Bonjour tout le monde !

Prêt(e)s pour un nouveau chapitre ?

Quelle question ^^ ! Alors, que deviennent nos personnages, depuis le retour de Bella, sa séparation plus ou moins effective d'avec Alec, le craquage de Jane et Jake... Que d'évènements !

Je tenais à vous faire un grand merci pour toutes reviews ! Elles nous font énormément plaisir et nous motivent à continuer d'écrire malgré quelques difficultés... Et puis, si vous aimez cette fic et les autres que nous avons posté (et comptons bien finir), cela nous motivera à vous chercher d'autres idées de fic ;) (en fait l'inspiration chez nous ne pose pas de problèmes).

Je vous souhaite une bonne lecture et un très bon week-end !

Une petite note pour PiXell qui s'est posé une question intéressante... (Tout d'abord, un grand merci de nous laisser des reviews alors que ce n'est pas dans tes habitudes ^^ !). Tu disais que notre histoire s'éloignant de l'oeuvre de S.M (et en effet, elle fait plus que s'en éloigner finalement...), on pouvait se demander ce que ça aurait fait si on n'avait pas pris les persos des livres... Ben c'est une bonne question. On aurait pu le faire, avec Mushroom : on a déjà parlé, toutes les deux, d'envisager d'écrire un livre à quatre mains. On aurait pu le faire avec cette histoire... Mais comme vous voyez, on a préféré la partager avec vous ^^ ! Je ne sais pas si la fic aurait eu plus ou moins de caractère avec des personnages inventés... Le jour où on écrira notre propre histoire toutes les deux, on verra bien si on arrive à faire un truc intéressant !

Oh, et alicia voulait savoir si Bella allait sortir avec un autre garçon avant Edward... Arf, je peux rien révéler. Si ce n'est que vous allez bientôt voir la relation Edward/Bella évoluer : en fait, je vous promets même un gros BOUM pendant le chapitre 10 ! Je sais que je vais en rendre folles certaines avec ça, mais j'ai pas pu m'empêcher ! Vous saurez dans deux semaines (rire sadique)


EDWARD

Je me tournai sur le côté, espérant que le sommeil revienne encore un peu. J'attendis, alors que je me sentais apaisé, enfin, depuis des semaines.

Un accord de guitare m'arracha un grognement mais je n'ouvris toujours pas mes yeux. C'était trop tôt. Je voulais encore sombrer dans la bienfaitrice inconscience, là où seuls des rêves sans queue ni tête envahissaient mon esprit.

Un deuxième accord.

Un deuxième grognement.

J'enfouis ma tête dans mon oreiller. Ça se trouve, j'étais en train de rêver.

Au troisième accord, je soupirais et ouvrais un œil. Pas trop vite. Le temps de m'habituer au Soleil couchant… Au Soleil couchant ?

Je me relevai d'un bond et regardai tout autour de moi.

Jasper était en train d'examiner sa guitare acoustique devant la porte-fenêtre de son studio.

Je me passai une main dans mes cheveux en m'étirant, me rappelant la soirée de la veille.

Alec et Bella étaient partis après que celle-ci ait demandé à toutes les personnes de notre groupe si elle pouvait rester - je me demandais toujours pourquoi, mais bon… - et nous avions essayé de passer plus ou moins un bon moment avec les autres.

Demetri n'avait pas arrêté de charrier Jane et Jacob jusqu'à ce que celui-ci l'embrasse lorsqu'elle finissait de ranger la vaisselle dans les placards, en la plaquant contre le plan de travail. Ça avait au moins eu le mérite de le faire taire jusqu'à son départ à ce propos. Mais ça avait été au tour d'Emmett d'en rajouter une couche. Et il avait fallu que ma sœur lui demande de la raccompagner chez elle pour le faire taire également.

J'échappai un nouveau grognement à cette pensée.

Rose avait l'air… assez intéressée par le frère de Bella.

Pas qu'il me dérangeait outre mesure. Mais je connaissais ma sœur et surtout mes parents qui nous prévoiraient un dîner de famille dans les règles. Ils étaient même capables de faire venir ses parents à lui pour l'occasion.

« Enfin réveillé le Beau au bois dormant ? » Railla Jasper.

Je marmonnai et me tournai vers lui.

« J'ai dormi combien de temps ?

_ Oh, je dirais… près de 13 heures. » Me répondit-il en jetant un coup d'œil à sa montre.

Waw. J'avais plus dormi autant depuis la fois où Rose m'avait traîné à une rave party près de trois ans auparavant et où on avait fait la fête pendant presque quatre jours pratiquement non stop.

« Merci de m'avoir hébergé. Marmonnai-je.

_ Tu m'as fait pitié. » Rit-il.

Sachant que Jane et Jacob allaient passer la nuit ensemble, je crois que n'importe qui aurait fait pitié même au pire dictateur de la planète.

« Le clic-clac était assez confortable ? Me demanda-t-il en me tendant un verre de jus d'orange.

_ Si j'ai dormi 13 heures, je crois que t'as ta réponse.

_ Il sera toujours ouvert pour toi. Rit-il à nouveau.

_ C'est sympa. »

Je bus le verre de jus d'orange et allai prendre une douche rapide. Lorsque je ressortis de la salle de bains, il était pratiquement 19 heures. Merde. J'avais raté toute une journée…

« Je crois que je vais arrêter là mon abus de ton hospitalité. Lui dis-je en prenant ma veste.

_ Pas de problème. On se voit demain.

_ Ouais… Salut. Répondis-je en me dirigeant vers la porte.

_ Salut. Et s'ils font encore trembler les murs cette nuit… Envoie un message. » Fit-il en refermant derrière moi.

J'arrivai chez moi près d'une demie heure plus tard, craignant entendre la chaîne hi-fi allumée. Chose qui se produisit lorsque j'ouvris la porte de l'appartement.

J'entrai avec un peu d'appréhension et soupirai de soulagement lorsque je les vis endormis sur les coussins devant la baie vitrée.

Elle était couchée sur lui, comme quand je les avais retrouvés lors de leur « première nuit ensemble », ses cheveux blonds s'étalant sur le torse mâte de l'Indien qui avait toujours son bras autour de sa taille, comme s'il avait eu peur qu'elle s'en aille durant son sommeil.

J'éteignis la chaîne et me dirigeai vers ma chambre. Avec un peu de chance, ils étaient hors service jusqu'à demain matin et je pourrais effectuer ma première nuit entière dans mon appartement depuis des semaines.

Je refermai la porte derrière moi en soupirant.

Je n'entendais plus rien.

Plus de disputes.

Plus de chaîne en sourdine.

Plus de battements cardiaques dans mes tempes.

Pour la première fois depuis des semaines, je me sentais plus ou moins bien. Mais est-ce que cela durerait ?

Le lendemain quand je me réveillai, je souris. Le silence était toujours présent autour de moi et le sommeil était enfin revenu.

Je me levai et allai prendre mon petit-déjeuner.

