20.
Après avoir attrapé au vol Talvérya pour la mettre à l'abri derrière un container en épais métal, Aldéran écarquilla les yeux à la vue des trous dans les cinq couches de la paroi !
- Ce sont des Balles Noires ! glapit-il. Elles traversent sans peine nos blindages, donc ce container, et sans nul doute qu'elles passeraient au travers de murs de ciment ! On est mal !
Et quelques instants plus tard, il eut de nouvelles appréhensions quand il réalisa qu'en mettant son équipière et lui-même en sécurité, il avait perdu son oreillette dans le mouvement et donc tout contact avec les Unités Anaconda et Léviathan mobilisées pour cette Intervention !
Jetant un coup d'œil prudent vers les abords du parking en réfection où ils se trouvaient, il aperçut Jarvyl sur le bloc de bâtiment abritant la cage d'ascenseur, mais il ne pouvait entendre ce que le leader de l'Unité Léviathan lui disait, tapotant désespérément son oreille sans plus de liaison !
De nouvelles balles sifflèrent, tirées par ceux qui venaient de dérober trois trucks pleins à ras bords de Balles Noires, manquant de peu le jeune homme et la sylvidre.
- Nous sommes coincés, Aldéran !
- Oui, j'avais remarqué aussi… Mais inutile de compter sur les autres, ils sont suffisamment occupés de leur côté !
- Nos gilets pare-balles ne nous protègent nullement pour tenter une percée… Reste ici, Talvérya, couvre-moi dans la mesure du possible !
- Mais, qu'allez-vous faire, Aldie ?
- Je viens de localiser celui qui nous a pris pour cible. Je dois rejoindre mon tout-terrain. Arrosez de balles classiques nos agresseurs !
- A vos ordres.
Bien qu'elle ne comprenne rien, Talvérya obéit, protégeant de ses tirs la course éperdue d'Aldéran vers son véhicule dont il ouvrit le coffre.
Un tir des snipers ennemis faisant volant en éclats son pare-brise arrière, il se protégea machinalement de la main le visage mais ressentit en même temps la brûlure de l'éclat qui lui labourait le front.
Mais ne s'arrêtant pas pour autant, Aldéran ouvrit un étroit et long étui de métal frappé du sigle pirate et en tira son gravity saber à la coquille couleur prune.
D'un mouvement souple et précis, il le pointa vers le sniper ennemi et fit cracher le feu de la terrible arme !
Jarvyl tendit une nouvelle compresse à son Colonel dont le front ruisselait toujours de sang bien qu'il ne s'agisse que d'une blessure superficielle.
- Je suis désolé, Colonel Skendromme, mais ils se sont tous enfuis – hormis celui que vous avez abattu – avec les Balles Noires !
- Je le craignais… Avec les embouteillages et cet accident de truck citerne, en dépit de nos sirènes, on ne pouvait arriver à temps pour empêcher… C'est sûr, tout le monde va bien ?
- Quand j'ai compris, j'ai basculé ma fréquence d'onde sur la Centrale de l'AL-99. Oui, Colonel, nos deux Unités sont saines et sauves.
- C'est déjà ça. Sauf qu'avec des dizaines, voire des centaines, de Balles Noires dans la nature, on va vraiment prendre du métal plein les dents au cours des prochains mois…
- Nous rentrons à la Tour d'Ivoire faire notre rapport, glissa Soreyn. Toi, vas avec ces Urgentistes te faire examiner !
- Je vais bien. J'ai eu de bien plus durs sévères coups à la caboche ! protesta Aldéran. Je finis de me faire soigner et je vous rejoins au Bureau ! Que vos rapports à tous soient prêts !
- A tes ordres, Colonel, sourit Soreyn.
Soreyn frappa au montant de la porte.
- Arrête de t'annoncer, mon pauvre Soreyn, l'eau de toilette dont ta chère et tendre te fournit te fait te sentir depuis les ascenseurs ! rit Aldéran.
- C'est mauvais ?
