Bonjour bonjour !

Je vous adresse un ENORME merci pour vos reviews, qui sont toutes extrêmement flatteuses et touchantes ! Nous sommes ravies que notre histoire vous plaise autant, même si certains pairings sont particuliers (et vous n'avez pas tout vu ;) ), même si la relation Bella/Edward est complexe et va mettre encore quelques chapitres à se mettre en place, même si Edward est parfois (ok, souvent) salaud, même si Bella est aveuglément amoureuse d'Alec... C'est un réel plaisir de publier avec des lectrices (lecteurs ?) tel(le)s que vous.

Bref un grand merci pour vos reviews, et désolée de ne pas avoir le temps de vous répondre... Je tenais quand même à répondre à la question de l'une d'entre vous : Voodoooo' : ton analyse est pertinente : Edward cherche effectivement à détruire (allez, soyons réalistes, broyer) Bella, et oui, bien sûr, cette haine ne va pas durer éternellement. S'il y a des influences des Liaisons dangereuses, elles ne sont pas volontaires et tu es la première à m'en faire prendre conscience. Ce n'est pas impossible toujours ^^.

Oh et ne vous en faites pas. Bella saura contre-attaquer, mais surtout, faire perdre pied à Edward le moment venu ;). Tout n'est pas joué...

Bonne lecture !


Chapitre Cinq : De stagnation

EDWARD


Vous êtes-vous déjà sentis désespéré parce que plus rien n'avançait dans votre vie, que tout s'était tout d'un coup arrêté au point mort et que plus rien ne semblait vouloir bouger de nouveau ? Vous êtes-vous déjà sentis tellement désespéré que vous seriez prêt à tout - ou presque tout - pour que ça change ?

Parce que c'est ce que je ressentais à ce moment-là.

* * *

Quelques jours s'écoulèrent à partir de notre soirée « montagnes russes et chute de la mort » comme l'avait surnommée à juste titre Lili.

Depuis, Alec ne m'avait toujours pas donné signe de vie, ni n'avait répondu à mes appels, mes messages ou mes mails.

Depuis, Lili n'avait pas réussi à sortir sa petite protégée une seule fois, même sans détour dans les magasins se rapportant de près ou de loin aux fringues.

Depuis, Jane me faisait la gueule.

Depuis, Rose n'arrêtait pas de me tanner à propos de Baloo.

Depuis, Demetri avait compris que ma sœur ne reviendrait pas et qu'elle allait sans doute sortir avec Baloo et était entré dans une phase de dépression intérieure ou je ne sais trop quoi, parce que d'apparence, tout allait bien mais tout avait changé en lui, tout le monde le voyait.

Depuis, Jacob - qui avait réussi à me soutirer mon portable pour prendre le numéro de Jane - n'arrêtait pas de la harceler à propos de « leur nuit passée ensemble et de leur danse endiablée ».

Depuis, Jasper se désespérait à cause de notre concert.

Depuis, Tanya avait été retrouvé shootée, au bord de l'overdose, dans sa salle de bains par Lili.

Bref, il était temps que les cours reprennent pour que j'ai un bon prétexte pour m'enfermer pendant des heures à la BU sans que personne ne vienne m'emmerder avec toutes ces histoires et pour que je puisse aussi enfin penser à autre chose qu'à la tristesse pure et crue que j'avais vue dans les yeux de Miss Garce ce soir-là.

Il allait d'ailleurs falloir que je lui parle, parce que c'était nous qui avions gagné le « Fais ce que voudra » et donc le vœu. J'avais une petite idée sur ce que j'allais demander, mais comme c'était un vœu qui devait se faire « en commun » - dixit Lili d'une voix ferme et sans réplique - la demande devait donc être faite en nos deux noms.

Je demandais un temps mort. Ou un fil d'Ariane pour sortir du labyrinthe.

Je détournai mes yeux de Central Park inondé d'un Soleil presque trop brillant et agressif pour ce début de mois de Septembre et regardai l'heure sur mon horloge murale : 14 h 36. Il était temps que j'y aille si je ne voulais pas être en retard à mon cours de piano.

Je pris une bouteille d'eau dans le Frigo, une pomme et sortis de mon appartement. Arrivé dans la rue, j'envoyai un message à Jane si jamais elle voulait m'attendre à la sortie du conservatoire - c'était tellement beau de rêver… - puis me mêlai à la foule new-yorkaise à pas pressés.

Vingt minutes plus tard, j'arrivai à destination et vérifiai à tout hasard mes messages - inutilement, je le savais -. Je soupirai et essayai de l'appeler, pour une fois. Une tonalité, puis la messagerie. Il allait falloir que je passe chez elle.

Je vérifiai l'heure et pénétrai dans le conservatoire, résigné, en espérant que Joshua n'allait pas massacrer mon morceau encore une fois.

* * *

Une heure et demie, quelques pleurs et reniflements plus tard, je ressortais, excédé.

Pourquoi avais-je accepté de donner des cours à ce gosse, déjà ? Ah oui, pour faire plaisir à ma mère qui connaissait ses parents et qui trouvait qu'il me ressemblait quand j'avais son âge.

Un surdoué.

Un virtuose, m'avait-elle dit.

Ah, Bach et Mozart, il connaissait par cœur, oui, mais sorti des sentiers battus, il n'y avait plus personne. J'avais beau dire à ma mère qu'il manquait d'expériences musicale et surtout humaine - il n'avait que 9 ans - pour satisfaire mes attentes de lui et surtout mes espoirs, elle me demandait quand même de persévérer.

Rome ne s'est pas faite en un jour.

Un autre adage qu'elle me répétait souvent.

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

Elle me sortait même les morales de ce fabuliste du XVIIe siècle français afin de m'encourager à revenir au conservatoire pour Joshua.

Je regardai une nouvelle fois mon Smartphone : aucun signe de Jane à l'horizon. J'inspirai profondément, agacé : est-ce que je tentais le Strawberry avant d'aller à l'assaut de la porte blindée de son appartement ? Je pesai le pour et le contre et finis par me diriger vers Central Park. Je m'étonnais de devenir aussi naïf, mais qui ne tente rien, n'a rien alors autant faire le détour.

