Bonjour bonjour !

Et oui nous revoilà avec ce nouveau chapitre... Celui qui va marquer un changement important dans la relation entre plusieurs chapitres ! Le chapitre qui fait BOUM, pour citer une de nos reveweuses ( ;-) ).

Je tenais à répondre à une review sans nom : en effet, il semble qu'il y aie eu une confusion dans des dates... Bravo de l'avoir relevée ! Mais c'est vrai qu'on finit par s'y perdre avec toutes ces dates... Je crains qu'il ne soit possible qu'il y aie d'autres fautes... En tous cas merci pour ta remarque !

Bon, je n'en dis pas plus ; je suppose que vous êtes pressé(e)s de lire ce chapitre ! Merci encore pour toutes vos reviews et vos mises en alerte/Fav !

Bisous !


Chapitre Six : De nos combats inutiles

EDWARD


Ça vous est déjà arrivé de faire quelque chose de vraiment, vraiment absurde, que vous n'auriez jamais pensé ou même évoqué dans votre esprit, afin d'éviter de faire souffrir encore plus une personne pour qui vous feriez n'importe quoi ? Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous sacrifier en quelque sorte pour, selon vous, la bonne cause ?

Parce que c'est ce qui m'est arrivé ce soir-là.

48 heures environ que Jacob et Jane sortaient ensemble.

40 heures environ qu'il l'avait embrassé devant moi pour la première fois.

24 heures environ qu'ils avaient effectué leur première sortie au cinéma en tant que couple.

21 heures environ qu'ils étaient rentrés de cette sortie et qu'elle m'avait jeté au visage les places de ciné et le ticket du restaurant comme preuves concrètes et tangibles.

19 heures environ qu'il l'avait embrassé devant moi pour la deuxième fois.

11 heures environ qu'elle lui avait mis le premier vent de leur vie de couple lorsqu'il avait tenté de l'embrasser alors qu'elle sortait de la salle de bains.

3 heures environ qu'elle l'avait elle, embrassé devant moi pour la première fois après qu'il n'aie pas arrêté de parler de sa « frigidité ».

2 heures et 57 minutes environ qu'ils s'engueulaient à cause de ce baiser qu'il l'avait « poussé à lui donner », selon elle.

« Edward, tu es témoin ! Il m'a poussée à bout ! Hurla-t-elle, appuyée contre le bar de mon appartement, les joues toujours rouges, les bras croisés sur sa poitrine, le fusillant du regard.

_ Bien sûr ! Je t'ai forcé à enfoncer ta langue dans ma bouche ! Et je t'ai aussi poussé à te blottir contre moi hier soir, hein ? » Répliqua-t-il d'un ton acerbe depuis leur chambre dont il avait laissé la porte ouverte.

Je soupirai en me passant une main tremblante sur mon visage ; ils commençaient à me donner mal au crâne.

Ils étaient toujours en train de se crier dessus quand je sortis de ma chambre 20 minutes plus tard et que je me dirigeai vers la porte de mon appartement.

« Prochaine étape : la danse à l'horizontale ! Je vous conseille de ne pas sortir ce soir et de concrétiser, je ne tiendrai pas une semaine comme ça. Oh ! Et évitez le Club si vous voulez quand même faire une sortie, merci et… bonne partie de jambes en l'air. Mettez la chaîne en route, même si ça ne servira pas à grand-chose… Histoire de me préserver un tant soit peu. »

Je ne laissai pas le temps à Jane de répliquer, et la laissai plutôt hurler sur la porte. C'était plus reposant pour mes oreilles et la veine qui pulsait dangereusement à ma tempe.

En descendant les escaliers de mon immeuble, j'envoyai un message à Alec pour savoir s'il était prêt.

La veille, il n'était pas venu à la répèt', mais avec Jasper, on s'en était doutés.

Tanya était arrivée avec énormément de retard ; elle avait dû craindre sa présence aux vues de son expression soulagée lorsqu'elle était entrée dans le Club désert et nous avait aperçus, seulement Jasper et moi. Elle avait chanté sans conviction ; elle n'avait pas fait vivre ses paroles, mais ni Jasper ni moi n'avions fait la remarque. Parce qu'elle avait dû s'en rendre compte. Et qu'elle avait dû faire tout ce qu'elle pouvait compte tenu de la situation.

On s'était mis d'accord pour commencer avec U turn Lili.

On l'avait rassurée en lui disant que si ça n'allait vraiment pas, on réduirait notre répertoire.

Mon portable vibra lorsque je tournai au coin de son boulevard.

« On t'attend en bas. »

On.

Oui. Elle allait être là.

C'était logique, même si j'aurais préféré qu'il en soit autrement. Parce qu'il allait être encore plus déchiré en les ayant toutes les deux devant les yeux. Et que je ne savais pas si j'allais pouvoir le supporter encore une fois sans rien dire, même si ça ne me regardait pas.

Je les rejoignis quelques minutes plus tard. Ils se tenaient par la main.

Il avait l'air tranquille. Elle aussi, bizarrement.

« Salut. Me dit-il en me faisant… un sourire ?

_ Salut. » Répétai-je en lui faisant la bise.

J'avais vu sa copine à l'université plus tôt dans la journée, j'étais donc dispensé de l'embrasser devant mon meilleur ami - ça aurait pu lui enlever sa bonne humeur, je n'avais pas trop envie de faire semblant ce soir… en grande partie à cause de sa sœur -.

Il prit sa contrebasse qu'il avait posé contre le mur derrière eux et me demanda :

« Jane et Jacob ? »

Je laissai échapper un rire alors que nous nous dirigeâmes vers sa berline.

« Elle l'a embrassé tout à l'heure. J'ai bien cru qu'ils allaient me faire un petit au milieu du salon mais elle s'est ensuite mise à hurler que c'était à cause de lui, parce qu'il la tannait à cause de sa… frigidité.

_ Ouh… Sujet sensible. Dit-il en ouvrant la portière côté conducteur, après avoir mis son instrument derrière son siège.

_ A qui le dis-tu… Soupirai-je en montant derrière.

_ Ils vont venir ?

_ Je leur ai conseillé d'éviter.

_ Merci. » Ria-t-il.

Je jetai un regard à Bella ; elle ne disait rien mais elle avait l'air assez… tranquille. Distante était le mot le plus adéquat.

Sur le trajet, il m'apprit que ma sœur et Lili devaient arriver en retard parce que Baloo sortait de son travail à 22 heures.

« Ils sortent ensemble ? Demandai-je à Bella.

_ Oui. Enfin, quelques sorties, juste. Ne va pas t'imaginer tout de suite… Non, peu importe. Même si tu voulais en discuter avec mon frère, j'm'inquiète pas pour lui. »

Je soupirai et ravalai la réplique acerbe qui me piquait la langue.