- Ce n'est absolument pas ce que j'ai dit ! Disons qu'il s'agit très musquée, très forte, mais ça te va bien. Passons sur ces détails un peu scabreux, bien qu'il n'y ait nulle équivoque entre nous, nos femmes et enfants ! Alors, les rapports demandé sur l'Intervention de ce matin ?
- Nous les avons envoyés sur ton ordi, Colonel. Tu les as reçus ?
- J'irai voir ma messagerie interne.
- Ca va, toi ? Ta blessure ?
- J'ai été à l'Infirmerie de l'AL-99, en plus des soins des Urgentistes. Je vais bien, même pas une commotion, juste des tissus superficiels déchirés, plus impressionnant dans le sang qu'autre chose – j'avais de toute façon assez donné cette dernière semaine…
Aldéran massa machinalement sa paume gauche qu'entourait un léger pansement.
- Ce que ça démange !
- Tu es sûr que ça va, toi ?
- Je dois prendre mon après-midi…
- Aldie, est-ce que nous pouvons… ?
- Non, rien, surtout pas ! siffla Aldéran. Vous n'êtes pas concernés par mes soucis personnels… Je dois y faire face, comme tout un chacun !
- Ca va aller, Aldie ? insista Soreyn.
- Ca doit aller, rectifia Aldéran.
Et Soreyn n'aima pas du tout les traits tirés de fatigue de son ami, les soudaines rides plus prononcées sur son visage, la pâleur de ses joues.
- De quoi as-tu vraiment peur, Aldie ? Je veux dire : que redoutes-tu ?
Aldéran but les dernières gorgées de son mug de café froid.
- J'ai fait mon possible, comme toujours, mais je crains d'être devancé par des forces, naturelles ou non, qui me dépassent, qui me devancent surtout ! Ne te tracasse donc pas pour moi, Soreyn, ne songe donc qu'à ta famille !
Soreyn eut un sourire chaleureux au possible.
- Bien sûr que je me soucie de toi, Aldéran. Tu es de mes rares meilleurs amis ! Vu ton mutisme, je ne peux donc en rien t'aider ?
- Non, et ça vaut mieux pour toi vu ce que je devine…
- « devine »… ?
- Je dois à ma génitrice une très éclair vision de l'avenir immédiat, de quelques secondes en fait… Mais mes intuitions n'en sont que renforcées, démultipliées mêmes, et mes instincts sont plus fulgurants que jamais…
- Aldie… ?
- J'ai cru mettre une amie proche dans la meilleure cache qui soit, mais j'ai l'impression de l'avoir jetée dans la gueule du loup ! Voilà pourquoi il faut que j'y retourne, que je répare mes gaffes !
- Bonne chance, Aldéran.
Arrêtant son tout-terrain noir devant la Bannière de la Liberté, Aldéran en descendit et se dirigea vers Maji qu'il venait d'apercevoir, semblant guetter !
- Il va vous voir ! glapit l'ancien Ingénieur de la salle des machines de l'Arcadia.
- Sois sans crainte, assura son capitaine des temps passés. Je reste !
Aldéran se planta devant Maji.
- Tu as perdu la tête ou quoi ? Tu es là, tout le temps, mais ce n'est quand même pas toi qui… Non, Maji, ne me dis pas que tu es celui qui pourchasse Sylvarande.
Le jeune homme passa la langue sur ses lèvres sèches.
- Je crains de ne savoir que trop que c'est bien toi… Pourquoi ? Pourquoi surtout en arriver à une extrémité que le policier que je suis ne peut que réprouver ! ? Jusqu'où as-tu donc la folle intention d'aller ? !
- Jusqu'au bout !
- N'y pense même pas, Maji ! siffla Aldéran avant de retourner au bar de Doc Ban.
Maji se tourna vers Zhan Tornadéo.
- Mais il ne vous a pas vu, capitaine ? !
- Oui, toi seul le peut.
- Comment… ?
- Je te l'expliquerai, plus tard.