Jane et Jacob avaient disparu du salon.

Je mangeai rapidement mon bol de céréales matinal et une pomme. Je refis un rapide tour dans ma chambre pour prendre mes affaires et me dirigeai ensuite vers la salle de bains. Lorsque j'en sortis quelques minutes plus tard, Jane était en train de manger un muffin au chocolat, déjà habillée.

« Juste pour une journée, hein… Lui dis-je en l'embrassant sur la joue avec un sourire en coin.

_ On a décidé de rallonger jusqu'à la fin du week-end. » Maronna-t-elle en haussant des épaules. « On ne t'a pas entendu rentrer…

_ Après avoir dansé toute la journée vous deviez être tellement harassés que vous vous êtes endormis sur les coussins devant la baie vitrée. Raillai-je.

_ … Ah… Tu nous as vus…

_ Ouais. Et quelque chose me dit que vous allez rallonger encore d'une petite semaine. »

Elle se renfrogna en vidant son verre de jus de kiwi.

« Je pars avec toi ce matin. On passe prendre Bella. » Me dit-elle en se dirigeant vers la salle de bains.

Je me retins à grand peine de ne pas soupirer. Il fallait que je fasse preuve de… tolérance vis-à-vis de cette fille. Je devais bien lui reconnaître ça ; elle devait pas mal souffrir dans cette affaire.

« Elle déménage quand ? Demandai-je à Jane quand elle sortit de la salle d'eau.

_ Pourquoi ? Tu veux l'aider ? » Fit-elle sur un ton railleur.

Je marmonnai et détournai mon regard.

« Il faut qu'on en discute, justement. Bon… Allons-y. » Répondit-elle en jetant un rapide coup d'œil à l'horloge murale.

Vingt minutes plus tard, nous arrivâmes aux pieds de l'immeuble d'Alec où Bella nous attendait.

« Salut. Lui dit Jane avec un grand sourire en l'embrassant.

_ Salut. » Souffla-t-elle en essayant de lui sourire à son tour.

Jane me lança un regard perçant, et je m'avançai à mon tour vers elle pour embrasser sa joue. Sentant les yeux toujours insistants de ma meilleure amie sur moi, je pris sur moi et lui demandai :

« Bonne fin de week-end ?

_ … Je suppose qu'un oui te conviendra. T'as pu dormir ? Fit-elle en jetant un regard à Jane.

_ Hmm…

_ Nous parlions justement avec Edward de ton déménagement, Bella. Enfin c'est pas pressé, Alec a dû te le dire… Enchaîna ma meilleure amie.

_ Il ne veut pas que je parte, répondit-elle, le regard morne. Mais ne vous en faîtes pas… je ne vous mettrai pas à contribution. Il n'y a que quelques kilomètres, cette fois. Je me démerderai avec Emmett et Jake. Si tu permets que je te l'emprunte ? Tenta-t-elle de plaisanter avec un faible sourire.

_ Il ne m'appartient pas. Marmonna-t-elle.

_ Tu parles ! Ils ont décidé de jouer les prolongations. » Raillai-je en me tournant vers la copine de mon meilleur ami.

Elle sourit.

« J'ai pas un fond cruel. Je te passerai les notes des cours qu'on a en commun, quand t'auras pas assez dormi pour venir. »

Je lui jetai un regard surpris. Puis un rapide à Jane qui commençait à rougir.

« C'est sympa… » Marmonnai-je.

Nous nous dirigeâmes ensuite vers la fac. Je venais d'effectuer ma B.A. de la journée.

Bella essaya au début de lui parler de mon colocataire, mais n'insista pas quand elle vit qu'elle n'y arrivait pas. Jane voulut ensuite en savoir un peu plus sur son futur logement et je décidai de décrocher à ce moment-là.

En arrivant sur le campus, nous vîmes Jess et Vic discuter avec Mike Newton à notre point de rendez-vous sur les pelouses. Jasper était adossé contre le chêne, iPod sur les oreilles.

« Mike voulait prendre des nouvelles de Tanya. » Nous dit Vic lorsque nous arrivâmes à leur hauteur.

Jane se dirigea vers Jasper pour le saluer, indifférente, alors que je jetais un vague regard vers Bella.

« Ça va. Répliquai-je en haussant des épaules.

_ Elle sort quand ? Que je m'arrange pour vous trouver un trou dans notre planning. Me dit-il.

_ Ton père veut bien qu'on revienne ? » Lui demandai-je en haussant mes sourcils.

Jasper avait enlevé ses écouteurs et s'approcha de nous, intéressé.

« Disons qu'il ne sait pas grand-chose de ce qui s'est passé ce soir-là. Marmonna le blond.

_ Je ne sais pas quand elle sort. Mais merci de ta proposition. Elle sera enchantée, je pense. »

Il acquiesça vaguement d'un signe de tête en marmonnant et jeta un regard insistant à Bella. Ce fut lorsqu'ils me jetèrent tous les deux un regard en coin que je remarquai que je les observais en fronçant les sourcils.

Je me détournai rapidement et entamai la conversation avec Jessica et Victoria pour savoir comment s'était passée leur fin de week-end. Au bout d'un moment, je jetai un regard à ma montre ; le cours était commencé depuis 5 minutes déjà.

« On est en retard. Marmonnai-je.

_ … Ah oui, je connais bien Tyler. On est en cours ensemble. Tu verras, il est sympa. Dit Mike avec un grand sourire que Bella lui rendit timidement.

_ Edward t'attend, Bella. » Répliqua alors Jane.

Je me retournai et lui lançai un regard éberlué.

« Oh, désolée. Euh, à la prochaine, au club… J'y viendrai à partir de demain après-midi, fit-elle à Mike avant de se retourner vers moi.

_ De rien. Je parlerai au coach cet après-m. » lâcha le blond.

Elle lui adressa un signe de la main sans se retourner.

« C'est un dragueur invétéré. Lui dis-je avant qu'on ne rentre dans les amphis.

_ Ah. Eh bien il doit avoir l'habitude des râteaux, dans ce cas. » répondit-elle d'une voix neutre.

Nous pénétrâmes dans notre salle et malgré moi, un sourire titilla le coin de ma bouche.


BELLA

Nous rentrâmes dans l'amphi, le cours déjà commencé. Quelques regards se levèrent sur nous, mais le prof eut la flemme de faire une remarque. Il continua comme si de rien n'était.

Sans plus jeter un coup d'œil à Edward, j'allai m'asseoir à côté d'Angela, qui me sourit en me regardant m'installer.

« T'as rien loupé. Ce prof est une vraie larve, murmura-t-elle.

_ C'est marrant. Je l'aurais parié, répliquai-je en sortant mes affaires.

_ Tu devrais pouvoir emménager dans une semaine. Ce week-end. Le proprio doit dégager toutes ses affaires ; il est plutôt content d'avoir un nouveau locataire. Il faudra par contre que tu lui apportes des garanties.