Ne pas s'énerver ; elle n'en valait vraiment pas la peine.

« Et les autres ? Me demanda-t-il lorsque nous arrivâmes devant le Club où des personnes faisaient la queue.

_ Aucune idée… On aurait dû venir plus tôt ; tu vas avoir du mal à te trouver une place.

_ On n'est pas loin de chez mon père. Je vais me garer dans son parking privé. »

« Putain, vous êtes là ! » Souffla Jasper lorsque nous pénétrâmes dans le Club surchauffé et bondé.

Nous contournâmes les diverses tables rondes éparpillées dans la salle jusqu'à la scène où Tanya vérifiait notre matériel.

Elle était belle dans sa robe noire qui lui arrivait aux genoux, ses cheveux qui cascadaient en boucles lourdes dans son dos. Ses yeux étaient tout de même trop mangés par l'eye-liner et le fard à paupières, ses lèvres un peu trop rougies par le rouge à lèvres qu'elle y avait appliqué.

Je montai sur scène pour la saluer et elle me fit un sourire en m'embrassant avant de reporter son attention sur les fils qui s'éparpillaient au sol jusqu'aux amplis.

« Tu vas bien ? Me demanda-t-elle en forçant un peu la voix pour couvrir le brouhaha de la salle.

_ Ça serait plutôt à moi de te pauser la question. Pas trop stressée ? Souris-je.

_ J'ai deux verres de Vodka pomme dans le sang ; dès que j'ai fini de vérifier tout ça, je vais reboire un verre, j'irai me rafraîchir et on pourra entrer dans l'arène. »

Je la regardai un instant ; elle avait l'air bien - du moins, aussi bien que possible -. Elle ne semblait pas être sous l'emprise de la drogue comme je l'avais craint durant la journée.

Une voix dans ma tête me souffla que tout allait trop bien, que ce n'était pas normal, mais je la repoussai bien vite ; il n'y avait aucune raison - ou presque - pour que notre concert ne se déroule pas convenablement à défaut d'être bien ou génial.

« On commence toujours par U turn Lili ? Lui demandai-je au bout d'un moment.

_ Bien sûr. Dès que ma sœur sera là. » Me répondit-elle avec un clin d'œil.

Je lui souris.

Nous revérifiâmes une dernière fois le matériel avec Jasper - il avait toujours peur d'un faux contact - alors qu'elle descendait de la scène d'un pas léger pour aller au bar… où Alec et Bella se trouvaient.

« Dans combien de temps on passe ? Questionnai-je Jasper.

_ Vingt minutes. » Fit-il en regardant sa montre.

J'acquiesçai en silence en regardant Tanya à l'opposé d'où étaient mon meilleur ami et sa copine.

Elle les observait, mais il lui tournait le dos.

Elle vida un premier verre alors que Mike lui faisait la conversation.

Alec prit Bella dans ses bras.

Mike servit un deuxième verre à Tanya.

« C'est son quatrième d'après ce qu'elle m'a dit. Dis-je à Jasper en fronçant des sourcils, en lui montrant notre chanteuse d'un geste du menton.

_ J'y vais. » Souffla-t-il en descendant les marches de l'estrade.

Il arriva jusqu'à elle, passa un bras autour de ses épaules, et elle détourna enfin les yeux de mon meilleur ami. Elle fit un sourire à Jazz et descendit de son tabouret pour se faufiler vers l'arrière-salle où se trouvaient les toilettes et la réserve.

Je descendis à mon tour de la scène et commandai une bière. Puis, retrouvai Jasper, Alec et… Bella.

« Il y a plus de monde que je le pensais… Dit Alec en jetant un regard circulaire à la salle.

_ Tu stresses ? Lui demanda sa copine en lui caressant le bras.

_ Non. Souffla-t-il en l'embrassant rapidement.

_ Tu sais si Jess et Vic viennent ? Demandai-je à Jasper en vidant mon verre.

_ Normalement. Mais c'est pas sûr. Elles étaient lessivées aujourd'hui. »

Alec ricana.

« Il a fallu qu'elles se rattrapent sur les potins qu'elles ont loupé ces dernières semaines. Ça demande de l'énergie. » Dit-il.

Nous discutâmes ensuite de notre première semaine de cours et je racontai à Jasper mes malheurs avec Jane et Jacob.

« Ça va être à vous. » Nous cria Mike en se penchant par-dessus son bar.

Je jetai un regard circulaire à la salle, cherchant Tanya que je n'avais plus vue depuis qu'elle s'était éclipsée aux toilettes.

« On y va. » Me dit Alec en embrassant sa copine avant que nous nous dirigions vers la scène.

Après un dernier rapide regard à Bella, qui semblait toujours aussi tranquille qu'en début de soirée, je me dirigeai vers la scène.

« Je vais voir si je trouve pas Tanya dehors. Elle doit déjà avoir son plan cul de ce soir. » Soupira Jasper en se faufilant vers la sortie.

Je regardai mon meilleur ami du coin de l'œil qui avait un air impassible sur son visage ; c'était sans doute mieux comme ça.

Nous montâmes sur scène où des têtes se tournèrent vers nous et allâmes nous installer à nos instruments.

Quelques minutes plus tard, nous n'avions toujours pas de nouvelles ni de Jasper, ni de Tanya. Je jetai un regard soucieux à Alec qui était concentré sur sa contrebasse ; il était trop coupé du monde pour que je ne m'inquiète pas.

Je me levai et le rejoignis.

« Ça va ? »

Il sursauta et me jeta un vague coup d'œil.

« Ouais. Marmonna-t-il en reportant son attention sur son instrument.

_ … On s'est pas beaucoup vus cette semaine.

_ On avait beaucoup à faire. »

Je ne répondis rien, me contentant d'acquiescer d'un signe de tête.

Le Club était encore plus surpeuplé que quand nous étions arrivés.

Je jetai un vague regard à ma montre et constatai que nous aurions dû commencer notre représentation près de 10 minutes plus tôt. Des clients commençaient à s'impatienter alors que je scrutai la foule ; toujours aucune nouvelle de Jasper ou Tanya. Un mauvais pressentiment était en train de naître en moi et je n'aimais pas ça.

Puis, j'aperçus Jasper qui joua des coudes jusqu'à la scène. Je soufflai de soulagement jusqu'à ce que je voie l'expression de son visage. Il avait le teint pâle, transpirait légèrement ; je regardai rapidement Alec qui lui aussi avait les yeux fixés sur le blond. Et ce fut à moi ensuite à qui il jeta un coup d'œil. C'était la première fois que je voyais les yeux de mon meilleur ami briller autant en quelques jours et j'aurais préféré que ça ne soit pas de cette peur panique que j'aperçus à ce moment-là.

