Note :

Hello everybody !

Ayant un ordi exceptionnellement sous la main ce soir, je tenais à vous livrer notre septième chapitre avec 24 heures d'avance, mais on va pas chipoter pour si peu ;). Et puis, avec le nombre de reviews que vous nous avez laissés, ma co-paire de mains et moi étions en accord pour vous récompenser en postant un peu plus tôt !

J'espère que vous allez bien, où que vous soyez ^^ Je tenais à vous remercier pour l'intérêt que vous portez à notre travail. Vous êtes de plus en plus nombreux... Qui l'eut cru ? pas nous lol. Surtout qu'on galère pour avancer dans nos écrits, avec ma deuxième paire de mains... Question de matériel.

Je tiens également à nous excuser pour Prête à tout. Pour que vous sachiez tout, j'ai écrit environ une dizaine de pages pour ma part, soit environ la moitié de ma partie initiale... Quand est-ce qu'on va vous livrer ce fameux chapitre ? Telle est notre grande question du moment. Mais on vous la livrera un jour ou l'autre, n'ayez pas peur ;)

Ma deuxième paire de mains m'a dit de féliciter celles - et ceux, soyons folles ;) - qui ont trouvé le " dénouement " du dernier chapitre. Bella revient-elle seule ou faut-il aller la chercher ? Edward regrette-t-il de l'avoir fait souffrir ou pas du tout ? Vous le verrez en lisant ce chapitre-ci.

Je tenais moi à vous préciser que le chapitre 6 est le plus " dark " que nous ayons écrit pour cette fic. On évoquera un peu la drogue par la suite mais rien d'extraordinaire.

Bonne lecture, bon week-end et bonne semaine à vous, on vous embrasse ! Bizouxxx !


Chapitre Sept : De nos trous noirs


EDWARD


Vous êtes-vous déjà sentis seul au monde, tellement seul malgré le monde qui tournait autour de vous, que vous avez fini par vous demander vaguement si vous existiez vraiment ? Avez-vous déjà perdu tout goût à la nourriture que vous mangez, toute sensibilité en regardant les étoiles dans le ciel, tout intérêt dans les études qui vous passionnaient ? Avez-vous déjà ressenti tout ça à cause de la culpabilité ?

Parce que c'est ce qui m'arrivait à ce moment-là.


BELLA


Vendredi 09 septembre.

Je me réveillai au son de mon vieux réveil, celui qui mettait fin à mes nuits du temps où j'allais au collège, puis au début du lycée. Je l'avais réglé de manière à pouvoir appeler Jake et Emmett à 13 h 00 piles.

Je me levai, et eus le temps de me préparer un frugale petit déjeuner. Charlie devait déjà être parti au poste.

Je jetai un coup d'œil à l'horloge murale, et appelai mon meilleur ami.

« Ouaip ? Fit sa voix, bien plus réveillée que quelques heures plus tôt.

_ Salut.

_ Coucou. Je te passe tout de suite Emmett, il a deux mots à te dire.

_ Oh.

_ Bella ! Gronda la voix de mon frère. Il paraîtrait que tu serais à Forks ? »

Il avait l'air plutôt énervé.

« Hum… oui.

_ Non, mais ça va pas ! Qu'est-ce qui t'a pris, de partir comme ça ? De traverser tout le pays ! Dans ton vieux tacot !

_ Ça va, Emmett ! Ok ? Du calme ! »

J'avais également levé le ton, ma colère ayant grimpé dans mes veines en même temps que mon chagrin.

« Non, je ne me calmerai pas ! Tu es totalement inconsciente !

_ Oh ! Tout s'est bien passé !

_ Donne moi une raison, une seule, de ne pas t'étriper à ton retour. »

Je réfléchis quelques instants.

« Je ne reviendrai qu'avec ta promesse de rester calme.

_ … Ok. »

Ouf.

Je savais qu'Emmett tiendrait sa promesse. Pas parce que c'en était une, ni parce qu'il ne tenait pas réellement à me voir mourir. Mais parce qu'il était plus inquiet qu'en colère, et au fond plus compréhensif que réprobateur. Ceci, car nous avions eu la même « famille », et que je le soupçonnais d'être comme moi et mon père : du genre à s'attacher à une seule personne, pour la vie.

« Ça a été, la route ? Demanda-t-il, radouci.

_ Ça m'a fait du bien.

_ J'en suis heureux. »

Le silence plana quelques secondes.

« J'aurais rien contre aller lui refaire le portrait, finit-il par avouer.

_ N'en fais rien !

_ Pourquoi ? S'agaça-t-il. »

Parce que je l'aime.

« N'en fais rien, c'est tout. Je ne suis pas la seule à souffrir.

_ Quand même, Bell…

_ Emmett !

_ Ok. Promis. » grogna-t-il.

Nous discutâmes encore quelques instants. Il me demanda de passer le bonjour à Charlie, me fit promettre de rappeler sous peu. En échange, je lui arrachai la promesse de ne rien dire aux autres - sinon que j'avais appelé et allais bien -, et de ne pas chercher de noises à Alec.

Il me repassa Jacob, qui me fit un rapport détaillé de sa fin de semaine avec Jane, et de l'évolution de leurs relations - même s'il n'était pas franchement optimiste. Il me donna des nouvelles d'elle, d'Alice, de Rosalie. Apparemment, toutes trois s'inquiétaient aussi pour moi, chacune à leur manière.

Apparemment, j'allais devoir justifier ma disparition auprès de chacune d'elles.

Je ne voulais pas encore y penser. Je ne savais même pas quand - et si - j'allais retourner sur New York.

Quand je raccrochai, une note de nostalgie m'envahit. Nostalgie assortie d'une pointe de douleur, toujours, dans mon cœur.

J'allai me chercher un plaid, m'enroulai dedans et me couchai sur le canapé.

Je dus m'endormir, à un moment, car quand je m'éveillai, c'était l'après-midi.

Je rougis à l'idée que je ne m'étais pas réveillée quand Charlie était rentré manger, à midi. Pourtant, je savais qu'il avait dû le faire. Il avait également dû raconter, assez heureux, le retour de sa fille à ses deux adjoints. Appeler Billy, aussi, son meilleur ami et accessoirement père de Jacob. D'ici ce soir, tout Forks serait au courant. L'idée m'agaçait, d'ordinaire ; là, ça ne me faisait rien.

Je me levai, allai prendre une douche puis me rendis au petit commerce, à quelques rues de chez moi, acheter de quoi nous nourrir avec mon père pour les jours à venir.

Je rentrai un peu avant lui, lui préparai le dîner. Il ne m'avait pas fallu longtemps pour retrouver un rythme tranquille, celui de ma ville natale…

Forks, Samedi 11 septembre 2009,

Cher journal,

Aujourd'hui j'ai été me promener dans la forêt de Forks. Celle où j'ai fait mes premières promenades ; où j'avais pris l'habitude de courir, avec Emmett ; où je m'évadais, avec Jacob. J'ai marché jusqu'à notre clairière. Clairière où j'avais reçu mon premier baiser - Jacob. Quand j'y ai repensé, ça m'a fait sourire. On avait huit ans, à l'époque, et on avait trouvé ça dégoûtant ; mais on était fiers car on avait fait comme les grands.

À nos douze ans, dans cette même clairière, on avait décidé de se fiancer avec Jake. Avec la promesse de se marier à 25 ans si on était toujours seuls d'ici là.

J'étais certaine depuis quelques années que cet engagement n'aurait pas à être respecté. J'avais Alec.

Je ne l'ai plus.

Mais tout cela, ce n'était que promesses de gosses. De toutes façons, même si je ne serai plus jamais avec Alec… je l'aimerai toujours. Je dois bien me rendre à l'évidence.

Il y a quatre personnes dans ma vie. Quatre hommes.

Mon père, Emmett, Jacob, et Alec.

Pour eux, je ferais tout. Je donnerais ma vie.

C'est un peu ce que je fais en quittant Alec. Je n'ai plus l'impression d'avoir quelque chose à vivre…

J'ai continué dans la forêt. Me suis perdue ; mais j'ai retrouvé la falaise. Cette falaise d'où Jacob et les autres Quileutes adorent sauter, l'été. Dans l'eau qui s'étend, plus bas. J'ai toujours refusé de le faire ; j'ai toujours eu peur. J'ai même bien souvent engueulé Jake quand il le faisait. Et Seth, et les autres.