_ Je vais devoir me trouver un petit travail. J'ai un peu d'économies en attendant. »

Nous finîmes par nous taire, essayant de suivre le cheminement sans queue ni tête du prof.

En voilà un qui avait voulu aller toujours plus loin dans son raisonnement, et sortir des sentiers battus, mais n'avait pas su faire la mesure. Le hors-piste, c'était intéressant, mais encore fallait-il ne pas s'égarer dans des chemins tellement alambiqués qu'ils finissaient par ne mener nulle part.

Je n'osais pas dire à Angela ce qui me tracassait vraiment. À propos de mon déménagement.

Alec voulait que je reste chez lui. Il avait passé le week-end entier à chercher à m'en convaincre. Jusqu'à me déclarer une énième fois sa flamme dans la chambre de son meilleur ami.

Et bien sûr, je me sentais faible.

Je l'aimais.

Par conséquent, il était évident que je ne désirais rien d'autre que le croire ; que pouvoir espérer qu'il avait raison, en me jurant que je faisais fausse route, qu'il ne pouvait aimer Tanya, que c'était moi qu'il aimait.

Mais tout autant que ses mots d'amour m'apportaient l'espoir, ils m'apportaient la douleur.

Car je ne pouvais oublier cette lueur dans ses yeux. Ce vendredi soir-là, au club de jazz. Je ne pouvais oublier cette terreur profonde.

Je ne pouvais oublier ce sentiment qui s'était emparé de mes entrailles, avant que… l'autre ne m'entraîne loin de là.

Qu'il ne fasse diversion.

C'était maintenant que je le comprenais. Deux choses auraient pu expliquer qu'Edward Cullen m'ait… « embrassée » ce soir-là.

La première, c'était qu'il était attiré par moi. Violemment. Comme un pervers est attiré par la fille qu'il a décidé de chasser.

Cullen avait beau être un connard, je ne le voyais pas dans ce rôle. Quant à une quelconque attirance pour moi…

Ça ne risquait pas.

N'est-ce pas ? Il était gay, après tout, non ?

Non, la deuxième solution était la plus probable.

Quel bâtard.

Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour que je ne retourne pas là-bas. Pour que je laisse son ami avec Tanya.

Pour que je me barre.

Mon poing se crispa sur la table, et Angela me jeta un regard surpris.

Il avait voulu que je me barre. Du club.

Et il avait réussi. Au-delà de ses espérances, d'ailleurs.

Il voulait que je sorte de la vie d'Alec. Ça, c'était pas nouveau.

Mais alors pourquoi après, était-il venu me reprocher d'avoir disparu ? Pourquoi m'avait-il reproché d'avoir laissé Alec ?

Se rendait-il compte qu'il était totalement contradictoire avec lui-même ?

Que voulait-il, au final ? Le bien de son meilleur ami. C'est ce que j'avais cru, au début.

Mais si ç'avait été le cas, si il avait une idée bien tranchée sur qui était bien, qui était mal pour son ami… Soit il voudrait m'éloigner d'Alec, soit il voudrait m'en rapprocher. Pas les deux à la fois.

Là, on aurait plutôt dit qu'il faisait tout pour me faire du mal.

Pourquoi ?

En revenait-on à ces histoires de jalousie ? Était-il jaloux de moi ? Au point de vouloir me blesser ?

Je ne voyais pas d'autre explication pour justifier son comportement. Il disait vouloir le bonheur d'Alec. Or, il savait que celui-ci tenait à moi. Alors pourquoi s'attaquait-il à moi, plutôt que de m'accepter dans l'environnement de son ami ?

Edward Cullen avait quelque chose de sombre en lui ; et je ne savais pas s'il en était conscient ou non. Mais je me méfiais de lui. De ses faux sourires. Ceux qu'il m'adressait, en présence des autres.

Je me méfiais de lui… mais il n'était pas mon principal souci.

J'avais bien plus à penser.

Il fallait que j'arrive à détacher Alec de moi. Je savais que l'inverse était impossible. Que moi, je n'arriverais pas à me détacher de lui.

Il fallait que je le confronte à l'évidence. Au fait que ce n'était pas moi qu'il aimait, malgré ce qu'il tenait à croire.

Mais ça me tuait. Ça me faisait bien trop mal, de le faire moi-même. D'attendre à ses côtés, alors que lui se rendrait peu à peu compte.

Il allait me falloir de l'aide.

Et une seule personne pouvait me l'apporter…

Je ne savais pas réellement ce qui m'avait pris.

La volonté d'apporter le soulagement à Alec.

Était-ce cette force qui avait réussi à me porter jusque là ?

Jusqu'à ces portes ?

Les portes d'une des plus grandes cliniques privées -la plus cotée de New York- s'étendaient devant moi.

Je pris une inspiration, m'avançai vers elles et pénétrai dans l'immense hall blanc.

Qu'est-ce que tu fous ici ?

Tu penses vraiment pouvoir tout arranger comme ça ?

Je m'interdis d'y penser. Continuai d'avancer. Essayant de me repérer ; je trouvai rapidement la zone des ascenseurs.

Je connaissais déjà l'étage. Et le numéro de chambre. J'avais demandé à Rosalie, ce midi. Elle me les avait donnés avec surprise mais sans vraiment hésiter. De toutes façons, quand je les lui avais demandés, je n'étais pas certaine d'avoir le courage d'aller jusqu'au bout.

Le courage, j'avais pas mis plus d'une heure à le trouver.

Je me dirigeai donc vers les ascenseurs. Comptai les étages, bien que c'eut été inutile. M'extrayai de la large cabine -cabine d'ascenseur en longueur, pour le transport des malades alités.

Je sortis au troisième. Repérai les numéros de chambre, grâce à une pancarte, et me rendis à la 307.

Je poussai la porte.

Pénétrai dans cette pièce à l'air trop stérile pour être engageant. Ce genre de pièces qui éveillait souvent des souvenirs désagréables, sans qu'on sache d'où ils venaient.

Elle était là presque méconnaissable, presque perdue dans le grand lit blanc. Reliée à une perfusion ; pour la nourrir, ou pour la purger ?

Je n'y connaissais pas grand-chose. Et l'effet que me faisait cette chambre trop blanche, égayée par un bouquet aux couleurs trop vives pour être honnêtes, à la fenêtre laissant passer trop de lumière pour donner une impression de joie, m'oppressa.

Je me concentrai sur la forme qui déformait à peine le drap blanc. Je n'avais pas remarqué à quel point elle pouvait être maigre. Pourtant, je connaissais l'effet anorexigène des drogues.

Je m'approchai, tremblante, de Tanya. Tanya, avec qui quelques semaines plus tôt, j'avais ri, dansé. Pour essayer de me convaincre que je me faisais du souci pour rien, entre elle et Alec. Pour me convaincre qu'on pouvait être amies.

On pouvait être amies. Mais pas pour les raisons auxquelles j'avais pensé alors. Pas parce qu'elle et Alec, c'était terminé, bien qu'ils aient été encore plus ou moins liés.

