Bonjour bonjour !

Je vous poste en vitesse le nouveau chapitre ! Vous pourrez y voir notamment un léger changement dans ma relation Edward/Bella... Changement qui aura son importance !

J'espère que vous avez passé une bonne semaine... Moi pas vraiment (partiels :s) et que vous allez passer un EXCELLENT week-end (il fait beau et chaud en plus nan ?)

Ma co-paire de mains et moi vous embrassons et vous souhaitons une bonne lecture !


EDWARD


Avez-vous déjà essayé de faire des efforts avec quelqu'un qui, vous le savez quelque part au fond de vous, n'en valait pas la peine ? Avez-vous déjà fait abstraction de l'onde négative qui se dégageait de cette personne en vous disant : « Allez ! Vas-y ! Ça se trouve, ce n'est qu'une mauvaise impression. Elle est peut-être pas aussi conne que tu veux le penser. » et de vous prendre une belle claque en pleine gueule en réponse ? Parce que c'est le sentiment que j'eus ce jour-là.

« Quoi ?

_ Chuut… » Murmura Jasper en regardant autour de lui.

Je me renfrognai en croisant le regard sévère de la bibliothécaire.

Il était près de 16 heures et la bibliothèque universitaire était quasiment bondée.

Je me penchai sur mes notes, faisant mine de me relire en regardant Jasper du coin de l'œil.

« T'es dingue. Soufflai-je.

_ Réfléchis ! Si ça marche, on…

_ Oui ! » Le coupai-je. « Insiste bien sur le « si » parce que c'est déjà mort. Il n'acceptera jamais, même si je te l'accorde, c'est une super idée… en théorie.

_ C'est pour Lili aussi… On pourrait faire d'une pierre trois coups. »

Je plongeai mes yeux dans les siens durant quelques secondes. Il avait l'air sûr de lui, l'enfoiré. Il ne me lâcherait pas aussi facilement.

« Pourquoi moi ? Et comment veux-tu que je m'y prenne ? » Marmonnai-je. « Dès que j'en parle, il se renferme sur lui-même. »

Il laissa glisser son regard sur la salle et s'arrêta à une table, un peu plus loin sur notre gauche en haussant ses sourcils.

Même si j'avais une petite idée de qui il était en train d'observer, je me retournai également et serrai des dents. Bella était en train de feuilleter une énorme encyclopédie tout en regardant un article que lui montrait Angela Weber sur le livre qu'elle consultait, en hochant de la tête. Elle remit une mèche de ses cheveux derrière son oreille et griffonna quelque chose sur son bloc notes.

Notre professeur de littérature américaine nous avait fait l'heureuse surprise un peu plus tôt dans la journée de nous donner un devoir commun sur les auteurs durant la Guerre de Sécession à rendre pour le Lundi suivant. Je lui avais demandé si je ne pouvais pas le faire seul, n'ayant jamais aimé faire ce genre d'épreuve avec un binôme ; il y en avait toujours un qui se débrouillait pour que l'autre en fasse plus que lui.

« Ton charme naturel… Et il acceptera si elle lui demande, elle. Ou sinon elle n'a qu'à lui donner rendez-vous quelque part, et elle l'emmènera à la clinique. » Chuchota Jasper.

Je soupirai sans répondre.

« S'il te plaît… C'est pour Alec. » Insista-t-il.

Je lui lançai un regard excédé et reportai mon attention sur l'ex de mon meilleur ami qui se leva à ce moment-là pour se diriger vers les étagères qui regroupaient les auteurs américains du XIX ème siècle.

« S'il te plaît… » Répéta-t-il.

Je reculai lourdement ma chaise, m'attirant un nouveau regard noir de la part de la bibliothécaire et me dirigeai vers l'allée où elle se trouvait. Elle était sur la pointe des pieds, à l'autre bout des étagères, son index glissant sur les reliures des livres exposés, l'air concentré.

Je m'avançai vers elle et m'arrêtai à ses côtés en faisant mine de regarder moi aussi les livres.

« Salut. » Marmonnai-je.

Elle manqua de se tordre la cheville et j'enroulai mon bras par réflexe autour de sa taille. Elle rougit jusqu'à la racine de ses cheveux et fit un rapide geste de côté alors que j'enlevais brusquement mon bras d'autour d'elle.

« … Désolé. Grognai-je, un peu mal à l'aise.

_ Euh, c'est rien. Merci.

_ J'ai besoin de ton aide… pour Tanya. Enfin, Jasper a eu une idée et il dit qu'on a besoin de toi. »

Je soupirai et détournai mes yeux de son regard intrigué.

« Jasper pense qu'il n'y aura que la musique pour les rapprocher avec Alec. Et il voudrait qu'on improvise un concert dans le parc de la clinique. Mais si on lui en parle, il ne viendra jamais… »

Soudain déterminé, je me tournai à nouveau vers elle et la regardai droit dans les yeux.

« Je t'ai déjà dit que je ferai n'importe quoi pour lui. Et tu m'as sous-entendu qu'il en était de même pour toi. Que tu serais même prête à les aider à se mettre ensemble si ça devait le rendre plus heureux. Alors voilà l'occasion de prouver tes dires. »

Elle détourna le regard, ses yeux s'égarant au loin dans ses pensées. Puis elle finit par acquiescer vaguement.

« Je devrais pouvoir le convaincre. Mais pas en lui mentant. Il va falloir que je le lui dise. Sinon, même si je l'amène jusqu'à la clinique, il refusera de jouer. »

Elle déglutit, et croisa ses bras sur sa poitrine, toujours sans me regarder.

« Je lui en parlerai.

_ Comment tu vas t'y prendre ? » Lui demandai-je après une longue pause.

Elle réfléchit. Se passa la main dans les cheveux.

« Je vais lui dire qu'il s'agit de reformer votre groupe. Il y tient, à votre groupe. Je vais lui dire qu'il s'agit d'essayer… de prouver que vous pouvez le faire. Pour prouver à Tanya qu'elle est entourée, et qu'elle peut compter sur ses anciens amis le temps de sa désintox. Et je vais lui dire que c'est une manière pour elle de se faire pardonner ses conneries auprès de tout le monde. Sa sœur en premier. Et que s'il ne vient pas, ce ne sera pas pareil. »

Je la couvai un instant du regard. Finis par m'adosser à l'étagère en soupirant de lassitude.

« Jusqu'où exactement tu serais prête à aller pour lui ? » Chuchotai-je en fermant les yeux.

Elle garda le silence quelques secondes.

« Je ne suis pas certaine que tu sois prêt à l'imaginer. Mais je suis prête à sortir de sa vie, et à y faire rentrer une autre fille, rien que si ça peut le rendre heureux. Ça devrait te suffire, non ? Souffla-t-elle d'une voix un peu cassée.

_ Elle y était déjà…

_ Je sais. Mais il l'avait occultée. Il avait essayé, du moins. Là, il s'agit de… lui montrer qu'il ne pourra jamais la chasser de sa vie. »

Je fis volte face et plongeai mes yeux dans les siens, scrutant son regard noisette à la recherche d'une quelconque trace de mensonge.

« Tu serais prête… à tourner la page ? Murmurai-je.

_ Pour lui. » Répliqua-t-elle tristement. « Même si de mon coté…

_ A lui faire croire qu'il y a quelqu'un d'autre dans ta vie ?… Tu sais… qu'il essaiera plus facilement si de ton côté, tu en fais de même.

_ C'est beaucoup me demander, ça. Il s'agirait de lui mentir ; et il décode très facilement mes mensonges. Et puis, il me faudrait avoir quelqu'un à lui présenter. Pour qu'il le croie, qu'il l'accepte. Je ne peux pas impliquer quelqu'un, froidement, sortir avec lui et le jeter quand Alec aura tiré une croix sur moi. De toutes manières… une fois qu'il y aura Tanya… il aura définitivement accepté que je ne suis pas pour lui.

