Bonjour Bonjour !!!
Comment allez-vous ? En vacances ? Peut-être (sûrement !) pas tous, mais bon... Bon, désolée pour l'attente, j'ai complètement oublié de poster ce week-end... J'avais d'autres choses en tête. Heureusement que ma deuxième paire de mains m'a tiré la sonnette d'alarme ce matin ^^'. Alors nous voilà avec le troisième chapitre de cette nouvelle fic. Voyez le bon côté des choses : vous aurez moins de temps à attendre avant le chapitre 4 :p !
Aujourd'hui, arrivée d'un nouveau personnage... Enfin, vous allez voir ;)
Je vous laisse le découvrir, vous souhaite une bonne lecture et vous remercie très fort pour vos reviews et toutes vos mises en alerte et favoris ! On vous adore !
Chapitre 2 : De nos hostilités
EDWARD
Vous êtes-vous déjà levés un matin, en vous disant que cette journée et quelques unes qui allaient suivre, ne seraient pas les vôtres, parce que celle de la veille avait été catastrophique en grande partie et que vous pressentiez que ça allait être encore pire ce jour-là et les jours suivants, pour une raison obscure et seulement connue de votre subconscient ?
Parce que c'est ce qui m'est arrivé ce matin-là.
* * *
Je me levai dans un grognement, légèrement courbaturé et contemplai un instant le corps alangui, nu et endormi de Jane.
Pour souhaiter la bienvenue à mon nouveau colocataire, elle avait décidé qu'on lui fasse connaître l'acoustique de mon appartement, en particulier de la chambre et de la salle de bains, une bonne partie de la nuit.
C'était ce qu'elle aimait pour se détendre après une journée merdique : une bonne partie de jambes en l'air. Car comme moi, elle pressentait que la journée d'aujourd'hui ainsi que les prochaines n'allaient pas être les meilleures de l'année.
Elle ne s'était toujours pas réconciliée avec son frère par rapport à la mention de Tanya, et je voyais bien que ça la faisait chier, mais elle était trop fière pour aller le voir et lui dire le mot fatidique « Pardon », chose que je pouvais aisément comprendre. Alors c'était moi qui en avais fait les frais pratiquement au moment même où nous avions franchis le seuil de mon appart' et que j'eus montré de loin sa chambre à Jacob. Par respect, j'avais mis la chaîne hi-fi du salon en marche, mais Jane avait décidé de donner de la voix.
Je craignais d'ailleurs de me retrouver face à face avec mon colocataire à cause de ça.
Elle bougea légèrement dans son sommeil et se tourna sur le dos, dévoilant sa poitrine laiteuse et blanche.
Elle était belle comme ça. Innocente. Pure.
C'était dans ces moments-là que je me demandais comment je n'avais pas pu tomber amoureux d'elle. Elle aurait pourtant été parfaite pour moi. Drôle par moment, passionnée, chieuse, philanthrope sous ses airs de misanthrope, un peu snob… Câline. Féline. Mais un cœur de glace qu'elle ne voulait pas qu'on approche.
Puis, il y avait une autre grande différence entre nous.
Je croyais aux sentiments forts et profonds, je savais que ça existait - rien qu'à voir mes parents -, même si je ne l'avais pratiquement pas connu.
Je regardai mon radio réveil et vis qu'il était plus de 10 heures, déjà. Je soupirai, me levai en faisant le moins de bruit possible et enfilai rapidement mon bas de pyjama et un t-shirt qui traînaient dans un coin de ma chambre.
Dès que je pénétrai dans le salon, je vis Jacob affalé sur le canapé qui regardait d'un œil morne et fatigué par delà la baie vitrée, son portable abandonné à côté de lui.
Il tourna lentement la tête vers moi, comme s'il était trop crevé pour le faire en temps normal, et me fit un sourire désabusé.
« Elle n'a jamais pensé à fonder un groupe de hard métal ou à faire de l'opéra ? Parce qu'elle a de sacrées cordes vocales. » Me dit-il d'une voix enrouée.
Mon estomac se contracta un peu et je me sentis bizarrement mal à l'aise.
« Elle avait besoin de décompresser. Lui répondis-je pitoyablement.
_ Jusqu'à 6 heures ce matin ?
_ Elle est du genre… Commençai-je après une pause.
_ … Insatiable. Je t'envie dans un certain sens. J'ai toujours rêvé de trouver une vraie tigresse…
_ Pourquoi tu ne vas pas te coucher ? Elle est hors service pendant quelques heures, depuis un bon moment déjà.
_ Bella n'est pas en forme non plus. » Me dit-il en me montrant son portable.
Je marmonnai et me dirigeai vers ma cuisine américaine.
Je me préparai un bol de céréales et pris une pomme en allant m'asseoir à côté de lui au moment où son portable vibrait. Il lut rapidement le message et soupira en répondant.
« Alec fait la gueule par rapport à sa sœur. Elle sait pas quoi faire. Me dit-il dans un bâillement.
_ Elle a qu'à lui sauter dessus.
_ Déjà suggéré et déjà fait.
_ Lui faire un massage.
_ Déjà suggéré et déjà fait.
_ Un tour dans Central Park.
_ Ils l'ont fait aussi, ça n'a pas marché. »
Je soupirai à mon tour en avalant une cuillerée de céréales.
« Dis-lui qu'elle l'emmène en début d'après-midi. Si il demande si Jane est là, qu'elle lui dise que je l'ai ramené chez elle hier soir. Marmonnai-je.
_ T'es pas si con qu'elle le dit, finalement. Répliqua-t-il.
_ Qui ?
_ Bells. Elle pense que t'es un enfoiré fini.
_ Oh, mais je peux l'être. »
Il rit et envoya le message. Dix minutes plus tard, elle nous répondit qu'ils seraient là vers 14 heures.
J'allai dans ma chambre, pris mon portable et envoyai un message à Rose pour lui demander de venir avec Lili. Il fallait au moins ça pour réconcilier frère et sœur. Une minute plus tard, elle me confirma leur arrivée pour 14 h 30, le temps qu'elle revienne de chez nos parents et qu'elle prenne sa meilleure amie en passant.
Ma sœur était la seule solution de dernier recours si jamais la situation ne se débloquait pas. Dès qu'il y avait un problème de communication quelque part, c'était toujours à elle que je m'en remettais. Notre mère s'était d'ailleurs souvent lamentée que Rose ne choisisse pas psycho ou qu'elle ne se dirige pas vers la psychanalyse après ses six premières années de médecine. Mais son truc à elle, c'était les enfants et les maladies infectieuses. Elle allait désormais vivre pour en sauver le plus possible d'une mort pour la plupart quasi certaine.
« C'est bon. Ma sœur vient avec sa meilleure amie. Dis-je à Jacob.
_ Hmm… Marmonna-t-il, ses yeux se fermant tout seuls.
_ Je te conseille ton lit pour dormir. Pas que le canapé ne soit pas confortable, mais vu ta taille, il vaudrait mieux. »
Il marmonna une nouvelle fois, et se dirigea vers sa chambre à pas de zombie, son portable à la main.
J'eus un léger sourire et secouai la tête avant d'attraper mon ordinateur portable sur le bar et de me laisser tomber une nouvelle fois sur le canapé. Je laisserais Jane dormir jusqu'à une heure, ça lui laisserait le temps de se… remettre de notre nuit.
Je me connectai à mon moteur de recherche et trouvai un article parlant de l'Australie sur la page d'accueil. Ce qui me fit directement penser à Bella. Je secouai une nouvelle fois la tête et tapai le nom de l'auteur du dernier bouquin que j'avais lu, histoire de me renseigner un peu plus à son sujet.
* * *
« Hey… On se lève, petite diablesse. » Chuchotai-je à l'oreille de Jane près de 3 heures plus tard.
Elle marmonna et se retourna en se mettant en boule.
« Jane ! Il est plus de 13 heures et Rose et Lili arrivent dans une heure environ. Lui dis-je.
_ Rose et Lili ? Répéta-t-elle en ouvrant un œil, la voix complètement cassée.
_ Ouais. Alors lève-toi. » Lui dis-je en me relevant.
Elle s'étira comme un chat et se redressa précautionneusement au milieu de mon lit complètement en bataille. Elle se leva, prit un de mes t-shirts et un shorty dans la partie de mon dressing qui lui était réservée.
Elle revint vers moi d'une démarche féline, et se colla contre mon torse en mettant ses bras fins autour de mon cou. Je passai les miens autour de sa taille et lui souris en l'embrassant doucement. Elle commença à se frotter lascivement, en passant une de ses jambes entre les miennes et je reculai en lui faisant un sourire en coin.
« T'en as pas eu assez cette nuit ? Lui demandai-je.