« Elle est dans la réserve. » Nous dit Jasper d'une voix un peu rauque ; lui aussi paniquait.

Je me tournai une nouvelle fois vers Alec, appréhendant son manque de réaction ou pire, sa réaction. Son visage perdit l'espace d'un instant toute trace de vie ; ses traits se tendirent, ses yeux s'éteignirent encore une fois et s'éloignèrent dans la salle. Vers l'endroit où se trouvait Bella, toujours seule au bar.

Je me risquai moi aussi à y jeter un coup d'œil et vis que son visage avait repris ce masque vide qu'il avait revêtit toute cette semaine puis je devinai ses yeux devenir rouges à mesure qu'elle comprenait sans doute ce que moi, je comprenais : Alec était en train de choisir, même s'il n'en avait pas encore conscience.

Un mouvement sur ma gauche et les cris de protestation de quelques personnes dans la salle m'indiquèrent que mon meilleur ami venait de quitter la scène pour suivre Jasper.

Je vis Bella faire un geste mais me détournai pour m'élancer à leur poursuite. Je me dirigeai vers l'arrière du club, une boule d'appréhension nouant mon estomac. Je remarquai Mike, complètement paniqué, portable en main devant la porte de la réserve. Jasper essayait tant bien que mal de le rassurer même s'il n'en menait pas large non plus.

« C'est illégal. Je ne veux pas être mêlé à ça. Il en va de la réputation de l'établissement. Mon père va me tuer s'il apprend qu'une droguée a fait une overdose dans notre réserve ! »

Je me figeai alors que la porte s'ouvrait à la volée sur Alec qui soutenait Tanya par la taille, à moitié inconsciente.

« Il faut la faire vomir. » Dit-il en la traînant vers les toilettes.

Mon cœur battait la chamade alors que je la voyais à moitié morte, complètement tétanisé.

Je l'avais pourtant déjà vue dans cet état.

Avec Alec.

Avec Rose.

Avec Lili.

Mais là, il y avait quelque chose qui m'empêchait de bouger.

Était-ce l'expression soudainement effrayante de vie de mon meilleur ami ?

Était-ce parce qu'il y avait cette fille, là, dans la salle, que cette situation, que j'avais en grande partie provoquée - je ne le niais pas - sans penser aux conséquences, détruisait ?

« Il faut que j'appelle les flics. Je ne peux pas faire autrement. Dit Mike de plus en plus stressé.

_ Elle est shootée aux puppers et elle est complètement soûle. Il faut juste qu'elle vomisse ! » Cria Alec, plus pour se rassurer, j'eus l'impression, que pour Mike.

Je m'avançai enfin, alors que Jasper s'était décidé lui aussi à bouger et l'aidait à emmener Tanya dans les toilettes. J'y entrai à mon tour alors que Mike nous regardait, tremblant, les yeux écarquillés.

Jasper attacha rapidement les cheveux de Tanya avec l'élastique qu'elle avait au poignet, tandis que sa tête dodelinait sur l'épaule de mon meilleur ami, sa respiration rauque, ses yeux révulsés.

Alec releva rapidement les manches de sa chemise, l'agenouilla, lui pencha la tête légèrement en arrière et enfonça deux doigts dans sa gorge. Elle eut un violent sursaut ; il appuya sur sa nuque pour qu'elle se repenche sur les toilettes dont Jasper avait relevé la lunette. Je l'entendis vomir et une vague de nausée me submergea à mon tour.

« Fais monter le deuxième groupe sur scène si tu ne veux pas avoir des dommages en salle. » Soufflai-je à Mike qui commençait à devenir aussi blanc qu'un cachet d'aspirine.

Dès qu'il entendit le mot « dommages », il sembla reprendre ses esprits et se dirigea d'un pas mal assuré vers l'avant de la salle.

Je reportai mon attention sur Tanya qui était toujours en train de vomir.

Jasper tenait des mèches de ses cheveux qui lui tombaient sur le visage.

Alec avait passé un bras autour de sa taille et caressait doucement son dos, les yeux humides et cette vision faillit me retourner définitivement les entrailles.

Il était dans un putain de merdier.

Se rendait-il compte de ces gestes tendres qu'il n'aurait dû avoir que pour une seule personne avec des yeux aussi brillants qu'étaient les siens à ce moment-là ?

Se rendait-il compte que l'Amour, celui qu'on sublimait dans les livres, les tableaux, les films, n'était pas le seul qui existait ?

Se rendait-il compte qu'il était en train de payer le prix de la facilité qu'il avait choisie en espérant construire son avenir avec une autre fille que celle qui se tuait à petit feu parce qu'elle était trop en mal de lui ?

Au bout de quelques minutes, elle finit par se redresser, haletante, encore groggy.

Jasper sortit des Kleenex de la poche de son pantalon et les tendit sans rien dire à Alec. Il les prit, dans un état second, comme on fait les gestes par automatisme, sans y penser, en sortit un et essuya la bouche de Tanya, la main un peu tremblante.

Ça aussi, je l'avais déjà vu, même si à chaque fois, j'avais espéré que ce soit la dernière.

Quelques secondes passèrent, alors qu'aucun de nous ne parlait ou ne bougeait. Tout ce qu'on entendait, c'était une vague musique venir de la salle et la respiration rauque et profonde de Tanya.

Je remarquai qu'Alec tremblait de plus en plus lorsqu'il se laissa aller contre le mur immaculé derrière lui, le regard vitreux, lointain.

Puis une première larme sur sa joue droite qui coula difficilement, comme s'il avait souhaité la retenir.

Puis une seconde sur sa joue gauche lorsqu'il posa ses yeux sur elle, comme il la regardait avant, il y avait tellement longtemps de ça.

Je fis un geste vers la porte, me sentant soudain oppressé, lorsqu'il tendit lentement une main vers sa taille alors qu'elle s'accrochait toujours aux toilettes comme à une bouée de sauvetage.

Je ne voulais pas voir ça.

Je ne voulais pas voir mon meilleur ami finir de se déchirer le cœur alors qu'il abandonnait la douceur pour l'amertume.

Ça devait se passer entre eux, il ne devait pas y avoir de témoins.

Surtout pas Jasper.

Surtout pas moi.

Je me rendis compte que j'avais quitté les toilettes lorsque mon dos rencontra le mur derrière moi.

Jasper venait de se laisser tomber par terre et s'était pris la tête dans ses mains.

Une nouvelle larme coula le long de la joue de mon meilleur ami lorsqu'il prit Tanya contre lui et une encore lorsqu'elle sanglota dans son cou.

Puis une voix qui me glaça littéralement.

Une voix que j'avais complètement oublié durant tout ce temps.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Celle de Bella.