_ J'aime beaucoup ton sens des réalités…

_ Un compliment ? Je rêve… » Railla-t-elle. « Désolée. J'ai pas pu m'en empêcher… Je parlerai à Alec. Pour ça… c'est ok. Pas de problème.

_ Il faudra qu'on se tienne au courant… pour les détails. Répondis-je en me détachant de l'étagère.

_ Ouais. Avec une date précise, ça me sera plus facile de le préparer. C'est pas comme si on se voyait pas tous les jours…

_ Vas-y en douceur. Et n'en parle pas à Tanya. Ni à Lili. On s'en occupe avec Jazz. En fait, occupe-toi juste d'Alec, ça sera très bien comme ça.

_ Non, t'en fais pas. Je préfère qu'on attende qu'il soit ok pour en parler aux filles. Je veux pas que Tanya ait de faux espoirs. Fit-elle en détournant le regard, triste.

_ Oh, mais je suis sûr que tu sauras le… convaincre si besoin est. » Raillai-je.

Elle fronça les sourcils, se renferma.

« Je ne sais pas franchement de quoi tu parles, mais je ne suis pas certaine d'avoir de quoi en être flattée. Néanmoins, ne t'en fais pas, je devrais pouvoir y arriver, conclut-elle sèchement.

_ Demain. Ici. Même heure. Je suppose que vous avez encore du pain sur la planche avec ta copine à propos du devoir de Griffith. Fais-moi plaisir pour une fois ; apporte-moi des bonnes nouvelles. Enchaînai-je en regardant rapidement les livres sur l'étagère en face de moi.

_ Oh. Je suis pas à ta disposition, Eddie. Commence pas à me traiter comme ton larbin. Je vais en parler à Alec. Et quand j'aurais obtenu son accord, parce que je ne doute pas réellement de finir par l'obtenir, je te le dirai. » répliqua-t-elle sèchement.

Elle attrapa un livre qu'elle semblait avoir repéré, et s'en retourna vers sa table où l'attendait avec étonnement sa binôme.

Je la regardai s'asseoir et reprendre son encyclopédie alors que sa copine se penchait sur elle en me jetant de vagues coups d'œil par intermittences.

Cette fille m'intriguait. Elle avait un sens de la survie amoureuse très limitée. Ou au contraire sans bornes, selon les points de vue.

Elle était accro à mon meilleur ami.

Je me demandai vaguement comment elle avait pu rester quatre ans avec lui. Vu que l'amour qu'il lui portait n'était pas à la hauteur du sien. Si elle en avait eu conscience. Si elle avait décidé d'aimer pour deux pour combler le vide et le manque.

Je pris à mon tour un livre au hasard sur les étagères et retournai à ma place. Elle me jeta un rapide regard lorsque je passai à sa hauteur et retourna à ses notes, une expression concentrée et presque triste sur son visage.

« Alors ? Me demanda Jasper lorsque je m'assis en face de lui.

_ C'est bon. Marmonnai-je.

_ Elle a accepté…

_ Pour lui.

_ Oh. »

Je me plongeai à mon tour dans le plan de dissertation que j'avais griffonné sur mes notes sans grande conviction.

Oui. Un « Oh » résumait bien mon état d'esprit et la situation.

Cette fille était prête à souffrir mille tortures pour le bonheur d'Alec et quelque part, je l'admirais pour ça. Elle devenait encore un peu plus intéressante à mes yeux malgré l'animosité que j'affichais vis-à-vis d'elle.

Elle était prête à abandonner l'Amour chaud, doré et sucré pour celui qui était plus froid, obscur et amer.

La plus belle preuve d'amour en soi, selon moi.

Je reportai un autre instant mon attention sur elle.

Avec des « si », on aurait pu avoir une toute autre histoire, elle et moi.

Si elle n'avait pas connu Alec.

Si elle ne l'avait pas aimé.

Si j'étais parti à la place de mon meilleur ami à Seattle…

« Tu sais pourquoi on s'est séparés avec Maria, il y a quatre ans ? » Me demanda soudain Jasper.

Je détachai mon regard du profil de Bella et me plongeai dans le regard bleu de mon ami avec curiosité.

Maria. Ce n'était pas un sujet courant chez lui et encore moins apprécié.

« Non.

_ Parce qu'elle disait que quand je regardais Lili, il y avait quelque chose dans mes yeux. J'ai jamais compris ce qu'elle voulait dire par là. Et maintenant que je te regarde, je commence à en avoir une petite idée. »

Je me renfrognai et ouvris le livre que j'avais pris un peu plus tôt sur les étagères à la table des matières.

« Toi, t'as parlé avec ma sœur. Grognai-je sans le regarder.

_ Coupable. Rit-il.

_ Elle divague. Tu sais qu'elle a toujours aimé les histoires d'amour complexes et alambiquées. C'est ce qu'il y a de plus intéressant, selon elle.

_ Alors pourquoi tu la détestes…

_ Je ne la déteste pas ! Vous pensez tous que c'est le cas, mais c'est faux. Il m'a blessé à cause d'elle alors c'est elle qui paie. Ça ne va plus loin. Et elle, elle croit que je suis gay !

_ Moins fort, s'il vous plaît. » Dit la bibliothécaire sur un ton autoritaire.

Je soupirai alors que Jasper se retenait à grand peine de ne pas rire.

« Sérieux ? » Pouffa-t-il.

Je le fusillai du regard et soupirai une nouvelle fois en repoussant le livre que j'avais dans les mains.

« Rose ne t'a pas tout dit, apparemment.

_ Oh non. On discutait de Lili et on en est venus à parler de toi. Répliqua-t-il en haussant des épaules.

_ Et alors ? Dis-je en espérant changer de sujet.

_ Quoi ?

_ Lili !

_ Oh… Ça va.

_ Comment ça « ça va »? Ça fait plus de quatre ans qu'elle attend après toi !

_ Elle ne me connaît pas. Sourit-il.

_ Eh bien, laisse-la te connaître !

_ Mais c'est ce qu'on fait en ce moment. C'est pour ça que Rose a voulu discuter avec moi.

_ Tu sors avec Lili ? M'écriai-je.

_ On peut voir ça comme ça, oui. Enfin, on se voit tous les soirs pratiquement depuis quelques temps. On a même dormi ensemble une ou deux fois. Tu sais, cette histoire avec Tanya… Ça l'a vraiment chamboulée. »

Oui. Je m'en rappelais parfaitement.

Ça faisait quelques jours que nous étions allés la voir tous les trois à la clinique. Dire que Tanya ne s'y attendait pas aurait été loin de la réalité. Son visage avait repris, l'espace d'un instant, les couleurs de la vie. Autant que si ça avait été Alec qui était entré dans sa chambre stérile.

Lili s'était renfermée sur elle-même - elle avait dû s'y exercer depuis le début de la matinée pour y parvenir aussi bien - mais ses yeux avaient parlé pour elle.

On les avait laissé un moment avec Jasper et quand nous étions revenus, Lili était assise sur le lit de sa sœur le visage toujours fermé mais en lui tenant doucement la main qu'elle avait lâchée en nous voyant entrer.

« Et quand est-ce que tu passes à la vitesse supérieure ? Lui demandai-je avec l'ombre d'un rictus.

_ Quand je jugerai qu'elle en sera prête.

_ Jeunes gens, ceci est une bibliothèque et donc un lieu de travail. Je vous ai déjà avertis plusieurs fois. Maintenant c'est la porte. »

Nous nous tournâmes d'un même mouvement vers la femme d'une cinquantaine d'années qui se tenait à côté de nous. Elle n'avait pas l'air commode.

Jasper tenta de parlementer, mais je rassemblais déjà mes affaires. Je n'arriverais à rien de toutes façons.

« Et si on allait voir Tanya ? Murmurai-je lorsque la bibliothécaire s'éloigna d'un pas digne.

_ Ok. » Sourit-il en se levant à son tour.