_ Plus j'en ai, plus j'en veux. » Chuchota-t-elle en se recollant contre moi, les pupilles légèrement dilatées.
Je l'embrassai doucement à nouveau, mais ne la laissai pas approfondir le baiser.
« Edward ! » Bouda-t-elle.
J'éclatai franchement de rire et me dirigeai vers la porte de ma chambre.
« On a dérangé Jacob. C'était pas très sympa.
_ Il avait qu'à nous rejoindre. » Marmonna-t-elle en haussant des épaules.
Je la regardai, surpris, avec l'ombre d'un sourire en coin, alors qu'elle réalisait ses paroles.
« Euh, je voulais dire… Commença-t-elle, les joues un peu colorées.
_ Oui, oui…
_ Edward, t'as intérêt à te la boucler ! Siffla-t-elle en allant farfouiller dans sa garde robe.
_ T'inquiètes. De toute façon, il n'y a que lui qui ne sait pas que tu fantasmes dessus.
_ Je ne fantasme pas sur lui. Trancha-t-elle en regardant une robe rouge sang.
_ A d'autres ! Ce n'est pas ce que j'ai cru comprendre hier.
_ J'avoue qu'il a une… certaine plastique, mais c'est pas du tout mon genre. La rouge ou la verte ? Me demanda-t-elle en me montrant deux robes.
_ Ça dépend le message que tu veux lui faire passer. La rouge dit « Touche moi », la verte, « Prends-moi ». » Répliquai-je le plus sérieusement que je pus.
Elle prit une paire de chaussettes et me la jeta dessus de toutes ses forces.
« Tu vas accueillir ta sœur en pyjama ? Me demanda-t-elle en me regardant d'un air sceptique.
_ Je vais passer rapidement par la salle de bains. Et non, tu ne peux pas venir avec moi. » Lui dis-je en refermant la porte, au moment où elle ouvrait la bouche, les yeux brillant soudainement.
* * *
Un quart d'heure plus tard, je sortis de la salle d'eau et laissai entrer une Jane furibonde qui claqua la porte derrière elle en me fusillant du regard.
Je finis de me sécher rapidement les cheveux et jetai un coup d'œil à l'horloge murale : 14 h 16.
J'allai frapper à la porte de la chambre de Jacob, mais il ne me répondit pas. J'essayai une nouvelle fois alors qu'on sonnait à la porte. Je soupirai et m'y dirigeai.
J'ouvris sur Alec qui n'avait pas l'air super enthousiaste et qui jetait de vagues coups d'œil dans mon dos, sans doute pour s'assurer que sa sœur n'était pas dans les parages. Mon regard se porta ensuite sur Bella qui portait une robe noire à fleur blanches, classique, avec des tongs, dont les traits semblaient fatigués, et les cheveux encore mouillés d'une douche.
« Salut. Leur dis-je en m'effaçant de l'entrée.
_ Salut. Marmonna Alec, tout en continuant de scruter le salon.
_ Jacob n'est pas encore levé. J'étais en train de frapper à sa porte lorsque vous avez sonné. Enchaînai-je en me dirigeant une fois de plus vers la chambre de mon colocataire.
_ Laisse, j'y vais,. » Fit Bella en me devançant et en ouvrant la porte, pour la refermer derrière elle.
Je me tournai vers Alec qui s'était assis sur le canapé et qui regardait la porte entrouverte de ma chambre d'un air méfiant.
« T'as pas l'air d'avoir beaucoup dormi. Lui dis-je avec l'ombre d'un sourire.
_ Bella a voulu me changer les idées. Répondit-il en souriant un peu lui aussi.
_ Elle n'a pas réussi, apparemment.
_ Oh, si… Quelques minutes. »
A ce moment-là, Bella ressortit de la chambre de mon colocataire, sa robe un peu froissée, en souriant, les joues rouges.
« C'est bon, il arrive. Enfin, va falloir qu'il se douche. »
Je notai qu'elle évitait soigneusement mon regard et finis par en faire de même. Elle n'était peut-être pas d'attaque pour une partie de joutes verbales aujourd'hui, et moi non plus. De toute façon, je lui avais dit qu'il fallait qu'on donne le change devant les autres. Enfin, surtout Alec.
Je jetai moi-même un regard un peu anxieux vers la salle de bains, puis l'horloge murale. Rose et Lili seraient là d'ici une dizaine de minutes, il fallait que je retarde l'affrontement de Jane et Alec jusque là.
Jacob finit par sortir de sa chambre, toujours à moitié endormi, des affaires propres à la main, et je me précipitai dans la cuisine pour lui préparer un rapide petit déjeuner, histoire qu'il évite d'aller vers la salle d'eau.
« Tu vas manger, avant. » Lui dis-je en sortant le lait, les céréales et la corbeille de fruits de sous le plan de travail.
Il hésita un instant, puis finit par se traîner jusqu'aux tabourets du bar.
Je soupirai et priai intérieurement pour que ma sœur et Lili arrivent vite.
« Ça a été, hier soir ? Demandai-je en me tournant vers Bella qui contemplait Central Park par la baie vitrée.
_ Oui. On s'est fait une soirée en amoureux. »
A ce moment-là, on sonna à la porte et je soupirai de soulagement.
Je m'y dirigeai et ouvris à Rose et Lili, qui se jeta aussitôt à mon cou.
« Edward ! » Dit-elle en se détachant de moi. « On ne peut plus se passer de nous ? »
Je lui fis un petit sourire contrit et embrassai rapidement ma sœur en les laissant entrer.
Le regard de Rose se stoppa automatiquement sur Bella qui s'était retournée vers nous. Elle la regarda quelques secondes, puis se tourna vers moi et me fit un sourire en coin.
« C'est qui la brunette ? Me chuchota-t-elle.
_ Copine d'Alec. » Marmonnai-je.
Son sourire s'accentua sans que je n'en sache la raison, puis elle alla à la rencontre d'Alec, toujours assis sur le canapé.
« Salut ! Moi c'est Alice, mais tu peux m'appeler Lili ou Lice !
_ Lili… Lui fais pas peur, elle te connaît pas encore. Moi, c'est Rose. La grande sœur d'Edward. » Fit ma sœur en s'asseyant à côté de mon meilleur ami.
Bella lui fit un petit sourire timide et alla s'asseoir à son tour sur le canapé.
« Oh ! Un autre nouveau visage ! Chantonna Alice en dansant presque jusqu'à Jacob.
_ Vous avez vu Jasper ? Demandai-je à ma sœur en regardant le lutin.
_ Hier soir. Il sortait du club de jazz. » Soupira Rosalie en l'observant également.
Jacob n'avait pas l'air très à l'aise et regardait Alice du coin de l'œil en continuant à manger ses céréales. La meilleure amie de ma sœur était juste à côté de lui, et l'observait avec curiosité, les bras croisés dans le dos, légèrement penchée en avant, comme s'il s'était agi d'une espèce animale très rare.
« T'as l'air fatigué, Alec. Dit Rose.
_ Ouais…
_ Ça va pas ? »
Alec me jeta un rapide regard, puis haussa des épaules. Il n'était pas con. Il savait très bien que je faisais toujours venir ma sœur toute seule avec Lili que lorsque j'étais plus ou moins désespéré.
« C'est Jane ? » Insista Rose, sans se départir de son innocence.
Il hésita un instant, puis finit par hocher de la tête.
Je vis Bella soupirer de soulagement en le regardant.
« Tu t'appelles comment ? Demanda alors Lili.
_ Lili ! Siffla Rose en se tournant vers elle.
_ Jacob. Répondit l'Indien, la bouche pleine.
_ Tu as des origines amérindiennes ? »
Bella laissa échapper un petit rire en les regardant, alors que ma sœur soupirait.
« Ouais. Quileutes.
_ Waw ! C'est fascinant ! Et c'est un peuple de quelle partie du pays ?
_ Si tu pouvais l'emmener dans ton tipi, le temps qu'on discute… Siffla Rosalie en lançant un regard peu amène à sa meilleure amie.
_ Rho ça va ! Je me cultive ! » Râla Lili.
Rose marmonna quelque chose et se retourna vers Alec en lui faisant un sourire. Elle le regarda quelques secondes, pensive, puis passa une main dans ses cheveux, dans un geste maternel. C'était sa boîte secrète pour que les enfants se confient plus facilement à elle, et bizarrement, ça marchait même avec les plus grands.
« On s'est pris la tête… à cause de Tanya. » Finit-il par lâcher en lançant un regard en biais à Bella qui se figea un peu.
Rose suivit son regard et se tourna vers elle en lui souriant :
« Tu peux nous laisser, s'il te plaît ? Toi aussi, Edward. Ou plutôt non ! On va aller dans mon ancienne chambre !
