrone fit la grimace.
- Je n'arrive pas à m'y faire… Elle est tellement différente de nous !
- Tu avais pourtant l'habitude, sans le savoir, puisque tu m'as cajolé dès le jour où notre père est revenu avec moi et m'a mis dans tes bras !
- Je m'en souviens, j'étais si heureux ! C'est d'ailleurs le seul souvenir que j'aie de l'année de mes trois ans ! Tu étais un si joli bébé roux et…
- … et j'ai grandi ! rit Aldéran.
- Ce n'est pas du tout ce que j'avais en tête ! protesta Skyrone. Quel mauvais esprit tu as, Aldie. Mais ça ne me surprend pas un instant de ta part !
Aldéran sursauta légèrement alors que son aîné le fixait interminablement.
- Oui, Sky ?
- Tu as encore ta carte de fidélité à Babyland ? jeta soudain Skyrone.
- Evidement, pourquoi ?… Oh, Delly et toi… !
De la tête, Skyrone eut un signe affirmatif.
- Oh, toutes mes félicitations ! J'en suis tellement heureux pour vous deux ! Alors, un garçon, cette fois ?
- Aucune importance, sourit son aîné. C'est vrai qu'après deux filles… Mais Delly et moi pensons juste « bébé », nous verrons bien le jour où il sortira !
- Ca va, à nouveau, être un tel bonheur pour la famille. Qui est encore au courant ?
- Tu es le premier.
- Merci, Sky. Je suis touché.
- Mais Aldie, tu sais que je t'adore !
Aldéran rosit, se leva et étreignit l'épaule de son aîné avant de se diriger vers sa chambre, toujours prête à le recevoir.
Pour sa part, Skyrone s'assombrit.
« Cette nuit, cette balle n'a fait que t'effleurer. Mais, la prochaine fois… »
Skyrone quitta le salon, éteignant les lumières d'un mot et regagnant le lit où Delly dormait à poings fermés.
Il ôta sa robe de chambre et se glissa auprès de son épouse.
« Oui, ma belle, dans quelques mois nous serons à nouveau parents ! Tu n'as aucune idée à quel point tu me rends heureux ni peut-être même de tout l'amour que je te porte ! Tu remplis ma vie et nos filles sont magnifiques. Je t'aime ! ».
Et ce fut le cœur empli d'amour, de la passion des premiers jours, il retrouva rapidement le sommeil.
20.
Au matin, Aldéran était repassé en coup de vent à son appartement, uniquement pour embrasser ses fils et leur mère puisqu'il avait toute une garde-robe chez son aîné, puis il avait pris le chemin de l'AL-99.
- Tu n'as pas dû dormir longtemps, au vu de ta mine, plaisant Soreyn avant d'apercevoir la main bandée de son Colonel. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Tu me crois si je te réponds que je me suis coupé en me rasant ?
- J'aurais pu, si je n'avais quelques notions d'anatomie et je doute que tu sois aussi maladroit ! Rien de grave ?
- Non.
Et son ami ne semblant pas disposé à s'expliquer, Soreyn lui tendit l'un des cafés qu'il avait apporté pour ceux de l'Unité.
- Alors, tu as réservé tes congés ? préféra reprendre Aldéran.
- A la première heure ! J'ai mis ma fiche de demande de vacances sur ton bureau.
- Je la signerai tout à l'heure. Je dois prendre mon après-midi.
Abrégeant le premier café du matin avec ceux de l'Unité Anaconda, Aldéran se rendit à son bureau, faisant le point avec ses secrétaires.
- Mais quelle mouche le pique ? s'étrangla presque Talvérya.
- Comme si nous pouvions l'obliger à se confier sur ses tracas privés. Il ne l'a jamais fait et il ne va pas commencer maintenant. Il a beau nous parler de bien des choses, il conserve un, très grand, jardin secret. S'il avait besoin de nous, s'il pensait que nous pouvons l'aider, il en parlerait de lui-même, assura Yélyne Morvik.
Aldéran avait expédié ses affaires courantes, s'était assuré être à jour et il avait tout bonnement mis les voiles !
Ban bâillait à s'en décrocher la mâchoire en ouvrant la porte de service à son visiteur qui n'avait pas prévenue de son arrivée !
- Dis donc, Aldie, as-tu seulement idée de l'heure à laquelle je me suis couché ? Et mes vieux os ne sont plus ce qu'ils étaient.
- Et toi, n'essaye pas de me faire croire que tu n'as pas encore un ou deux cuveurs dans ta salle principale ? rétorqua légèrement le jeune homme.
- Nous sommes vraiment prévisibles, et toi trop de chance en tombant juste ! Finis d'entrer, mon garçon, tu as déjeuné ?
- Oui, je me suis arrêté en route. Mais je meurs de soif et j'ai très envie de lait !
- Du lait, quelle drôle d'idée ! Enfin, si c'est ce qui te fait envie… Et je jetterai ensuite un coup d'œil à ta main.
- Je peux connaître la raison de ta visite ? reprit le vieux médecin.
- On ne peut jamais rien te dissimuler bien longtemps, rit franchement Aldéran en buvant son lait chaud très sucré à petites gorgées.
- Aldie, un médecin se doit d'être fin psychologue et de soigner autant l'âme que les corps.
- Comme tu parles bien, pouffa le jeune homme.
- Ce que je viens de dire est au contraire d'une totale platitude ! s'amusa Ban. Alors, puisque tu es venu pour quelque chose, vas droit au but !
- J'aurais besoin que tu héberges quelqu'un. Elle n'est pas en sécurité dans la galactopole ou ailleurs, et le Lightest en pleines révisions et donc je ne peux l'y envoyer. Ce lieu, toi et les autres n'avez cessé de le considérer comme un refuge, l'endroit le plus sûr qui soit… Je me trompe ?
- Oui et non. Non, car ce n'est qu'un bâtiment à la limite de l'insalubrité, sans mesures particulières pour le protéger, hormis le cellier et à moins que ton amie ne se pochtronne comme nous je ne vais pas l'y enfermer ! Et oui, car le drapeau noir de ton père le protège malgré tout et, dans le quartier, personne n'ignore que nous sommes bel et bien d'anciens pirates
– et l'absence de détails leur fait redouter le pire puisqu'ils ignorent de quoi nous sommes capables ou non !
- Je vois… Ban, l'identité de cette personne…
- Malheureusement, je ne peux que deviner qu'il s'agit de Sylvarande ! ?
- Tu ne te trompes pas, à nouveau. Acceptes-tu ?
- Je ne suis pas emballé, c'est le moins que l'on puisse dire. J'y suis même complètement opposé mais je ne pourrais me regarder en face si par mon refus il arrivait quelque chose à
Sylvarande. Elle peut venir. Mais, Aldéran, je ne peux pas te garantir sa sécurité, que ce soit vis-à-vis de ceux qui la pourchassent que des Marins qui fréquentent le bar !
- Merci, Doc !
Depuis l'autre côté de la rue, Maji et Zhan Tornadéo avait suivi l'arrivée de Sylvarande à La Bannière de la Liberté.
- Ca va nous compliquer les choses.
- Au contraire, gronda Maji. Je vais faire sauter La Bannière !