BELLA

Et voilà comment je me retrouvais à me rendre chez Alec, pour mettre en œuvre un plan élaboré avec le mec qui, sur cette planète, me paraissait le moins digne de mon intérêt. Élaboré avec lui, et Jasper aussi, qui était apparemment l'instigateur de l'idée. Cela m'aidait à croire qu'elle était bonne.

On m'aurait dit ça un mois auparavant, jamais je ne l'aurais cru.

Cela faisait presque une semaine que j'avais déménagé. Nous étions le jeudi 7 octobre ; Alec avait fini par accepter l'idée que je quittais son appartement. Tout comme moi, j'avais accepté celle qu'il ne m'aimait pas autant qu'il voulait le croire.

Je sonnai chez lui. Il m'ouvrit ; me fit un sourire tirant entre la tristesse et la joie de me voir.

Je l'embrassai timidement sur la joue. Il l'accepta, résigné.

Il me fit rentrer ; ne me demanda pas ce qui m'amenait. Cela eut le don de me soulager. Je ne me voyais pas l'attaquer de front avec cette histoire de concert.

Nous commençâmes par parler de nos semaines ; même si nous nous étions déjà vus mardi.

Je restai un moment avec lui ; et il se mit à jouer de la contrebasse, quelques accords dans l'air.

Je l'écoutai quelques instants, savourant la sensation que ces notes me faisaient éprouver ; sentant mon cœur les suivre, mon estomac se contracter, ma peau frémir.

La contrebasse, entre les mains d'Alec, m'avait toujours fait cet effet.

Puis je trouvai - enfin - le courage de me lancer.

« Alec ? Euh… il faudrait que je te parle. »

Il releva la tête, arrêta de jouer. Nos regards se croisèrent, s'accrochèrent, me donnant un coup de poignard au cœur. Il y avait cette lueur entre nous ; cette façon dont nous nous regardions, qui nous rappelait que nous avions partagé quelque chose de fort, et que jamais cela ne pourrait être oublié. Cette lueur qui me rappelait son amour éteint pour moi, et le mien toujours brûlant.

Je déglutis ; et repris la parole.

« Les autres… voudraient faire un concert à la clinique. Où est… »

Je m'arrêtai avant de prononcer le prénom fatidique.

Alec me regardait toujours. Et il répondit d'un ton un peu froid.

« Et pourquoi ils t'envoient toi, m'en parler ? Ils ne peuvent pas me le demander directement ? »

Ça sentait mauvais. Je me passai la main dans les cheveux. Chose que je faisais souvent, quand j'étais fatiguée, ou que je cherchais une réponse qu'il me fallait absolument trouver dans les quelques secondes.

« Parce qu'ils avaient peur que tu refuses.

_ Et ils avaient raison. C'est hors de question. Sans moi.

_ Alec…

_ Non, Bella. Quoique tu veuilles croire, quoique veuillent croire les autres, je ne suis pas amoureux de Tanya. Je n'irai pas. Je ne trouve pas qu'elle mérite qu'on se décarcasse ainsi. »

Sa voix s'était cassée sur la fin, et il baissa la tête, rejouant quelques notes. Ça, c'était quand une émotion le perturbait jusqu'au plus profond des entrailles.

Je me levai, et vins m'asseoir à côté de lui sur le canapé, plaçant mes doigts sur les cordes de son instrument pour le faire taire, et mon autre main sur son épaule.

« Alec, dis-je d'une voix douce.

_ Ils n'avaient pas à t'envoyer. Ils se sont dit que ce serait du tout cuit si c'était toi qui m'en parlais, hein ? » Demanda-t-il d'une voix amère. « C'est bas. Je ne comprends même pas que tu aies accepté. »

Son ton me fit mal au cœur ; mais j'évitai de le montrer.

« C'est pas tout à fait exact. En fait… »

Je soupirai.

« En fait, c'est pas que pour Tanya. C'est aussi pour Alice. »

Je fis une pause, arrangeant mes mots, tandis que lui me prêtait à nouveau son attention, sourcils froncés.

« Tu sais que le groupe compte beaucoup pour elles. Aussi bien l'une que l'autre. Et tu sais qu'Alice est en froid avec sa sœur depuis… la dernière fois. Je crois… »

Je me mordis la lèvre.

« Tanya va rentrer en cure de désintox. Tu étais au courant ? Je crois que ça sera plus facile pour elle, qu'elle aura plus de volonté, si elle se rend compte - même si c'est une illusion - que tout le groupe est là, et la soutient.

_ Pourquoi tu penses à son confort, hein ? » Fit-il, amer. « Elle est à l'origine de ce qui nous arrive !

_ C'est aussi pour Alice. » Fis-je d'une voix douce. « Si sa sœur arrive à s'en sortir… et aussi, si elle voit que les amis de Tanya ne l'abandonnent pas, elle va sans doute accepter de la revoir. Tu ne peux pas les laisser séparées. Personne ne mérite ça. Elles ont besoin l'une de l'autre, et le concert, ce serait l'occasion de les réunir. »

Alec ferma les yeux, et prit une profonde inspiration. Je laissai glisser mes doigts dans son dos, cherchant à l'apaiser ; il rouvrit des yeux torturés sur moi. Déposa sa contrebasse sur le côté, et me prit dans ses bras, comme si j'étais un objet fragile.

« Tu le crois, toi, que c'est une bonne idée ? Tu crois que ça peut vraiment soulager Alice ? Murmura-t-il.

_ Oui. Je ne te demanderais jamais une telle chose, sinon. »

Il hocha la tête, plongea son nez dans mes cheveux ; et resta ainsi un certain temps.

Puis il me serra un peu plus fort contre lui, et s'éloigna. Le regard toujours triste.

« Alors d'accord. Je le ferai. Pour Alice. »

Je ne pus m'empêcher d'effleurer sa joue, et ses lèvres des miennes, détruite par la douleur qui transparaissait dans sa voix.

« Merci, Alec. Pour elles, merci. »

Il hocha la tête, et me regarda me lever, l'air un peu paniqué.

« Je dois y aller ; Angela doit s'inquiéter. Je peux repasser te voir quand ? Demandai-je en me mordillant la lèvre.

_ Quand tu veux. » Souffla-t-il sans me lâcher du regard. « Tu le sais très bien. »

J'hochai la tête. Il se leva, me raccompagna jusqu'à la porte.

Et nous nous séparâmes dans un silence lourd.

Je marchai rapidement jusqu'à ma camionnette ; y montai, et sortis mon portable avant de la démarrer. J'envoyai un message à Jacob.

« Quand t'auras fini de danser la lambada, préviens ton coloc que j'ai réussi à convaincre Alec. Il saura de quoi je parle. »

Sa réponse ne tarda pas.

« Je ne danse pas, je me restaure avant d'y retourner. Je lui dis. »

Je mis le contact, les larmes aux yeux.

Je ne savais pas vraiment comment je devais me sentir. Qui j'avais le plus l'impression de trahir ; Alec… ou moi ? Tout ce que je savais, c'était que j'éprouvais un malaise intense, qui me donnait des nausées.

Je me dépêchai de rentrer dans mon nouveau chez moi.

C'était une chambre qui faisait partie d'une maison qui en contenait quatre. Il y avait aussi une cuisine, un salon, une salle de bains et des sanitaires communs. La maison se trouvait sur deux étages ; la partie commune au rez-de-chaussée, et les chambres au premier.

Je n'avais pas vraiment décoré la mienne. Elle avait des murs blancs, une petite fenêtre, un petit bureau, et un canapé clic-clac en guise de lit. J'avais placé quelques photos de mes amis, la bande à Sam -nos anciens amis de Forks, à Jake et moi. Il y en avait nous représentant autour d'un feu de camp, alors que nous avions dans les dix-huit ans ; à la falaise, alors que nous en avions seize. Dans l'eau, aussi, quand nous jouions sans nous soucier du fait qu'elle ne dépassait pas les quatorze degrés celsius.