Pourtant, aujourd'hui, j'aurais bien sauté. Je ne sais pas pourquoi. Plus je les regardais, et plus les eaux m'attiraient.

Mais c'est dangereux, quand on est seul. Il faut toujours qu'il y ait quelqu'un avec soi, quand on plonge. Les Quileutes y tiennent. Ils ont raison. Les eaux sont profondes, la chute est vertigineuse.

Demain, j'irai à la réserve. Les voir ; revoir Billy, Sam, Jared et les autres. Leah, aussi. Je me demande d'ailleurs ce qu'elle devient.

Peut-être qu'ils voudront plonger. Ils seront surpris si je viens avec eux.

J'ai ressorti mon matériel d'escalade, aussi.

Je vais la faire, cette falaise. J'ai toujours voulu. Emmett me l'a toujours formellement interdit.

J'essaierai lundi.

Dimanche.

Mon père était de repos. Le matin, je me levai, pris un rapide petit déjeuner, et sortis en lui annonçant que j'allais à la réserve.

Il m'accompagna, ayant prévu d'aller à la pêche avec Billy. Quand nous arrivâmes, Billy eut un sourire en me voyant.

De son fauteuil, il s'avança vers moi.

« Tu m'excuseras, je ne me lève pas pour t'embrasser, plaisanta-t-il.

_ Billy… » répondis-je en me penchant.

Il n'y avait pas à dire, Jacob avait de qui tenir pour son humour parfois douteux, mais qui avait toujours le don de me faire sourire.

« Alors, qu'est-ce que tu deviens ?

_ Je continue en Lettres. » répondis-je, un peu rembrunie.

Il le remarqua, et embraya sur un autre sujet.

« Jacob s'acclimate à New York ?

_ Tu sais très bien qu'il s'adapterait n'importe où, du moment qu'il y a de la bouffe, ris-je.

_ J'ose quand même espérer que tu n'en feras pas un citadin.

_ Personne ne saurait avoir ce pouvoir sur Jake. »

À part éventuellement Jane, pensai-je, mais je gardai cette répartie pour moi.

Billy ne devait même pas être au courant de son existence.

Nous discutâmes encore cinq minutes, puis Billy et mon père partirent à la pêche.

Je me rendis chez Sam. Je savais par Jake que, depuis un an, il habitait avec Emily ; une fille que je ne connaissais que peu, car elle ne traînait pas avec nous quand nous formions un groupe.

Avant.

Je frappai ; une voix féminine me cria d'entrer.

Emily.

Sam était en train de déjeuner quand je poussai la porte ; il me regarda, d'abord étonné, puis me sourit.

« Je ne voulais pas croire à ton retour.

_ Et pourtant, je suis là.

_ Les autres vont être ravis. Tu me laisses deux minutes, que je les appelle ?

_ Fais donc. » souris-je.

Des retrouvailles calmes. Mon premier vrai sourire depuis longtemps.

Forks, lundi 12 septembre 2009,

Cher journal,

J'ai revu tout le monde hier. Sam, Emily. Seth, Jared, Paul, Quil, Embry, Leah…

On a passé toute la journée ensemble. On s'est rendus à la falaise. Ils ont sauté.

Pas moi, ni Emily.

Moi, j'ai regardé la falaise.

Demain, j'essaie de la grimper.

Forks, mardi 13 septembre 2009,

Cher journal,

Comme prévu, j'ai essayé de grimper la falaise.

Je suis tombée. Deux fois. J'ai arrêté là. Je réessaierai demain.

Forks, mercredi 14 septembre 2009,

Cher journal,

J'ai réessayé le falaise, aujourd'hui. Je suis montée un peu plus haut ; mais suis également tombée de plus haut.

Il faut que j'arrête plusieurs jours. Mon père va finir par remarquer mes hématomes et autre éraflures.

Mais je me fais une promesse.

Je ne quitterai Forks que quand j'aurai gravi la falaise.

Forks, samedi 17 septembre 2009,

Cher journal,

J'ai réussi. La falaise.

Je repars ce soir pour New York.

Vendredi 23 septembre 2009.

Exténuée, je sonnai à cette porte que je connaissais par cœur.

Et la personne que je redoutais de revoir autant qu'elle m'avait manqué m'ouvrit.

Les traits tirés, les cheveux en bataille. Dans un simple jean et un vieux tee-shirt.

Il laissa tomber la tasse qu'il avait à la main. Elle s'écrasa par terre, mais je ne lâchai pas les yeux ambre alors que le café qu'elle contenait s'éclaboussait sur nos pieds.

« Bella ! »

Il fit un mouvement brusque vers moi, m'emprisonna dans ses bras. Mes serra fort ; vraiment très fort.

« Bella, Seigneur, t'étais où ? »

Le cœur brisé, je lui rendis son étreinte. Désespérément. Puis je le repoussai un peu, le regard triste.

Il me renvoya par les yeux l'écho de ma douleur. N'ajouta rien, se recula, et je rentrai, mon sac à la main. Misérable.

Il était maintenant dans mon dos. Je ne l'entendis pas s'approcher de moi, mais sentis ses bras se refermer sur ma taille, son menton s'appuyer sur mon épaule.

« Je me suis inquiété.

_ Jacob t'a donné des nouvelles ?

_ Oui. Mais je ne savais pas où tu étais. »

Je fermai les yeux, m'appuyai plus contre lui.

« Chez mon père. »

Ces trois mots tombèrent ans le silence, surprenants, choquants.

« Ton père ? À Forks ?

_ Hum.

_ … Avec Emmett on a fait tous les aéroports du coin. On n'a pas trouvé ta camionnette.

_ Vous ne risquiez pas. Elle était avec moi.

_ Quoi ? » S'étonna-t-il.

J'eus un petit sourire, me sortis de son étreinte. Me retournai vers lui.

« J'y suis allée en camionnette. »

Son visage exprimait toute la stupeur du monde. J'eus un sourire désabusé, et il se reprit.

« C'était de la folie, commenta-t-il.

_ J'en avais besoin. » lâchai-je.

Le silence tomba à nouveau entre nous, alors qu'il accusait le coup.

Et moi aussi.

Je fermai les yeux.

« Désolée.

_ Non. C'est moi. Tout est ma faute. »

Nous ne pûmes rien ajouter pendant quelques minutes.

« Tanya va mieux ? Finis-je par m'enquérir.

_ Oui. Soupira Alec. Je regrette. J'aurais voulu que ce soit différent.

_ Je le sais. Moi aussi. » répondis-je en détournant les yeux, sentant les larmes affluer. « Mais je ne peux pas lutter contre l'inévitable.

_ Je suis tellement…

_ Ça va. » le stoppai-je.

Je regardai ma montre.

« Je vais pas tarder à y retourner.

_ Où ? S'affola-t-il.

_ A la fac.

_ Mais tu es revenue quand à New York ?

_ Ce matin. Tu es le premier que je vois.

_ Tu n'as pas dormi ?

_ Si. Hier après-midi.

_ Tu ne vas pas aller en cours !

_ Je n'ai cours que ce matin. Ça va aller.

_ … Tu reviendras après ? »

Sa demande - car c'était une demande, plus qu'une question - me déchira le cœur.

« Chercher mes affaires. Je vais aller à l'hôtel, le temps de trouver autre chose.

_ Reste, fit-il d'un ton suppliant. Ce n'est rien, avec Tanya, je… »

Je le coupai d'un regard blessé. Mon cœur lui-même se scindait ; une part de lui désirait ardemment rester auprès d'Alec. L'autre refusait cette idée, sachant d'ores et déjà qu'il en ressortirait plus détruit encore.

Seulement quelques jours… le temps de trouver autre chose.

« Ok. Je reste quelques jours. » soufflai-je.

Il sourit, s'approcha de moi pour me prendre à nouveau dans ses bras ; posa ses lèvres sur les miennes. Mais je ne répondis pas à son baiser.

Il s'écarta, un peu triste.

Et, sans un mot, je me rendis dans sa chambre, où j'avais laissé mon sac de cours, mon calepin et ma trousse. Je préparai mes affaires, et me retournai vers Alec, qui me regardait, appuyé contre le chambranle de la porte. Je lui souris - un sourire un peu forcé. Et le contournai pour aller à la salle de bains.

Je pris une rapide douche, sortis enroulée d'une serviette de bain. M'habillai en vitesse sous son regard détruit. Un jean élimé, un débardeur blanc, une chemise bleue.