Je flânai un moment dans le jardin public, légèrement apaisé à l'ombre des arbres, regardant même les enfants courir en s'aspergeant d'eau, les filles lézarder au Soleil en lisant leurs magasines de mode, lunettes de Soleil perchées sur leur nez, les calèches tirées par un cheval blanc qui faisaient faire le tour du parc aux touristes pour quelques dollars, même les couples qui marchaient doucement ou qui étaient assis sur les bancs ou bien encore aux pieds des chênes qui peuplaient Central Park. Puis je finis par atteindre la sortie Nord, où se trouvait le Strawberry Café et la vis à la terrasse, son iPod sur les oreilles, balançant sa jambe au rythme de la musique qu'elle écoutait, plongée dans son magasine people.

Je souris en me dirigeant vers elle ; elle ne changerait jamais.

Je soulevai son sac qu'elle avait posé sur la chaise à ses côtés et vis le coin de sa bouche tressaillir ; elle m'avait commandé un milk-shake au chocolat. Elle avait donc prévu mon détour. Je m'assis en silence, prenant mon verre et l'observant du coin de l'œil.

« Tu as beaucoup de chance que ma rancune aie des limites, Edward, j'espère que tu t'en rends compte. » Me dit-elle en tournant une page de son magasine, sans me regarder.

Je lui souris en avalant une gorgée de mon milk-shake. Quatre jours que je ne l'avais pas vue ; elle m'avait manqué cette petite teigne.

« Je passerai sous silence le fait que tu aies donné mon numéro à Mimi-Siku. » Enchaîna-t-elle, toujours en feuilletant son magasine.

Je souris une nouvelle fois, évitant le fait que ce n'était pas moi qui l'avais « trahie ». Je préférais la conforter dans ses convictions alors qu'on venait à peine de se « réconcilier » ; elle n'avait jamais aimé avoir tort.

Elle finit par reposer son magasine et enlever les écouteurs de ses oreilles. Puis, elle posa ses lunettes de Soleil sur sa tête pour me faire face et me fit un petit sourire.

« Alors… Comment tu vas ? » Me demanda-t-elle en plongeant ses yeux ambrés dans les miens.

Je haussai des épaules en lui souriant en retour.

« Bof… Mes chemises se sentent un peu seules sans toi sur le sol de ma chambre.

_ Tu ne les as pas rangées ? Dit-elle en plissant ses yeux.

_ Ce n'est pas moi qui les y ai mises. »

Elle soupira en marmonnant, mais son sourire était toujours là. Apparemment, je lui avais manqué aussi.

« Et toi ? Lui demandai-je en buvant une autre gorgée de ma boisson.

_ Bof aussi. Pratiquement plus personne ne peut me joindre à cause du Sauvage… Il m'appelle au moins 20 fois par jour, même au milieu de la nuit, j'ai fini par éteindre mon portable. Vic et Jess sont rentrées hier d'Italie. Elles sont enchantées. Je n'ai jamais compris pourquoi on faisait autant d'histoires pour le Vieux Continent. C'est vieux et sans intérêt. Ça ne vaut pas New York, même Seattle. Pourquoi tu souris comme ça ? »

Elle me regarda en levant un sourcil sceptique alors que je l'observais toujours en souriant.

« Tu m'as manqué. » Lui dis-je en portant une nouvelle fois mon verre à mes lèvres.

Elle se figea un peu, la bouche entrouverte, les joues légèrement rouges soudain. Puis elle but à son tour en détournant son regard ; c'était sa façon de me faire comprendre que le sentiment était partagé. Une fois qu'elle eut repris une attitude impassible, elle se retourna vers moi et me demanda :

« Tu ne trouves pas ?

_ Je ne connais pas trop l'Europe. Répliquai-je en haussant des épaules.

_ Si un jour tu veux faire un voyage, choisis les Caraïbes. Au moins, tu auras les plages turquoises et tièdes pour tromper ton ennui. » Me conseilla-t-elle.

Nous enchaînâmes sur ce qui s'était passé au Strawberry Night.

Elle me raconta qu'elle était rentrée avec Rose et Lili, Tanya ayant mystérieusement disparu lorsque moi-même, j'étais rentré avec Jacob et Jasper. Baloo avait donné son numéro à ma sœur qui l'avait accepté sans l'ombre d'une hésitation - chose très rare chez elle, elle se méfiait toujours un peu des mecs en général - Alec et sa copine s'étaient aussi éclipsés sans un mot ni entre eux, ni pour les autres.

« Je ne l'avais jamais vu comme ça, Edward. Je n'avais jamais vu ce vide dans ses yeux. Cette fille est mauvaise. Elle est aussi toxique que toutes les saloperies qu'elle prend.

_ Tu as eu des nouvelles d'Alec depuis ? Parce que j'ai essayé d'en avoir, mais il n'a pas répondu. Lui demandai-je en éludant ses sous-entendus sur Tanya.

_ Oui. Enfin non, pas tellement. » Me dit-elle en haussant des épaules. « Il n'est pas très bien. Il n'est plus allé au conservatoire. Bella m'a dit qu'il n'avait pas touché un instrument depuis ce week-end, non plus.

_ Ils sont toujours ensemble ?

_ Bien sûr ! Quelle question ! Encore heureux qu'elle ne va pas se laisser faire par cette garce. Bella aime mon frère et tu le sais très bien. Ça se voit.

_ … Ça te dirait qu'on aille les voir ? On ne va pas les laisser s'étouffer dans leur bulle ad vitam eternam !

_ Justement. Je suis venue en partie pour ça. Même si tu m'as manqué aussi, je l'avoue. Il va falloir que tu le secoues… »


BELLA

New York, 29 août 2009,

Cher journal,

J'ai mal.

Mais, bien pire ; Alec aussi.

Je venais d'ouvrir mon carnet. 8 mots. C'est tout ce que j'y avais inscrit depuis vendredi. Nous étions mardi.

Les cours allaient reprendre. Et je bénissais ça ; même si en même temps, l'idée de m'éloigner d'Alec me brisait le cœur.

M'éloigner d'Alec.

New York, 31 août 2009,

Cher journal,

Je poussai un soupir, relevai la tête, le regard perdu dans le vague. Rien ne me venait, je n'arrivais à rien écrire.

Puis les mots semblèrent glisser de ma plume.

Derrière mes rétines, ton nom s'écrit en lettres rouge sang ;

Et meurtri, mon cœur s'enlise et meurt.

Toute la journée, j'écoute couler les heures,

Mais rien ne les rythme que les silences et les blancs…

.

Il faut qu'un jour toute chose s'évanouisse, toute…

Mais moi qui croyais pouvoir compter sur notre amour à sang pour cent

Je cours après ces nuages qui se dissipent, mais notre route

N'est qu'un chemin qui se divise dans un éclair violent.