Il y avait des photos de Jake et moi, aussi, dans différents lieux. Et d'Emmett et moi.

Et, enfin, d'Alec et moi. L'une avec Jane ; deux autres où nous n'étions que nous deux.

Et une où il était seul. Ma préférée.

J'y jetai à peine un coup d'œil, encore trop pleine de la douleur qui me tenaillait.

Je descendis à la cuisine me préparer un petit repas rapide. Angela n'était pas là, m'avait laissé un mot qui disait qu'elle dînait avec Ben.

Il s'était donc finalement décidé à l'inviter. C'était plutôt une bonne chose.

J'espérais ne pas voir Tyler, ce soir. Il était plutôt lourd, dans le genre ; et si j'avais reproché à Emmett d'avoir été excessif avec lui le soir où je l'avais rencontré, je me rendais compte maintenant qu'il aurait û y aller un peu plus fort.

Je mangeai très rapidement ; me rendis dans ma chambre, et la fermai à clef.

Je passai la soirée à continuer ce devoir qui nous avait été demandé par le prof de littérature anglaise ; cela m'empêchait de penser à Alec et Tanya.

Quand je remarquai, au bout de quelques heures, que cela faisait vingt minutes que je relisais la même ligne d'un paragraphe que je venais d'écrire, je décidais qu'il était temps pour moi d'aller me coucher.

Je jetai un coup d'œil au réveil. Il était une heure et demi passées.

Je me couchai ; m'endormis assez rapidement, mais fus réveillée par des bruits.

C'était Angela et Ben qui venaient de rentrer. Visiblement, pour ce que je pouvais entendre, ils s'en tenaient à un chaste au revoir.

Les idiots, pensai-je, aussi crevée qu'agacée. J'étais pas loin de me lever pour les forcer à se rouler le patin dont-ils rêvaient depuis la première fois qu'ils s'étaient vus.

Je me retins. J'avais déjà assez de deux couple à former. Jane et Jacob, et…

Je serrai les paupières. Les rouvris pour regarder l'heure.

Trois heures du matin. Le réveil allait être dur.

Trois heures plus tard, je me réveillai en sursaut alors qu'une sonnerie stridente me vrillait les tympans.

« Putain. » jurai-je entre mes dents.

Je détestais me réveiller après le réveil.

Je me levai, la tête dans le brouillard ; descendis me préparer un rapide petit déjeuner. Passai à la douche, espérant que l'eau froide pourrait faire quelque chose pour moi.

Angela émergea une demi-heure plus tard, avec une tête qui devait refléter à peu près la mienne.

« Bonne soirée ? » ricanai-je.

Elle rougit.

« Et toi, où t'étais ? Tu n'étais pas encore rentrée quand on est partis, avec Ben.

_ Chez Alec. Qu'est-ce que vous avez fait pour que ça prenne autant de temps ? »

Elle haussa les épaules, rougit à nouveau.

« Hum, resto. Et puis on est allés se promener un peu, et on a été dans un petit bar. C'est tout.

_ C'est tout ?

_ Ouais. Et arrête de me poser des questions, sinon, je vais jamais avoir le temps de me préparer. »

Je souris, lui laissai la paix.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous partions pour la fac.

Nous arrivâmes un peu plus tard que d'habitude, et nous plaçâmes à nos places habituelles dans l'amphi dans lequel nous étions. Je vis du coin de l'œil qu'Edward était à deux place de moi, mais ne tournai pas la tête vers lui. Il avait eu ce qu'il voulait, après tout, nous n'avions plus rien à nous dire.

Je discutai vite fait avec Angela de ce que j'avais écrit pour notre disserte commune.

« Oh, au fait ! » Me demanda-t-elle alors que nous étions tous en train de nous inquiéter du retard du professeur. « Ben m'a proposé qu'on aille au bowling, un de ces quatre. Ça te dit ? »

Je lui jetai un regard circonspect.

« Si il y a Tyler, je vous préviens que je ne viendrai que si Emmett peut m'accompagner. »

Angela étouffa un petit rire. Elle avait remarqué que notre colocataire commun était franchement… lourd.

« Tu invites qui tu veux, répliqua-t-elle.

_ Ouais. Ça peut être sympa. Je verrai avec mon frère.

_ Bon… Il est absent ou quoi, le professeur ? S'agaça un élève derrière moi.

_ On va finir par y aller. » répondit sa voisine.

Je me pris la tête entre les mains.

« Faîtes qu'il arrive. » Grognai-je. « Par pitié.

_ Pourquoi ? S'étonna Angela.

_ J'ai pas beaucoup dormi, et je sais que toi non plus. J'ai pas envie de m'être levée tôt pour rien ! »

Le prof n'arriva pas.

Les élèves commencèrent à s'en aller un par un ; nous finîmes par nous retrouver à deux, avec Angela, dans l'amphi.

Nous en profitâmes pour continuer la dissertation.

Nous finîmes la journée de cours à midi ; décidâmes d'aller manger au restau universitaire, puis de passer à la B.U. emprunter de nouveaux livres.

À 14 h 00, je décidai de me rendre à la clinique. Il faisait encore beau pour ce début d'octobre ; et même assez chaud. Il semblait que l'été ne voulait pas finir.

Tanya était à l'extérieur quand j'arrivai, à moitié couchée sur un banc.

Je me dirigeai vers elle, et me laissai tomber à côté de sa tête.

« Salut. »

Elle se redressa.

« Tiens. Salut. Ça va ? »

Elle allait beaucoup mieux, ces derniers jours. Alice était passée la revoir une fois ; et je savais que ça y était pour beaucoup.

« Ouais. Et toi ?

_ Ça va. Mieux depuis que je peux sortir.

_ Je me doute. Ça fait longtemps que t'es dehors ?

_ Une petite demi-heure. »

Le silence tomba quelques secondes entre nous. Puis Tanya tourna vers moi un regard un peu triste.

« Comment va Alec ?

_ … Il va. J'ai l'impression qu'il recommence à jouer de la contrebasse.

_ Il avait arrêté ? S'étonna-t-elle, un peu triste.

_ Très peu. » la rassurai-je.

Elle hocha la tête ; et embraya sur un autre sujet de conversation. J'avais pris l'habitude de lui rendre visite tous les deux ou trois jours ; nous ne parlions jamais beaucoup d'Alec. Le sujet était assez sensible.

Et soudain, je me demandai si c'était réellement une bonne idée de faire ce petit concert. Je ne savais pas si revoir Alec n'allait pas trop la troubler. Quoique logiquement, cela devrait plutôt lui faire plaisir et lui donner une raison de plus de mener à bien sa cure de désintoxication. De voir qu'il était quand même là, et acceptait de rejouer dans leur groupe. Acceptait de venir jouer à la clinique.

Nous parlâmes de tout et de rien ; elle se recoucha sur le dos, la tête sur mes genoux, les bras croisés sur le ventre. On aurait pu croire que nous étions deux très vieilles amies.

Mais après tout, n'étions nous pas liées d'une manière ou d'une autre, depuis plusieurs années ? Dans la mesure où nous avions toutes deux eu une place dans la vie du même garçon - dans la mesure où nous aimions ce même garçon.

J'aurais dû la détester. Et ç'aurait pu être réciproque. Mais j'avais fait le choix de l'aimer, pour Alec. Et puis parce que de toutes façons, il y avait quelque chose en elle d'adorable.

Des fois, je me demandais si ma vie sentimentale chaotique n'était pas due à ma vision de l'Amour. Au moins, je comprenais mon père, maintenant.

J'étais vraiment comme lui…


EDWARD

« … Ok. C'est une bonne nouvelle… Oui, Dimanche…. Non, le temps, ça ira, d'après Jasper…. Vers 15 heures, ça serait bien… Merci, à vous aussi… Bonne soirée Maman. »

Je raccrochai, rayai le nom de mes parents sur ma liste - le dernier - et me laissai tomber sur le canapé.