Je me tournai dans un état presque second vers elle ; elle avait l'air angoissé, à la limite d'être tétanisée. Mais elle non plus ne m'avait jamais paru aussi vivante qu'à ce moment-là depuis le début de cette foutue semaine.

Je regardai une nouvelle fois mon meilleur ami.

Je ne voulais pas qu'elle voie ça.

Je ne voulais pas qu'elle voie que l'amour qu'il lui portait n'était rien comparé à cette chose qui lui bouffait le cœur quand il pensait à Tanya.

Jasper tourna la tête vers moi, complètement paniqué ; apparemment, c'était le seul qui l'avait entendue, et je fis la première chose qui me passait par la tête. Je claquai la porte des toilettes et me dirigeai à grands pas vers elle.

Je lui saisis d'une main tremblante son poignet chaud et fin et la traînai vers l'avant de la salle.

Pour mon meilleur ami, j'aurais absolument tout fait.

Pour mon frère, j'aurais absolument tout fait.

Pour lui, j'aurais absolument tout fait…

« Qu'est-ce qui se passe ? » Répéta-t-elle, la détresse dans la voix alors qu'elle tentait de se défaire de ma poigne.

Je la poussai contre le mur, juste avant la salle.

Je ne voyais pas grand-chose. N'entendais pas grand-chose non plus. Juste les battements de mon cœur qui me donnaient l'impression de faire vibrer tout mon corps.

Avez-vous déjà fait quelque chose d'insensé pour protéger une personne à qui vous tenez presque plus qu'à votre propre vie ?

Elle se figea lorsqu'elle sentit mon corps se presser contre le sien.

Elle tenta sans doute de me repousser une première fois, mais je ne pouvais pas la laisser faire. Je ne pouvais pas la laisser aller là-bas.

Il me sembla alors qu'elle répéta sa question une troisième fois.

Mais je ne pouvais pas lui dire que leur vie était en train de partir en lambeaux à quelques mètres de là. Que tout ce qu'ils avaient essayé de construire, il était en train de le détruire.

Je plantai mes mains sur ses hanches et les fis remonter jusqu'à son visage où je sentis son sang palpiter.

Il fallait qu'elle pense à autre chose ; le temps d'un instant, de quelques secondes, il fallait qu'elle oublie tout.

Qu'elle lui laisse du répit.

Qu'elle lui laisse les minutes pour réaliser.

Qu'elle lui laisse le temps pour trouver les mots… et la quitter…

Je ne voulais pas qu'elle voie la partie obscure et torturée de mon meilleur ami. Celle qu'il avait laissé dominer son être au moment même où il avait quitté la scène, une éternité avant.

Avez-vous déjà eu un geste tendre envers quelqu'un contre votre gré ?

Avez-vous déjà senti vos mains se fixer, se crisper, se resserrer douloureusement sur la peau de l'autre parce que vos lèvres entraient en contact pour la première fois ?

Je sentis tout son corps se figer alors qu'elle posait ses deux mains sur mon torse pour me repousser ; j'appuyai encore plus ma bouche contre la sienne, jusqu'à ce que sa tête percute le mur derrière elle.

Qu'elle oublie.

Qu'elle oublie tout.

Sauf moi…

Mes doigts glissèrent sur son cou jusqu'à sa nuque alors que je me calais un peu plus contre son corps, pour la forcer à s'habituer à ma présence.

Il me sembla qu'elle émit un son inarticulé.

Ce fut à ce moment-là que je voulus oublier avec elle et que j'immisçai ma langue dans sa bouche.

Nos dents s'entrechoquèrent.

Je n'avais jamais fait ça. Je ne savais même pas ce que je faisais. Ma langue s'acharnait contre la sienne, l'attisait, la dominait. Je ne savais même pas qu'on pouvait embrasser quelqu'un sans vraiment le faire.

Nos mains se refermèrent sur l'autre.

Je voulais la maintenir contre moi, alors qu'elle voulait sans aucun doute s'échapper ; ne comprenait-elle pas ?…

Elle tenta une nouvelle fois de me repousser - je le sentais dans ses mains qui se pressaient contre mon torse -. Mais je collai encore plus mon corps contre le sien.

Ce fut à ce moment-là que je réalisais que ses formes semblaient épouser trop parfaitement les miennes.

Que mes lèvres, mes mains, ma peau s'habituaient trop facilement à elle.

Que je me reculai, haletant, comme si je m'étais électrocuté.

J'entendis tout à coup sa respiration sifflante.

Je vis la main tremblante qu'elle porta à sa bouche qu'elle essuya comme pour enlever toute trace de moi sur elle.

Je sentis ses doigts heurter violemment ma joue gauche, ensuite.

Puis plus rien.

Juste la chaleur étouffante de la salle. Les notes assourdissantes d'une basse.

La tiédeur de l'acidité qui envahissait ma bouche en même temps que ma salive alors que je réalisai que j'avais réussi. Qu'elle avait oublié. Qu'elle était partie.

Et enfin la froideur. La tétanisation de mes muscles lorsque je compris ce qui venait de se passer.


BELLA

Je rentrai à l'appart d'Alec, sans réfléchir. Sans penser. Sans rien. La seule sensation qui m'accompagnait, c'était cette douleur, cette douleur sourde, mon cœur qui cognait dans ma poitrine, très lourdement. Et cette sensation de danger imminent. Mon cerveau me semblait surchauffer, et je ne savais plus ce que je faisais. Je ne me souvenais même plus de ce qui venait de se passer. C'était le trou noir, et ça m'essoufflait. Je ne me souvenais que d'une douleur, profonde. Rien d'autre.

Qu'est-ce qui l'avait provoquée ? Me demandai-je en courant à travers les rues.

J'atteignis le métro au moment où il arrivait, m'y engouffrai comme un automate.

Je fuis quelque chose, mais quoi ?

La mémoire me revint comme un flash alors que le métro se mettait en branle.

Son expression. Ses yeux, qui ne reflétaient que douleur, douleur pure et dure. Cette souffrance à laquelle la mienne faisait écho. Les yeux d'Alec.

J'atteignis la station la plus proche de l'immeuble d'Alec, et me précipitai à travers les rues. Courus encore, jusqu'à l'entrée. Tapai le code de mes doigts tremblants, gravis les escaliers quatre à quatre - sans trébucher, cette fois, comme si une décharge d'Adrénaline avait rendu mes gestes plus précis.

Les yeux d'Alec. Ses yeux, avant qu'un corps inconnu - ou non reconnu - ne me heurte, ne m'en éloigne, alors que je me débattais pour me rapprocher de celui que j'aimais. Une main froide qui attrapait mon poignet brûlant. Comme dans un mauvais rêve.