Je me mordis la lèvre, alors qu'une larme roulait sur ma joue, et refermai mon carnet.

Depuis vendredi, quatre jours s'étaient écoulés. Quatre jours qui m'avaient parus comme… une traversée du désert, l'escalade d'un sommet.

Je manquais d'air. Je n'avais plus de souffle. J'avais mal ; un trou béant dans la poitrine.

Je me regardais m'éloigner de celui que j'aimais. Je le regardais chercher à me rassurer sur nous. Je le regardais chercher à se rassurer sur nous.

Je le regardais souffrir, et cela, ajouté à ma propre peine, était le pire.

La nuit, je pleurais dans ses bras.

La journée, on faisait l'amour comme si tout allait bien.

Mais ça n'était plus l'amour. C'était déchirant.

J'essayais de me convaincre du contraire, mais rien n'y faisait. Je devais bien me rendre à l'évidence.

Il avait beau m'aimer, elle… il l'avait dans la peau. Comme un poison, comme une drogue. Une simple piqûre que ni l'un ni l'autre n'avait réclamée, mais qui désormais les liait d'une manière indéfectible.

Je le voyais chercher à se défaire d'elle dans mes yeux, dans mes bras, dans ma bouche, dans mon corps. Je le voyais, désespéré, prier le ciel pour faire de moi la seule qu'il aimerait.

Je le voyais échouer, heure après heure, et je le voyais s'enliser. Il s'accrochait à moi, vaine tentative de se sortir du marécage.

Mais rien n'y faisait. Notre amour ne suffisait pas.

Je ne suffisais plus.

Et ça me brûlait.

Il souffrait avec moi. Et je l'aimais ; je ne voulais pas de ça.

Je ne voulais pas qu'il souffre avec moi. Je voulais qu'il soit heureux -même avec une autre.

Et pourtant, je n'avais pas la force de partir.

Quitte-moi… je t'en supplie, quitte-moi. Fais-le pour nous, fais-le pour toi.

Il ne le ferait pas.

Sa raison ne voulait pas d'elle.

Son corps ne voulait plus de moi.

Et moi, déchirée entre les deux, je m'égarais.

Je rangeai mon journal, me dirigeai vers le canapé, telle un zombie.

Il était là, me regardant approcher avec cet air désespéré que je lui voyais sur les traits depuis quatre jours.

Je m'accrochai à lui, et il m'embrassa. Me coucha sur le canapé, passant ses mains sous mon tee-shirt, dans mon dos, dans mes cheveux, sur mes joues.

Je l'embrassai dans son cou, m'abreuvant de son odeur, de son goût -comme si c'était la dernière fois. J'ouvris sa chemise, faisant glisser ma bouche sur ce corps que je connaissais autant que je l'aimais.

Autant qu'il me devenait étranger et inaccessible.

Pas de mots, juste des gestes.

Des baisers.

Des larmes.

Et la sonnette.

Nous sursautâmes, le cœur battant à tout rompre, comme s'il… voulait sortir de notre poitrine.

Alec glissa une main dans mes cheveux, recommença à m'embrasser.

Mais la sonnette retentit à nouveau, plus insistante et, fermant les yeux, il cessa. Je penchai la tête en arrière, et me levai pour aller ouvrir.

C'était Jane. Et Edward.

La première sembla vouloir parler ; mais je lui fis un simple sourire forcé, et l'accompagnai au salon tout en lissant mon tee-shirt et en remettant de l'ordre à mes cheveux.

Alec était en train de reboutonner sa chemise. Je m'assis à côté de lui, et il posa sa main crispée sur ma cuisse.

« Salut » fit Jane.

Le regard d'Alec croisa celui de son meilleur ami ; et il passa un bras autour de mes épaules, me collant à lui comme pour faire passer un message.

Mais ce message était vide de sens. Aussi vide que devait l'être mon regard à cet instant précis.

« Salut, fit-il d'une même voix avec Alec.

_ … Ça va ? »

Alec hocha la tête alors que je serrai simplement le poing entre nous.

« Et vous ? Demandai-je.

_ Très bien » répondit Edward après un bref silence.

Silence qui reprit ses droits.

Mon regard se mit à vagabonder vers la baie vitrée, se perdant dans la clameur de cette fin de chaude journée.

« Vous avez passé un bon week-end ? Demandai-je d'une voix un peu morne.

_ Un peu vide. Je n'ai croisé personne, répondit Jane.

_ Jacob a pourtant essayé de t'appeler. » commentai-je avec un petit sourire.

Elle me balança le coussin qui trônait sur le petit canapé sur lequel elle s'était assise. J'esquissai un rire, mais le cœur n'y était pas.

« Alice voulait te faire visiter le pays.

_ Ouais… C'est à charge de revanche.

_ Il vaut mieux. Quand elle a une idée en tête…

_ Hum… Bella ? Je pourrais te parler… s'il te plaît ? »

Je regardai Edward réellement pour la première fois depuis qu'il était entré dans l'appart.

Hormis le fait qu'il venait -et c'était nouveau- de m'appeler par mon prénom et de me faire une phrase complète et polie, son visage exprimait une certaine lassitude qui me poussa à ne pas rechigner.

Peut-être voulait-il simplement laisser un peu les jumeaux ensemble. Et peut-être était-ce une bonne idée.

Je hochai la tête, me levai et l'invitai à me suivre. J'ouvris la grande baie vitrée, le laissai passer, et refermai derrière nous.

J'allai m'accouder à la balustrade, assez loin de lui ; et hors de vue d'Alec et Jane.

Je lui jetai un regard ; il me fit un sourire. Je lui renvoyai une question muette.

« Hum… commença-t-il. Tu as entendu parler de notre victoire ?

_ Notre victoire ? Répétai-je d'une voix atone.

_ Oui. L'autre soir… en boîte. »

Le silence retomba, alors que je sentais mes pupilles se contracter. Je restai parfaitement immobile, lui tournant à trois quarts le dos.

« Ah. C'est nous qui avons gagné, alors.

_ Hum. Et… on doit faire un vœu en commun. »

Je poussai un soupir un peu agacé.

« Choisis-le, s'il n'y a que ça qui compte.

_ On doit être deux. Alice y tient. »

Je soupirai, me tournai vers lui.

« Mais j'ai une idée, si tu l'acceptes. »

Je lui fis un geste de la main pour qu'il poursuive.