Mon père avait réussi à négocier avec le directeur de la clinique pour que nous puissions improviser notre concert dans le parc de la clinique à la condition que les autres pensionnaires puissent y assister. J'en connaissais au moins un que ça allait enchanter.

J'entendis la porte d'entrée s'ouvrir et tournai la tête pour voir Jane poser ses clés sur le comptoir du bar.

« Alors comme ça t'organises une petite sauterie pour la dépravée ? » Me dit-elle en venant s'asseoir à côté de moi.

Je soupirai.

« C'est Alec qui vient de me l'apprendre. J'espère que t'as pas l'intention de m'inviter… Enchaîna-t-elle.

_ Si, justement. Et s'il faut que j'en parle à Jacob pour qu'il te convainc, je le ferai. Répliquai-je, excédé.

_ … Pourquoi tu fais ça ? Grogna-t-elle.

_ Et toi, pourquoi t'es comme ça avec elle ?

_ Je pourrais te retourner la question pour Bella, mais je te répondrais qu'elle a trop fait souffrir mon frère pour ne pas que je lui en veuille et qu'elle bousille sa vie et celle de son entourage pour rien.

_ Elle bousille sa vie parce qu'il se refuse d'être avec elle depuis des années ! Alors qu'il est amoureux d'elle !

_ Non, il n'est pas amoureux d'elle ! Il est amoureux de Bella ! Si tu le regardais vraiment, tu t'en rendrais compte ! S'énerva-t-elle.

_ Tu ne l'as pas vu ce soir-là avec Tanya ! Tu n'as pas vu la lueur dans ses yeux !

_ Ne me parle pas de ça ! » Me coupa-t-elle.

Elle serra des dents et se détourna, la respiration légèrement saccadée.

J'inspirai profondément et me levai. Je ne voulais pas m'engueuler avec elle, elle finissait toujours par avoir le dernier mot et par partir en claquant la porte.

J'allai dans la cuisine et me servis un verre d'eau. Je me retournai pour voir ce qu'elle faisait et la vis aller dans la chambre de Jacob.

« Vous changez de nid ? Marmonnai-je, en espérant apaiser la tension qui venait de s'instaurer.

_ Oui. J'ai dit à Bella que je le faisais passer en… CDI. Pour lui prouver ma bonne foi, je l'ai invité à venir chez moi. Tu ne dormiras pas avec la musique en sourdine ce soir. » Répondit-elle sur un ton un peu sec.

Malgré moi, j'esquissai un sourire.

Elle commençait à s'attacher. Vraiment. Bientôt, elle en serait amoureuse… et lutterait sans doute contre avec acharnement pour se voiler la face par peur de l'engagement et ce que cela engendrait.

« Et ne va pas te faire de fausses idées comme Bella. » Rajouta-t-elle en passant rapidement la tête dans l'embrasure de la porte.

Je me renfrognai un peu au nom de l'ex de mon meilleur ami ; encore une chose qu'on avait en commun… Ça commençait à m'inquiéter.

« Bon… C'est à quelle heure ? Me demanda-t-elle sur un ton résigné en revenant dans le salon, un sac de sport à la main.

_ Si vous pouvez être là vers 14 heures 30. » Répondis-je en haussant des épaules.

Elle marmonna en reprenant ses clés.

« Je t'empreinte Jacob jusqu'à Dimanche, alors. Dit-elle en se dirigeant vers la porte.

_ Oh, je te le donne, si tu veux.

_ Non. Ça ira, merci… A Dimanche, bisous. Répondit-elle en ouvrant le battant.

_ Bisous. »

Nous passâmes les deux jours suivants à tout organiser avec Jasper.

Le plus dur avait été de nous trouver de quoi nous faire une scène et de trouver un piano. On avait finalement réussi à en trouver un grâce à un de ses contacts qui nous le livrait à la clinique.

Ensuite, il y avait eu Lili avec qui il devait passer le Samedi après-midi. On avait dû appeler Rose pour faire diversion mais elle était à l'hôpital ce jour-là et il avait dû s'en remettre à… Bella en passant par l'intermédiaire de Jacob.

J'avais eu peur l'espace d'un instant qu'elle n'en veuille à Jasper mais il lui avait promis qu'ils passeraient la soirée ensemble à la place.

On était Dimanche et j'étais en route pour la clinique, l'appréhension grandissante.

Et si Alec ne venait pas finalement…

Et si c'était encore trop tôt, aussi bien pour lui que pour elle…

Et si notre surprise n'allait pas plaire…

On avait réussi à réunir tout le monde ; de nos amis à nos parents. Tout le monde serait là. Mais je ne savais pas si ça ne faisait pas un peu trop pour une première confrontation, même si Rose m'avait certifié « qu'ils en avaient besoin ».

J'arrivai à la clinique où des curieux regardaient la scène.

Jasper était en train de discuter avec un type en blouse blanche et mon père.

Ma mère et ma sœur finissaient de mettre en place toutes les chaises. Les parents de Lili et Tanya étaient assis au premier rang, les yeux dans le vague.

Mise à part eux, personne n'était encore présent.

Je m'avançai rapidement pour les saluer quand Rose me rejoignit.

« Les infirmiers ont fait des pieds et des mains pour ne pas qu'elle sorte. On est allés la voir rapidement avec Papa, Maman et ses parents mais on lui a dit qu'on avait quelque chose à faire. Jasper ne va pas tarder à aller chercher Lili et Emmett devrait arriver avec Bella. Les filles et Demetri ne devraient pas tarder non plus. Me dit-elle à toute vitesse.

_ T'as de quoi la préparer ? » Lui demandai-je en fronçant les sourcils.

Elle sourit en acquiesçant d'un signe de tête.

« Je te préviens que Lili t'en veut de lui avoir accaparé Jasper hier après-midi. » Rajouta-t-elle avec un petit sourire.

Je grognai.

« Et Alec, Jane et Jacob ? »

Elle pointa quelqu'un derrière moi.

Je me retournai et vis mon meilleur ami arriver à pas lents, l'étui de sa contrebasse à la main, en regardant la scène et les alentours.

« Salut. » Marmonna-t-il en arrivant à mon hauteur, après avoir embrassé ma soeur. « Où est Bella ? »

Je me retins à grand peine de ne pas soupirer. Ça aurait été de mauvais augures, sinon.

« Elle va arriver… Merci d'être venu. Répliquai-je.

_ C'est pour Lili. »

J'acquiesçai d'un signe de tête alors que ma sœur me demandait de la suivre à l'intérieur. Je m'excusai auprès d'Alec qui rejoignit Jasper alors que je suivais Rose et ma sœur à l'intérieur.

Tanya nous regarda entrer dans sa chambre en haussant ses sourcils.

« Salut Edward… » Me dit-elle. « Euh… Vous avez oublié quelque chose ? » Demanda-t-elle en se tournant vers ma mère et ma sœur.

Celle-ci lui fit un grand sourire et ma mère posa la housse de vêtement qu'elle tenait dans la main sur le lit.

Tanya sourcilla et se tourna vers Rose.

« Dis-moi… T'aurais pas envie de… je ne sais… chanter, aujourd'hui ? » Lui demanda-t-elle avec un sourire.

Ma mère s'approcha et lui caressa les cheveux alors qu'un éclat de joie traversa ses yeux avant de disparaître. Elle détourna son regard et haussa des épaules.

« Je ne sais pas trop si j'en suis capable depuis quelques temps… » Marmonna-t-elle en montrant vaguement sa perfusion.

Moi, je savais très bien que ce n'était pas le vrai problème.

Chanter, pour elle, signifiait obligatoirement penser à Alec. Et le faire sans lui, elle en était incapable.

« Il est là. » Répliquai-je alors en m'avançant vers elle.

Elle croisa un instant mon regard, un peu figée, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte.

« Il est dehors. Il est venu. Insistai-je.

_ C'est vrai, ma chérie. Je l'ai vu. » La rassura ma mère en continuant à caresser ses cheveux.