_ C'est celle de Jacob, maintenant. Va plutôt dans la mienne. » Lui dis-je au moment où elle se levait.
Alec marmonna et finit par faire de même au moment où Jane sortait de la salle de bains. Elle se figea à l'instar de son frère, et tout deux me fusillèrent du regard.
« Jane ! Avec nous dans la chambre d'Edward ! » Fit ma sœur sur un ton sans réplique.
Jane se renfrogna légèrement mais n'osa pas répliquer ; elle connaissait trop bien Rosalie pour ne serait-ce tenter oser lui résister ou la contredire.
Alec et Rose se dirigèrent sans un mot vers ma chambre alors que Jane me lançait un dernier regard assassin en refermant la porte derrière elle.
« Eh bien ! C'est tendu, ici. » Fit Alice en regardant toujours Jacob du coin de l'œil.
BELLA
New York, le 25 septembre 2009,
Cher journal,
Ça y est, c'est effectif : j'ai passé ma première nuit en tant que concubine d'Alec. Rien de particulier à décrire, mes sentiments pour lui sont les mêmes, si ce n'est que désormais, en plus de ma brosse à dents, chacune de mes affaires colonise son appart.
J'ai un peu de mal à les sortir de leurs cartons. Je ne sais pas pourquoi. Je n'arrive pas à réaliser, peut-être. Ça doit être ça ; ça se fera petit à petit.
Jane et Alec sont en froid. Ça n'est pas très agréable ; je suis même gênée pour eux. C'est parti de la mention de cette Tanya, hier, au restaurant à Washington… Je ne la connais pas. Jane m'a dit qu'elle n'avait été qu'une erreur sentimentale d'Alec. Je l'ai questionné, lui aussi. Il m'a avoué que s'il avait un jour été attiré par elle, son comportement l'avait dégoûté.
Je ne peux décemment pas lui en vouloir d'avoir été attiré par d'autres. Bon, je suis un peu jalouse. Je dois bien l'avouer, ça me fait un pincement au cœur… est-ce que je la rencontrerai un jour, cette Tanya ? Qu'a-t-elle de moins que moi ? Pourquoi est-ce qu'Alec est avec moi, et non avec elle ? Et qu'a-t-elle de plus que moi ? Qu'a-t-elle qui pourrait mettre en danger ma relation avec Alec ?
Pourquoi a-t-il été gêné quand elle a été mentionnée, si c'est une erreur de jeunesse ?
Je ne m'inquiète pas trop du fait qu'il ne m'en aie jamais parlé. Il est comme ça, un peu secret. Edward pourrait le dire, tiens. Ouais, son meilleur ami. Celui auquel il n'a pas jugé utile de me présenter en quatre ans. Pas que je lui en veuille ; maintenant que je l'ai rencontré, je ne saute pas forcément de joie.
Enfin, pour ce qui est de Tanya, je fais confiance à Alec. Jamais il ne me tromperait ; jamais il ne me cacherait si il tombait amoureux d'une autre. Je le sais. Il est comme ça. Il parle peu, mais quand quelque chose est important, il ne le cache pas.
Edward, son meilleur ami, en revanche…
Je relevai la tête de mon journal, me calai dans le lit d'Alec, pensive. Me remémorai ma rencontre avec Edward, et la journée passée avec les autres, la veille.
Il ne m'aime pas. Pas que ça me rende particulièrement triste, mais c'est regrettable quand même. Ça fait chier de ne pas s'entendre avec le meilleur ami du gars avec qui l'on a l'intention de faire un bon bout de chemin. Mais bon, désolée pour Alec, je ne peux pas non plus apprécier quelqu'un qui ne se fie qu'à une première impression, et ne laisse aucune chance à la personne qu'il a décidé d'avoir dans le nez. C'est vrai, pour qui il se prend au juste ?
Alec me disait qu'il pensait qu'on s'entendrait bien. Oh, combien il s'est gouré ! Jamais je n'aurais eu l'idée de nouer des liens avec ce genre d'hypocrites. Car en plus, hypocrite, il l'est. Il s'est mis en tête de jouer le jeu de la grande Amitié entre moi et Alec désormais. Je suis tout à fait d'accord pour que l'on fasse semblant d'avoir de bonnes relations… mais mentir à ce point-là ! Il se fout de la gueule de son meilleur ami, en fait, ni plus ni moins. Et que puis-je y faire ?
C'est vrai, que pouvais-je y faire, songeai-je avec un soupir en jouant avec mon stylo. Ce n'était tout de même pas ma faute, je ne pouvais rien y changer, et ça blesserait Alec de l'apprendre. Surtout en ce moment, avec ses soucis avec sa sœur. Ok, ça ne faisait que depuis hier que c'était tendu entre eux ; mais était-ce dû à leur gémellité ? Ils avaient toujours eu un monde à eux, et une dispute entre eux était aussi rare que dévastatrice.
Donc voilà, cher journal. Je ne crois pas qu'Edward puisse compter sur moi pour jouer le rôle de la grande amie devant Alec. Je me contenterai d'un simple « il est cool, je l'aime bien ». C'est déjà beaucoup.
Je soupirai à nouveau, reposant mon stylo. Et des bribes de conversation me revinrent en mémoire.
L'idée qu'Edward semblait se complaire à se faire, à propos des prestations au lit de son meilleur ami.
Ces regards qu'il me lançait quand j'étais dans ses bras. Comme s'il avait voulu m'en arracher.
Cette façon qu'il avait de me dire qu'Alec et lui avaient partagé beaucoup de choses.
Ajoutons à ça le fait qu'il avait avoué avoir toujours pris à cœur de repousser les filles qui tournaient autour d'Alec.
Je tressaillis.
Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ?
Je repris mon stylo, et écrivis trois mots.
Edward est gay.
Je relevai la tête, et la secouai, ébahie. C'était pourtant clair.
Ça explique tout, écrivis-je. Absolument tout de ses regards, son animosité envers moi et les autres filles gravitant autour de son ami, ça explique tout de ce qu'il m'a dit aussi. « Nous avons partagé beaucoup de choses. », « J'ai une idée de ce qu'il vaut au pieu ». Ça explique aussi pourquoi parfois il couche avec Jane, mais est incapable de réellement s'attacher à elle et sortir avec elle. Pourquoi il papillonne. Il se cherche. Il fait semblant. On dirait que faire semblant chez lui est une seconde nature…
Je ne suis pas certaine qu'il se soit rendu compte de son homosexualité.
Je pense, quand même, vu comment il réagit avec Alec. Il refoule, c'est tout.
Bon, eh bien maintenant je sais à quoi m'en tenir. Enfin, c'est triste pour Edward. Mais que puis-je pour lui ? Alec n'est pas gay. Ça, je peux le confirmer.
On a passé une sacrée nuit tous les deux. Comme d'habitude. Comment pourrais-je me lasser ? La façon dont il me fait l'amour me fait sentir unique.
Mais je suis inquiète pour lui. Ça le rend si triste d'être en froid avec Jane. On a essayé pas mal de choses. On a fait l'amour. Plusieurs fois. On a été marcher dans Central Park. On a refait l'amour. Là, il dort à côté de moi…
Jacob m'a dit de l'amener chez Edward tout à l'heure. Pourquoi pas.
Bon, il se réveille. Il me sourit. Je vais te laisser, cher journal…
Je refermai mon carnet, me tournai vers Alec qui se redressait. Un silence tomba quelques instants ; puis Alec me demanda :
« Au fait… ça va vraiment avec Edward ? »
Je tressaillis. Merde. Je me demandais si lui était conscient de l'attirance que son ami semblait éprouver pour lui. Je ne pensais pas. Alec était toujours dans sa bulle. Et je pensais qu'ils en auraient parlé, s'il s'en était rendu compte. Peut-être même ne seraient-ils plus amis.
« Oui, ça a été. Il est… ce qu'il est, mais on a bien discuté. »
Ça, au moins, c'était vrai.
« Ça m'étonne, répondit Alec. Il avait vraiment l'air décidé à te jeter. Et… il m'a parut un peu… pas naturel. »
Ça, pas naturel, c'était le moins que l'on pouvait dire. Mais je ne pouvais décemment pas dire ça à Alec.
« Il semble prêt à faire des efforts. De toutes façons, ça ne change rien. On ne se quittera pas pour autant, n'est-ce pas ?
- Non, en effet » sourit-il en me prenant dans ses bras pour m'entraîner sous la couette.
Je pris un air gourmand. On risquait d'avoir un peu de retard chez Edward…
***
Voilà comment, quelques heures plus tard, j'étais assise sur le canapé d'Edward, regardant une brune nommée Alice dévisager Jacob, pendant que la sœur de notre… hôte s'était enfermée dans une chambre avec Jane et Alec pour essayer de les réconcilier.