« Que dirais-tu de forcer Jane et Jacob à se mettre ensemble pendant une semaine ? » Me dit-il avec un sourire en coin, comme s'il était fier de lui.

Je lui renvoyai un regard sceptique.

« Que t'a fait Jane, au juste ?

_ Moi qui pensais que l'idée t'arracherait un sourire… Même faux. » Répondit-il en se renfrognant. « Mais soit. Si tu veux tout savoir, elle a mis le bordel dans ma chambre après la nuit qu'elle a passé avec Jake. Je sais, non, nous savonsqu'ils se tournent autour depuis trop longtemps. Je veux juste leur donner un coup de pouce… A ma façon. »

J'eus un petit sourire, bien que mon regard restât triste.

« Mouais. Je n'ai pas de raison de refuser, Jake sera ravi. En quoi cela consistera-t-il ? Ils sont obligés d'effectuer disons au moins quatre sorties, de manger ensemble, de… dormir ensemble ?

_ Preuves à l'appui. Rajouta-t-il avec un sourire carnassier.

_ Si c'est chez toi qu'elle dort avec Jake, tu les auras les preuves, répondis-je avec un ton un peu plus amusé.

_ Je veux des photos de leurs sorties. Je la connais, tu sais. Elle peut être très vicieuse et te faire croire tout ce qu'elle veut. Elle va me détester mais… le jeu en vaut la chandelle.

_ Elle va nous détester. J'avoue que l'idée de te laisser lui annoncer est tentante. Mais j'ai mes limites dans le sadisme ; même avec toi. C'est Alice qui s'en chargera. Elle, et sa brillante idée de nous faire danser, ajoutai-je dans un marmonnement en me retournant vers la balustrade.

_ Ok. »

Je hochai la tête, et me décollai de la balustrade pour rentrer à nouveau dans l'appart. Alec et Jane étaient en train de discuter ; ils relevèrent la tête à notre entrée. Je vins m'asseoir en travers des genoux d'Alec, qui passa ses bras autour de moi.

« Bon, finit par faire Jane. On va y aller. »

Nous hochâmes la tête, et nous levâmes tous.

« On se voit à la répèt', demain après-midi, Alec ? » demanda Edward.

Alec hocha la tête, le regard vide. Je savais ce que cela signifiait. Il y aurait Tanya, et encore une fois Alec rentrerait détruit -à l'instar de notre couple.

« Bon. Ben à demain.

_ Au revoir.

_ À plus. »

La porte se referma sur eux, et le silence revint.

Alec m'entoura de ses bras.

« T'as cours toute la journée demain ? » me demanda-t-il.

Je cherchai dans ma mémoire, m'appuyant presque inconsciemment contre lui.

« Non, seulement la matinée.

_ On se fait un ciné, le soir ?

_ Ta répèt' risque de se finir tard, non ?

_ Ils termineront sans moi. » répondit-il d'une voix un peu dure.

Je hochai la tête en m'appuyant plus contre lui.

« Va pour le ciné. »

Il m'embrassa.


EDWARD

On sonnait à la porte de mon appartement.

Je soupirai d'agacement et me levai ; je n'arrivais même plus à me concentrer quand je lisais.

J'ouvris la porte sur un jeune, crâne rasé, piercé de partout, écouteurs autour du cou d'où sortait une musique hard rock, une besace lui barrant le torse ; un coursier.

« Jacob Black ? » Me demanda-t-il en sortant un rouleau de parchemin de son sac.

Lili, pensai-je.

« Un instant. » Lui dis-je en retournant dans l'appartement.

Ma réconciliation avec Jane aura duré même pas une demie journée. Lili avait dû s'occuper de faire parvenir la « sentence » aussitôt après que je lui eus envoyé un message pour lui faire part de notre vœu commun avec Bella.

J'entrouvris la porte de la chambre de mon colocataire qui lisait un magasine de voiture, torse nu sur son lit, la fenêtre de sa chambre grande ouverte sur ce début de fin de soirée.

« C'est pour toi. » Fis-je en retournant dans le salon.

Il leva un sourcil étonné, enfila rapidement un t-shirt et se dirigea vers l'entrée.

« Jacob Black ? Répéta le coursier.

_ Euh, ouais…

_ Signez ici, s'il vous plaît… Merci, bonne soirée. »

La porte se referma et Jacob vint s'asseoir à côté de moi en regardant le rouleau de parchemin délicatement enrubanné d'un tissu rouge vif.

« C'est une mode new-yorkaise ? » Me demanda-t-il en tirant sur le ruban.

J'essayai de garder mon sérieux alors qu'il déroulait le parchemin et que l'étonnement, puis enfin la joie mêlée à une excitation presque sadique se lisaient sur son visage mâte. Puis, il se tourna vers moi avec un grand sourire et me dit :

« Je vais demander à mon peuple de te construire un totem. »

Nous éclatâmes de rire en nous tapant dans la main alors qu'il me tendait le parchemin pour que je puisse lire ce que Lili lui avait envoyé.

Chers condamnés du Fais ce que voudra.

Après délibération du jury final, il a été décrété que M. Edward Cullen et Miss Bella Swan avaient remporté la première place de notre jeu, avec une note de 9 / 10 - nous les en félicitons une nouvelle fois -. Par conséquent, le vœu leur est revenu de plein droit.

Après concertation des deux parties et mise en accord commune, j'ai l'honneur de vous adresser, au nom du jury, votre sentence :

Durant une semaine, à compter de la réception de ce message, M. Jacob Black et Miss Jane Volturi devront sortir ensemble, preuves à l'appui. Du dîner aux chandelles, aux nuits passées dans le même lit, en passant par les sorties au cinéma, théâtre, et ballades au clair de Lune. A chacun des rendez-vous effectués, une preuve concrète et tangible devra nous être apportée.

Bonne semaine - ou pas - à vous deux.

PS personnel adressé à Miss Jane Volturi : l'assassinat ou la torture ne sont pas considérés comme acte de complicité, d'amour ou de passion et n'entrent, par conséquent, en aucun cas dans les restrictions sus citées.

PPS personnel adressé à M. Edward Cullen : Nous avons été ravi de te rencontrer et t'avons apprécié à ta juste valeur. Tu nous manqueras. Rest in peace.

Cordialement,

Lili.

Nous éclatâmes à nouveau de rire alors que je reposai le parchemin sur la table basse devant moi.