Ses yeux s'embuèrent alors qu'elle se retournait une nouvelle fois vers nous. Une larme coula sur sa joue tandis que Rose tapait dans ses mains de façon autoritaire.

« Bon ! C'est pas tout ça mais on a du travail ! Edward, je ne pense pas que ta place soit ici. A moins que tu ne veuilles boucler ses cheveux ou la maquiller… Railla-t-elle avec un rictus.

_ Euh non… On va éviter. Marmonnai-je.

_ Alors la porte, c'est derrière toi. Il faut qu'on te fasse belle. Il y a du monde qui attend après toi… Et on va commencer par appeler l'infirmière pour qu'elle t'enlève ta perfusion. Ça sera plus pratique. »

Je retournai dehors, le sourire aux lèvres.

Ça ne se présentait pas trop mal pour le moment.

Alec était là, il ne manquait plus que Lili.

Quand j'arrivai dans le parc, certaines personnes commençaient déjà à s'installer.

Demetri, Jess, Vic, Baloo et Bella étaient arrivés.

Il manquait encore Jasper et Lili.

Je regardai ma montre ; il nous restait encore une bonne demie heure.

Je croisai le regard un peu triste de Bella lorsque je rejoignis la scène. Alec était en train de l'observer du coin de l'œil en vérifiant notre matériel.

« Comment t'as réussi à avoir un piano ? Marmonna-t-il.

_ Jazz. » Répondis-je en haussant des épaules.

Il acquiesça et jeta un nouveau regard à son ex.

« Tu y arriveras. » Lui dis-je.

Il me regarda, surpris.

« A survivre. A te rendre compte que vous avez fait le bon choix. Vous vous aimez… Mais pas de la même façon. Et je suis sûr que tu le sais au fond de toi. »

Il détourna son regard. Ne fit aucun commentaire.

« Elle me manque. Dit-il au bout d'un moment de silence.

_ C'est normal.

_ Tout le temps. » Insista-t-il. « Je n'arrive pas à la sortir de ma tête. »

Moi non plus depuis quelques temps. Et pourtant je ferais tout pour qu'il en soit autrement. Pensai-je avec amertume.

« Mais il y a Tanya. Tu y penses aussi. » Repris-je.

Il serra des dents. Fit un vague signe de la tête.

« Tu es prêt à la voir ? » Lui demandai-je avec hésitation.

Il eut un rire jaune.

« Je ne pense pas que tu m'en aies laissé le choix. » Répliqua-t-il.

Je détournai le regard et vis Jasper et Lili arriver.

Elle regarda la scène avec surprise, les gens autour d'elle puis se tourna vers lui et lui demanda quelque chose. Il lui fit un sourire, caressa doucement son dos et s'éloigna dans notre direction.

« Tout est prêt ? Nous demanda-t-il après avoir salué Alec.

_ Il nous manque notre chanteuse… » Répliquai-je avec un petit sourire.

Il sourit à son tour et acquiesça d'un signe de tête.

Lili regardait toujours autour d'elle comme si elle n'avait encore pas la moindre idée de ce qui se tramait là. Elle eut même un sursaut de surprise lorsque ses parents s'approchèrent pour l'embrasser.

« Tu ne lui as toujours rien dit ? Demandai-je à Jasper en la montrant d'un signe de tête.

_ J'en ai vaguement parlé, dirons-nous. »

Les infirmiers commençaient à sortir les pensionnaires, des visiteurs arrivaient et je me rendis compte à ce moment-là du nombre de personnes qu'il y avait dans ce genre d'établissement sans qu'on en aie conscience. Certains étaient là avec leur perfusion, certains semblaient être en pleine dépression, certains avaient même l'air de se demander ce qu'ils faisaient là.

Je remarquai que quelques fenêtres qui donnaient sur le parc avaient été ouvertes et que quelques personnes s'y tenaient, attendant le début de notre représentation.

J'allai m'installer au piano lorsque mon père et les parents de Lili se tournèrent vers l'entrée de la clinique. Je fis de même et un léger sourire étira mes lèvres quand je vis Tanya arriver, soutenue par ma sœur qui lui parlait à l'oreille, ma mère en retrait, derrière. Elle portait une robe blanche à fleurs rouges, toute simple, avec un gilet carmin posé sur épaules frêles, ses cheveux légèrement ondulés qui cascadaient dans son dos et aucune trace de maquillage ne venaient troubler sa beauté naturelle. Elle était habillée à l'image de ce qu'elle était vraiment à nos yeux : fragile et innocente.

Elle regardait le sol en avançant à pas lents, comme si elle avait peur qu'il ne se dérobe sous ses pieds ou si elle avait peur de trébucher sous le coup de l'émotion. Ou bien elle craignait d'affronter le regard des autres et de celui qui lui avait tourné le dos durant toutes ces longues semaines mais qui n'avait pas pu l'effacer de sa peau.

Celui-là même qui venait de se décider à enfin poser les yeux sur elle alors qu'elle montait sur scène par l'échelle qui se trouvait sur le côté.

Leurs s'accrochèrent quelques secondes, se posèrent sans doute les questions que leurs bouches n'osaient encore prononcer.

Puis, il cassa le contact visuel et reporta son attention sur sa contrebasse.

Après tous ces jours de répit, le combat venait de reprendre entre son cœur et sa raison.

Je n'osai regarder dans la direction de Bella - de toutes façons, je ne savais pas où elle se trouvait exactement - mais je devinai sans peine l'expression de son visage. Un mélange de résignation, de douleur et de tristesse qu'elle devait tenter de cacher sous un masque impassible.

Rose accompagna Tanya jusqu'au tabouret qui surplombait la scène alors que les dernières personnes prenaient place sur les chaises installées sur la pelouse et que les derniers retardataires arrivaient en courant du parking privé.

Ma sœur chuchota encore quelques paroles à l'oreille de Tanya qui regardait devant elle, un peu figée.

Jasper monta à son tour sur l'estrade et me passa rapidement une liste avec les titres qu'on devait interpréter. Je remarquai la chanson de Aaron en première place ainsi que presque toutes les chansons qui étaient initialement prévues pour notre précédente représentation.

Jazz vérifia les accords de sa guitare acoustique alors qu'Alec sortait ses partitions et les installait en face de lui, concentré. Rien que cette vision me fit sourire ; tout redevenait comme avant. Ou presque.

Le silence s'installa petit à petit et le type avec qui j'avais vu mon père et Jasper discuter en arrivant, monta à son tour sur la scène pour s'emparer du micro.

Il salua l'auditorium, nous remercia de notre initiative et de notre proposition. Nous présenta rapidement. Évoqua, me semblait-il, un lien entre la musique et la guérison.

Moi, je regardais Tanya qui semblait presque tétanisée en regardant tout ces visages tournés vers elle. Elle fixait quelqu'un au premier rang - Lili - et avait les mains ancrées sur ses genoux.

Quelques applaudissements enthousiastes et des sifflets m'indiquèrent que le speech était fini. Le directeur redescendit de la scène et prit place au premier rang.

Puis le silence.

Long. Lourd.

Interminable.

Je jetai un regard à Jasper, m'inquiétant un peu pour notre chanteuse. Il l'observait aussi et finit par amorcer un mouvement vers elle. Puis, il se produisit quelque chose que je pense, aucun d'entre nous n'avait prévu. Ou du moins espéré.

Alec entra dans mon champ de vision et s'approcha de Tanya. Il posa une main incertaine sur son épaule qui la fit sursauter.

Elle tourna la tête vers lui. Le regarda.

Il se pencha sur elle. Toujours incertain. Lui parla au creux de l'oreille.

Elle acquiesça imperceptiblement. Saisit d'une main tremblante le micro en face d'elle. L'ajusta maladroitement.

Il lui caressa doucement le dos et je la vis tressaillir.

Puis, il s'éloigna et revint s'asseoir sur sa chaise, un peu plus loin derrière elle sur sa gauche.