Je ne lâchais pas la dénommée Alice du regard ; cela m'évitait d'avoir à croiser celui d'Edward. Je ne me sentais pas encore capable de le regarder après ce que je venais de comprendre. Pas que le fait qu'il était homo me dérangeait ; juste, j'étais gênée qu'il puisse me… jalouser.
Alice sembla sentir mon regard sur elle, et releva la tête pour me fixer à son tour.
« Tu ne devrais pas t'attacher les cheveux quand ils sont encore humides. Tu vas les abîmer. » fit-elle.
Je tressaillis, et par réflexe portai ma main à ma lourde queue de cheval.
« Euh… c'est quand même plus pratique.
- Et alors ? Tu privilégies le pratique à l'esthétique, peut-être ?
- Ben… ouais. » répliquai-je, un peu gênée.
Elle écarquilla les yeux, et Jake éclata de rire en venant me donner une grande claque dans le dos. Je ne grimaçai même pas ; avec Emmett, j'avais l'habitude désormais. C'était à se demander si j'avais encore une colonne vertébrale entre eux deux.
« Mais… mais… mais… tu es folle ! » Bégaya Alice.
Je haussai un sourcil.
« Il ne me viendrait même pas à l'esprit de le nier. Mais peut-être pas pour les raisons que toi tu crois.
- Enfin ! Comment peux-tu faire passer le sens pratique avant…
- J'ai été élevée avec Jake, la coupai-je. Et sa clique. Rien que des mecs amoureux de mécanique. Ça s'est presque imprégné dans ma peau.
- Tout s'explique en effet ! T'aurais bien besoin d'un stage intensif de…
- Wow, du calme. Je crois que je m'en passerai.
- Mais tu ne sais même pas ce que j'allais te proposer ! Ça pourrait être sympa de faire les boutiques ! Avec Rosalie, tu vas voir, quand elle sera moins occupée ; elle est très gentille. Vous allez vous adorer. De toutes façons, ça fait un moment qu'on a envie de te rencontrer. Même Jasper dit du bien de toi. Alors puisque ton copain te cachait… »
Je devinai le sourire moqueur d'Edward dans mon dos, ne me retournai pas pour vérifier.
« … On va rattraper tout ce temps perdu ! Tu dois sans doute être une fille bien pour qu'il te garde depuis si longtemps, tu… »
Sa voix fut soudain étouffée par la grande main de Jake, sur sa bouche. Elle écarquilla les yeux en essayant de se débattre. Mais Jake ne bougea pas d'un poil, et regarda Edward.
« Elle ne se tait jamais ? Demanda-t-il, sourcils haussés.
_ Non. Mais elle a vu Jasper, hier, alors il faut s'attendre à ce qu'elle soit… très expressive. »
Alice le fusilla du regard, mais ne put rien répliquer ; la main de Jake l'en empêchait toujours.
« C'est vrai qu'il est plutôt mignon, Jasper, plaisanta Jake pour énerver encore un peu plus Alice. Dans le genre grand blond. »
Je rougis, jetai un bref regard à Edward. Est-ce qu'il allait se sentir gêné qu'on évoque le sex-appeal d'un de ses amis ? Visiblement, non. C'était pas si étonnant ; a priori, c'était d'Alec dont il était…
Enfin, c'était Alec qui devait l'attirer.
Je toussotai.
« Super sexy, guitariste et voix grave… » Répliqua-t-il avec un sourire en coin.
Je fermai les yeux un court instant, me frottai le nez. Hochai presque imperceptiblement la tête.
Presque, parce que Jake le remarqua.
« Ben qu'est-ce qu'il y a, Bells ?
_ Rien, répondis-je précipitamment. Juste… je crois que je comprends certaines choses. » fis-je en jetant un regard en coin à Edward.
Celui-ci me lança un regard sceptique, voire méfiant. Je lui fis un bref sourire crispé… et désolé.
Peut-être qu'il apprendrait à moins me détester, à la force du temps ? Peut-être même qu'il finirait par… rencontrer quelqu'un d'autre ?
Je me retournai vers Alice, que Jake avait relâchée après avoir obtenu son consentement à parler un peu moins.
« Bon, fit-elle. Vendredi, ça te va ? Pour les boutiques ? »
Je soupirai.
« Ouais, ok. Avant la rentrée, pourquoi pas.
_ J'ai entendu parler de boutiques ? » fit une voix dans notre dos.
Je me retournai. La sœur aînée d'Edward, Rosalie, était apparue dans le salon. Sa beauté m'époustouflait ; elle semblait tout droit sortie d'un magasine de mode. Grande, aux courbes parfaites, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Le fantasme masculin sur pieds.
« Ouais. Bella a accepté de faire les boutiques avec nous, Vendredi. Pour faire connaissance. » fit Alice.
Rosalie éclata d'un doux rire, et me regarda.
« J'espère que tu aimes ça, alors.
_ Euh… Du tout.
_ Dommage pour toi. »
Elle s'assit à côté de moi.
« Alec et Maïtika se sont réconciliés ? Demanda Jacob.
_ Maïtika ? Demanda Rosalie en se tournant vers Jake, sourcils froncés.
_ Ouais. Vous l'appelez couramment Jane, je crois. »
Je levai les yeux au ciel.
« Ah, oui. C'est donc toi l'Indien insupportable, fit Rosalie.
_ J'en étais sûre, confirma Alice.
_ Insupportable ? Il n'y a pas plus adorable que moi ! Hein, Bella ?
_ Oui, Jake. Pas plus, soupirai-je. Sauf avec Jane.
_ Tu vas pas t'y mettre ! »
Je fis un geste de la main pour éluder la question ; et un éclat de rire résonna.
Quelques secondes plus tard, Alec et Jane réapparurent, main dans la main, sourire au visage. Ils se séparèrent, et Alec vint me prendre dans ses bras, détendu.
« Ravie de voir que ça va mieux, sourit Alice. Rose a encore fait des merveilles.
_ Alec m'a dit ce que je voulais entendre. Ça me suffit » fit Jane.
Je levai la tête vers mon copain.
« Je lui ai promis qu'il n'y avait rien entre Tanya et moi, soupira-t-il. Comme si ça avait besoin d'être dit. Que du platonique. »
Edward haussa un sourcil sceptique, et cela eut le don de m'énerver. Il allait jouer sur la jalousie pour me séparer d'Alec ? Et si il m'en séparait pour le précipiter dans les bras de cette fameuse Tanya… Il serait peut-être plus heureux, peut-être ?
Bah, peu importait.
Je me blottis plus contre Alec.
« Et si on faisait une soirée, Vendredi ? À l'appart, on fait un repas, et après… je sais pas, on verra ! » Lançai-je.
Alec resserra son étreinte sur ma taille.
« C'est une bonne idée. Avant la reprise des cours de tout le monde. Vous êtes partants ?
_ Toujours, firent Alice et Rosalie d'une même voix.
_ Ouais, fit Jane.
_ Bien sûr, même si il y a la sangsue. » répliqua Jacob.
Je lui adressai un regard noir.
« On montrera à ta copine des trucs qu'on ne sait faire que tous les deux. » Dit Edward en faisant un clin d'œil à Alec.
Alec eut l'air surpris.
« De quoi tu parles ? »
Je lui pressai la main. Edward ne semblait pas avoir compris que son ami, non seulement n'éprouverait jamais ce genre de sentiments pour lui, ne comprenait même pas ses allusions.
« Laisse tomber, Edward. » répliquai-je. « Je comprends que tu sois frustré, mais… il y a des choses qui n'évolueront pas.
_ Pardon ? Me demanda-t-il d'une voix dure.
_ Rien. On y va, Alec ? Je vais aller faire des courses, pour Vendredi. »
Je croisai le regard surpris… et amusé de Rosalie, qui nous dévisageait tour à tour avec Edward. Je fronçai brièvement les sourcils. Elle avait compris que j'avais compris, elle aussi ?
Je me levai, gênée, et Alec en fit autant.
« On te ramène, Jane ?
_ Non, je vais rester encore un peu avec Edward.
_ Bon, ben… au revoir tout le monde. »
Nous nous saluâmes plus ou moins chaleureux ; vraiment moins, en ce qui concernait Edward et moi. Et nous partîmes ; quel soulagement.
Bon. J'avais une fête à préparer…
EDWARD
La porte se referma sur Alec et Bella qui m'avait regardé comme si j'étais atteint d'une maladie incurable et que j'allais mourir dans les heures suivantes, puis je me retournai vers Jane et Lili qui étaient en train de discuter sur le canapé, Jane, regardant Jacob du coin de l'œil, les sourcils légèrement froncés.
« Alors c'est elle, l'ange de sa vie ? » Fit une voix à côté de moi.