Les yeux d'Alec. Qui reflétaient cette souffrance si caractéristique ; celle que l'on ressent, mêlée à de la panique, quand l'un des êtres qui nous sont les plus chers est en train de s'enfoncer vers la mort. Celle que l'on ressent quand cet être cher est en train de bousiller sa vie, et la notre par conséquent.

Je n'avais plus rien à faire contre ça, et je le savais. Il fallait que je parte, que je parte avant de me détruire encore plus.

Avant qu'Alec ne se détruise. Alec, qui était encore incapable d'assumer le choix que son cœur avait fait en dépit de sa raison.

J'ouvris à la volée la porte de l'appartement. Mon cœur battait à tout rompre, et je m'appuyai sur le mur quelques secondes avant de pouvoir avancer, d'un pas déterminé - déterminé, parce qu'irréfléchi - vers la chambre. La partie autonome de mon cerveau venait de reprendre le pouvoir sur ma faculté d'analyser.

Je sortis mon sac de sport, celui qu'Emmett m'avait offert après l'avoir gagné à l'un de ses tournois de base-ball. Le remplis de quelques jeans, quelques tee-shirt, trois pulls. Des sous-vêtements, deux pyjamas. Ma trousse de toilette de voyage, la plus réduite. Strict nécessaire.

Je jetai mon journal intime par-dessus tout ça, refermai le sac d'un mouvement tremblant.

Puis me figeai dans la chambre, le cœur déchiré, le regard posé sur le lit. Notre lit. Son lit. Ce lit que désormais je ne partagerais plus avec lui.

Je ne pris même pas la peine de me changer. je me dirigeai vers le salon et griffonnai un mot à la va-vite.

Alec, ne t'inquiètes pas pour moi. Je vais bien. Prends soin de Tanya, elle a besoin de toi, et

Je me stoppai quand une larme tomba sur la table à côté du mot. Je l'essuyai d'un geste rageur, et barrai le mot « et ».

Et toi aussi tu as besoin d'elle.

Je ne voulais pas écrire ces mots, aussi fort que je les eus pensés. Je ne pouvais pas.

Je signai Bella, et déposai mon portable bien en évidence à côté du mot, sur la table du salon. Ça, ça voulait dire « Ne cherche pas à me joindre. ». Je savais qu'il le comprendrait. De toutes façons, je savais qu'il ne se doutait pas de l'endroit où mon cerveau me criait de partir.

Ou peut-être que si, l'idée l'effleurerait. Mais il n'aurait jamais aucun moyen de le vérifier, sauf en s'y rendant lui-même -ce que je savais qu'il ne ferait pas.

J'attrapai mon sac, et jetai un dernier regard en rond à l'appartement. Puis, sans prendre la mesure de ce que je faisais -car sinon, je savais que je n'allais pas aller au bout de mon impulsion-, je sortis. Fermai à clefs. Allai déposer mon double de clefs dans la boîte aux lettres d'Alec.

Je me rendis à ma camionnette, y montai et jetai mon sac à côté de moi. Démarrai.

Je ne savais pas combien de temps je partais.

Je savais qu'Alec allait s'inquiéter.

Je ne savais pas comment mon père allait réagir en me voyant débarquer, dans quelques jours.

Je savais que ce voyage était une folie ; mais je savais aussi que j'en avais besoin.

Je sortis du garage de l'immeuble d'Alec ; un peu comme si je sortais de sa vie. Même si c'était faux, même si c'était illusoire. J'aurais aimé pouvoir en sortir entièrement. Déménager à nouveau tous ces cartons que je n'avais pas encore ouverts pour la plupart. Un sixième sens ? Je ne voulais plus y penser.

Direction Forks. À l'autre bout du pays.

C'était réellement une pure folie. Il s'agissait là de traverser les Etats-Unis, ni plus ni moins. Dans mon tacot des années quatre-vingt.

Environ cinq à six jours complets de route, si j'avançais bien.

Mais j'aimais conduire. Et il allait me falloir au moins ça pour me remettre.

C'était un peu comme une aventure. J'allais rouler, rouler jusqu'à n'en plus pouvoir. Alors, j'allais pousser encore un peu le bouchon jusqu'à trouver un motel où me doucher, et me reposer.

Peut-être même que je n'allais pas aller jusqu'à Forks. Peut-être que je ferais demi-tour avant. Cela n'avait pas d'importance, mon père ne m'attendait pas. Personne ne s'attendait à ce que je retourne jusque là-bas.

Emmett allait me tuer, lorsqu'il me retrouverait.

Je pris la décision de m'arrêter à une cabine téléphonique, quand j'aurais déjà fait un bon bout de chemin. Quand j'allais m'arrêter dormir un peu. Je ne connaissais pas par cœur le numéro d'Emmett, mais j'avais en mémoire celui de Jake. Ils n'étaient pas là, tous les deux, ce soir. Mais les autres leur diraient. J'avais confiance. Ils allaient comprendre. Je leur demanderais de ne rien dire aux autres. Ne pas leur dire où j'étais. Juste rassurer Alec sur le fait que j'allais bien, mais rien de plus.

J'allais les appeler simplement de temps en temps pour leur donner des nouvelles.

Leur assurer que je n'allais pas faire de connerie.

Comme si c'était mon genre.

Première nuit sans Alec.

Je roulai des heures durant.

Samedi.

Je ne fis mon premier arrêt qu'environ treize heures après être partie.

Treize heures au volant de mon tacot.

Treize heures m'éloignant de New York.

D'Alec.

Complètement claquée, je roulai au ralenti sur les dix derniers kilomètres, cherchant une ville dans laquelle je pourrais me trouver un motel. Et c'est sur le parking d'une chaîne d'hôtels une étoile que je coupais le moteur. Les nuits n'étaient pas trop chères.

Il y avait des chambres de libres. Normal, en ce début de Septembre.

Je pris les clefs que l'on me tendit, montai dans la chambre. Et, sans même y jeter un coup d'œil, je m'écroulai sur le lit.

Quand je me réveillai, un temps indéfinissable plus tard, j'étais complètement désorientée.

Qu'est-ce que je fous ici ?

Et je me souvins.

Ce fut comme un coup de poignard, qui me déchira le cœur, s'enfonçant toujours plus profondément entre mes côtes.

Alec.

Tanya.

Edward.

À la pensée de ce prénom, je me redressai sur le lit, haletante, affolée.

Edward. Le corps inconnu, qui m'avait repoussée contre le mur, la veille.

Un corps inconnu, certes, mais un visage qui n'en était rien. Et une bouche qui n'avait jamais esquissé un vrai sourire à mon égard, mais qui avait quand même eu le culot de se poser sur la mienne.

La rage m'envahit, alors que j'attrapai un oreiller pour l'envoyer valser à travers la chambre d'hôtel.

De quel droit ?