Je croisai un instant son regard ; il avait l'air de reprendre goût à la vie. Je lui souris et détournai mon regard lorsque j'entendis Tanya prendre une profonde inspiration.

« A ma sœur. » Chuchota-t-elle dans le micro d'une voix un peu cassée.

Elle inspira profondément et me jeta un coup d'œil ; signalant que je pouvais commencer.

Les premières notes s'élevèrent dans le silence de cet après-midi d'Octobre et Tanya commença à chanter.

Lili, take another walk out of my fake world

Please put all the drugs out of my hand.

I'll see that I can breath without no back up So much stuff I got to understand

For every step in any walk

Any town of any thought

You'll be my guide

For every street of any scene,

Any place I've never been

You'll be your guide

Jasper s'approcha de son micro et enchaîna sur le couplet suivant, de sa voix grave et apaisante, en fixant Lili au premier rang dont les larmes coulaient sur les joues. Ma sœur avait passé son bras autour de ses épaules et semblait se retenir pour ne pas en faire autant.

Lili, you know there's still a place for people like us

The same blood runs in every hand

You see it's not the wings that make the angel

Just have to move the bats out of her head

.

For every step in any walk

Any town of any thought

I'll be your guide

For every street of any scene

Any place you've never been

I'll be your guide

.

Lili, easy as a kiss we'll find an answer

Put all your fears back in the shade

Don't become a ghost without no colour

'Cause you're the best paint life ever made

Tanya reprit son micro en main et ils continuèrent à chanter d'une même voix.

For every step in any walk

Any town of any thought

I'll be your guide

For every street of any scene

Any place you've never been

You'll be your guide

Puis, Jasper s'éloigna de son micro et laissa Tanya finir la chanson.

Lili, you know there's still a place for people like us

The same blood runs in every hand

You see it's not the wings that make the angel

Just have to move the bats out of my head

For every step in any walk

Any town of any thought

You'll be my guide

Lorsque les dernières notes moururent, un silence total régnait sur le parc. On n'entendait plus que les voitures passer au loin. Puis, les parents de Lili se levèrent doucement au premier rang et commencèrent doucement à applaudir, ce qui eut don de sortir de leur transe le reste de l'assistance qui se leva à son tour et applaudit à tout rompre.

Je crus voir Baloo, Jacob et Demetri siffler avec leurs doigts tandis que Lili sautait pratiquement sur scène pour prendre sa sœur dans ses bras. Elles sanglotèrent ensemble un long moment puis Alice se tourna vers Jasper et se jeta à son cou pour l'embrasser. Les sifflements reprirent de plus belle alors que Demetri hurlait : « Y a des enfants présents ! »

Rose pouffa au milieu de ses larmes et monta à son tour sur scène pour prendre Tanya dans ses bras.

Quelques minutes plus tard, elles redescendirent et nous continuâmes notre représentation.

L'émotion s'entendait dans la voix de Tanya et pour la première fois depuis ce Vendredi soir-là, depuis que notre vie était devenue un grand n'importe quoi, je crus entrapercevoir la sortie du labyrinthe.

Près d'une demie heure après, nous descendîmes de scène sous un tonnerre d'applaudissements.

Lili se jeta à nouveau sur Jasper tandis que le directeur de la clinique venait nous féliciter avec mon père et quelques médecins.

Un peu à l'écart, je vis Alec et Tanya en train de se regarder, sans un mot. Ce qui me fit chercher des yeux Bella.

Elle était un peu à l'écart, sur le côté du grand conifère, un peu plus derrière la scène, appuyée contre le tronc, le regard dans le vide. J'hésitai un instant puis m'excusai au près des confrères de mon père pour la rejoindre.

Je m'approchai doucement, craignant un peu la voir pleurer, me demandant vaguement pourquoi j'y attachais de l'importance, soudain.

Elle m'entendit arriver et tourna la tête vers moi. Elle ne pleurait pas. Mais elle était pâle. Et ses yeux étaient rouges.

Je m'arrêtai devant elle, à distance raisonnable.

Ses yeux s'ancrèrent dans les miens, un peu froids. Un peu ternes. Un peu sans vie.

Elle avait mal, ça se voyait. Et ça me mettait un peu mal à l'aise.

Je plantai mes mains dans les poches de mon pantalon et finis par esquisser un rictus, sans trop savoir pourquoi.

« Tu te caches ? Lui demandai-je, un peu nerveux au bout d'un long moment de silence.

_ Je m'éloigne, répliqua-t-elle d'une voix lasse.

_ Pas assez pour qu'on ne te voie pas.

_ Je regrette, répliqua-t-elle sèchement ; c'est pas parce que tu veux me voir disparaître que je vais m'exécuter. »

Je me renfrognai et la toisai un moment.

« Il faut de suite que tu prennes la mouche, hein, Izzie ? Pour une fois que j'essayais d'être conciliant !

_ Te force surtout pas. T'as eu l'aide que tu souhaitais, maintenant, t'es plus obligé de subir ma présence

_ Si tu regardes bien, il n'y a que moi qui aie remarqué ton absence. Tu ne trouves pas ça bizarre ?

_ Si, assez. Tu saurais m'en expliquer la raison ?

_ C'est le signe que t'attendait. Celui qui te dit de tourner définitivement la page. Parce qu'il est là avec elle, mais quand il rentrera chez lui, il repensera à toi et il sera encore une fois déchiré entre vous deux. Il éprouvera des remords. Alors sois plus intelligente que lui pour une fois, et fais ton choix. Sois heureuse pour qu'il puisse l'être à son tour !

_ Mais bon Dieu, tu n'as toujours pas compris ? Il est fait, mon choix ! Depuis le club de jazz ! Sois heureuse… Quelle bonne idée, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Attends, je vais le noter dans mon agenda avant d'oublier. »

Je la repoussai contre le tronc de l'arbre, gagné par une colère soudaine.

Ses sourcils se froncèrent un peu et une étrange lueur traversa ses prunelles.

On se retrouvait dans l'exacte situation que quelques semaines auparavant, l'énervement en plus.

« Je te laisserai pas le détruire une seconde fois. » Sifflai-je.

Elle me repoussa brusquement.

« Je n'en ai pas la moindre intention, fit-elle sur le même ton. C'est quoi ton problème ? Tu m'en veux quand je suis près de lui, tu m'en veux quand je m'en éloigne. Je suis censée faire quoi ? Te demander pardon pour être née ? C'est pas moi qui l'ai choisi, ça !

_ Éloigne-toi mais prouve-lui que tu pourras être heureuse. Après, ça ne me concerne plus.

_ D'un, ma vie ne te concerne déjà pas. De deux, à défaut d'être heureuse, je lui prouverai que je peux tout à fait mener une vie correcte sans lui. Ça devra lui suffire.

_ Hmm… Euh, désolé de vous déranger, mais on va rentrer manger quelque chose… Vous venez ? »

Je lâchai ses yeux des miens pour croiser ceux de Jasper qui ne semblait pas très à l'aise. Il avait dû entendre une partie de notre conversation.

Je vis un peu plus loin ma sœur regarder dans notre direction et j'inspirai profondément en hochant de la tête.

« De toutes façons, on a fini. Pas vrai, Eddie ? » Railla-t-elle en s'éloignant.

Je serrai des dents, m'empêchant de répliquer.

Miss Garce était de retour.


BELLA

Je rejoignis les autres ; probablement suivie d'Edward. Toujours secouée de frissons que j'associais à la rage, je ne voulais plus le regarder.

Pourquoi fallait-il qu'il soit encore derrière moi ? Qu'est-ce que je lui avais fait, pour qu'il ne m'oublie pas - alors que même Alec semblait commencer à m'effacer, peu à peu.

Ce dernier leva la tête à mon arrivée, et me lança un long regard ; mais je finis par me détourner.

L'estomac noué, je secouai la tête quand Alice vint me proposer une part de gâteau.