Non. Parce qu'elle et Alec, maintenant, ça devait commencer. Avant qu'elle ne se détruise, avant qu'elle ne le détruise.

Je pouvais faire ça pour lui.

Elle ouvrit les yeux.

Posa sur moi un regard terne, qui me glaça.

Sembla ne pas me reconnaître.

Puis elle me reconnut, et détourna le regard.

Je m'accroupis à côté de sa tête.

Pris sa main.

« Hey, Tanya. Tanya… ça va ? »

Elle se tourna vers moi. Me lança un regard à la fois désabusé et incompréhensif.

« Salut. Fut tout ce que je trouvai à dire.

_ Salut » me répliqua-t-elle d'une voix rauque.

Un silence tomba entre nous. Et elle eut un sourire amer.

« Tu es la dernière personne que je m'attendais à voir. Ou peut-être pas tout à fait. La dernière ex-æquo. »

Je déglutis. Oui. L'autre qu'elle ne s'attendait pas -plus- à voir, c'était Alec.

« Il se sent terriblement mal, tu sais.

_ Tu crois que j'ai besoin d'entendre ça ? Retourne auprès de lui, répliqua-t-elle sèchement.

_ Je ne suis plus avec lui. » lâchai-je directement.

Un nouveau silence se fit ; celui de la surprise la plus totale.

« Quoi ? » S'étonna-t-elle. « Mais pourquoi ? »

On ne pouvait pas dire qu'elle avait retrouvé des couleurs. Non, elle semblait toujours aussi morte.

Mais au moins, j'avais son attention.

« Parce qu'il a besoin de toi.

_ Et parce qu'il a besoin de moi, tu le laisses tomber ? siffla-t-elle.

_ Non. Parce qu'il ne m'aime plus. Moi. Et que… »

Je m'interrompis alors qu'une larme roulait sur ma joue. M'adossai au mur froid à côté de la tête de lit de Tanya alors que, tournée vers moi, elle attendait que je finisse ma phrase.

« Et que je l'aime trop pour le retenir » soufflai-je.

Il eut un nouveau silence. Tanya ne me lâchait pas des yeux.

« Il ne m'aime pas. » Fit-elle soudain. « Tu te trompes. Il a besoin de toi.

_ Non, Tanya » répliquai-je d'un ton vague ; le regard aussi mort que le sien, désormais, je devinais. « Enfin… il a besoin de moi, oui. Auprès de lui. Mais pas en tant que petite amie. »

Je tournai la tête vers elle, toujours adossée au mur.

« Il a besoin que tu te reprennes. Que vous arrêtiez de vous tourner autour. »

Je déglutis.

« Il a besoin que tu l'aimes. »

Ces mots tombèrent dans le silence froid ; je me risquai à jeter un coup d'œil à Tanya.

Ses yeux s'étaient embués. Je ne savais pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

« Il mérite bien mieux que moi. Il te mérite, toi. » fit-elle finalement.

Je fermai les yeux.

« Tu ne serais pas sur un lit d'hôpital, je ne sais pas si je ne t'en collerais pas une. »

Je rouvris les yeux, me tournai complètement vers elle.

« Écoute-moi bien. On n'est que ce que l'on fait de sa vie. Alors je vais te dire ; oui, c'est sûr qu'il mérite mieux qu'une fille qui bousille sa vie en se droguant. Mais putain, Tanya… tu n'es pas que cette fille. Il y a quelqu'un, autour des veines qui te réclament cette drogue. Tu es quelqu'un, avec des qualités, des défauts, des petites manies, des mimiques pour lesquels on t'aime ou on te déteste. Pour lesquels Alec t'aime. »

Un éclat de douleur traversa ses prunelles, et elle resta silencieuse un long moment. Je ne repris pas la parole, lui laissant le temps de digérer ce que je venais de lui dire.

Et enfin, elle se tourna à nouveau vers moi.

« Pourquoi tu fais ça ? » Demanda-t-elle en plantant son regard noir dans le mien.

Ce fut mon tour d'être déchirée de l'intérieur, et je me mordis la lèvre, réfrénant les larmes qui menaçaient de continuer à s'écouler sur mes joues.

« Parce que je l'aime. Je ferais tout pour lui.

_ Jusqu'à donner ta vie ?

_ Je suppose. Mais ce n'est pas ma vie, qu'il veut. C'est toi. Et je suis prête à tout faire pour que vous réussissiez enfin à vous trouver. »

Elle me considéra un instant, impénétrable.

« Tu es quelqu'un d'étrange. »

Je m'adossai à nouveau contre le mur désormais tiède.

« Je sais.

_ Le laisser partir alors que tu l'aimes. Vouloir nous mettre ensemble.

_ J'ai vu mon père essayer désespérément de retenir ma mère, des années. Il avait beau l'aimer, ça ne suffisait pas. Et on en souffrait tous. Même Emmett et moi, ses enfants. »

Je tournai ma tête vers elle, le regard vide.

« Ce que je veux dire, c'est que maintenant, je sais. Je sais que ça ne sert à rien de chercher à le retenir. Et surtout, je sais qu'il ne sera jamais tout à fait heureux.

_ Il avait l'air de l'être, avec toi.

_ Et il le sera encore plus avec toi. »

Ma dernière phrase tomba comme une conclusion.

Il n'y avait rien à rajouter. À part…

« Et toi ? Qu'est-ce que tu vas devenir ? »

Je fermai les yeux, la peur m'enserrant le cœur comme un étau.

Oui. Qu'est-ce que j'allais devenir ?

Allais-je devenir une sorte de Tanya ? Noyant mon chagrin dans des conquêtes d'un soir et dans toute substance qui sera capable de me faire oublier, un instant, que celui que j'aime est heureux sans moi ? Allais-je me noyer dans cette spirale de sexe et de drogue ?

Ou allais-je -et c'était plus probable, mais pas forcément préférable, quand on y réfléchissait-, allais-je devenir le reflet de mon père ? M'enfermer dans ma solitude, et suivre mon petit bonhomme de chemin ?

Je me levai, dardai sur Tanya un regard triste et terne.

« Je sais pas. » murmurai-je.

Je me penchai vers elle, embrassai son front frais.

Et me dirigeai vers la sortie.

J'avais fait ce que je voulais faire…

Mais elle me retint.

« Bella ? »

Je me retournai vers elle.

« Tu reviendras ? »

Son regard pénétra droit dans mon cœur.

Et pour la première fois, je réussis à voir à travers les yeux d'Alec.

Je réussis à voir une des facettes de cette fille alitée, qui avait attiré celui que j'aimais.

Alors que ses yeux arboraient à nouveau une lueur qui semblait vouloir les faire vivre. Alors qu'elle semblait vouloir à nouveau vivre -même si c'était faible.

Je vis beaucoup de choses en elle, et mon cœur se mit à cogner plus douloureusement contre mes côtes.