Je regardai ma sœur, surpris ; je n'avais même pas fait attention qu'elle était là.
« Ouais. Marmonnai-je.
_ T'as pas l'air ravi. »
Je haussai des épaules et contemplai la baie vitrée. Je n'aimais pas quand elle jouait à la psy avec moi. Elle arrivait toujours à avoir ce qu'elle voulait et je n'avais pas envie qu'elle me dise que je la décevais. Ou pire…
« Elle est jolie. Continua-t-elle en me regardant.
_ Tout le monde n'arrête pas de me le dire.
_ Parce que c'est vrai. »
Je soupirai et me plongeai dans les yeux bleu outremer de Rose. Elle scrutait le moindre trait de mon visage, comme elle l'avait fait un peu plus tôt avec Alec. Je ne bronchais pas, impassible, espérant qu'elle abandonnerait à force son analyse freudienne.
« Tu es jaloux… Finit-elle par dire après quelques minutes de silence.
_ Il n'avait pas à me la cacher. Marmonnai-je.
_ … Parce qu'elle te plaît. »
J'éclatai franchement de rire alors qu'elle ne se départissait pas de son sérieux. Merde ; elle avait vraiment l'air de penser ce qu'elle disait.
« Tu es absurde.
_ Ah bon ? Alors pourquoi la détestes-tu ? Alec m'a tout raconté, Edward. Je sais qu'entre vous, c'est plus que tendu et pour confirmer ses dires, il suffit de vous regarder. Tu n'es pas du genre à haïr quelqu'un parce que sa tête ne te revient pas, donc c'est plus profond… Me dit-elle.
_ C'est bon, Freud ? T'as fini ton analyse ? Me renfrognai-je.
_ Typique comme réaction. On appelle ça un déni.
_ Qu'est-ce que vous complotez, vous deux, là-bas ? » Demanda alors Lili en nous observant.
J'en profitai pour m'éclipser, quand je sentis des doigts longs et fins se refermer sur mon poignet.
« Oh et une dernière chose… Elle croit que tu es gay. »
Puis elle me lâcha, et se dirigea vers le canapé, un sourire au bord des lèvres, me laissant en état de choc.
Elle croyait que… QUOI ?!
* * *
Quelques heures après le départ de Rose et Lili, nous étions assis sur le canapé avec Jane qui s'était endormie contre mon épaule, et Jacob qui sommeillait devant un documentaire sur l'histoire automobile en Europe.
Je contemplais les lumières des réverbères qui scintillaient dans Central Park, la phrase que m'avait dit ma sœur tournant sans cesse dans ma tête :
Elle croit que tu es gay. Elle croit que tu es gay. Elle croit que tu es gay…
Cette fille était complètement dérangée. C'était sans doute ce qu'elle avait trouvé de mieux pour m'éloigner de mon meilleur ami. Elle pensait sans doute que j'allais l'éviter parce qu'elle avait cru trouver le scoop du siècle.
Je serrai des poings alors que Jane bougeait dans son sommeil et qu'un léger ronflement m'indiquait que l'automobile européenne du début du XXe siècle avait eu raison de mon colocataire.
Comment cette peste pouvait avoir des doutes sur mon orientation sexuelle ?
Sans doute parce que je lui avais dit que j'avais plus d'amis filles que garçons. Et que j'allais plus ou moins la détester parce qu'elle sortait avec mon meilleur ami. Elle n'avait pas compris que c'était juste une question de fierté mal placée et d'amour propre.
On s'était toujours tout dit avec Alec. Tout. Il m'avait confié des choses beaucoup plus personnelles que ça, comme le bouleversement qui l'avait submergé au divorce de ses parents. Au fait qu'ils avaient longtemps pensé avec Jane qu'ils finiraient par revenir ensemble et qu'ils ne s'attachaient à personne à Seattle à cause de ça. Pour ne pas revivre un déchirement affectif.
Jamais je n'avais ne serait-ce que soupçonné l'existence de Bella.
Et ça faisait un peu plus de quatre ans maintenant, qu'il l'avait laissé entrer dans sa vie.
Je soupirai, les poumons soudain lourds et Jane bougea à nouveau.
Je lui jetai un vague coup d'œil et vis qu'elle s'était retournée inconsciemment vers Jacob. J'eus alors un rictus et enlevai très doucement mon bras endolori d'autour de ses épaules, puis me figeai lorsqu'elle marmonna. M'assurant qu'elle était toujours profondément endormie, ainsi que mon colocataire, je me relevai toujours aussi doucement et la poussai pour qu'elle s'allonge contre l'Indien. Je retins un rire lorsque celui-ci abattit lourdement son bras autour de la taille de ma meilleure amie et la serra un peu plus contre lui. Elle soupira et passa une de ses mains fines sous son t-shirt noir, lui arrachant un son inarticulé.
Je me relevai au ralenti, et me dirigeai vers ma chambre pour chercher une couverture et la déposer délicatement sur eux. Elle allait me tuer le lendemain. J'allai ensuite chercher mon appareil numérique et pris un cliché pour immortaliser le moment et le montrer aux autres.
Une fois fait, je me retirai à pas de loup dans ma chambre, mon rictus toujours aux lèvres.
* * *
Je me réveillai le lendemain matin au son du vibreur de mon portable. J'ouvris une paupière et la refermai aussitôt, aveuglé par un rayon de Soleil. Je constatai à tâtons que Jane n'était toujours pas avec moi ce qui voulait dire qu'elle ne s'était pas réveillée de la nuit et qu'elle dormait toujours avec Jacob sur le canapé. A moins qu'il ne l'ait emporté dans sa chambre, mais de ça, j'en doutais fort.
Je me tournai vers ma table de chevet et pris mon portable.
« J'ai réussi à avoir la scène du Club pour le premier week-end de la rentrée. On se retrouve dans une heure pour répéter avec Alec. Jazz. PS : Y aura Tanya, elle veut chanter ; je lui dis ? »
Un sourire étira mes lèvres : on avait la scène de notre club de jazz la semaine suivante ; c'était sans doute à cause de ça que Rose et Lili l'avaient croisé à sa sortie. Jasper savait toujours saisir les occasions quand elles se présentaient. Et en plus, il allait y avoir Tanya ; l'autre petite garce allait prendre cher le soir de notre représentation.
Mon sourire s'agrandit alors que j'envoyai ma réponse à Jazz :
« T'es mon Dieu. Bien sûr que je serai là. Lui dis pas pour Tanya, il viendra pas sinon, ça serait dommage. E. »
Elle voulait la guerre ? Elle allait l'avoir. Une guerre universelle, même.
Je me levai et allumai ma chaîne hi-fi - chose que je ne faisais que lorsque j'étais de très bonne humeur le matin - pris un boxer, t-shirt gris, un jean noir et allai dans la salle de bains. Je n'avais pas le temps de prendre un petit déjeuner si je voulais éviter le métro pour me rendre au club.
Je jetai un rapide regard vers le canapé où Jane et Jacob étaient toujours endormis ; elle était même carrément allongée sur lui. Je ris doucement et allai prendre ma douche en espérant que Miss Garce n'allait pas me gâcher la journée par je ne sais quelle façon.
En sortant de ma cabine de douche, j'attrapai une service pour me sécher et hésitai un moment pour envoyer un message à Lili ; elles avaient l'air de bien s'entendre, la veille, j'avais donc des chances pour qu'elle accepte de passer la journée avec la meilleure amie de ma sœur. Je me séchai, m'habillai rapidement et regardai l'heure ; il me restait un peu plus de 40 minutes. Timing serré, mais faisable. Je saisis mon portable et envoyai un rapide message à Lili :
« Hey, ma Lili ! Si tu faisais visiter NY à ta nouvelle petite protégée ? On va sans doute répéter une bonne partie de la journée avec Alec et Jazz. E. »
Je fis un nouvel aller retour dans ma chambre pour prendre l'appareil photo numérique, éteignis ma chaîne et repris un cliché de Jane et Jacob qui dormaient toujours aussi profondément, la couverture aux pieds du canapé ; ces deux-là étaient faits pour s'entendre, c'était indéniable. Je pris une pomme en passant à côté du bar américain et sortis au pas de course.
Arrivé au bas de mon immeuble, je reçus la réponse affirmative d'Alice qui se faisait une joie de passer la journée avec Bella et mon sourire s'accentua ; finalement, cette journée allait être écrite pour moi.
* * *
« Hey ! Edward, ça va ? »
Je me tournai vers le bar du Club désert, à l'ambiance groove et tamisée où un mec blond aux yeux marron qui devait avoir mon âge, essuyait méticuleusement un grand verre turquoise ; Mike Newton, le fils du propriétaire. Je m'avançai vers lui avec un sourire et lui serrai brièvement la main. En temps normal, ce n'était pas un mec que j'appréciais énormément ; il tournait trop autour des filles de notre bande, mais ce jour-là, rien n'aurait pu atténuer ma bonne humeur.