J'attrapai mon sac, et partis avec un simple « A tout à l'heure. ». J'allais être en avance, mais peu importait… Au moins, j'allais pouvoir envoyer un message à Emmett et Jacob pour les prévenir de mon arrivée…


EDWARD


Je soupirai en regardant, plus qu'en lisant les mots d'Ernest Hemingway. L'auteur pour qui j'avais pourtant le plus d'admiration. Celui qui arrivait à m'engloutir dans son monde sans que je ne pense à rien d'autre. Et ce, peu importait ce qui m'arrivait.

Je pris mon marque page, le glissai dans mon livre et le jetai, plus que je ne le posai sur ma table de chevet.

2 heures 46 du matin.

J'étais censé me lever dans un peu plus de 5 heures pour aller en cours.

Cela faisait vingt jours que j'avais perdu le sommeil, que je m'assoupissais, harassé par la fatigue plus que je ne dormais vraiment. Que ma vie était devenue un véritable chaos.

Combien de temps restais-je à fixer le vide après qu'elle soit partie ?

Combien de temps à rester en état de choc, les lèvres sèches - trop sèches - la respiration toujours aussi sifflante ?

« Tanya ! Je veux voir Tanya ! »

Ce fut la première chose concrète dont je me souvins. Le cri presque hystérique de Lili qui arrivait en courant dans sa petite robe de soirée noire, et ses talons aiguilles, Rose qui tentait plus ou moins de la retenir par le bras, plus pâle que d'habitude.

Elles passèrent devant moi sans me voir - non, personne n'aurait pu… - et se dirigèrent vers les toilettes où Lili ouvrit brusquement la porte.

Je vis Emmett qui s'avançait aussi d'un pas énergique, le regard fixé sur l'endroit dont j'avais voulu détourner sa sœur un peu plus tôt. Il avait l'air soucieux, bien loin de l'être rieur et roublard que j'avais vu quelques semaines auparavant.

J'entendis leurs voix qui criaient plus qu'elles ne parlaient. Je crus même entendre des pleurs, des hoquets de tristesse. Des lamentations.

Je ne voulais pas voir ça…

Je ne voulais pas voir ce que j'avais voulu qu'elle oublie dans mes bras.

Puis Lili à nouveau. Toujours hystérique, en pleurs.

« Pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi tu nous détruis comme ça ?! »

Je crois que c'est à ce moment-là que je sortis de mon isolement et que je me redirigeai vers cet endroit qui m'avait étouffé. Cet endroit clos qui aurait dû le rester sur Alec et Tanya et où nous étions tous de trop.

La première chose que je vis, fut ma sœur qui auscultait plus ou moins Tanya qui elle, était toujours aussi blafarde et qui ne semblait pas se rendre compte du monde qu'il y avait autour d'elle à part Alec à qui elle s'accrochait désespérément et qui ne l'avait toujours pas lâchée depuis tout ce temps.

Puis Lili qui était effondrée par terre à côté d'elle, la regardant sans trop la voir, s'étouffant presque avec ses larmes.

Une autre scène que j'avais déjà vue.

Une autre scène que j'aurais voulu voir pour la dernière fois.

Je ne voyais pas l'expression d'Emmett qui se tenait dans l'embrasure de la porte, en retrait, figé. Je devinais cependant ce qu'il devait penser : « Dans quoi ma sœur s'est-t-elle fourrée ? »

Puis Jasper arriva derrière moi, me faisant sursauter. Il tenait son portable à la main ; je ne l'avais même pas vu s'éclipser. Il avait l'air encore plus soucieux que lorsqu'il était venu nous chercher sur scène avec Alec, ses pupilles étaient dilatées par l'angoisse.

« J'ai appelé ton père. » Me dit-il. « Et ses parents. »

Il me montra Tanya du menton.

« Elle ne peut pas continuer comme ça… » Continua-t-il.

Ce qui se passa ensuite était toujours flou dans ma tête.

Mon père. Les parents de Lili et Tanya. Des ambulanciers. Mike.

Des protestations. Des lamentations. Des cris. Des suppliques.

Puis le trou noir à nouveau.

Ces vingt derniers jours, je les avais passés entre les bancs de la fac, l'appartement d'Alec et la clinique privée où avait été admise de force Tanya. J'avais l'impression que je n'arrêtais pas de marcher dans les rues de New York, que ma vie tournait trop vite, que je n'en trouvais plus le sens.

Je mangeais, marchais, essayais d'étudier, marchais, allais chez Alec, mangeais, marchais, allais voir Tanya, marchais, rentrais chez moi, mangeais et essayais de dormir.

J'enchaînais les choses, comme un être sans conscience, par automatisme.

Ça faisait pourtant plus de quinze jours que je respirais mieux et que Jane était repartie chez elle. Moi qui avais pensé que cette semaine passée en couple allait forcément créer des liens entre Jacob et elle, je m'étais lourdement trompé.

Ça n'avait fait que créer plus de tensions entre eux, une suite sans fin de disputes, entrecoupée de baisers arrachés et de sorties forcées.

J'avais vu le Mercredi arriver avec un soulagement sans nom, pensant encore naïvement que mon manque de sommeil venait de l'impression d'étouffement que j'éprouvais dans mon propre appartement. Là encore, je m'étais lourdement trompé.

Morphée ne venait toujours pas m'enlever à la conscience de ce monde. Je passai de longues heures à tourner et retourner dans mon lit, pensant à Alec qui nous inquiétait de plus en plus, à Tanya qui était retombée une fois de trop dans les profondeurs abyssales de la drogue, à Bella qui avait disparu et dont personne n'avait plus de nouvelles.

Bella.

Je me refusais à trop penser à elle, à ce que je lui avais fait la dernière fois que je l'avais vue, à ces questions encore trop floues dans mon esprit qu'elle avait suscitées.

Je lui en voulais.

Je lui en voulais tellement d'infliger tout ça à mon meilleur ami.

De m'avoir poussé à… l'approcher de trop près.

Soudain, mon portable vibra, m'arrachant un haut le cœur. Je le pris d'une main nerveuse, appréhendant d'avoir une mauvaise nouvelle. De Lili ou d'Alec.

Jane.

Je fronçai mes sourcils et ouvris le message.

« Je craque. Je n'arrive plus à dormir. »

Je soupirai. Je n'avais pas la tête à l'écouter cette nuit.

Je reposai mon portable et m'allongeai, les reins m'élançant douloureusement.

Nouveau message.

« Je ne plaisante pas, Edward. Je sais que tu ne dors pas non plus. Je suis en bas. Laisse-moi entrer. »

En bas ?! A pratiquement 3 heures du matin ?

« Tu as les clés, je ne vois pas pourquoi tu me demandes l'autorisation. »

Je me levai et allai allumer les lumières du salon. Je vis que celles de la chambre de Jacob étaient éteintes ; il avait réussi à trouver le sommeil qui lui manquait aussi cruellement. Au moins un qui y arrivait, c'était mieux que rien.

J'entendis des clés tourner dans la serrure et me dirigeai d'un pas mal assuré vers l'entrée.

La porte s'ouvrit sur Jane dont les grandes cernes sous les yeux trahissaient la grande fatigue. Elle me poussa de côté et entra rapidement, un petit sac de voyage à la main.

« Ça fait presque trois semaines que je ne dors plus. Il fallait que je vienne. Me dit-elle d'une voix un peu perçante.

_ Moins fort. Y en a au moins un qui dort dans cet appartement. Grognai-je en allant dans la cuisine.

_ Je m'en fous complètement de le réveiller ! Si je suis dans cet état, c'est à cause de lui ! »

Je soupirai en me servant un verre de lait. Non, je n'étais vraiment pas en état d'entendre ça encore une fois.

« Il m'énerve tellement, si tu savais à quel point… Continua-t-elle alors que je lui remplissais un verre de lait.

_ Hmm…

_ Il veut toujours avoir raison. Il fait tout ce qu'il peut pour me mettre hors de moi…

_ Hmm… Répétai-je en lui tendant son verre.

_ Merci. Et il ronfle. Beaucoup plus fort que toi.

_ Je ne ronfle pas. Grognai-je en avalant une gorgée de lait.

_ … Il me manque. »

Je manquai de m'étouffer et la regardai, les yeux écarquillés.

« Quoi ?