Je comprenais pourquoi il l'aimait. En nous revoyant, elle et moi, en boîte. Sa joie de vivre, ses manières libres. La chaleur qui émanait alors d'elle. Sa sensualité, aussi, celle qui lui avait attiré des regards noirs de la part d'Alice quand elle s'approchait trop de Jasper.

Et en la voyant, ici, fragile, sur son lit de clinique. Perdue entre les grands draps.

Deux facettes de sa personnalité. L'exubérante, et la vulnérable. La femme, et la fille.

Je voyais… non, je sentais ce qui avait rendu Alec accro à cette fille. Comme on prononce une sentence.

Tout espoir de me tromper s'effaça. Je ne pouvais pas lutter.

« Oui. Je reviendrai, si c'est ce que tu souhaites.

_ Alors… à bientôt. »

Je hochai la tête.

Et sortis.

Le cœur démoli, mais avec un nouveau but dans ma vie.


EDWARD

Je sortis de la clinique privée, le cœur battant la chamade et me dirigeai vers le boulevard où habitait mon meilleur ami.

Comment avait-elle osé ?

Comment avait-elle pu venir ici ?

Les larmes qui coulaient sans cesse sur les joues blêmes de Tanya sans qu'elle ne m'en donne la raison, à part ce nom - Bella - me revinrent en mémoire.

Je longeais les rues, courrais plus que je ne marchais, bousculais quelques personnes sur mon passage sans même m'excuser, trop obnubilé par la rage qui bouillait en moi.

Comme si c'était elle que Tanya aurait eu besoin de voir. Comme si elle pouvait changer quelque chose au mal qui rongeait la sœur de Lili.

J'arrivai aux pieds de l'immeuble et essayai un tant soit peu de me calmer en inspirant un bon coup puis regardai ma montre ; Alec n'était pas encore rentré du conservatoire à cette heure-là. Elle devait donc se trouver seule à l'appartement.

Sans plus réfléchir, j'entrai dans le hall, puis montai dans un ascenseur.

Cette journée avait pourtant bien commencé. Elle avait même failli me faire sourire à cause de Mike Newton. Il avait fallu qu'elle se mêle de ce qui ne la regardait pas…

Une sonnerie m'indiqua que j'étais arrivé à l'étage. Je manquais de peu de renverser la quinquagénaire qui s'apprêtait à pénétrer dans la cabine et me dirigeai vers l'appartement de mon meilleur ami à grands pas.

Le cœur lourd, je frappai violemment au bâtant.

Quelques secondes plus tard, elle finit par m'ouvrir, les yeux écarquillés.

Je ne lui laissai même pas le temps de parler et la poussai pour pénétrer dans la pièce.

« Je peux savoir ce que tu es allée foutre à la clinique privée où se trouve Tanya ? » Sifflai-je d'une voix que j'essayais de garder la plus calme possible.

Elle me toisa quelques secondes, sourcils froncés. Puis croisa les bras sur sa poitrine.

« J'avais à lui parler. Et si elle ne t'a pas dit le contenu de notre conversation, je ne suis pas certaine que ce soit à moi de le faire !

_ Tu étais la dernière personne qu'elle avait besoin de voir ! Elle est encore fragile ! On t'a jamais dit qu'il fallait réfléchir avant d'agir ? Éructai-je.

_ Oh, ça va ! » Répliqua-t-elle d'une voix vibrante. « Venant de toi, ce genre de conseils, c'est franchement l'hôpital qui se fout de la charité ! Tu t'en rends compte, au moins ? C'est de la mauvaise foi, ou de la pure connerie ? Si tu craignais que je sois allée la voir pour lui faire du mal, ne t'en fais pas ! Je n'ai pas collé de cyanure dans sa perfusion !

_ Sa propre sœur ne va toujours pas la voir et c'est toi, la fille qui a passé quatre ans avec le mec dont elle est amoureuse ou je ne sais quoi qui lui rend des petites visites de courtoisie ! Désolé si je trouve ça légèrement déplacé ! T'as de la chance qu'Alec ne soit pas au courant, tu prendrais vite tes affaires !

_ Oh tu penses ? Mais ne t'en fais pas, je suis certaine qu'il va l'apprendre. Parce que Tanya ou moi, on le lui aura dit. Peut-être nous deux ensemble. T'as pas idée de ce qui a pu se passer entre nous ; on t'a jamais appris que quand on ne savait rien, on la fermait ?

_ J'en sais suffisamment pour savoir qu'elle est effondrée à cause de toi ! Je t'interdis de l'approcher, tu m'entends ? Je te l'interdis ! Hurlai-je.

_ Je ne t'obéirais pas à toi, ça, jamais ! Elle m'a demandé de revenir ; et entre elle et toi, ce sont ses désirs qui comptent pour moi. Les tiens… »

Elle eut un geste méprisant.

« J'espère que tu as compris que c'était une fille légèrement sado-masochiste et que par conséquent, il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce qu'elle dit, surtout les choses qui la touchent de trop près. Tu agirais en son sens, tu lui aurais promis d'essayer de faire venir Alec. Mais je suppose que ça ne t'a pas effleuré l'esprit, n'est-ce pas ?

_ Il n'est pas prêt à venir ! J'ai essayé de lui en parler, à lui. Mais à elle, non ; tu te rends compte un peu de la douleur que je lui aurais infligée si je le lui avais promis, et que ça ne se réalisait pas ? Mais non, toi, tu ne vois que la facilité ! Lui promettre quelque chose pour qu'elle soit heureuse sur l'instant ! Les conséquences de tes actes, tu n'y as jamais réfléchi !

_ Il ira la voir ! Il t'oubliera ! Je suis désolé de te l'apprendre, mais à côté d'elle pour lui, tu n'es rien. » Sifflai-je, le cœur lourd.

Elle se tut, soudain amère. Baissa les bras. Détourna le regard.

« Je sais, fit-elle d'une voix soudain basse. C'est pour ça que je déménage. Et c'est aussi la raison pour laquelle j'ai été la voir. Parce qu'il n'y a qu'avec elle, que j'arriverais à faire réaliser à Alec que je ne suis pas celle qu'il lui faut. Tu es content, maintenant ? Tu as eu ce que tu voulais ? »

Ses yeux brillaient de colère et de tristesse.

Je la considérai un instant. Ses joues un peu rouges, son teint soudain plus blanc. Et ce goût d'amertume que ses mots laissaient dans ma bouche.

« Oui… » Soufflai-je. « Parce que pour ceux que j'aime, je suis capable de tout. Même te plaquer contre un mur et enfoncer ma langue dans ta bouche. »

J'inspirai profondément et me détournai en laissant mes yeux errer sur la pièce.

Mon cœur battait toujours aussi lourdement et je rendis compte à ce moment-là que c'était la première fois depuis ce Vendredi soir au Club que nous nous retrouvions seuls, elle et moi.