« Pizza pour fêter ça ? Me demanda-t-il avec un grand sourire.

_ Ouais, je dois avoir un prospectus magnétisé sur le Frigo. Répondis-je en m'étirant.

_ Elle le fera pas, si ?

_ Oh si, t'inquiètes. On va la voir débarquer dans pas longtemps, à mon avis. »

Près de deux heures plus tard, alors que nous regardions un match de basket en mangeant une pizza aux quatre fromages, la sonnette retentit violemment.

« Qu'est-ce que je t'avais dit ? » Dis-je à Jacob sans quitter l'écran des yeux.

Il rit en se levant et alla ouvrir.

« Salut, chérie. L'entendis-je dire d'une voix presque veloutée.

_ Toi, tu me touches, je… Commença la voix froide de Jane.

_ T'émascule ? Fais trembler tes grands ancêtres ?

_ Te pousse au suicide ! Fis-je la bouche pleine.

_ Toi, le traître, tu la fermes !

_ C'est quoi, ça ? » Demanda Jacob entre deux fous rire.

Je me détournai de l'écran et vis une grosse valise aux pieds de Jane qui me fusillait du regard.

« Mes affaires. Grogna-t-elle.

_ C'est une semaine. Pas un déménagement définitif. »

Je réprimai un rire et me retournai vers le match de basket.

Elle marmonna quelque chose et traîna sa valise vers la chambre de mon colocataire.

« Attends, je vais t'aider. » Lui dit-il.

Je me tournai vers eux une nouvelle fois en prenant mon portable et pris une photo au moment où il saisissait la poignet de la valise avec un sourire en coin, alors qu'elle semblait être prête à l'atomiser via ses pupilles ; première preuve.

« Qu'est-ce que tu fais ? Aboya-t-elle dans ma direction en arrachant sa valise des mains de l'Indien.

_ Preuves à l'appui, t'as oublié ? Lui répondis-je avec un rictus.

_ T'as intérêt à mettre en ordre tes affaires et à te préparer pour l'autre monde dans une semaine, Edward. Je te le conseille très très fortement. Me dit-elle avant de s'enfermer dans la chambre de Jacob.

_ Je sens que ça va être l'une des meilleures semaines de ma vie. » Fit-il en se laissant tomber à côté de moi.

Quelques minutes plus tard, elle ressortit de la chambre, vêtue d'un pantalon en lin noir et d'un débardeur violet, les cheveux rapidement relevés en un chignon lâche. Elle nous fusilla du regard alors que Jacob la suivait des yeux jusqu'à la cuisine.

Elle retraversa le salon avec une caisse de produits ménagers et referma violemment la porte derrière elle.

« Elle va faire le ménage ? Me demanda-t-il, railleur.

_ Oh non. Je suppose qu'elle va désinfecter sa « moitié de chambre ». »

Il éclata de rire en secouant la tête.

« Elle est jolie, quand même… Quand elle est plus… naturelle. Me dit-il.

_ Ouais… » Fis-je, en souriant à mon tour.

Combien de chances y avait-il pour qu'il survive à la première nuit si jamais il avait le malheur de mettre un doigt dans son espace vital désinfecté ?

Oh… Une sur dix milliards s'il avait été gâté par la providence.

Plus d'une demie heure plus tard, alors que j'avais mis un film avec Johnny Depp pour l'inciter à s'asseoir avec nous, elle ressortit avec sa caisse de produits ménagers et jeta un coup d'œil à l'écran. Je la vis un instant hésiter, puis elle me fusilla une nouvelle fois du regard avant de s'éloigner à pas lourds vers la cuisine.

Il y avait quatre choses auxquelles elle ne pouvait pas résister : le jus de kiwi, le chocolat, une virée shopping et Johnny Depp.

Je lançai une œillade entendue à Jacob pour lui faire comprendre que c'était dans la poche, quand elle revint se laisser tomber à côté de lui en croisant ses bras sur sa poitrine, raide comme une reine des glaces. Au bout de quelques minutes, il passa un bras incertain autour de ses épaules, et elle finit par se caler contre lui en contractant ses mâchoires.

Je reportai mon attention sur l'écran plasma, un sourire aux lèvres. A la fin du film, ils étaient toujours dans la même position ; elle semblait toutefois s'être un peu plus décontractée.

« Va te récurer. Et je te préviens ; t'as pas intérêt à me tripoter pendant ton sommeil, sinon je… Dit-elle sur un ton menaçant.

_ T'émascule et ferai trembler tes grands ancêtres. Soupira-t-il avec un sourire.

_ Ou te pousserai au suicide. » Rajoutai-je avec un rictus.

Elle ne prit même pas la peine de se tourner vers moi pour essayer de m'exterminer via ses pupilles et se leva pour se diriger vers la chambre de Jacob.

Je me levai à mon tour et m'étirai.

« Vas-y doucement, quand même. Lui dis-je avec un sourire.

_ Oh, oui. C'est pas moi qui lui monterai dessus cette nuit. » Me répondit-il en allant dans sa chambre.

Je secouai la tête et pris mon portable pour envoyer un message à Lili :

« Opération Mimi-Siku & Maïtika 2gether enclenchée. E. »

Après un rapide détour dans la salle de bains, j'allai dans ma chambre et reçus la réponse de la meilleure amie de ma sœur :

« Une chanson particulière pour ton élégie à l'église ? »

« You Can Leave Your Hat On de Joe Cocker et faites-moi plaisir : je veux un beau strip et que tu sautes sur Jasper à la fin. »

* * *

Le lendemain, je me réveillai et tendis l'oreille : aucun bruit dans l'appartement. Ce qui signifiait que soit, il y avait eu un meurtre durant la nuit, contrairement aux règles préétablies, soit que tout s'était bien passé.

Je me levai et sortis de ma chambre ; Jacob était déjà habillé et mangeait un bol de céréales.

« Salut. Me dit-il la bouche pleine.

_ Toujours en vie, à ce que je vois.

_ Oh, oui… »

J'attrapai un bol, le lait, et m'assis à côté de lui.

Jane finit par apparaître au moment où il se levait pour mettre son bol dans l'évier. Lorsqu'elle arriva à ses côtés pour prendre un mug, il la saisit par la taille, la tourna vers lui et posa un peu brutalement ses lèvres sur les siennes.

« Bonjour, chaton… » Souffla-t-il en faisant glisser ses mains sur ses hanches. « A ce soir, Edward.