_ Je m'y suis habituée… Toute cette semaine que j'ai passée avec lui. Il est comme… le bruit des voitures qu'on entend jour et nuit. Au début, on ne le supporte pas, on croit qu'on ne s'y fera jamais et avec le temps… On en a besoin pour s'endormir. Eh bien, Mimi-Siku, c'est pareil. J'en ai besoin pour ma santé mentale. »

Je continuai à l'observer, avec mon premier vrai sourire de ces dernières semaines, alors qu'elle sirotait son verre de lait en regardant partout sauf dans ma direction.

« Qu'est-ce que tu attends alors pour aller rattraper tes heures de sommeil, vu que tu sais comment t'y prendre ? Lui demandai-je avec un rictus.

_ Il va croire qu'il a gagné. Marmonna-t-elle.

_ Et alors ?

_ Hors de question. Trancha-t-elle.

_ Qu'est-ce que tu fais là, dans ce cas ?

_ … Je veux que tu lui dises que tu m'as forcé à redormir avec lui.

_ Quoi ?!

_ S'il te plaît, Edward ! Juste pour cette nuit ! Que je confirme ma théorie…

_ Toi et ta foutue fierté ! Vas-y, un point c'est tout. Et va allumer la chaîne si tu décides de rattraper tes heures de sommeil la nuit prochaine. » Lui dis-je en vidant mon verre.

Je le déposai dans l'évier, et contournai le bar sans lui laisser le temps de me répondre et rejoignis ma chambre en claquant la porte.

Allais-je un jour - une nuit ce serait parfait - trouver le repos ?

Quelques trop courtes heures plus tard, mon réveil sonna et je m'arrachai à la chaleur de mes draps.

Je ne savais pas combien de temps je m'étais assoupis.

J'avais entendu Jane tourner en rond dans le salon. Hésiter. S'approcher de ma porte pour ensuite repartir.

Puis le son d'une porte qu'on ouvre.

Doucement. Presque avec crainte.

Puis le son d'une porte qu'on referme.

Tout aussi doucement. Mais avec plus de conviction.

J'avais attendu quelques instants. L'oreille aux aguets, craignant une énième dispute qui me signifierait que je ne dormirais pas encore cette nuit-là. Mais le silence m'avait répondu. Et Morphée était apparu.

Il était 4 h 16 du matin.

Je me dirigeai vers mon dressing et pris le premier jean et la première chemise que je trouvais. Heureusement que Jane n'était pas dans ma chambre à ce moment-là, je crois que j'aurais eu droit à un des adages bizarres qu'elle inventait parfois pour appuyer ses dires : « Pour égayer la vie, porter des vêtements bien choisis. »

Je sortis et constatai que ni l'un ni l'autre n'était encore levé et surtout que l'appartement était toujours en ordre.

Je me dirigeai vers la salle de bains, rêvant déjà à la prochaine nuit que j'espérais pouvoir faire entière et pris une douche froide pour me sortir de mon état amorphe.

Quelques minutes plus tard, légèrement plus réveillé, j'allai prendre mon petit-déjeuner. J'étais en train de manger mon bol de céréales quand Jane sortit de la chambre de mon colocataire, vêtue seulement d'un de ses t-shirts.

« T'excites pas, j'ai oublié mon pyjama. » Marmonna-t-elle lorsqu'elle vit mon sourire en coin. « J'ai pas trop envie d'y aller… Surtout que je n'ai que 3 heures de cours, aujourd'hui. J'irais bien voir Alec…

_ Je finis à 13 heures. On ira ensemble, si tu veux. Répliquai-je.

_ Hmm, ok. »

Jake sortit à son tour de sa chambre, lui aussi en pyjama, avec un sourire à s'en décrocher la mâchoire. Alors qu'il s'avançait vers elle, Jane se précipita dans la salle de bains et ferma à clés derrière elle.

« Salut. Me dit-il en s'asseyant après avoir détourné les yeux de la porte de la salle d'eau.

_ Salut. Répétai-je avec un sourire.

_ T'as toujours une sale gueule…

_ T'as toujours pas mis la chaîne en route… »

Il éclata de rire - le premier que j'entendais depuis des jours -.

Je lui sortis un bol et lui passai le lait avec la corbeille de fruits.

« Je prendrais bien le jus de kiwi aussi. Me dit-il.

_ Elle t'a converti ?

_ Je suis devenu addict. »

Je lui sortis la bouteille et m'appuyai contre le plan de travail. Il me restait encore un bon quart d'heure avant que je ne parte pour ma dernière journée de la semaine.

Lorsque Jane dédaigna se remontrer, elle était uniquement vêtue d'une serviette éponge verte qui lui arrivait à mi cuisses, ses cheveux mouillés cascadant dans son dos.

Au moment où elle passa à côté du bar, Jacob se leva, l'air de rien et l'attrapa par la taille, lui arrachant un petit cri. Il ne lui laissa même pas le temps d'analyser ce qui lui arrivait ; il l'embrassa à pleine bouche.

Elle se figea un peu mais finit par se coller un peu plus contre lui et lui rendit passionnément son baiser d'après ce que je pouvais voir. Quand elle s'éloigna, haletante, elle me lança un rapide regard, comme si elle était désemparée.

J'eus un sourire et allai vers la table basse du salon, alors que Jacob s'en allait vers sa chambre en laissant la porte ouverte. J'attrapai la télécommande de la chaîne murale et enclenchai la playlist.

Elle me regarda faire, toujours figée au milieu du salon.

« On se retrouve au Strawberry à 13 h 30 environ… Amusez-vous bien… Et… évitez mon lit et le plan de travail, merci d'avance. » Lui dis-je en ouvrant la porte de l'appart' après être passé par ma chambre pour prendre mes affaires.

Je refermai derrière moi, toujours crevé, mais enfin soulagé.

J'arrivai sur le domaine universitaire avec plus d'avance que je ne le crus et décidai, une fois n'est pas coutume, d'aller directement dans l'amphi de mon premier cours, espérant faire cesser ou au moins diminuer ce mal de crâne qui m'enserrait les tempes dû au manque de sommeil.

J'ouvris la porte et me dirigeai vers le milieu des rangs, lorsque je me figeai en la voyant. Parce qu'il ne pouvait s'agir que d'elle. Je reconnaissais le sac qu'elle avait posé à ses côtés.

Mon cœur battit soudain plus rapidement alors que je déglutissais avec difficulté.

Merde. Elle était revenue…

Le premier réflexe que j'eus, fut de sortir mon portable pour envoyer un message à Alec, mais je me ravisai. Je restai un moment à la regarder ; elle avait la tête posée sur ses bras, j'avais presque l'impression qu'elle dormait. Depuis combien de temps était-elle là ?

J'entendis qu'on arrivait dans mon dos et descendis les marches jusqu'à elle. Elle n'avait toujours pas bougé.

J'hésitai une nouvelle fois, pensant à la dernière fois qu'on s'était retrouvés face à face. Je n'avais pas envie d'en parler maintenant. Je n'avais même plus jamais envie d'en parler. Je voulais l'oublier. Et qu'elle en fasse autant. Ce n'était rien, absolument rien. Je ne savais même pas comment on pouvait définir ce qui s'était passé ce soir-là.

Je me faufilai entre les deux rangées où elle se trouvait et me laissai tomber à côté d'elle, les mâchoires contractées. Elle ne bougea toujours pas.

« Edward ! » Cria une voix derrière moi.

Je me retournai et vis Jess et Vic descendre les escaliers jusqu'à nous.

« On t'a attendu, dehors… Me dit Jess d'une voix faussement autoritaire.

_ Salut Bella. » Fit Victoria avec un sourire.

Je me figeai, sentant tout à coup un regard sur ma nuque.

« Ça fait quelques semaines qu'on t'a pas vue. On a cru que tu avais déménagé. » Lui dit Jessica en s'asseyant à côté de moi.

Je me tournai vers elle, par réflexe, et rencontrai un quart de seconde son regard.

Elle se redressa, se frotta les yeux. Se passa la main dans ses cheveux emmêlés.

Elle avait dû atteindre les derniers degrés de la fatigue il y avait de cela quelques jours. Même moi, je devais paraître plus réveillé à côté d'elle.

La marque de sa manche lui barrait la joue, ses yeux étaient injectés de sang. Elle me faisait presque de la peine à la voir comme ça. Oui, presque…

« Non. Je n'avais pas déménagé. » Dit-elle d'une voix éraillée.

Elle déglutit, détourna le regard.

Était-ce à cause de moi ? A cause des filles ? Voulait-elle se retrouver seule… à nouveau ? Fuir ?