Était-ce à cause de ça que j'évoquais cet évènement qui me faisait encore honte à moi-même mais que je n'arrivais pas à m'enlever du crâne depuis ? Cet évènement que j'avais voulu annihiler de mon esprit de toutes mes forces mais qui restait toujours là…

Elle croisa à nouveau ses bras sur sa poitrine, nerveusement. Détourna le regard.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » Marmonna-t-elle. « Puisque tout semble éclairci, tu peux y aller. Ou rester ici attendre Alec. Comme tu veux. »

Dire que j'étais surpris aurait, je pense, été un doux euphémisme et fit se volatiliser sur le moment la colère que j'avais contre elle.

Elle se détourna et s'éloigna dans la pièce, le visage fermé alors que je la suivais un instant des yeux.

Elle ne s'en rappelait pas. Ou plutôt, elle ne voulait pas s'en rappeler. Chose que j'avais espéré durant de longues semaines, jusqu'à ce que je la revoie. Jusqu'à même il y avait quelques secondes, avant qu'elle ne prononce ses mots : « Je ne vois pas de quoi tu parles. »

J'eus le fugace sentiment de vouloir lui en reparler - j'en eus vraiment envie sur l'instant, à tel point que mon estomac se contracta - mais je l'éloignai bien vite.

Pourquoi ?

Pourquoi l'évoquer encore une fois alors qu'à mes propres yeux, cela ne signifiait rien ? Que je ne considérais même pas avoir partagé quelque chose avec elle.

Question de fierté. Encore et toujours.

Tout n'était qu'une question de fierté lorsqu'elle entrait en jeu. Comme si j'étais en continuelle compétition avec elle. Comme si… je voulais avoir une véritable place dans sa vie. Et pas seulement en tant que meilleur ami de son mec - ou plutôt de son ex… à cause de moi. -

Des bruits dans la cuisine m'indiquèrent qu'elle ne réapparaîtrait pas dans le salon et quelque part, il valait mieux. J'hésitai à attendre Alec. Ou plutôt, son ombre. Parce que le mec que je voyais pratiquement tous les jours ces temps-ci n'était pas mon meilleur ami. Non. Mon meilleur ami était parti.

Une part de lui avec Bella à l'autre bout du pays, quand elle l'avait abandonné et l'autre, jalousement enfermée dans une clinique privée.

Et je ne voulais pas voir cette ombre-là.

Je voulais que tout redevienne comme avant. Quand on était insouciants de tout mais qu'il était conscient que sa vie ne pourrait pas se faire sans Tanya.

A l'époque où il n'avait pas goûté à la douceur sucrée et écoeurante du miel et qu'il se délectait de cette exquise acidité amère.

Parce qu'elle l'avait séduit, oui.

Elle lui avait laissé entrapercevoir ce côté-là des sentiments. Elle l'avait emmené sur des chemins en pentes douces, baignées de Soleil et bordées de fleurs multicolores. Elle lui avait montré ses sourires et il s'était laissé attendrir. Il s'était cru capable de tourner le dos à son autre. Parce que l'Amour est tellement plus beau quand il est cousu de tendresse et de sentiments aussi attrayants que fades.

Mais ce n'était pas ça qu'il lui fallait. Ce n'était pas cet aspect-là de l'Amour qu'il lui avait permis de se rendre compte pour la première fois de sa vie qu'il était amoureux.

Non.

C'était l'autre.

Celui qui était plus obscur et plus fascinant.

Celui qui allait chercher les véritables sentiments au plus profond de nos entrailles.

Celui qui nous faisait véritablement vibrer et qui pouvait nous pousser à tout commettre pour l'autre.

Celui qui nous poussait à la passion et à la dérision.

Celui qui vous laissait nu et désoeuvré, vide de tout sens et de tout ressenti avec ce goût âpre dans la bouche lorsque l'autre n'était plus là.

Cet Amour-là qui était trop noir et un peu trop laid mais qu'on pouvait embellir et transformer avec l'autre.

Un bruit de verre brisé et un gémissement étouffé de douleur me sortirent tout à coup de ma torpeur et je m'en allai sans plus un regard ni un mot pour elle ou pour lui.

Je rentrai tard chez moi. Très tard.

J'avais passé ma soirée à errer dans les rues, allant dans des endroits où je n'avais même jamais mis les pieds en plus de vingt années d'existence, essayant plus mal que bien de faire le tri dans mes pensées et mes sentiments.

Jacob et Jane étaient affalés sur le canapé devant Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde.

« Je vois vraiment pas ce que tu lui trouves… Marmonnait Jacob.

_ Il est sexy, drôle et névrosé. Soupira rêveusement ma meilleure amie.

_ Des fois, tu me fais vraiment peur…

_ Moi aussi… J'ai fini par coucher avec toi, il faudrait peut-être que je consulte avant d'atteindre le point de non-retour… »

Je me grattai la gorge pour signaler ma présence au moment où mon colocataire se redressait en ouvrant la bouche pour répliquer.

« Edward ! » S'écria Jane en se retournant. « T'étais où ? »

Je vins me laisser tomber à côté d'elle alors que Jacob la regardait toujours avec les sourcils un peu froncés.

« Dans New York. Marmonnai-je.

_ … T'as pas plus vague ? Fit-elle sur le même ton.

_ Dans les rues. »

Elle me frappa l'arrière du crâne en soupirant.

« J'avais besoin de réfléchir… Et vous deux ? »

Elle haussa des épaules en regardant l'écran du coin de l'œil.

« On a décidé de rallonger jusqu'au week-end prochain. »

Jacob grogna et resserra la prise qu'il avait sur sa taille sans pour autant parler.

Tout comme lui, je décidai d'éviter de contrarier ma meilleure amie et reportai mon attention sur le film.

Près de deux heures plus tard, je m'étirai en somnolant.

« Au fait, Lili a appelé. Il paraît que t'as éteint ton portable… Me dit Jane en se levant à son tour.

_ Elle voulait quoi ? Demandai-je, soudain gagné par l'appréhension en pensant à l'état dans le quel j'avais quitté Tanya quelques heures plus tôt.

_ Elle voulait savoir si tu ne voulais pas aller voir la droguée avec Jasper et elle demain. »

Je sortis mon portable de ma poche et l'allumai. Elle avait essayé de m'appeler deux fois sans laisser de message.

Je tapai un message en me dirigeant dans ma chambre :

« Tu t'es enfin décidée ? E. »

Je jetai mon portable sur mon lit et allai faire un rapide tour dans la salle de bains le temps qu'elle réponde.

Enfin une bonne nouvelle.

Je ne savais pas ce qui l'avait vraiment décidé. Si Jasper avait réussi à la convaincre - ce qui m'étonnerait pas ; ils étaient devenus assez proches mine de rien depuis… ce soir-là - ou si c'était ses parents qui avaient fini par la contraindre. Mais le résultat était là ; elle avait décidé de céder.

Quand je revins dans ma chambre quelques minutes plus tard, elle m'avait répondu qu'elle viendrait nous attendre sur le campus entre midi et deux, le seul créneau où elle était soit disant libre, même si pour moi, c'était plutôt pour avoir une excuse de ne pas rester trop longtemps à la clinique. Je lui confirmai ma présence et me couchai en pensant une fois de plus à Tanya : comment allait-elle vivre cette nouvelle épreuve ?