_ Salut. » Répondis-je dans un rire alors qu'il sortait de l'appartement.

Elle ouvrit brusquement le placard et se hissa sur la pointe des pieds pour attraper la tasse.

« T'as intérêt à te la fermer. » Siffla-t-elle en évitant mon regard, les joues un peu rouges.

Je plongeai mon nez dans mon bol pour ne pas rire et nous déjeunâmes dans un silence pesant. J'allai ensuite rapidement m'habiller, passai par la salle de bains et me dirigeai rapidement vers la sortie quand Jane m'interpella :

« Ça serait sympa si tu passais prendre Bella… »

Je lui jetai un regard surpris et sceptique.

« C'est sur ton chemin. Et ça ferait sans doute plaisir à Alec. Ça lui prouverait que vous êtes… un tant soit peu… en bonne entente. »

Je grognai et sortis de l'appartement.

A mi-chemin, je reçus un message de Lili qui voulait savoir comment la première nuit s'était passée.

« Pas de mort, ni de blessé léger ou grave. Il l'a embrassé ce matin, j'aurais dû prendre une photo. »

Arrivé au pied de l'immeuble d'Alec, j'inspirai profondément et entrai dans le hall. J'eus à peine le temps de faire deux pas qu'elle sortit de l'ascenseur en se figeant un peu, surprise, le regard vide.

« Mon acte de charité journalier. » Lui dis-je sur un ton que j'espérais plaisantin, au bout d'un moment de silence.

Elle se contenta de me regarder, puis se dirigea vers la porte en verre que je venais de refermer.

Je la suivis en soupirant une nouvelle fois.

Je n'essayai pas une fois de lui parler sur le trajet, même si j'avais envie de savoir comment allait mon meilleur ami.

Elle, regardait dans le vide, tournant machinalement aux coins des rues, s'arrêtant comme un robot aux intersections où il fallait qu'on traverse.

Près d'un quart d'heure plus tard, nous arrivâmes enfin sur le campus de l'université Cornell. Nous nous dirigeâmes vers notre domaine mais je la retins par le bras lorsqu'elle voulut entrer dans le bâtiment principal.

« Par là. » Marmonnai-je en l'entraînant vers les pelouses.

Une fois de plus, elle me lança un regard sceptique mais se laissa entraîner vers les chênes un peu plus loin, là où on avait pris l'habitude de se retrouver avec les autres entre nos cours quand le temps nous le permettait ou pour déjeuner.

Tanya, Victoria, Jessica et Jasper étaient déjà là, en train de discuter.

« … J'ai préféré Florence. Jess, Rome. Disait Victoria à Jasper.

_ Vous avez eu beaucoup de chance, je vous envie. La patrie de Jules César et de Léonard de Vinci… Lui répondit-il avec un sourire.

_ Oui, c'est vrai. Tu vois le côté ruines et musées en premier, c'est normal pour un historien…

_ Hot Boy ! » La coupa Tanya en nous voyant arriver.

Elle s'avança vers moi en me faisant un grand sourire et m'embrassa délicatement la joue en me prenant par la taille. Elle lança un regard à Bella qui s'était un peu arrêtée en retrait et se détourna lentement, comme penaude.

« Edward ! » Crièrent d'une même voix Jessica et Victoria sans prêter attention à la copine de mon meilleur ami.

Elles vinrent à leur tour faire claquer une bise sur chacune de mes joues - Jess à droite, Vic à gauche - et me regardèrent avec un air extatique.

J'eus un rictus et me tournai vers Bella qui semblait toujours aussi… inerte.

« Les filles, je vous présente Iz… Bella. La copine d'Alec.

_ La copine d'Alec ? » S'étonna Jessica en la regardant.

Alléluia ! Je n'étais pas le seul à ne pas être au courant de son existence, apparemment.

« Mais oui ! Tu sais ! La fille de Seattle ! » Lui dit Victoria en soupirant. « C'est bien toi ? »

Quelqu'un aurait une corde avec un nœud coulant bien solide dans son sac ?

« Oui. Souffla-t-elle avec un petit sourire contrit.

_ Alec n'arrêtait pas de parler de toi ! » Enchaîna Vic.

Ah bon ? Première nouvelle.

« Alors, vous avez sauté le pas ? C'est cool ! »

Victoria entama la conversation, Bella répondant plus ou moins à ses questions -essayant de suivre le rythme.

« La nouvelle du groupe ? Renifla Jessica en la regardant un peu de travers.

_ Alors… Qu'est-ce que tu as fait ces derniers jours depuis notre… sortie ? Me demanda Tanya en appuyant un peu la main qu'elle avait posé sur ma hanche pour que je reporte mon attention sur elle.

_ Pas grand-chose. Toi, par contre, j'ai su que tu t'étais éclatée toute seule dans ta salle de bains. »

Elle me fit un petit sourire en haussant des épaules.

« Jazz m'a dit qu'on se voyait pour une répèt' aujourd'hui. Fit-elle au bout de quelques secondes.

_ Il vaudrait mieux, oui…

_ Je ne sais pas si je vais le faire avec vous, tout compte fait. Dit-elle en lançant un regard à Bella par-dessus son épaule.

_ Ne fais pas ça. Il t'en voudra beaucoup.

_ Il m'en voudra aussi si je viens. »

Nous échangeâmes un regard avec Jasper. Nous savions tous les deux qu'elle avait raison.

« Fais-le pour ta sœur. » Lui dit-il après une pause.

Elle se tourna vers lui et lui sourit sans répondre.

« Eh les gens ! Pas que j'ai pas envie de sécher cette première journée, même si ça ferait mauvais genre, mais il est l'heure. » Nous dit Jessica en consultant sa montre.

Je me tournai vers Bella une nouvelle fois, toujours accaparée par Vic qui semblait se contenter de ses réponses devenues simples onomatopées - je me demandai vaguement si elle s'en rendait vraiment compte - puis, nous nous séparâmes. Jasper s'éloigna vers les amphis d'Histoire, Tanya vers ceux de psycho, et Vic, Jess, Bella et moi, vers ceux de Lettres.

Vic et Jess étaient dans un autre Master de Lettres ; nous ne devrions avoir, si nos plannings respectifs étaient corrects, que deux cours en commun.

Notre première conférence était commune. C'était en quelque sorte la prérentrée de tous les Masters première année de Lettres.

Nous entrâmes dans l'amphi, Bella en tête ; elle choisit un rang vers le milieu, et s'y assit, vite rejointe par Vic, suivie de Jess.