« Edward ! »
Jasper descendit de la scène où il avait déjà tout installé ; des enceintes aux micros, en passant par le tabouret mis un peu plus en avant qui était destiné à Tanya.
« Ils ne sont pas encore là ? Lui demandai-je en lui serrant la main à son tour.
_ Non. Tanya va avoir un peu de retard, tu la connais. Elle aime bien faire une entrée remarquée. Me répondit-il avec un petit sourire.
_ Oh, mais elle va l'être… Répliquai-je avec un rictus en pensant à la tête qu'allait faire mon meilleur ami.
_ Ça fait combien de temps qu'il l'a pas vue ?
_ Je crois qu'il l'évite depuis qu'il a quitté New York. Il l'a peut-être entraperçue, mais il ne lui a jamais reparlé.
_ Vous voulez boire quelque chose pour vous mettre d'attaque ? Nous demanda Mike.
_ Café. Je vais en avoir besoin. Répondit Jasper.
_ Un jus d'orange pour moi. » Fis-je.
Quelques minutes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit sur Alec qui s'avança vers nous en souriant, décontract, l'étui de sa contrebasse en main. Il nous fit la bise et demanda un jus de kiwi à Mike.
« Comment t'as fait pour avoir la scène ? » Demanda-t-il alors à Jasper.
Je me tournai moi-même vers le blond, curieux. Le Club était l'une des avant boîtes les plus prisées de New York et il fallait s'y prendre des mois à l'avance pour pouvoir s'y produire, particulièrement le week-end.
« Mon pote qui devait jouer s'est décommandé. Il m'a filé l'occase. » Répondit-il en haussant des épaules.
Alec sourit et se tourna vers la scène.
« On a un autre chanteur ? » Fit-il en fronçant les sourcils.
Jasper me lança une rapide œillade alors que la porte d'entrée s'ouvrait une nouvelle fois.
« Désolée pour le retard. » Chuchota une voix rauque et légèrement essoufflée derrière nous.
Alec se figea instantanément, les yeux fixes sur un point imaginaire.
Jazz me regarda une nouvelle fois, un peu mal à l'aise, alors que Tanya arrivait dans notre champ de vision, d'une démarche légère, vêtue d'une marinière, d'un vieux jean complètement mort, d'un blazer, d'un feutre et de ballerines noirs. Elle portait un ras du cou avec le surnom de sa sœur Alice, ainsi qu'un sautoir en grosses perles en bois blanches et noires. Maquillée à outrance, elle avait relevé ses cheveux blonds cendrés sous son chapeau, d'où s'échappaient quelques mèches. Une gravure de mode. Junkie par son teint un peu trop blafard et ses yeux un peu rouges, surfaite par trop d'accessoires autour de ses poignets et sur ses doigts.
Ses yeux noirs, un peu ternes, fixaient Alec et ses doigts fins se refermèrent légèrement sur le paquet qu'elle tenait dans sa main lorsqu'elle vit qu'il ne la regardait même pas.
« Je vous ai apporté des muffins aux myrtilles pour me faire pardonner. » Ajouta-t-elle en montrant son sachet.
Muffins aux myrtilles ; le pêché mignon de mon meilleur ami. Elle ne l'avait pas oublié.
Elle le jeta négligemment sur le bar et enleva son blazer en détournant les yeux.
« T'es clean ? » Lui demanda Jasper.
Alec contracta ses mâchoires et se dirigea d'un pas raide vers la scène. Elle le suivit des yeux et se tourna nonchalamment vers nous avec un sourire doux-amer.
« Depuis 36 heures, Sexy Baby. » Lui répondit-elle. « Il n'a pas l'air ravi de me revoir…
_ Le choc. Lui dis-je.
_ Oui… Souffla-t-elle en se retournant vers la scène.
_ Tu prendras quoi ? » Lui demanda Mike avec un sourire en coin.
Tanya se tourna vers lui, presque à contre cœur et avisa le verre à moitié vide d'Alec sur le bar.
« Hmm… La même chose que lui. » Chuchota-t-elle en désignant mon meilleur ami d'un signe de tête.
Elle s'installa sur un tabouret, le regard toujours tourné vers la scène et je me surpris à sourire. Si seulement Miss Garce pouvait être là à ce moment précis…
« Ça fait combien de temps que vous ne vous êtes pas vus ? La questionnai-je en finissant mon propre verre.
_ Hmm… Je ne sais pas. Quatre ans, je dirais.
_ Il a changé ?
_ Ses yeux sont plus doux… Il paraît qu'il est amoureux, d'après Lili. Ça change un homme. » Répondit-elle avec un léger sourire.
J'eus un rire nerveux et posai mon verre vide sur le bar avant de rejoindre Alec. Il inspectait scrupuleusement sa contrebasse, les mâchoires crispées.
« Pourquoi tu l'as faite venir ? Siffla-t-il lorsque je m'approchai de lui.
_ C'est pas moi. C'est Jasper. Elle voulait chanter…
_ Elle n'a qu'à fonder son groupe, au lieu de nous emmerder. »
Je soupirai, las, mais en même temps satisfait. Ça lui faisait quelque chose de la revoir, je le voyais dans le léger tremblement de ses mains. Il était nerveux et ému. Peut-être même se sentait-il coupable vis-à-vis de Miss Garce.
Le rire de Tanya résonna dans la pièce, et je me tournai par réflexe, à l'instar de mon meilleur ami. Mike était apparemment en train de lui sortir le grand jeu et elle le laissait faire. Le laissait espérer. Je l'avais toujours connue plus ou moins comme ça. Elle adorait qu'on la séduise pour laisser ensuite en plan sa victime les trois quarts du temps.
Elle passa un bras autour du cou de Jasper et le rapprocha d'elle, l'air de rien. Il la prit à son tour par la taille en lui souriant et Alec détourna son regard pour le reporter sur son instrument.
Elle le testait - je le voyais par les regards en biais qu'elle lui lançait - il marchait - il sprintait, même - et il ne s'en rendait même pas compte.
« On pourrait peut-être commencer, maintenant qu'on est tous là. » Dis-je à Jasper et Tanya.
Celle-ci se laissa tomber de son tabouret et Jazz se pencha sur elle pour lui dire quelque chose à l'oreille. Elle passa une main légère sur sa nuque, les rapprochant encore une fois, puis elle rit en le laissant s'échapper. Il lui fit un sourire et se tourna vers nous, mais elle le rattrapa et embrassa rapidement ses lèvres, le figeant un peu. Il lui lança une œillade surprise, et elle eut un rictus en lui faisant un clin d'œil avant de se diriger vers la scène.
Pauvre Jasper… Heureusement que Lili n'était pas là…
Tanya sauta sur scène et vint s'asseoir sur le tabouret, ajustant le micro à son hauteur.
J'allai m'installer au piano, derrière à sa droite, Alec en fit de même sur une chaise, derrière à sa gauche, regardant le dos de Tanya, une expression triste et torturée sur son visage, alors que Jazz se postait sur une chaise près de moi avec sa guitare.
Tanya releva les manches de sa marinière jusqu'à en faire un t-shirt, dans le cliquetis de tous ses bracelets, je regardai son profil concentré alors qu'elle rajustait une dernière fois le micro et aperçus un A calligraphié noir entouré de trois étoiles rouges à l'intérieur de son bras.
Je jetai un regard à Alec qui tentait, je devinais, de s'enfermer dans sa bulle, mais dont les yeux étaient toujours fixés dans le dos de notre chanteuse.
« J'aimerais bien chanter My Immortal d'Evanescence, pour commencer. » Dit-elle.
Je me tournai vers elle et vis qu'elle m'observait.
Du coin de l'œil, je vis Alec figer ses doigts sur sa contrebasse, les yeux dans le vide.
Cette chanson était spéciale pour nous. Jane la surnommait « la chanson de la Tristesse » parce que Tanya la chantait toujours quand quelque chose n'allait pas et qu'elle ne savait pas comment l'exprimer.
« Elle commence à dater, je sais. » Fit-elle avec un sourire d'excuse.
Je lui souris à mon tour et commençai les première notes, alors qu'elle se retournait vers son public imaginaire et que sa voix rauque et chaude, s'élevait doucement dans la pièce. Un frisson me parcourut l'échine et je vis du coin de l'œil Jasper et Alec comme hypnotisés par notre chanteuse.
Oh oui… Comme j'aurais aimé que Miss Garce soit là pour voir ça…
* * *
« Pause. » Fit Jasper plus de deux heures plus tard.