BELLA

New York, lundi 27 septembre 2009,

Cher journal,

Aujourd'hui, j'ai été voir Tanya à sa clinique.

Je pensais que ça me demanderait plus de courage que ça. Il m'en a fallu, bien sûr ; mais au fond… à partir du moment où j'ai pris la décision, ça a été comme dans un brouillard. Demander le numéro à Rose. Rentrer chez Alec. Le voir, dévasté parce qu'il me perdait -parce qu'il croit qu'il m'aime plus qu'elle. Alors que je sais que c'est faux. Et que ça ne changera pas.

Ses mots, j'aimerais tellement les croire. Mais ses yeux ont parlé, ce soir-là, il y a trois semaines.

Alors je suis allée la voir. Puisque lui est déterminé à ne pas le faire. Puisqu'il est déterminé à faire sa vie sans elle.

Puisqu'elle est la seule qui puisse m'aider à l'en empêcher. L'empêcher de s'enfoncer dans son erreur, et de ne jamais toucher le vrai bonheur.

Celui que moi, je connais depuis que je suis avec lui. Mais que, je m'en rends compte, il ne connaît pas.

Il va falloir qu'elle fasse des efforts. Et lui aussi. Je suis allée la voir pour lui donner une raison de les faire, ces efforts.

Elle a eu l'air de m'écouter. Réellement. Si seulement je pouvais réussir au moins ça dans ma vie… moi qui n'ai pas réussi à garder une famille unie, moi qui me suis dirigée dans un choix d'étude qui m'attirait moins pour me rapprocher d'Alec, moi qui n'ai pas réussi à faire tenir mon couple -à l'instar de mon père.

J'ai l'impression de tout rater, depuis des années.

Mais ça, je ne veux pas le rater. Offrir le vrai bonheur à Alec.

J'ai voulu voir, aussi, en lui rendant visite -je ne le nie pas-, si elle l'aimait.

Et force m'est d'admettre que c'est net.

Elle l'aime. Autant que moi. Je l'ai vu en elle ; elle a eu la même réaction.

Vouloir ce qu'il y a de mieux pour lui.

Être incapable de vivre sans lui.

Cher journal… J'ai l'impression d'avoir raté le début ma vie, au point d'avoir sérieusement mis en danger mon avenir.

Mais si je parviens à faire le bonheur de Tanya et d'Alec, malgré tout l'amour que je lui porte… alors, je n'aurais plus cette impression de n'avoir rien accompli de bien.

Et peut-être qu'alors, je pourrai être heureuse. D'une certaine manière.

Le mardi matin, j'allai en cours avec comme escorte, Jane et Edward, comme d'habitude.

Jane fut la seule à m'adresser la parole. Pas que je m'en sois plainte.

Je ne tenais plus à avoir quelque discussion que ce soit avec Edward, après toutes les choses qu'il m'avait dites, dont il m'avait accusée, et par-dessus tout, cette faiblesse qu'il avait sans aucun doute pu lire en moi la veille, quand il était passé me faire part de la colère qu'il éprouvait à propos de ma visite à la clinique.

« Tu m'écoutes ? Il faut que tu m'accompagnes voir cette robe. Elle t'ira à la perfection.

_ Je fais du shopping samedi avec Alice, soupirai-je. Viens avec nous !

_ Je ne suis pas sûre de pouvoir venir samedi. » fit Jane en rougissant un peu.

Oh oh, on rembobine. Jane, rougir ?

Immédiatement, le nom de Jake sauta dans ma mémoire. Et je me souvins de ce qu'il m'avait confié, excédé, la veille au soir. Le fait que Jane avait encore repoussé les limites de leur « relation », et « acceptait » de coucher avec lui jusqu'au week-end.

Je fis mine de regarder mes ongles.

« Et avec Jake ? Comment ça va ?

_ Oh, ça va ! Lui et moi, c'est que pour quelques jours. Il n'a rien de spécial.

« C'est vrai qu'à ta place, je choisirais aussi de m'envoyer en l'air avec un gars qui n'a « rien de spécial » plutôt que de faire une virée shopping, raillai-je.

_ Toi, tu irais presque jusqu'à tuer pour éviter une journée shopping.

_ Certainement. T'étonnes pas si Alice disparaît de la surface de la planète d'ici ce week-end, me moquai-je.

_ Très drôle. Bref. Tu peux pas plutôt cet après-m' ?

_ Non. Tu sais très bien que j'ai… autre chose.

_ Pff… Ouais. Demain et jeudi, c'est moi qui ne peux pas. Vendredi après-midi ?

_ Tu sais, Jake fait aussi bien l'amour le vendredi que le samedi. Enfin, pour ce que j'en suppose. Et moi, je ne me taperai pas deux séries de boutiques.

_ T'es emmerdante ! Le samedi, je suis plus en forme. »

Elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire, et devint réellement écarlate. J'éclatai de rire.

« Allez, s'teu plaît Bella ! Je te propose qu'on ne fasse que la boutique que j'ai repéré. »

Je réfléchis quelques secondes, la considérant pensivement. Puis soupirai. Je tenais une occasion en or.

« D'accord. Mais à une condition. »

Elle me regarda avec méfiance.

« Tu passes Jacob en CDI. »

Elle fronça les sourcils.

« Quoi ?

_ Tu le passes en CDI. Fini les « jusqu'à dimanche. Jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Et rebelote. ». Je te demande pas de sortir avec lui pour de vrai, avec dîners aux chandelles et tout ; mais t'arrêtes avec tes limites. »

Jane me lança un regard noir.

« Notre histoire ne te concerne pas.

_ Pas plus que ma garde robe ne te concerne.

_ T'es emmerdante.

_ Tu radotes. »

Elle poussa un profond soupir, et finit par acquiescer sèchement.

« J'ai pas bien compris, souris-je.

_ N'en profite pas ! J'accepte ta condition ! Voilà. Mais vendredi, tu me fais pas faux bond.

_ J'ai qu'une parole. » ris-je en montrant mes paumes.

Nous arrivâmes sur le campus, où Victoria nous rejoignit en sautillant, suivie de Jess.

Après les salutations habituelles, nous nous rendîmes en cours ; Victoria et Jess étaient avec nous pour la première heure de cours. Je choisis donc ma place à côté d'Angela dans l'amphi, et fus rejointe par les deux filles, Edward s'installant à côté de Jessica.

Je tentai tant bien que mal de suivre le cours ; heureusement, Angela me montrait ses notes quand j'étais perdue, essayant d'occulter le babillage quasi incessant de la rouquine à ma droite.

Pour la suite, Victoria et Jess quittèrent l'amphi pour un autre cours que nous n'avions pas en commun, et je soupirai, savourant le silence.

Angela me fit un petit sourire.

« Le calme te manquait ?

_ Pas à toi ? Grognai-je.