C'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour me détourner l'attention ? Mais me détourner l'attention de quoi ? De ce qui était en train d'arriver à Tanya ?

Ou de ce qui était en train de se passer entre elle et Alec ?

Je serrai les poings, les larmes remplissant à nouveau mes yeux.

Pourquoi lui ? Pourquoi c'était lui qui m'avait fait ça ? Pourquoi comme ça ? Supposons que c'était tout ce qu'il avait trouvé sur le moment. Qu'est-ce qu'il espérait en voulant me cacher ça ? Il croyait que j'étais aveugle ?

Non, ce n'était pas ça. Cela aurait supposé qu'il veuille me protéger. Ça ne pouvait pas être ça. Les deux seuls qu'il aurait pu avoir eu envie de protéger, c'était Alec et Tanya.

Il ne servait à rien de ressasser ça, pensai-je, les larmes aux yeux.

C'était trop tard, maintenant.

Je me levai, et allai prendre une douche.

L'eau coulant sur mon corps me fit un bien fou.

Délassée, j'envisageai de me recoucher. Je jetai un coup d'œil à ma montre.

Il était près de 23 h 00. J'avais dormi plus que je ne le pensais. Emmett et Jake devaient être dans tous leurs états. Emmett, surtout.

Je descendis dans le hall de l'hôtel ; il y avait une cabine téléphonique. Je glissai une pièce dans la fente réservée à cet effet, et composai le numéro de mon meilleur ami.

Un instant, j'eus peur qu'il ne décrochât pas, trop occupé à me chercher, ou se reposant après des heures de recherches.

L'instant d'après, il répondit, et je me rendis compte que j'aurais aimé qu'il n'en fasse rien. Ç'aurait été tellement plus simple.

« Allô ? » fit sa voix, un peu rapide.

Je déglutis, la gorge serrée, le cœur cognant fort.

Tellement plus simple.

« Allô ? Répéta sa voix agacée et inquiète.

_ C'est moi, Jake. » fis-je d'un ton enroué.

Il y eut un court silence. Puis :

« Bella ! Mais Grands Dieux, où es-tu ? Tout le monde te cherche !

_ Tu es seul ?

_ Quoi ? Oui, je suis seul. Emmett est parti de son côté, il ne sait pas où donner de la tête ! Alec, j'en parle même pas. Il s'est précipité au commissariat et les appelle régulièrement pour savoir si ils n'ont pas retrouvés ta camionnette. Et Jane, elle est sacrément en colère.

_ Ne leur dis rien, Jake. Juste que tu m'as eue au téléphone, et que ça va. Je t'en supplie. Ils peuvent arrêter de me chercher. Vous ne me retrouverez pas.

_ Mais comment ça, tu vas bien ! Et on ne te retrouvera pas ! Tu es où, là ? On ne peut pas te laisser comme ça, tu…

_ Jake, je t'en prie ! » le suppliai-je d'une voix cassée par les larmes.

Il y eut un nouveau silence, pendant lequel Jake sembla prendre les mesures de ma détresse.

« Bella, ça va vraiment ? » demanda-t-il d'une voix plus douce.

J'inspirai, me frottai un peu les yeux.

« Oui, je t'assure. Je te le promets. »

Nouveau silence.

« Tu es sûre ?

_ Oui. Les autres t'ont dit ce qui s'était passé ?

_ Emmett l'a appris en arrivant au club, avec Rose et Alice. Il me l'a dit après, fit-il d'une voix un peu gênée. Bella, où es-tu ? »

Je soupirai.

« Je suis loin, Jake.

_ Quoi ?!

_ Je suis partie. J'ai roulé plus de dix heures.

_ Mais… c'est quoi cette connerie ! Bella !

_ Tout va bien, ok ? Ne t'en fais pas.

_ Comment ça, ne t'en fais pas ! Tu te rends compte, un peu ?

_ J'en avais besoin ! »

Je venais de crier. Il se tût. Quelques instants.

« Emmett va te tuer, reprit-il. Quand tu reviendras. »

Encore un silence.

« Tu reviendras, hein ? »

Je ne répondis pas tout de suite.

Ne pas revenir. C'était tentant.

« Oui, assurai-je. Je reviendrai.

_ Bien.

_ Préviens Emmett. Dis-lui que je vais bien.

_ Tu vas où ?

_ Je ne sais pas encore. » mentis-je.

Après tout, était-ce un mensonge ? Je ne savais pas où j'allais, dans mon cœur, dans ma tête.

« Tu reviens quand ?

_ Je ne sais pas non plus. »

Il y eut, à nouveau, un silence.

« D'accord. Je parlerai à Emmett.

_ Merci, Jake. Et… rien aux autres. Ne leur dis pas que je suis partie. Juste que ça va. S'il te plaît.

_ Pourquoi ?

_ Je ne veux pas qu'ils sachent. Ce que je fais. Si je le veux, je le leur dirai à mon retour.

_ Comme tu veux. À une condition.

_ Laquelle ?

_ Tu m'appelles. Régulièrement.

_ Bien sûr. Je ne sais pas quand, la prochaine fois. Mais je t'appellerai.

_ Bien.

_ Dis bien à Emmett de garder le silence. Je ne veux pas qu'Alec finisse par apprendre ce que je fais. La route. Il s'en voudrait.

_ Parce que tu crois qu'il s'en veut pas, là ? Tu le verrais, il…

_ Stop, Jake. S'il te plaît. Je ne veux pas en parler. »

Quelque chose dans mon ton sembla le réduire au silence.

« Bien. Je ne dirai rien. Juste à Emmett.

_ Merci, Jake.

_ Je dirai quand même aux autres que tu as appelé.

_ Oui. Je ne veux pas qu'ils s'inquiètent.

_ Alors reviens.

_ Je ne suis pas prête. »

Un silence s'installa entre nous.

« Je sais que tu l'aimais beaucoup… commença-t-il d'une voix gênée.

_ Que je l'aime. Mais ça n'a plus d'importance.

_ Si, ça en a. Ça en aura toujours.

_ Oublie. J'irai bien. J'ai juste besoin de cet éloignement. »

Même si ça ne changera rien à mes sentiments, pensai-je avec tristesse.

« Ouais. Je comprends.

_ Je sais. »

Nous partageâmes un nouveau silence. Un de ceux qui n'appartenaient qu'à nous.

« Tu feras attention à toi ?

_ Oui, lui assurai-je. Tu me connais.

_ Ouais. M'enfin, partir avec ton vieux tacot…

_ C'est toi qui me l'entretiens. Je te fais confiance.

_ Ça ne change pas son âge. » grommela-t-il.

Je laissai échapper un petit rire.

« Bon… je vais raccrocher. Je t'appelle d'une cabine publique.