La fatigue et la colère luttaient en moi ; pour qui se prenait-elle ? Elle croyait qu'elle pouvait disparaître et revenir comme ça ?

« T'étais où ? » Lâchai-je, abrupt.

Elle me regarda, d'un air que je ne sus déchiffrer.

« Je ne pense pas que tu connaisses.

_ T'imagines dans quel état est Alec ? Sifflai-je.

_ Oh, assez bien oui. » Répliqua-t-elle sur le même ton, dardant son regard dans le mien. « Et de toutes manières, je suis passée le voir.

_ Ah oui, le voir, bien sûr. Quelle bonne nouvelle ! Tu disparais pendant des semaines on ne sait où, et tu es passée le voir ! Tu n'es qu'une putain d'égoïste, voilà ce que t'es ! Ne crois pas que tu vas t'en sortir comme ça ! Je te rendrai au centuple ce que tu lui as fait ! »

Une lueur de douleur et de colère mêlées passa dans ses yeux, et elle crispa violemment les poings.

« De quoi tu te mêles ? » Cracha-t-elle. « Tu crois qu'il est le seul à souffrir ? Tu crois que tu es le seul à qui ça fait mal ? Et pour ta gouverne, je n'avais pas disparu. Du moins, il a eu de mes nouvelles.

_ Ça ne change rien ! Tu es partie ! Tu l'as abandonné ! Sans rien dire ! Je ne l'ai jamais vu comme ça ! Je… »

J'inspirai profondément et fermai les yeux en me détournant alors que je sentais le regard anxieux de Jess et Vic sur moi, ainsi que ceux, plus curieux, des autres étudiants qui entraient s'installer dans l'amphi.

Mon cœur battait la chamade alors que la tête me tournait. J'avais besoin de dormir. J'étais à bout. À bout de tout. Je n'en pouvais plus de tout ce flou autour de moi.

« Je m'en vais. » Soufflai-je. « Levez-vous les filles, s'il vous plaît. »

Puis d'un pas mal assuré, je sortis de l'amphi et du domaine universitaire.

BELLA

Une fois qu'Edward fut parti, Victoria se rapprocha presque craintivement de moi, et Jess s'assit à côté d'elle. Je vis Angela me regarder, surprise, du haut de l'amphi. Lui fis un geste de la main, et elle descendit pour venir s'asseoir juste derrière moi.

Victoria me dévisageait, muette. Quelque chose me disait que c'était rare.

« Euh… ça va ? » demanda-t-elle.

Rare, et que ça n'allait pas durer.

« Ouais, soufflai-je. Ou non. Je ne sais pas. »

Elle et Jess se concertèrent du regard, et elle se retourna vers moi.

« C'est à propos d'Alec, hein ?

_ Oui.

_ Vous n'êtes plus ensemble.

_ Non. »

Il n'y avait rien à rajouter. Tout avait été dit sur le ton de la constatation.

Une main fine de Victoria se posa sur mon avant-bras, dans un geste se voulant rassurant. Et pour la première fois depuis que je l'avais revue, je lui fis un vrai sourire. Quoique faible…

La matinée de cours s'était écoulée comme dans un brouillard. J'avais lutté de toutes mes forces pour ne pas m'endormir.

Quand treize heures sonnèrent, je me levai, et sortis sous le soleil encore brûlant de cette fin de Septembre. Angela me rejoignit.

« Bella ? Ça va ?

_ Salut. Oui, et toi ?

_ Très bien. J'avais l'impression que… tu avais abandonné la fac. Je ne pensais plus te revoir. Et comme j'avais pas ton numéro…

_ Non. J'ai eu… un passage à vide. »

Elle me regarda, curieusement ; puis hocha la tête.

« Au fait… » commençai-je, éreintée. « Tu ne connaîtrais pas un logement à pourvoir ? Pas trop cher ? »

Elle savait que j'habitais chez Alec. Elle devait avoir compris. Que nous étions séparés. Elle ne fit aucun commentaire.

« Il y a toujours une chambre là où je loge. Il faut juste en parler au proprio. Et la débarrasser. Elle sert de remise, pour l'instant. Le loyer est plus que correct, mais c'est pas la grande classe.

_ Ça serait super.

_ Je vois avec le proprio.

_ Merci, Angela. Je… j'y vais, je suis crevée.

_ Ça se voit. Bon week-end.

_ Bon week-end. »

Nous nous séparâmes, et je rentrai à l'appartement d'Alec.

Il m'ouvrit quand je sonnai.

« Tu ne veux pas reprendre un double de mes clefs ? Demanda-t-il d'une voix faible.

_ Non, Alec.

_ D'accord… Il y a à de la viande et des légumes, si tu veux, dans la cuisine.

_ Je mangerai tout à l'heure. Là, je suis plutôt fatiguée.

_ Bien. »

Je me dirigeai vers sa chambre. Retirai ma chemise, mon jean, et me glissai entre les draps.

Il me rejoignit, m'encadra de ses bras.

Je m'endormis.

Je m'éveillai beaucoup plus tard dans la soirée ; le réveil annonçait 19 h passées.

Mais j'étais enfin à peu près reposée.

Je bougeai dans le lit ; et sentis un poids.

Je me retournai vers la forme assise en tailleur au fond du lit, et sursautai en me redressant en reconnaissant Jane.

« Donne-moi une raison de ne pas te tuer pour avoir disparu pendant trois semaines.

_ Euh… Je n'ai pas disparu tout à fait trois semaines, tentai-je.

_ Bella.

_ Ok… J'en avais besoin. T'étais là, l'autre soir. » fis-je en détournant le regard, me rembrunissant.

Elle ne répondit pas tout de suite.

« Tu l'as laissé tomber.

_ Il m'a laissé tomber. Et tu le sais. »

Elle n'ajouta rien, sachant très bien qu'elle n'avait rien à dire.

Elle savait que c'était la vérité. Alec avait fait son choix. Je n'avais fait que lui épargner la difficulté de rompre avec moi.

« Bon. Contente de te revoir quand même.

_ Moi aussi.

_ Tu ne vas pas rester là longtemps, hein ?

_ Non. Enfin, je reste sur New York.

_ Ouais. T'as bien dormi ?

_ Ça peut aller. T'as couché avec Jake ? »

Elle attrapa un oreiller à côté de moi, me le balança à la figure.

Je laissai échapper un rire bref.

« Bon. On va tous sortir, demain soir. Sauf Tanya, bien sûr. Elle est encore en train de se nettoyer dans une clinique privée. » Ajouta-t-elle avec mépris. « Tu seras des nôtres ?

_ … Oui.

_ Je n'en attendais pas moins.

_ Bien. À demain, alors ?

_ À demain. »

Bon. Il fallait que j'aille voir Emmett et Jacob, maintenant…

EDWARD

Mes pas m'avaient conduit à la clinique privée où était Tanya.

Pourquoi ?

Peut-être parce que je savais qu'il n'y avait que là que je pourrais être en paix durant quelques heures. Que j'avais une toute petite chance pour me calmer en la voyant, si fragile, si vulnérable dans cette chambre aux murs blancs, stériles, seulement égayée par le bouquet de fleurs quotidien que lui apportait sa mère.

Hormis Rose, Jasper et moi, personne ne venait la voir dans notre proche entourage.

Alec n'en trouvait pas la force.

Lili lui en voulait trop pour ça.

Demetri s'était retranché dans son monde et plus personne n'avait de ses nouvelles depuis notre sortie au Strawberry Night.

Elle était en train de dormir lorsque j'avais pénétré dans sa chambre. Elle semblait alors tellement paisible et innocente.

Je m'étais écroulé sur le fauteuil où sa mère avait laissé un plaid, à côté de la fenêtre. J'avais attendu quelques temps, je crois, qu'elle se réveille. J'avais essayé de me vider l'esprit. Ne plus penser alors que tellement d'évènements tournaient dans ma tête. Puis le sommeil était venu et je n'avais même pas tenté de lui résister.

Je m'étais réveillé en sursaut, désorienté. Il m'avait fallu quelques secondes pour me rendre compte que j'étais dans une chambre stérile de clinique. J'avais regardé autour de moi, cherchant un objet ou une présence qui m'était familier. Et mes yeux avaient croisé les siens.

Toujours aussi noirs.

Toujours aussi ternes.