_ Si. Rit-elle. Euh, je voulais te demander… J'ai parlé avec les gars. »

Les gars. Ses coloc'.

« Ils sont contents que tu viennes habiter avec nous ; ils proposaient qu'on se voie un soir cette semaine, pour faire connaissance.

_ Ah ? Euh… Ouais, pourquoi pas…

_ C'est cool. Demain soir ?

_ Euh… Tu me prends un peu au dépourvu, mais… oui, disons ça. C'est normal que je les rencontre aussi avant, après tout.

_ C'est cool ! »

Le prof arriva dans la salle, et Angela se tut alors qu'il cherchait ses notes dans son tas de feuilles.

Je sentais un regard insistant sur ma nuque ; je tournai la tête pour croiser les prunelles vertes d'Edward.

Je restai figée quelques secondes.

J'avais jamais remarqué qu'il avait les yeux verts…

Je me détournai, les joues un peu plus rouges, gênée.

Qu'est-ce que ça change qu'il ait les yeux verts ? Pauvre fille…

Le cours finit par commencer. Je m'y plongeai, et passai les trois heures suivantes à griffonner un tas de notes plus ou moins utiles sur mon calepin…

« Bon ben à demain ! » fit Angela alors que nous nous séparions à la sortie de l'amphi.

Je la saluai d'un geste de la main, et me retournai.

Je marchai rapidement ; j'avais un peu de temps pour manger, discuter un peu avec Alec, et repartir à l'escalade.

Quand je rentrai, Alec avait préparé le repas. Il me fit un petit sourire.

Je m'assis en face de lui dans sa cuisine.

« Bonne matinée ? Me demanda-t-il.

_ Ça a été. Classique, quoi. Et toi ?

_ J'ai fait de la contrebasse. » répondit-il en haussant les épaules.

Je me faisais du souci pour lui. Ces derniers temps, même jouer de son instrument favori - « sa deuxième femme » comme je l'appelais en plaisantant encore quelques semaines auparavant -, n'éveillait plus en lui cette émotion profonde que je lui avais toujours connue.

Il semblait comme mort.

Nous mangeâmes rapidement ; puis allâmes nous installer sur le canapé, devant la grande baie vitrée de son salon.

Il avait l'air si triste… je posai une main sur son genou.

Il se tourna vers moi. Me prit dans ses bras ; et je ne le fuis pas. Je me reposai dans son étreinte autrefois rassurante.

« Je tiens tellement à toi… » murmura-t-il d'une voix cassée, dans mes cheveux.

Mon cœur me parut se briser, une fois de plus. Cela commençait à devenir épuisant.

« Moi aussi…

_ Alors reste.

_ Je ne peux pas, Alec. Tu en souffres.

_ Loin de toi, je souffre. »

Loin d'elle, tu souffres.

Je ravalai cette réplique, les larmes aux yeux.

« Je déménage dimanche. »

Il acquiesça, le regard également brillant.

« Je rencontre mes futurs colocataires, demain soir. »

Il resserra sa prise autour de moi.

« Où ?

_ Je ne sais pas. Angela va organiser une soirée.

_ Je viens. »

Je me redressai un peu.

« Quoi ? M'étonnai-je.

_ Je viens. Je veux savoir avec qui tu vas vivre. »

Je ne sus que répondre, sur le coup. Il se tourna vers moi ; et son regard brisé me dissuada de refuser.

« D'accord. » murmurai-je.

Il me fit un petit sourire.

Je jetai un coup d'œil à l'heure.

« Il est temps que j'y aille.

_ Oh. Te casse rien. »

Je lui tirai la langue, lui arrachant un nouveau sourire. Voulus l'embrasser sur la joue ; mais il tourna la tête, et nos bouches se rencontrèrent alors qu'il encadrait mon visage de ses mains pour m'embrasser réellement.

Je sortis tremblante de son étreinte, malade de ne plus pouvoir aller plus loin, malade de l'aimer trop pour être heureuse.

Je me levai, et me rendis au club d'escalade.

New York, Jeudi 30 septembre 2009,

Cher journal,

Mardi, j'ai participé à mon premier cours d'escalade à New York. Mes camarades ont l'air assez sympas ; j'y ai retrouvé Mike, un ami commun d'Alec et des autres, semble-t-il. Je l'avais déjà vu… au club de jazz. Il est plutôt gentil, quoique collant… Mais il m'a arrangé le truc avec le prof, après mes semaines d'absence. J'ai pu être acceptée sans soucis.

Enfin une activité dans laquelle je vais pouvoir me défouler. Loin de la falaise de Forks.

Mercredi, je suis retournée voir Tanya. Qui avait l'air plus heureuse que la première fois que je suis venue ; elle m'a raconté qu'Alice avait enfin accepté de lui rendre visite.

Elle a bien vu les larmes dans les yeux de sa sœur, bien que celle-ci ait voulu les lui cacher. Et elle a trouvé sa visite trop courte ; mais elle était heureuse, quand même.

Nous avons discuté plus de deux heures, de tout et de rien. De Lili, du groupe qu'elle formait avec les autres. D'Alec, un peu.

Elle m'a parlé de son tout premier shoot. Avec une de ses conquêtes d'un soir.

De la facilité de se laisser entraîner là-dedans. De la difficulté de s'en sortir.

Elle m'a avoué surtout ne pas en avoir eu la volonté.

Mais maintenant, il y avait Alec. Et Lili. Je ne lui avais pas dit ; elle ne l'avait pas mentionné, non plus.

Mais leurs noms étaient là, entre nous.

Quand je l'ai quittée, elle avait l'air un peu… rassérénée.

Sans doute la visite de sa sœur, qu'elle n'attendait plus.

Je n'ai pas pu m'empêcher d'être heureuse pour elle…

Et puis mercredi soir… J'ai rencontré mes fameux nouveaux colocataires. Enfin, futurs colocataires. Il y avait Angela, bien sûr, et donc, Tyler Crowley et Benjamin Cheney.

Ils sont assez sympas. Et quelque chose me souffle que Ben est assez attiré par Angela. Ce qui, je pourrais en témoigner, est réciproque.

Je suppose qu'ils devraient se trouver rapidement, ces deux-là.

Il y avait aussi Alec, et Emmett. Ils tenaient absolument à rencontrer ces colocataires.

Alec n'a pu s'empêcher de s'identifier clairement en tant que mon « petit ami ». Et j'ai passé avec lui une soirée qui ressemblait à toutes celles que nous avions pu partager, lui, moi, et mes camarades de Washington.

Comme si rien n'avait changé…

Emmett, lui, s'est focalisé sur Tyler.

Parfait rôle du grand frère. Excédant, mais…

Après tout, c'est aussi pour ça que je l'aime. Et il me débarrasse de l'éventualité d'être draguée par un de mes coloc. Si tant est que Tyler en ait jamais eu l'intention…

Dimanche, je déménage donc mes affaires.

Et chaque fois que j'y pense, ça me fait mal au-delà de l'imaginable…