_ Je me doute. Tu aurais pu prendre ton portable.

_ J'aurais été harcelée.

_ Tu pouvais l'éteindre.

_ Éloignement, Jake.

_ Ok…

_ Je te rappelle.

_ Mais tu ne sais pas quand.

_ Non.

_ Je t'aime. Tu le sais.

_ Moi aussi, Jake. Embrasse Emmett.

_ Jamais de la vie. Mais je lui passerai le message. »

Je souris.

« Bye.

_ Bye. »

Je raccrochai, et restai quelques secondes devant le téléphone ; remontai dans ma chambre. Rassemblai mes affaires, et ressortis.

J'allais vers le veilleur de nuit, lui rendis les clefs, payai ma note.

Je sortis, et pris une goulée d'air. Me dirigeai vers ma camionnette, y montai ; allumai la lampe au plafond, et sortis de mon sac de sport mon carnet.

J'y inscrivis les quelques mots qui passaient dans ma tête.

Quelque part entre New York et Forks, Samedi ou Dimanche 4 ou 5 Septembre 2009,

Cher journal,

13 h de route me séparent de lui.

13 h.

Je repars.

Je le refermai d'un claquement sec, le remis dans mon sac, et repartis.

Quelque part entre New York et Forks, Mardi, ou Mercredi.

Cher journal,

Les jours défilent, comme irréels.

Je n'ai plus vraiment de rythme. Je roule beaucoup la nuit, m'arrête quelques heures. Je mange, parfois, quand mon estomac me crie que je suis encore vivante -et que ce serait une bonne chose que je le reste.

Ces fois-là, il prend le relais sur mon cœur. Avoir faim me fait oublier ma peine. Je m'enfonce dans un état pitoyable, je le sens bien. Mais je n'en ai pas encore honte.

Pourtant, quelque part, je m'en veux. Jamais je n'aurais cru, cinq ans plus tôt, pouvoir tomber ainsi pour un garçon. Pourtant, je connaissais déjà Alec à l'époque. Je n'avais pas encore compris que j'allais tomber amoureuse de lui à ce point. Je ne l'avais pas prévu, et maintenant que c'est là…

Il faudra bien que je remonte la pente. Je ne suis pas ce genre de filles. Je ne veux pas rester éternellement dans cet état.

Mais encore un peu… juste quelques jours…

Cela faisait un temps indéterminé que je roulais.

Et, enfin, un jour -un soir, plutôt-, le panneau de l'entrée de Forks apparut au détour d'un virage.

Proche du but, j'avais roulé depuis le matin sans interruption, essayant de me souvenir tout au long de la route du nombre de kilomètres qui me séparaient encore de cette petite ville où j'étais née. Je n'avais dormi que de trois à sept heures du matin.

Mon cœur se serra à l'instar de mon estomac, alors que je tournai dans ces rues que je connaissais par cœur, et qui, en plus de deux ans que je n'étais pas revenue, n'avaient pas changé.

Je me garai dans la cour s'étendant devant la petite maison de mon shérif de père.

La lumière du salon était allumée. Cela ne m'étonna guère. Il devait être en train de s'endormir paisiblement devant un documentaire d'une chaîne découverte.

Il m'avait manqué. Plus que je ne le soupçonnais.

Après avoir pris une longue inspiration, j'actionnai la poignée de ma camionnette, et descendis en entraînant mon sac avec moi.

À peine eus-je claqué ma portière que la porte d'entrée s'ouvrit.

Il avait dû voir les phares par la fenêtre.

« Bella ? Demanda Charlie d'une voix incertaine.

_ C'est moi, Papa. »

Je me doutais que je devais donner un spectacle pitoyable, mon sac à la main, à côté de ma camionnette déglinguée. Cette nuit, à 21 h 00 passées. Devant chez lui, que je n'avais pas revu depuis un peu plus de deux ans.

« Rentre. » m'invita-t-il d'une voix à la fois surprise et inquiète en s'écartant à l'intérieur de la maison.

Je le rejoignis sans un mot. Il me prit mon sac, je me déchaussai.

« Je ne t'attendais pas. » fit-il d'une voix nonchalante.

Sa façon à lui de m'accueillir. De me demander ce que je faisais là, au lieu d'être à des milliers de kilomètres, sans pour autant m'obliger à répondre.

Ça m'avait manqué.

« Je sais. » répondis-je.

Ma façon à moi de lui dire que je ne répondrais pas tout de suite à ses questions muettes.

Ça lui avait manqué aussi, je crois.

« Tu as mangé ? »

Un élan de tendresse m'emporta le cœur. Le premier sentiment positif que j'éprouvais depuis mon départ de New York. J'aimais ça, chez mon père. Il m'avait manqué réellement, plus que je ne l'aurais cru possible.

« Non. Et toi ?

_ Non. »

Non. Jamais, le soir. Mon père ne savait pas cuisiner ; en fait, lâché dans une cuisine, il était même une vraie catastrophe. Il ne mangeait donc que le strict nécessaire. Le matin, et le midi.

« Je dois avoir des pâtes. Des soupes, des trucs comme ça, fit-il.

_ Je vais voir. Je te fais une assiette ?

_ Ouais. »

Je me dirigeai vers la cuisine, farfouillai dans les meubles.

Je trouvai de quoi lui préparer des penne a la carbonara. Je m'étonnais qu'il ait eu des lardons, œufs, et crème fraîche non périmés dans son frigo, mais je soupçonnais la voisine d'être à l'origine de cet état de fait. Elle se faisait un devoir de lui apporter des aliments comestibles régulièrement. Veuve, elle devait sans doute le voir comme un fils de substitution. Hélas, cela faisait longtemps qu'elle ne pouvait plus cuisiner, ravagée par un Parkinson à l'état avancé.

« Je dois appeler Jacob, fis-je à mon père qui m'observait m'afférer, appuyé contre le chambranle de la porte de la cuisine.

_ Il sait que tu es là ?

_ Je vais justement le prévenir que je suis arrivée. Éludai-je.

_ Pense au décalage horaire. »

Oui. On était en pleine nuit à New York.

« Pas grave. Je laisserai un message. Juste pour qu'il ne s'inquiète pas. »

J'attrapai le téléphone alors que l'eau des pâtes se mettait à bouillir. J'y versai les féculents tout en composant le numéro. Mon père retourna au salon, et monta un peu le son de sa télé. Sa façon de me laisser un peu d'intimité. Il n'y avait que quand j'appelais Jake qu'il faisait ça. Je supposais qu'il espérait encore qu'un jour lui et moi, nous finirions ensemble.

Contrairement à mes attentes, une voix ensommeillée me répondit.

« Allô ?

_ Jake ?

_ Ouais, banane. Qui d'autre ? »

Je levai les yeux au ciel, mais il ne pouvait pas le voir.