Tanya se tourna vers lui et lui fit un sourire en descendant de son tabouret. Elle s'étira, dévoilant un peu son ventre légèrement hâlé et se dirigea vers le bar où elle attrapa un muffin.
Je regardai Alec qui était toujours dans sa bulle la rejoindre à pas lents et raides.
« Il est en train de vivre l'Enfer. Me souffla Jasper.
_ Je sais. » Lui dis-je sur le même ton.
Ça m'emmerdait. Parce qu'il était pour moi l'une des personnes les plus importantes sur cette foutue planète et qu'il se mentait à lui-même en se contentant d'un bonheur trop relatif pour le combler.
Il était dingue de Tanya.
Ça faisait près de six ans que je le savais. Il me l'avait avoué lorsqu'on l'avait surprise avec un gars, complètement torchée et camée à la coke et aux puppers dans la chambre des parents de mon meilleur ami. Elle avait à peine 16 ans. Il me l'avait dit alors qu'on attendait devant la porte des toilettes qu'elle ait fini de vider ses tripes, après avoir viré son mec, non sans recevoir maints coups de poings et gifles de la part de cette petite furie. Il me l'avait chuchoté comme un secret, comme s'il en avait honte et je m'étais montré compatissant. Parce qu'il s'engageait sur un terrain dangereux avec Tanya.
Rose et Lili s'en étaient aussi vite rendues compte, ce qui expliquait que tout le monde était au courant.
Seule Tanya ne l'avait jamais vraiment cru. Elle avait commencé à l'allumer, le rendre jaloux… Le séduire à sa façon. Et il l'avait toujours rejeté. Parce qu'il ne voulait pas d'une junkie et d'une dépravée.
A force de refus, elle s'était peu à peu enfoncée dans la drogue et l'alcool, couchant à droite et à gauche, avec n'importe qui, de n'importe quel sexe.
Son départ pour Seattle avait été un soulagement quelque part pour lui, je le savais. Mais il s'était voilé la face plus qu'autre chose en se convainquant que Miss Garce allait effacer Tanya de son cœur. Je n'arrivais pas à croire comment il avait pu espérer que ça arrive…
« Edward ! Tu viens sinon Jasper va tout finir ! » Me dit-elle en riant.
Je sortis de mes pensées et vis Tanya son bras autour du cou de Jasper qui engloutissait carrément le muffin qu'il tenait dans sa main.
Alec me faisait dos, la tête baissée sur ce que je devinais être un verre de jus de kiwi. Leur jus de fruits préféré avec Jane. Ses muscles étaient tendus, ça se voyait, et je soupirai lorsque mon regard tomba sur mon appareil numérique qui traînait un peu plus loin sur le bar.
Un rictus déforma ma bouche alors que je descendais de la scène. Je me dirigeai à mon tour vers le bar et me saisis de mon appareil en m'asseyant sur le tabouret vide entre Alec et Tanya.
Je l'allumai et allai dans le menu pour trouver mes derniers clichés, alors que Tanya et Jasper s'étaient tournés vers moi, curieux.
« Vous allez voir ce que j'ai trouvé dans mon salon, ce matin. » Murmurai-je en leur montrant l'appareil.
Alec se pencha sur moi à son tour, alors que ses yeux s'écarquillaient et qu'il éclatait de rire.
Tanya se figea un peu, un regard intense posé sur mon meilleur ami. Comment pouvait-il ne pas se rendre compte de ce genre de choses ?
« C'est truqué. Me dit-il en s'essuyant les yeux.
_ Non, je te jure ! C'est bien ta sœur et Jacob. Lui dis-je.
_ Impossible qu'elle ait dormi avec lui.
_ Impossible n'est pas Edward. »
Il éclata à nouveau de rire et me prit l'appareil des mains pour voir d'un peu plus près, comme s'il doutait que c'était bien Jane et Jacob assoupis ensemble, dans les bras l'un de l'autre sur mon canapé.
« Comment t'as fait ?
_ Elle s'est endormie sur moi, lui aussi à l'autre bout du canapé et je l'ai juste allongée contre lui. Crois-moi ou pas, elle a soupiré et il a passé un bras possessif autour de sa taille. Lui dis-je en haussant des épaules.
_ C'est qui ? Demanda Tanya, curieuse.
_ Le nouveau coloc' d'Edward. » Marmonna Alec.
A ce moment-là, je sentis mon portable vibrer, alors que mon meilleur ami avait toujours les yeux fixés sur mes derniers clichés. Quand on parlait de la femme du Diable…
« Je n'ai que trois mots à te dire : t'es mort. »
« Et si t'es toujours pas convaincu, tiens. Lui dis-je nonchalamment en lui passant mon portable.
_ T'es dans la merde, Ed. » Ria-il en lisant le message de sa sœur.
Je haussai des épaules, indifférent.
J'allais facturer mes honoraires, une fois que j'aurai former ces deux couples…
BELLA
Le jeudi, je reçus un message sur mon portable. Numéro inconnu.
« Hey, ça va ? Ça te dit une journée visite New York ? Je sais qu'on se voit demain, mais ça pourrait être cool ! »
Je fronçai les sourcils. La personne ne s'était pas présentée ; je supposais donc qu'il s'agissait d'une erreur.
« Faux numéro, désolée ! » tapai-je.
Quelques secondes plus tard, j'avais un nouveau message.
« T'es pas Bella ? »
Re-froncement de sourcils.
« … Et toi ? »
« Alice, grande bêta ! Ta future amie de boutiques ! Bon, tu viens ou pas ? Je te fais visiter la ville ! Pas la peine de répondre, en fait, je passe te prendre dans une demie heure en bas de chez Alec. »
Je poussai un soupir. Ah, les boutiques. Bon, ben j'avais plus qu'à me préparer ! J'entrai en mémoire le numéro de téléphone d'Alice en la renommant Pixie.
J'allais farfouiller dans la partie de l'armoire d'Alec qui était réservée à mes vêtements, et dénichai une petite robe marron très simple que m'avait offert Jane. Elle disait qu'elle mettait mes courbes et mes yeux en valeur. Cela m'avait surprise ; je ne voyais pas en quoi il pouvait être intéressant de mettre mes yeux, d'un marron sombre, en valeur. Enfin… j'aimais bien cette robe.
Je l'enfilai, me coiffai rapidement, ne me passai qu'un trait de crayon noir sous les yeux. C'était vraiment pour Alice que je faisais ça ; elle avait un certain pouvoir sur moi, assez étrange.
Alec n'était pas là ; il était parti avec sa contrebasse après m'avoir embrassée. « C'est une surprise », avait-il répondu quand je lui avais demandé où il allait.
Alice était à l'heure en bas de chez Alec ; elle se gara en double file, et je me dépêchai de monter dans sa Porsche sous les coups de klaxons énervés, alors qu'Alice insultait les autres conducteurs derrière elle.
Gonflée, la petite. Je ne pus m'empêcher de sourire.
« Bon, ça te dit une visite de ta future fac, pour commencer ? Fit-elle en se tournant vers moi avec un sourire. Alec a apparemment expressément demandé à ce que je ne te traumatise pas aujourd'hui. Il croit que tu vas passer une mauvaise journée demain avec moi et Rose. Il est ingrat. Tu sais que ses plus belles chemises, c'est moi qui les lui ai trouvées ?
_ Euh, je croyais que c'était Jane, tentai-je de placer d'une toute petite voix.
_ Oh, elle est pas mauvaise niveau goût vestimentaire. Mais la Mode, c'est aussi un métier ! Je fais des études de stylisme. À propos, ta robe est pas trop mal.
_ Jane, soufflai-je.
_ Oui, je me doute que c'est pas une fille qui est capable de s'attacher les cheveux encore humides qui achèterait ça. Mais bon, passons. T'auras besoin de quelques petits cours. Enfin rien de méchant ! Demain, on fera un tour chez un coiffeur aussi ; mais pas de maquilleur, je m'en chargerai. Tu devrais te limer les ongles » débita-t-elle en attrapant ma main.
Je fronçai les sourcils, la regardant comme si elle venait d'une autre planète.
« Quoi ? Ah, et on rejoindra Alec et les autres tout à l'heure.
_ Tu sais où ils sont ?
_ Au club de jazz. »
Directement après avoir dit ça, Alice se mordit la lèvre, et tressaillit. Elle me jeta un coup d'œil inquiet.
« Euh… j'étais pas censée te le dire, en fait. Enfin, Alec voulait te faire la surprise, le week-end prochain, pas celui-là mais celui d'après, il donne une représentation de jazz. Il voulait… que tu l'apprennes le soir même… »
Je fronçai les sourcils.
« Alors pourquoi tu m'amènes les voir en fin de journée ? Si c'était une surprise ?