Je me plaçai à côté de cette dernière.

Une journée magnifique s'annonçait…


BELLA

Un homme qui devait probablement avoir la cinquantaine nous fit un discours d'introduction relatif à l'année qui allait suivre ; décrivant dans les grandes lignes les différents Masters littéraires. La dénommée Victoria passa son temps à me parler ; et quand j'eus compris que décidément le quinquagénaire ne nous apprendrait rien d'intéressant, je me tournai vers elle et me plongeai réellement dans sa conversation.

« … sympa Seattle. Mais ça fait longtemps que je n'y ai pas été ; la dernière fois c'était pour voir Alec et Jane, alors t'imagines… »

Elle poursuivit en me demandant où je passais mes vacances, ce que je faisais en dehors des cours. J'étais un peu gênée, comparée à elle qui visiblement avait l'habitude des longs voyages et des découvertes de pays que personnellement je ne visiterai jamais qu'en rêve ; par manque d'argent, d'une part, mais aussi peut-être par manque de motivation. Je ne niais pas que je ferais bien, à l'occasion, un petit voyage en Europe ; mais de là à aller visiter des pays dont j'avais à peine entendu mentionner le nom, il y avait tout un fossé.

Je lui répondis qu'en dehors de la faculté, des Lettres -et d'Alec-, je me passionnais pour la montagne. Non, je ne faisais pas d'escalade. Oui, j'en avais déjà fait. Oui, j'allais reprendre. Oui, avec la faculté.

Une option sport. On m'aurait dit ça il y avait encore quelques années, je ne l'aurais pas cru.

Nous discutâmes tout le long de la présentation, ne nous interrompant que pour recopier l'emploi du temps de la semaine qui allait venir. Elle était dans un autre Master ; dommage, elle avait l'air sympa. Quoique très bavarde ; mais je me disais qu'une fois qu'elle aurait atteint son objectif de tout savoir de moi, elle se calmerait.

Enfin je supposais.

Un autre professeur vint interrompre le quinquagénaire, lui rappelant, un peu gêné, que les enseignements commençaient et qu'il était en train de nous lâcher en retard.

Nous nous levâmes tous ; je jetai un rapide coup d'œil à Edward, mais celui-ci était accaparé par la dénommée Jess. Victoria m'entraîna vers la sortie de l'amphi, rigolant en disant qu'il avait manqué à son amie, et qu'elle rattrapait le temps perdu. Et bien, elle n'avait qu'à le rattraper ; je n'allais sûrement pas rester plantée à l'écouter.

Je me dirigeai vers la prochaine salle où nous aurions cours. Un autre amphi. Heureusement que j'avais appris le plan par cœur avant de venir…

Il était en train de se remplir peu à peu. Un professeur un peu ventripotent nous regarda nous installer peu à peu, de fines lunettes perchées sur son nez.

Je m'installai sur le rang de sièges du milieu, tout au bout. Les autres étudiants commençaient déjà à former quelques groupes. La plupart d'entre eux se connaissaient pour avoir passé leur Licence à New York.

Une fois que plus aucun bruit de porte ne retentit, le professeur se présenta.

M. Goentall, qui nous ferait les enseignements de philologie.

Je sortis un calepin et un stylo de mon sac ; et écrivis.

Enfin, je pouvais respirer. Seule, les pensées centrées sur autre chose que sur mes problèmes de cœur.

C'était comme une délivrance -même si elle n'était qu'éphémère et illusoire.

Le cours suivant avait lieu dans le même amphithéâtre. Voilà qui était pratique. C'était le dernier de cette journée. Je le regrettais franchement. Mais je commençais à avoir faim ; j'allais rentrer manger, je supposais, puis retourner à la faculté visiter la Bibliothèque universitaire. Fameuse B.U. où, à tous les coups, je passerai tout mon temps libre pendant les quelques heures où je n'aurais ni cours, ni escalade, et où elle serait ouverte.

Quand j'allais rentrer, je savais qu'Alec partirait. Peut-être Edward allait-il me raccompagner. Il passait sans doute le prendre. Je ne savais même pas. Nous n'avions plus parlé de répétition, avec Alec. Comme si tout ce qui touchait de près ou de loin à Tanya était trop douloureux pour être évoqué.

Je pris quelques notes, bien que le cours, d'introduction, restât assez vague.

À la sortie, je rangeai mes affaires en attendant que tout le monde sorte des amphis ; ils se bousculaient presque, comme s'il y avait le feu. Nous n'étions pourtant qu'une cinquantaine.

Je sortis donc après une minute ; me figeai un instant, le temps de repérer mon chemin.

Et sentis quelqu'un me rentrer dedans au moment où je croisais le regard d'Edward.

Je me retournai ; une jeune fille brune, qui devait avoir mon âge, sortait du même amphi que moi.

Écarlate, elle posa sa main sur sa bouche et se confondit en excuses.

« Oh, pardon, je suis désolée, je ne t'avais pas vue, je… »

Elle se baissa pour ramasser le calepin qu'elle avait laissé tomber lors de notre collision, et je lui fis un sourire rassurant.

« T'inquiètes, c'est rien. Mes feux stops sont en panne. »

C'était plutôt naze comme entrée en matière, mais je n'avais pas mieux sur le champ, et elle avait l'air trop gêné pour que je la laisse sans rien d'autre qu'un haussement d'épaules.

Elle me fit un sourire timide.

« Tu étais ici non, juste avant ? Demanda-t-elle en désignant l'amphi dans notre dos.

_ Oui. On fait le même Master il semblerait.

_ Angela Weber, se présenta-t-elle en me tendant la main.

_ Bella Swan », fis-je en lui serrant.

Nous nous sourîmes.

« Je ne suis pas du coin, fit-elle avec un petit sourire.

_ Moi non plus, ris-je. Je viens de la fac de Washington.

_ Seattle, répondit-elle.

_ Ah oui ? J'y ai passé quelques années, pendant le lycée !

_ Super ! Mais tu es originaire d'où, alors ?

_ Un autre village, grimaçai-je. J'ai un petit peu voyagé, à partir de mes seize ans, dirons-nous.

_ Bella ! » Fit Victoria en arrivant vers nous d'un pas dansant.

C'était une manie avec Alice ou quoi ?

« Edward se demande s'il doit t'attendre pour repartir ? »

Je jetai un regard au meilleur ami d'Alec, qui me lançait des œillades agacées, et haussai les épaules.