« Tu ne dors pas ?

_ Je dormais.

_ Désolée.

_ Peu importe, soupira-t-il. Ça fait plusieurs jours que j'attends ton appel.

_ Je sais. Je viens d'arriver. »

Silence.

« C'est l'indicatif de Forks ! Réalisa Jake, probablement en regardant le numéro d'où j'appelais.

_ Je suis chez Charlie, confirmai-je.

_ Sérieux ?! »

Nouveau silence.

« Je ne pensais sincèrement pas que ta camionnette irait si loin.

_ Je te l'avais dit, tu peux avoir confiance en tes capacités.

_ En effet, je suis plutôt doué.

_ Emmett va bien ?

_ Il était en colère. Mais rassuré. Et énervé que tu ne rappelles pas.

_ Ouais. Dis-moi quand tu peux te retrouver seul avec lui. Je vous rappellerai.

_ Hum… tout à l'heure à 13 h, heure de New York.

_ Ok. J'appellerai à ce moment.

_ Ouais. Le trajet s'est bien passé ?

_ Oui. Euh, Jake… quel jour est-on ? »

J'entendis à l'autre bout de la ligne -à l'autre bout du pays- son rire moqueur.

« À Forks, tu es jeudi, chérie.

_ Oh. Merci. J'ai un peu perdu le fil.

_ Je vois ça.

_ Je pensais mettre plus longtemps.

_ Tu as trop peu dormi. » me fit-il sur le ton du reproche.

Je ne répondis rien à ça.

Une question me brûlait les lèvres. Mais je n'osais pas la poser.

Elle finit par s'échapper de ma bouche.

« Et Alec ?

_ Il va. Il a l'air de plus trop dormir. Il évite un peu tout le monde. Il ne voit que Jane et Edward. Je ne l'ai vu qu'une fois.

_ Tu lui as dit quoi ?

_ Juste que tu avais appelé. Que ça allait aller. »

Je déglutis.

Ouais. Ça allait aller.

« Jane a essayé pas mal de choses pour me faire dire où tu étais. Elle est cinglée.

_ Je n'aurais pas dû te le dire, alors. Tu penses pouvoir résister à la torture ?

_ Ça dépend. Tu reviens quand ?

_ Je sais pas.

_ Tu sais que je ferais beaucoup de choses pour toi. Si ce n'est pas tout. Alors… t'inquiètes. Je te couvre.

_ Merci, Jake.

_ Je t'en prie. »

Nous discutâmes encore quelques minutes. Le temps que les pâtes cuisent. Puis je raccrochai, avec la promesse de rappeler le lendemain à treize heures, heure de New York.

Je finis de préparer les pâtes à la Carbonara, et les amenai à mon père. Je m'assis sur le canapé à côté de lui, et nous commençâmes à manger.

« Jake va bien ?

_ Oui. Il a trouvé à se loger… chez un autre gars, en colocation.

_ Ah. Je croyais qu'il devait loger chez toi et… ton copain. »

Mon cœur se serra, et je fermai le poing, frissonnante.

« Non, fis-je d'une voix étranglée. C'était pas pratique.

_ Tout va bien avec lui ? Demanda Charlie après un silence.

_ Non. » répondis-je dans un couinement.

Charlie tourna la tête vers moi, mais je me contentai de fixer l'écran télé. Réprimant mes larmes.

Il finit par se retourner vers son documentaire aussi. Alec avait probablement de la chance d'être à des milliers de kilomètres d'ici. Mon père aurait été capable d'aller lui rendre une petite visite de courtoisie. Même sans que je ne lui dise rien.

Déjà, j'espérais qu'Emmett ne pèterait pas un câble et n'irait pas lui demander des comptes.

« Je vais aller me coucher, fis-je en me levant.

_ Je ferai la vaisselle.

_ Ok. Bonne nuit, Papa.

_ Bonne nuit, Bella. »

Je me dirigeai vers les escaliers. Mon père avait déjà monté ma valise dans mon ancienne chambre.

J'y entrai, retrouvant cette ambiance comme figée de mon adolescence.

Je sortis de la grande armoire un drap et des couvertures, et fis mon lit. Puis je m'y couchai, mon journal intime à la main.

Forks, jeudi 8 septembre 2009,

Cher journal,

Et voilà, je suis de retour. Dans cette chambre où j'ai commencé à écrire mon tout premier journal. Où j'ai grandi, depuis toujours. Avec Emmett. Jusqu'à mes seize ans ; jusqu'à ce que ce qui faisait de figure de famille Swan éclate.

Seize ans, quand j'ai rencontré Alec.

Je ne sais pas si je peux dire que je regrette de l'avoir rencontré. Je me souviens qu'il y a encore peu de temps - avant que tout ne dégénère - son meilleur ami m'a demandé s'il valait mieux ne jamais rencontrer l'amour, ou connaître l'amour et le perdre.

Je lui ai répondu que personne ne pouvait répondre, car personne ne peut vivre les deux expériences. Je le pense toujours. Je ne peux réellement pas garantir que je serais plus heureuse si je n'avais pas connu Alec. Moins triste, certes ; mais plus heureuse ?

Bref, je suis de retour aux sources, comme on dit. Ça va déjà un peu mieux, je crois. La douleur ne me quitte pas, mais il y a mon père. Lui aussi, il souffre, après tout.

J'ai toujours eu peur d'être comme ma mère. Ne pas être capable de m'attacher réellement aux personnes, et encore moins de rester toute ma vie avec le même homme. Je craignais, à l'instar de ce qu'elle a fait, être du genre à vadrouiller entre les histoires de cœur.

Jamais je n'aurais songé que c'est comme mon père que je suis. Toujours amoureux de la même femme - ma mère - malgré que celle-ci ait cessé de le lui rendre depuis bien longtemps.

Malgré le fait qu'elle ne reviendra pas.

Tout ça me fatigue. À moins que ce ne soit le fait d'avoir traversé le pays en quelques heures.

Je vais dormir. La nuit est bonne conseillère, à ce qu'il paraît. Comme si j'avais besoin de conseils.

Quoique, si.

Après tout, je me demande si je ferais bien de retourner un jour à New York…


Et voilà pour ce chapitre ! Le premier baiser de nos futurs amoureux ! Alors, ne vous attendez pas à ce qu'ils se mettent ensemble dans deux chapitres pour le coup hein !

Et maintenant... Comment pensez-vous qu'Edward va réagir à la disparition de Bella ? Seuls Jacob et Emmett sachant où elle se trouve... Et à votre avis, Bella va-t-elle revenir ? Va-t-il falloir aller la chercher ?

Je laisse vos imaginations se déchaîner et vous souhaite une bonne semaine... à samedi prochain ! Mouhahaha