Elle n'avait pas récupéré en ces quelques semaines. Elle se purgeait, oui. Mais elle ne guérissait pas. Elle n'avait pas encore eu ce qu'elle voulait pour la pousser à se sortir de cette spirale infernale. Elle avait à peine eu un geste d'affection dans les toilettes d'une avant boîte dont elle ne se rappelait peut-être pas ou qu'elle ne voulait peut-être pas se rappeler parce qu'il n'était pas revenu vers elle. Il n'était pas revenu la rassurer de sa présence. Alors elle avait trouvé une nouvelle façon de se mettre en danger, puisqu'il ne semblait y avoir que ça pour le faire réagir.

Son corps redevenait sain, mais le mal restait.

Et je ne pouvais rien faire contre. Personne ne le pouvait mise à part lui.

Il détenait la bobine du fil de sa vie, tout comme le ciseau pour le couper.

En avait-il conscience ? Y pensait-il ? Je n'en savais rien. Il ne m'en parlait pas. En fait, il ne parlait pas tout court. Ou presque pas.

J'allais le voir, je restais de longues heures avec lui, mais je ne savais pas comment il allait. Il me parlait d'elle, oui. Il me racontait nos souvenirs, de ce qu'on avait vécu avant qu'ils ne partent de New York avec Jane. Tout ceux qu'on avait vécus avant qu'il ne m'avoue son secret.

Il me parlait aussi de son autre. Bella.

Il s'inquiétait pour elle. Il n'en dormait plus. Il me disait qu'il l'aimait, il le répétait sans arrêt comme s'il voulait s'en convaincre mais qu'au fond de lui, tout au fond, il n'y croyait pas. Ou plus.

Et moi, je l'écoutais divaguer. Répéter ces phrases sans queue ni tête. Sans début ni fin. Je ne savais pas quoi faire d'autre que de le laisser s'emmêler et se conforter dans son discours. Je ne pouvais pas lui dire que s'il s'écoutait vraiment parler, il savait qu'il avait déjà fait son choix. Et qu'il s'était fourvoyé durant des années avec une fille qui n'était pas tout à fait faite pour lui.

Je pénétrai dans le hall de mon immeuble, sentant la fatigue me submerger à nouveau. Je pris l'ascenseur et me laissai aller contre la vitre policée en fermant les yeux. Encore quelques secondes, et je pourrais m'allonger dans mon lit, en espérant que Jane et Jacob ne fassent pas trembler l'appartement toute la nuit.

Arrivé à mon étage, je sortis de la cage métallique, et me dirigeai vers ma porte lorsque je vis Lili et Jasper sonner. Adieu couette et oreiller moelleux…

« Je suis là. » Marmonnai-je en m'avançant.

Ils se retournèrent et me sourient.

« T'as l'air crevé. » Me dit Alice lorsque je les rejoignis.

Je grognai pour toute réponse et attrapai ma clé dans une des poches de mon jean quand la porte s'ouvrit à la volée sur Jane.

« C'est Jasper et Lili ! » Cria-t-elle à quelqu'un à l'intérieur. « Et Edward l'Endormi ! »

Nous entrâmes alors qu'une musique d'ambiance me parvenait du salon. Rose emmena un énorme saladier dans le salon d'un pas pressé sans même nous accorder la moindre attention.

Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?

« Salut, Ed. »

Je tournai la tête pour voir Demetri avec un plateau de verres. Il se dirigea à son tour vers le salon et aida Jacob à déplacer le canapé contre un mur.

Quelqu'un sonna une nouvelle fois.

« J'y vais ! » Cria Jane en passant à côté de moi.

J'entendis les voix de Jess et Victoria qui demandait si elles n'étaient pas trop en retard.

« Non, non. Il manque encore Bella, Emmett et mon frère.

_ Tu vas mieux ? » Me demanda Vic en passant à côté de moi.

Je ne répondis même pas alors que je les voyais tous s'activer dans tous les sens dans mon salon, comme des fourmis ouvrières.

Lili disposa des coussins en cercle devant la baie vitrée alors que Vic et Jess sortaient de ma chambre où elles avaient apparemment posé leurs affaires.

« Quelqu'un peut m'expliquer ? Demandai-je à ma sœur en la prenant par le poignet lorsqu'elle passa à côté de moi.

_ Retrouvailles avec Bella. Me dit-elle en haussant des épaules.

_ Dans mon salon ?

_ C'est toi qui as le plus grand… T'as une sale tête, petit frère. Tu devrais aller te reposer un peu.

_ Avec vous à côté ? Autant me plonger dans le coma, je serais sûr de pouvoir fermer l'œil. »

Elle me fit un petit sourire contrit alors qu'on resonnait à la porte.

« J'y vais ! » Cria à nouveau Jane.

Depuis quand était-elle aussi enthousiaste ?

Baloo entra en marmonnant qu'il avait tourné trois fois dans le pâté de maisons pour trouver l'immeuble alors que Jane le rassurait qu'il manquait encore la principale intéressée.

Les filles commencèrent à s'asseoir sur les coussins en discutant de tout et de rien.

Comme si tout était normal.

Comme si Tanya n'était pas alitée dans une clinique privée depuis des semaines pour abus de drogue.

Comme si Bella n'était jamais partie on ne savait où.

Comme si mon meilleur ami n'était pas en train de péter un câble sans que personne ne s'en rende compte.

Jane passa à côté de moi et m'entraîna vers la salle de bains où elle nous enferma.

Elle me regarda un instant en fronçant les sourcils alors que je me laissai tomber par terre en me prenant la tête dans mes mains.

« Je t'ai attendu entre midi et deux. Me dit-elle.

_ T'en as eu le temps ? » Grognai-je.

Voyant qu'elle ne répondait pas, je levai la tête et vis la légère rougeur de ses joues.

« A ce point ? Raillai-je avec un léger sourire aux lèvres.

_ La ferme ! On parlera de ça plus tard. Où étais-tu ?

_ Je suis allé dormir… Un peu.

_ Où ça ? Pas chez mon frère, j'y suis passée. »

Non, bien sûr que non.

Pour le voir limite dépressif en train de se battre avec son cœur et sa raison, non. Et pour finir par la voir débarquer, encore moins.

« Je suis allé voir Tanya. Soufflai-je.

_ Encore ? On s'occupe pas assez d'elle dans sa clinique privée ?

_ Arrête avec ce ton acerbe. Elle souffre et tu le sais. C'est pas facile pour elle non plus.

_ Tu vas me faire pleurer… Celle qui souffre le plus, c'est Bella. Elle est partie à l'autre bout du pays à cause de cette dépravée.

_ Quoi ? » La coupai-je. « A l'autre bout du pays ?

_ Oui. L'état de Washington, il me semble bien que c'est à l'autre bout du pays. » Railla-t-elle.

Je ne répondis pas, essayant de paraître indifférent à la nouvelle.

L'état de Washington…

Et s'il était arrivé quelque chose à Alec ? Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire à l'autre bout du pays ?

Une boule d'amertume se forma dans ma gorge. Comment avait-elle pu faire une chose pareille ? Alors qu'elle disait qu'elle l'aimait. Alors que ses yeux ne semblaient voir que lui… Force m'était de l'admettre.

« … Tu as compris ? »

Je relevai la tête une nouvelle fois pour me plonger dans les yeux ambrés de ma meilleure amie.

« Tu les laisses tranquilles. Tous les deux. J'ai eu un mal fou à le convaincre de venir, alors ne gâche pas tout, s'il te plaît. On a tout fait pour que tout soit le plus… normal possible. Ils arriveront peut-être à se changer les idées…

_ Il n'y arrivera pas ! Tu crois que c'est vraiment ce qui lui faut, pour retrouver son état d'esprit d'avant ? Tu sais très qu'il faut qu'il aille voir… » Commençai-je d'une voix dure.

Quelqu'un frappa rapidement à la porte et l'entrouvrit.

« Ils sont là. » Nous dit Rose avant de retourner dans le salon.

Jane me lança un regard perçant d'avertissement et sortit de la salle de bains.

Je restai quelques secondes par terre, la tête lourde, et me relevai pour me passer de l'eau froide sur le visage. La lassitude commençait à avoir raison de moi. Je m'essuyai rapidement et sortis à mon tour.

Alec était accaparé par Baloo et Demetri alors que sa copine était un peu plus en retrait près de la baie vitrée.

Je m'avançai, dépassant Jess, Vic et Lili qui discutaient des cours de cette dernière et allai m'asseoir sur un des coussins.