« Non, il peut y aller !

_ Il passe prendre Alec, t'es au courant.

_ Je m'en doute.

_ Bon, ben… à plus alors ! Je suis contente de t'avoir rencontrée. Depuis le temps, sourit-elle.

_ De même, souris-je en retour. À demain ! »

Elle s'éloigna, et je vis au loin Edward s'en aller, alors que Jess et Victoria liaient leurs bras pour se diriger vers l'un des parkings du campus.

« Bon… Eh bien, ravie de t'avoir rencontrée également, sourit Angela.

_ De même. À demain, je suppose.

_ Oui ! À demain. »

Elle se retourna et commença à s'éloigner. Sur une impulsion, je la hélai.

« Attends ! Euh… »

Elle se retourna.

« Dis… si t'as rien à faire… moi, mon copain ne sera pas là quand je rentrerai. Ça te dirait si… enfin, on pourrait manger ensemble ? » m'empêtrai-je.

Puis je fronçai les sourcils ; ça ne me ressemblait pas d'être aussi… sociable.

« C'est pas grave, marmonnai-je, oublie.

_ Non ! C'est ok. Je suis en colocation avec deux mecs ; ils n'auront qu'à se débrouiller seuls pour déjeuner. Mais je ne connais pas le coin.

_ Par là » fis-je en désignant une route qui menait, selon mes repérages, à quelques snacks et autres petits restaurants.

Nous nous mîmes à marcher.

« En colocation alors ? Avec deux mecs, ça doit pas être simple.

_ Ouais, mais ils sont gentils. C'est une maison qui a été aménagée pour recevoir quatre étudiants, le propriétaire loge un peu plus haut dans la rue. C'est assez cool, même s'il y a cuisine, salon et salle de bains communes.

_ Le tout est de ne pas tomber sur de mauvais coloc, ris-je.

_ Je le verrai bien ! Et toi ? Tu habites chez ton copain ?

_ Oui.

_ Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?

_ Quatre ans. C'était pas facile, quand j'étais à Washington, et lui à New York.

_ C'est sûr, vous ne deviez pas vous voir souvent.

_ Si, il venait régulièrement, et je lui rendais visite aussi parfois. Enfin… »

La tristesse m'encombra la gorge. Mais Angela ne le remarqua pas ; normal, elle ne pouvait pas savoir.

« C'est pour ça que tu es venue à New York ?

_ Oui. » soufflai-je.

Je me repris, et souris.

« Tiens, qu'est-ce que tu dis de ce restaurant ? »

Nous nous arrêtâmes regarder la carte.

« Ça marche pour moi, fit Angela.

_ Ok ! »

Nous nous installâmes à une table sur la terrasse ; et rapidement un serveur vint nous apporter deux cartes.

Nous continuâmes à discuter de tout et de rien pendant une heure.

Angela était une fille sympa, discrète. Elle avait été élevée dans une grande famille, son père était pasteur.

Une grande famille. Une famille. Ce mot était comme une notion un peu étrangère, pour moi. C'était Emmett, ma seule famille. Mon père étant en quelque sorte un ermite qui ne sortait de sa maison de campagne que pour exercer son noble métier de chef de la police d'une petite ville de l'état de Washington nommée Forks. Ma mère, elle, voyageait un bout à l'autre du pays, parfois en dehors. Je ne savais pas, en général. Il m'arrivait simplement de recevoir une carte postale d'une destination plus ou moins exotique. Quand elle pensait à m'en envoyer une.

Avec Emmett, elle n'avait plus beaucoup de contacts. Il lui en voulait. Du divorce, de m'avoir emmenée alors que lui restait avec notre père. De n'être pas la mère attentionnée qu'on aurait été en droit d'avoir.

Moi, j'étais simplement contente pour elle tant qu'elle était heureuse. Sans plus.

Nous nous séparâmes en début d'après-midi avec Angela. Elle retourna chez elle, à pied, et je repartis vers la B.U., où j'errai une heure durant. Mais je n'avais pas réellement la motivation de prendre un livre, m'asseoir et l'ouvrir.

Alors je rentrai. Dans l'appartement vide.

Alec m'avait dit qu'il quitterait la répèt' un peu avant les autres, ce soir. Pour qu'on se fasse une soirée à deux. Je l'attendis donc.

Quand il rentra, il me fit un faible sourire et m'embrassa un peu distraitement. Je n'osai même pas lui demander si Tanya avait été présente. De toutes façons, cela ne changeait rien.

Qu'il la voie souvent ou non, cela ne modifiait pas ce lien qu'il semblait y avoir entre eux. Ce mur qui semblait se former entre lui et moi.

Il prit une rapide douche ; et nous nous décidâmes pour un cinéma suivi d'un restaurant.

« Ça a été ? Demandai-je alors que nous nous dirigions vers le multiplex.

_ La répèt' ? Oui. Nous devrions être au point, Samedi soir.

_ Vous faîtes d'autres répèt' ?

_ Eux, oui. Moi, non.

_ Pourquoi ? » demandai-je, surprise.

Il haussa les épaules sans répondre.

« Et ta journée de cours ?

_ Oh, ça a été. Les deux enseignements qu'on a eus avaient l'air plutôt intéressants.

_ Il vaut mieux, sourit-il en posant sa main sur mon genou. Tu n'es pas rentrée avec Edward, ce midi.

_ Non… J'ai rencontré une fille, sur le campus. Elle fait le même Master, on a mangé ensemble.

_ Ah, d'accord. Quand je lui ai demandé où tu étais, il ne m'a pas répondu. »

Évidemment. C'est une vraie tête de con, ton copain.

Bon, à sa décharge, il n'était pas censé savoir ce que j'allais faire de mon après-midi. Il aurait au moins pu lui dire que j'étais avec une nouvelle tête.

C'est pas grave. Te prends pas la tête.

Je souris à Alec.

« Eh bien il va falloir trouver à s'occuper pour les prochaines soirées alors ! »

Il se gara, se tourna vers moi, et m'embrassa.

« T'en fais pas pour ça… » murmura-t-il à mon oreille.

Ne pas s'en faire. Non, ne pas s'en faire…


Alors ? Vous avez aimé ?

Prochain chapitre... Je vous annonce un tournant très important dans les relations entre quelques personnages. Pas le plus important de la fic, c'est certain, mais un tournant plus que nécessaire en tous cas. A la semaine prochaine pour les curieux(ses) !!!