_ C'est Edward qui m'a dem… Oh, ok, soupira-t-elle en frappant son volant. L'enfoiré. Il a fait exprès de faire rater la surprise d'Alec. »
Elle avait l'air vraiment énervée. Moi, je secouai la tête, désabusée. J'étais même pas étonnée.
« Je ne comprends pas pourquoi il ne t'aime pas, fit-elle. T'es pourtant sympa. »
J'eus un reniflement.
« T'inquiètes, moi je comprends. »
Elle me jeta un regard surpris, mais j'éludai d'un geste de la main.
« Euh, on arrive à la fac » dit-elle.
Je regardai par la fenêtre, avec un petit regret. La fac de New York n'était pas mon premier choix, à vrai dire ; mais je l'avais demandée pour pouvoir me rapprocher d'Alec. Je secouai la tête. Je n'avais aucun regret à avoir.
Nous tournâmes un petit moment sur le campus, avec Alice. Puis nous reprîmes sa voiture, et elle m'emmena au club de jazz en faisant un tas de tours et détours pour me montrer quelques lieux qu'elle jugeait incontournables.
Quand nous passâmes les portes du club, je levai immédiatement la tête pour observer la décoration ; c'était chic, tamisé. Très agréable. J'aimais vraiment beaucoup.
Il trônait dans le fond de la salle dans laquelle Alice nous avait introduites une petite estrade ; sur laquelle se trouvaient Alec à la contrebasse, Edward au piano, Jasper à la guitare, et une fille que je ne connaissais pas au micro.
Ils levèrent tous la tête pour s'arrêter de jouer, surpris.
Enfin, tous surpris… sauf un. Devinez qui.
« Alice ! Bella ! Mais qu'est-ce que… commença Alec.
_ Tu demandes à ton meilleur pote. » répondit Alice en fusillant Edward du regard.
Edward qui joua nonchalamment quelques notes sur son piano alors qu'Alec lui lançait un regard énervé.
« Je termine les présentations » fit-il, impassible.
Un froid tomba, et je lançai un regard étonné à la chanteuse, qui me regardait aussi sans rien laisser transparaître.
« Personne ne va parler ? Reprit Edward. Tanya, je te présente Isabella ; la copine d'Alec. »
Je hochai la tête, un peu amère. Il n'avait pas trouvé mieux, hein ? Je plantai mon regard dans celui de la blonde, qui semblait un peu gênée.
« Oh, c'est toi que, de l'avis général, je suis censée détester alors ? » Fis-je d'une voix claire.
Je marquai une pause de quelques secondes, alors qu'elle me dévisageait, et regardait Edward, puis revenait à moi avec un petit sourire.
« Non, t'as l'air sympa. Et puis, je ne suis pas du genre à haïr les gens dès le premier regard juste parce qu'on n'a pas jugé utile de me les présenter lus tôt… » fis-je en martelant chaque syllabe.
Je gardai mon regard fixé sur Tanya, histoire qu'Alec ne comprenne pas trop que je faisais référence à son meilleur ami. Enfin… je savais qu'il aurait des doutes, mais…
La blonde sauta avec prestance de l'estrade, et se dirigea vers Alice et moi ; elle embrassa rapidement sa sœur sur la joue avant de se tourner pour me faire face.
« Apparemment tu sais pas mal de choses ; je répondrai donc « ah, c'est toi que moi aussi je suis censée détester ? » mais au final, je ne pense pas que ce sera le cas. Dommage. Ç'aurait été plus simple. »
Je lui souris.
« Enchantée de te rencontrer. »
Il était vrai que je ne l'étais pas tout à fait, quand même. Mais bon…
« De même. »
Et voilà. L'échange de formalités semblait s'être plutôt bien passé…
Je reportai mon regard sur Alec. Et fis tout pour ne pas montrer que j'accusais le coup.
Il évitait mon regard ; évitait aussi de regarder Tanya. Et les autres. Il regardait son instrument.
Je savais très bien ce que ça voulait dire.
Il était gêné. Et pas seulement de ne pas m'avoir parlé d'une erreur de jeunesse.
Il y avait quelque chose qui clochait.
Je croisai le regard d'Edward ; celui-ci jubilait. Bien entendu. Une vague de colère m'envahit ; mais que pouvais-je y faire ? Peut-être avait-il raison au final. Après tout, il le connaissait depuis plus longtemps que moi.
Alec descendit de l'estrade, et vint me prendre dans ses bras ; le regard de Tanya s'assombrit un peu, mais elle se dirigea nonchalamment vers Jasper pour passer son bras autour de sa taille et se coller à lui.
« Bien ; je pense qu'on avait fini, fit-il d'une voix froide en jetant un regard glacial à Edward.
_ Euh… on n'a pas revu la moitié des chansons prévues pour la semaine prochaine, protesta Jasper en se dégageant de Tanya sous le regard satisfait d'Alice.
_ Eh bien continuez si vous le voulez, fit Alec d'une voix tremblante de colère. Moi, je rentre avec Bella. »
Il me lâcha, et se dirigea vers la scène sans un regard de plus pour les autres, et remballa toutes ses affaires. Edward arborait désormais un air fermé. Je me raidis, et me dirigeai vers lui alors qu'Alec zippait l'étui de sa contrebasse.
« Tu vas encore penser que je fous la merde, n'est-ce pas ? » Lui dis-je à voix basse. « Peut-être que la prochaine fois t'y songeras à deux fois en me faisant amener à l'une de vos représentations. »
Je lui tournai le dos, et rejoignis Alec qui m'attendait. Il me tint la porte, et je saluai les autres d'un geste de la main.
À l'extérieur, nous restâmes silencieux jusqu'à sa voiture ; et durant tout le trajet jusqu'à son appart, aussi.
Ce n'est que quand nous fûmes entrés que je me postai contre le chambranle de la porte de la pièce dans laquelle il rangeait tous ses instruments, attendant qu'il daigne me regarder.
Je ne fis que l'observer. Il se redressa, se passa la main dans les cheveux.
« Bella… » commença-t-il.
J'haussai un sourcil.
« Écoute… Je sais que j'aurais dû te parler d'elle.
_ Comme tu aurais dû parler de moi à ton ami, soupirai-je. Là n'est pas le problème.
_ … Alors… Où est-il ? »
Je le regardai, un peu triste, quelques instants. J'avais l'impression qu'un vide se faisait en moi.
« C'est très clair, pour moi. » Fit Alec en amorçant un pas dans ma direction. « Je ne l'aime plus. »
Je baissai le regard, blessée.
Il l'avait aimée. Et je commençais à sentir au fond de moi que ce n'était pas que du passé, comme il semblait vouloir le dire -comme il semblait le croire.
Déjà, parce qu'Alec ne parlait quasiment jamais de sentiments. Il m'avait déjà dit qu'il m'aimait, oui. Mais c'était rare. Il n'avait que peu d'amis proches.
Elle, elle était spéciale. Elle devait forcément l'être, pour qu'il ait cessé de l'aimer ; du moins, qu'il croie avoir cessé.
Je sentis ses bras s'enrouler autour de moi, m'attirer contre son torse ; et je fermai les yeux, refoulant mes larmes et respirant son odeur.
« C'est toi que j'aime, Bella. Je ne veux pas que tu en doutes. »
Je m'appuyai plus contre lui, agrippant ses hanches de mes mains comme pour me retenir à l'idée que tout était rose entre nous. Que ce n'était qu'un mauvais rêve.
Mais au fond de moi je commençais à comprendre que notre couple n'avait rien d'un couple normal, avec ses hauts et ses bas. En quatre ans, jamais nous n'avions connu de bas. Pas une dispute, pas une histoire de jalousie non plus. Et voilà que quelques jours à peine après que nous ayons emménagé et qu'il ait commencé à me présenter à ceux qui l'entouraient, notre monde parfait se fissurait.
Je sentis sans rien pouvoir y faire une larme rouler sur ma joue ; Alec resserra sa prise autour de moi, et continua à me murmurer qu'il m'aimait.
« Moi aussi je t'aime » lui répondis-je dans un sanglot ; il me recula de lui, et sécha mes joues avant de les embrasser ; puis il se pencha sur mes lèvres et m'embrassa.
Je m'agrippai à lui comme à une bouée de sauvetage ; et la chaleur qui nous était familière commença à m'envahir.
Il me regarda dans les yeux, et commença à faire glisser ma robe sur mes épaules.
Et passa la nuit qui suivit à essayer de nous rassurer l'un et l'autre quant à la force de notre amour.
Alors ? Qu'avez vous pensé de ce chapitre ? Et surtout, que pensez-vous de Tanya ? Des relations qui vont se tisser maintenant ? Des prochains évènements à venir ? Je vous laisse à votre imagination, n'hésitez pas à nous étonner avec vos supputations... à bientôt !