Quelques secondes plus tard, ma sœur s'assit à son tour à mes côtés et me prit par les épaules en posant sa tête contre la mienne.

« J'aime pas quand tu fais cette tête, petit frère. Me souffla-t-elle en me caressant le bras.

_ … Je suis fatigué. Marmonnai-je.

_ Je sais que tu t'inquiètes beaucoup. Pour Tanya, Alec… »

Je ne répondis pas. Elle allait encore une fois tenter de m'arracher mes sentiments sur cette histoire alors que je m'enfermai depuis des semaines pour éviter d'en parler.

« Je comprends ce que tu ressens… » Enchaîna-t-elle. « Il faut parfois laisser du temps aux choses. Un jour, ça fera moins mal.

_ Un jour, elle se tuera et il dépérira. Grognai-je.

_ Ne sois pas aussi pessimiste. Souffla-t-elle.

_ Tu sais très bien que j'ai raison. S'il ne se tourne pas vers elle, ça finira par arriver. »

Elle se plaça derrière moi et me prit dans ses bras, comme quand on était petits. Elle me serra un moment contre elle alors que je me laissais aller contre sa poitrine en fermant les yeux. J'avais toujours l'impression que tout se résoudrait lorsque nous étions dans cette position. Que tout était plus facile et que les solutions à mes problèmes se présenteraient naturellement à mon esprit.

« Il n'est pas encore prêt. » Me dit-elle enfin.

Je grognai une nouvelle fois, parce que comme toujours, je savais qu'elle avait raison.

« On fait des mamours à sa grande sœur ? Me dit alors Demetri sur un ton moqueur.

_ Laisse-le tranquille, il est fatigué. » Siffla Rose en se relevant. « Tu ne peux rien faire contre ça, Edward. Il faut que tu l'acceptes. »

Puis elle s'éloigna vers la cuisine où Jacob et Emmett semblaient inspecter le contenu du Frigo.

Je soupirai et croisai le regard de mon meilleur ami dont Jasper essayait d'arracher des phrases de plus de trois mots. Lui aussi avait l'air fatigué. Exténué, même. Aussi bien physiquement que mentalement.

Je lui souris doucement alors, et il me le rendit au moment où une ombre passa à mes côtés ; Bella. Elle se laissa tomber sur un coussin, un peu plus loin que moi. Je croisai son regard un instant et me détournai, l'estomac noué.

Rose avait peut-être raison. Peut-être que je ne pouvais rien faire contre ce qui était en train d'arriver.

Victoria arriva et s'assit à côté d'elle en lui tendant un verre de jus de fruits. Elle hésita un instant et le prit pour le poser par terre devant elle.

« Alors, tu vas habiter avec Angela Weber ? » Lui demanda Vic.

Je me retournai vers elle, les sourcils légèrement levés.

Une nouvelle fois, son regard croisa le mien et elle baissa les yeux en marmonnant une réponse que je n'entendis pas.

« C'est une chouette fille. Je la connais un peu… Vous devriez bien vous entendre.

_ Ouais, je pense aussi. Souffla Bella en reprenant son verre pour boire une gorgée.

_ Vic ! Viens voir le croquis du nouveau projet de Lili ! Il est gé-nial ! » Dit alors Jessica depuis le bar.

Victoria lui fit un sourire d'excuse et se leva.

Je me levai alors à mon tour et me laissai tomber sur la place qu'elle venait de quitter.

« Tu déménages ? » Sifflai-je.

Elle détourna le regard.

« C'est ce qu'il y a de mieux à faire. »

Je la regardai un instant et me détournai à mon tour.

Je ne savais pas si je devais m'en réjouir ou au contraire m'en alarmer.

« Il le sait ?

_ Bien sûr. Ma future adresse, le nom de mes futurs colocataires. Tout.

_ … T'aurais dû rester à Washington, finalement. » Soufflai-je avant de me relever, ne lui laissant même pas le temps de répondre.

Je me dirigeai vers la cuisine où le débat principal était ce qu'on allait manger.

« Le plus simple, c'est de se faire livrer. Dit Rose.

_ Je mangerais bien des sushis. » Répondis-je.

Elle se tourna vers moi et me fit un sourire que je lui rendis.

« Cuisine chinoise… Marmonna Baloo.

_ Japonaise. Rectifia ma sœur.

_ Hmm… Marmonna-t-il une nouvelle fois.

_ Bella ! Essaye de convaincre ton frère que le poisson cru, c'est mangeable ! Et qu'il n'y a pas que ça ! Cria-t-elle en riant.

_ Oh non, Ed'! Tu nous as pas encore fait le coup des sushis ! Râla Demetri en nous rejoignant dans la cuisine.

_ Rien qui ne se mange ne pourra avoir ta peau, Emmett. » Fit Bella. « Alors cesse de faire l'enfant, et essaie de goûter à un peu de tout ! »

Il marmonna une nouvelle fois, toujours pas très convaincu.

« Rose adore ça. » Dit alors Lili.

Il lui jeta un vague regard et reporta son attention sur ma sœur qui lui fit une petite moue implorante ; j'avais toujours su que la fréquentation assidue d'Alice Denali finirait par être néfaste un jour ou l'autre.

« Ok… » Céda-t-il en faisant grogner Demetri.

Bénie soit Lili.

Rose l'embrassa sur la joue et prit le téléphone en démagnétisant un prospectus sur le Frigo.

« Emmett qui cède à une femme. J'aurais tout vu. Ricana Jacob.

_ Jacob et Miss Irritation. On aura tout vu d'après ce que j'ai su. Railla-t-il à son tour.

_ Quoi ?! T'as réussi à conclure et je le sais pas ? » S'écria Demetri.

Mon colocataire se renferma un peu sur lui-même avec tout de même un léger sourire sur les lèvres.

« Je les ai vus dans sa chambre tout à l'heure. Elle commençait limite à le déshabiller. Enchaîna Emmett.

_ Jane ! » Cria Dem.

Ma meilleure amie sortit de ma chambre et s'avança vers nous en marmonnant.

« Qu'est-ce qu'il a à gueuler comme ça, celui-là. Grogna-t-elle.

_ T'as rien à me dire ? » Chantonna-t-il en la regardant avec un grand sourire.

Elle haussa ses sourcils et nous jeta un coup d'œil.

« Euh… Non. Finit-elle par lui dire.

_ Tu dors où en ce moment ? »

Emmett ricana alors que je faisais tout pour paraître le plus impassible possible.

« C'est pas vrai ! S'écria alors Lili en sautant comme une puce.

_ J'ai rien à dire. Marmonna Jane.

_ Un bisou, un bisou ! Scanda Demetri, limite hilare.

_ Eh bien fais-lui. » Grogna ma meilleure amie en tournant les talons.

Je la suivis du regard et décidai de la suivre, alors que Jacob se faisait bombarder de questions par Demetri et les filles.

« Je ne répondrai pas plus à tes questions qu'aux leurs. Me dit-elle lorsque je m'assis à ses côtés.

_ Oh, mais j'attendrai que tu m'en parles. Je ne suis pas pressé. »

Elle se renfrogna et attrapa un verre de jus de kiwi sur le plateau qui trônait au milieu des coussins.

« Tu ne dormiras plus avec moi, alors.

_ Bien sûr que si. Marmonna-t-elle en buvant une gorgée.

_ Je ne suis pas sûr qu'il accepte de partager. Répliquai-je en haussant un sourcil.

_ C'était juste pour aujourd'hui. Je lui ai clairement dit, d'ailleurs et il ne m'a pas réfuté.

_ Bien sûr que non. Sinon il sait très bien qu'il n'aurait pas eu ce qu'il voulait. »

Elle me fusilla du regard et se détourna pour laisser ses yeux vagabonder sur la pièce.

« Où sont Bella et mon frère ? » Me demanda-t-elle en fronçant des sourcils.

Je jetai à mon tour un regard circulaire au salon et haussai des épaules.

« Ils sont peut-être allés faire un tour. Répliquai-je.

_ Non, on les aurait vus partir. »

Je soupirai, complètement indifférent.

« Retrouve-les. Me dit-elle en plongeant son regard soucieux dans le mien.

_ Pourquoi ? M'écriai-je.

_ Parce qu'ils se sont séparés et qu'on a improvisé tout ça pour qu'ils pensent à autre chose. »

Je me renfrognai et me levai malgré moi. Comme si l'appartement faisait 300 mètres carrés. Et comme si elle ne pouvait pas les chercher elle-même.

Je me dirigeai vers ma chambre et me figeai en entendant la voix désespérée de mon meilleur ami.

« … Non, s'il te plaît. Laisse-moi du temps. Je t'aime… Tu le sais que je t'aime.

_ … Oui. Je le sais, mais ça ne suffit pas. Il faut que tu te rendes à l'évidence… C'est elle que… Lui répondit-elle, des larmes dans la voix.

_ Non ! »

Je jetai un rapide coup d'œil et vis qu'il l'embrassait avec désespoir, déchirement, en la serrant contre lui comme s'il voulait qu'elle oublie tout, jusqu'aux mots qu'elle s'apprêtait à lui dire.

Comme moi quelques semaines auparavant.

Ce qui noua mon estomac.

Elle lui rendit son baiser avec fureur, les larmes coulant sur ses joues, ses mains passées dans ses cheveux. Elle ne le repoussait pas, lui. Non, elle s'y accrochait autant qu'elle le pouvait. Autant qu'elle avait voulu me repousser.

Puis elle cassa leur étreinte, le regarda un instant qui me parut une éternité, les joues rouges, la respiration sifflante, les larmes coulant toujours sur ses joues et se détourna pour faire face à l'entrée de la chambre.

Elle se figea un peu quand elle me vit et ses larmes coulèrent encore un peu plus lorsqu'elle passa à côté de moi pour retourner au salon ou je ne savais où.

Je regardai mon meilleur ami qui s'était laissé tomber sur le lit, la tête dans ses mains et hésitai un long moment entre le rejoindre ou le laisser seul. Puis, quand je me décidai pour la deuxième option, je vis Rose arriver dans ma direction, inquiète.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Me demanda-t-elle en jetant un regard dans ma chambre. « Elle est allée s'enfermer dans la salle de bains avec Jane.

_ Vas-y, si tu veux. Essaye… d'apaiser les choses. » Soufflai-je en m'éloignant dans le salon.

J'allai m'asseoir à côté de Jasper qui me regarda avec appréhension.

« J'ai sommeil. Soufflai-je.

_ Ça se voit. Me dit-il avec un sourire contrit.

_ J'en peux plus.

_ Ça se voit aussi.

_ … Pourquoi tout est aussi compliqué ? Marmonnai-je en posant ma tête sur mes genoux.

_ Les sentiments, c'est toujours compliqué. »

Je grognai alors que le sang battait lourdement contre mes tempes.

J'entendais les conversations autour de moi, je sentais des gens évoluer autour de moi, mais la lassitude m'avait vaincu malgré tout. J'avais envie d'abandonner alors que je savais que j'étais incapable de le faire. Trop de choses entraient en jeu. Trop de personnes qui m'étaient chères.

« Il revient. » Me souffla Jasper au bout d'un moment.

Je relevai ma tête et vis Rose et Alec sortir de ma chambre.

Il avait l'air… un peu plus apaisé à défaut d'aller mieux.

Son regard fit le tour de la pièce ; il devait sans doute la chercher, mais elle n'était toujours pas sortie de la salle de bains, du moins je ne pensais pas. Puis il soupira et vint s'asseoir à côté de moi. Sans un mot. Sans un coup d'œil.

J'entendis, quelques secondes plus tard, le bruit d'une porte qu'on ouvre et nous tournâmes la tête par réflexe pour la voir sortir avec Jane.

Elle aussi paraissait… plus apaisée. Mais elle avait aussi l'air déterminé.

« J'ai à vous parler. » Dit-elle alors d'une voix un peu rauque.

Les autres se regardèrent, décontenancés.

Elle inspira profondément et s'avança vers le cercle de coussins où elle se laissa choir à notre opposé.

« S'il vous plaît. » Enchaîna-t-elle en montrant les autres coussins.

Petit à petit, tout le monde s'installa et se tourna vers elle. Elle attendit, les yeux dans le vide, puis releva la tête et croisa le regard de mon meilleur ami auquel elle s'accrocha quelques secondes avant de se détourner et de commencer.

« Vous savez qu'avec Alec, ça ne… »

Elle se mordit la lèvre, des larmes affluant dans ses yeux. Se reprit. Difficilement.

« Bon… J'ai disparu près de trois semaines. Je ne vous demanderai pas de m'en excuser. Parce que j'en avais besoin ; et si vous ne le comprenez pas, je ne peux rien pour vous. »

Son regard se planta dans le mien.

« Je sais qu'il y en a qui m'en tiennent rigueur. »

Elle reporta son attention sur chacun d'entre nous -sauf moi.

« On m'a même suggéré qu'il aurait pu être mieux que je ne revienne pas. »

Alec se raidit, se redressa.

« Qui ? Fit-il.

_ On s'en fout. Je veux juste savoir ce que vous en pensez, vous. Vous ne me connaissez pas depuis longtemps -sauf Emmett et Jacob, bien entendu. Alors, on va faire un sondage. Parce que je n'ai franchement pas, mais pas du tout envie de rester dans un groupe qui me rejette. Qui pense que je devrais à nouveau disparaître, mais pour de bon cette fois ? »

Le silence tomba, alors que le regard de Bella se faisait déterminé.

« Si tu te barres encore une fois, je te traquerai même à l'autre bout du monde et te tuerai, fit Jane d'une voix froide.

_ Si tu te barres, je te traquerai pour te protéger de Jane, mais c'est moi qui te buterai, répliqua Jake.

_ Le prochain qui émet des menaces de mort contre ma sœur va bouffer mon poing, ajouta Emmett.

_ Moi, je comprends que tu sois partie. Je suis juste contente que t'aies décidé de revenir. » fit Rosalie.

Alice détourna les yeux. Les reposa sur Bella. Les détourna à nouveau. Puis soupira, les bras croisés.

« T'aurais pu au moins nous dire où t'allais. On sait même pas où tu t'es barrée ! T'imagines l'inquiétude ?

_ Forks. État de Washington, fit Bella d'une voix morne.

_ Washington ! Rien que ça ! Attends… t'as pris l'avion, alors ? Non… pas possible… on a fait tous les aéroports… Y avait pas ta camionnette ! »

Un silence s'imposa.

« T'es partie comment ? Demanda Rose, sourcils froncés.

_ … En camionnette. »

Nouveau silence ébahi. Seuls Emmett, Alec, et Jane étaient au courant. Et Jacob, qui se pâmait.

« Je suis le meilleur, pour avoir aussi bien entretenu sa camionnette.

_ Jake, soupira Bella, c'est pas le moment.

_ En CAMIONNETTE ? Mais t'es pas folle ? Ton vieux tacot rouillé ?! S'écria Alice.

_ Orange. C'est sa couleur d'origine.

_ Peu importe. T'as mis combien de temps ?!

_ Plusieurs jours, mais Alice, c'est pas le sujet, fit Bella dans un nouveau soupir. Tu veux bien de moi dans votre groupe, ou je me barre à nouveau ?

_ Mmh. Tu restes si tu nous fais plus jamais le coup. Et on se fait une virée shopping ce week-end. Sans protestations. C'est ma condition. »

Bella hocha la tête, le regard terne.

« Pour ma part, je m'en fous royalement, fit Jess.

_ Moi, je crois que tu ferais bien de rester, intervint Jasper.

_ Tu restes, fit Demetri. Et respect, franchement.

_ Moi j't'aime bien, fit Victoria. Et t'as battue Rose à la danse, il paraît. Faut que je voie ça au moins une fois dans ma vie. »

Bella eut une grimace en y repensant. Ma sœur répliqua en marmonnant que c'était son cavalier qui ne lui avait pas fait honneur.

Le regard de Bella se posa sur moi. Une fraction de secondes.

« Bon. La majorité a parlé, je crois. Je vous remercie. Sincèrement. »

Elle se passa la main dans les cheveux, l'air soudain vulnérable.

« Écoutez… Je suis plutôt fatiguée. C'est sympa d'avoir organisé cette… soirée. Mais… je vais rentrer. »

Alec se leva en même temps qu'elle, la rejoignit. Elle lui lança un air hésitant, lui murmura quelque chose que je n'entendis pas.

« Non. » Répliqua-t-il. « Je rentre avec toi. À plus. » fit-il en se tournant vers nous.

Nous les saluâmes tour à tour, plus ou moins enthousiastes. Et ils s'en allèrent.

On n'avait toujours pas fait de pas en avant.