Jane vint s'asseoir à côté de moi ; je lui jetai un bref regard. Elle n'était pas franchement heureuse. Elle en voulait toujours, pour une raison ou pour une autre, à Tanya, et ne voyait pas d'un bon œil le fait que son frère semble avoir décidé de lui pardonner ses frasques.

« Je n'abandonnerai jamais l'espoir qu'il la jette. » commenta-t-elle d'une voix froide.

Je hochai la tête sans répondre. Si elle voulait y croire, après tout… Moi, je préférais ne pas me faire ce genre de faux espoirs. Je savais parfaitement que les dés étaient jetés.

Si Tanya réussissait sa cure - et je ne pouvais que lui souhaiter, à la fois pour elle et ses amis, mais aussi et surtout pour Alice -, plus rien ne s'opposerait à ce qu'Alec reconnaisse son amour pour elle.

Même si elle ne réussissait pas sa cure… il était en train de comprendre. De se résigner. Cela se voyait.

Je sentis un bras brûlant m'encadrer les épaules, tandis qu'un deuxième encadrait celles de Jane. C'était Jacob.

« Comment vont les deux femmes de ma vie ?

_ Assimile-moi encore à une femme de ta vie, et je te sers tes couilles en guise de dîner. » fit Jane d'une voix froide.

Jacob retira son bras de son épaule, refroidi.

« C'est ok, j'ai imprimé. » fit-il sèchement.

Il s'éloigna.

« Jane… soupirai-je. Tu n'es pas obligée de l'aimer, je suis d'accord. Mais tant que vous coucherez ensemble… fais au moins semblant d'accepter un minimum de marques d'affection !

_ Je ne tiens pas à ce qu'il s'attache. Je finirai par retourner voir ailleurs.

_ Ce n'est pas parce qu'il te fait entrer dans sa vie qu'il t'aime, mentis-je. Note bien que moi aussi, il me considère comme une des femmes de sa vie.

_ Ouais. Comment tu fais pour le supporter ?

_ Jane…

_ Tu as déjà pensé à sortir avec lui ? »

Je détournai la tête, souris un peu.

« Oui.

_ Et qu'est-ce qui t'en a empêché ? »

Je laissai échapper un rire.

« Techniquement, nous sommes fiancés. C'est presque comme si on était ensemble. » plaisantai-je.

Elle écarquilla les yeux.

« Fiancés ? C'est quoi cette connerie ?

_ Un vieux pacte, éludai-je. Non, Jane, ce que je veux dire… Jake et moi, on a grandi ensemble. Il est comme un frère, on est tellement proches que même Emmett ne le considère pas comme un de mes potentiels prétendants. Je le connais depuis ma naissance ; et à l'âge où on commence à sortir avec des garçons… je le voyais déjà comme un frère. Ça ne changera pas.

_ Sauf si vous allez au bout de votre pacte et que vous vous mariez, rit Jane.

_ Peut-être que tu pourras m'éviter ça, répondis-je énigmatiquement.

_ Bella ? Je peux te parler ? »

Je me tournai.

C'était Alec. Il se tenait debout, à côté de moi.

Mon cœur loupa un battement, et je jetai un bref regard à Jane avant de me lever.

Nous nous éloignâmes un peu des autres ; Alec marchait à côté de moi, me jetant de brefs regards que j'essayais d'éviter, le cœur lourd.

« Je te remercie, fit-il.

_ De quoi.

_ Pour le concert.

_ C'est pas moi qui en ai eu l'idée. C'est pas moi qui l'aie organisé, non plus.

_ Je sais. Mais si ça n'était pas toi qui m'en avais parlé, j'aurais sans doute refusé d'y participer.

_ Ainsi, tu es heureux de l'avoir fait, fis-je d'une voix morne.

_ … Oui. »

Le silence tomba entre nous, plein de ma douleur et de ses regrets.

Puis il me prit la main.

« Tu continues à croire que tout est fini entre nous, hein.

_ Non. Seulement notre couple. »

Seulement ton amour, pensai-je.

« Bella…

_ Fais-lui confiance. S'il te plait. Je crois qu'elle le mérite, maintenant.

_ Et si ce n'était pas le cas ?

_ Et si ça l'était ? » Lui opposai-je en rivant mon regard au sien.

Il hocha la tête, après une hésitation.

« Je n'en ai pas fini, avec toi, fit-il d'une voix triste.

_ Moi non plus… Mais ce ne sera jamais plus comme avant.

_ Je le sens bien… D'accord. Je vois. »

Il détourna le regard, dévasté.

Nous restâmes quelques instants ainsi ; puis il me parla à nouveau.

« Je vais rejoindre les autres. Tu viens ?

_ … Non. Enfin, pas tout de suite.

_ D'accord.

_ A tout à l'heure. »

Il hocha la tête, et partit.

« Tu n'es pas assez convaincante. »

Je sursautai. C'était Edward. Encore.

« Putain, lâchai-je, énervée. Tu nous écoutais ? T'es obsessionnel comme type, t'es au courant ?

_ Désolé si vous vous êtes isolés là où je me trouvais. » Railla-t-il, acerbe. « Il est en train de te tester. De chercher une faille dans ta détermination pour te faire revenir vers lui. Et au train où vont les choses, il va y arriver et tu reviendras auprès de lui. Avec le fantôme de Tanya dans ton sillage. Je suis sûr que tu voudrais éviter cette situation.

_ Et tu veux que je fasse quoi, hein, ô grand maître de la manipulation ? Je regrette, mais lui dissimuler quelque chose, à lui, ça m'est difficile.

_ Tu m'apostrophes maintenant ? C'est trop d'honneur. » Ricana-t-il. « Tout le monde aime être bercé d'illusions de temps à autres. Ne mets pas autant à nu ta douleur devant lui. Ne lui montre pas tes blessures. Aucun de vous n'arrivera à avancer sinon.

_ Bien sûr. Très facile à faire, crachai-je. C'est quoi que tu comprends pas entre « dissimuler » et « difficile » ? Mais merci beaucoup. J'y songerai, la prochaine fois que je le verrai.

_ Tu ne fais rien pour te détacher de lui ! Tu l'as quitté mais tu espères encore un miracle ! Tu n'essaies même pas de te changer les idées ou de voir de nouvelles personnes. Tu es défaitiste et sans doute sadomaso sur les bords.

_ Seulement maso, le sadisme, je te le laisse. Non, je ne fais rien pour me détacher de lui. Mais ce n'est pas parce que j'espère qu'il reviendra. C'est parce que je n'ai aucun espoir quant à l'illusion d'en aimer un jour un autre. Mais des nouvelles personnes, j'en verrai, ne t'en fais pas pour ça. Des Tyler et autres. T'es soulagé sans doute ? »

Il se renfrogna un peu et eut un rictus en me toisant.

« Ça serait toujours ça de pris. S'il sait que tu fréquentes d'autres personnes en dehors de notre groupe, il finira par accepter l'idée que tu es partie. Métaphoriquement parlant, évidemment.

_ Oh, oui. C'est pas con, comme idée. Je vais coucher avec Tyler uniquement dans le but de prouver à Alec que je n'aurais pas de problèmes dans ma sexualité future. Ou mieux, demander à Tyler de jouer les petits copains devant lui. Je suis certaine qu'il acceptera.

_ Tu as de la suite dans les idées à ce que je vois. Siffla-t-il.

_ Parce que tu avais un autre plan, toi, bien sûr ?

_ Pourquoi ? T'aurais voulu que je me propose ? » Railla-t-il.

J'éclatai de rire.

« Pas mal, je reconnais. C'est idiot, mais un instant, j'ai cru que tu étais sérieux. Tu as déjà songé à faire du théâtre ?

_ Tu as cru que j'étais sérieux ?… Je croyais que tu pensais que j'étais gay. »

Je me glaçai. Mais décidai - pour je ne sais quelle raison impliquant ma fierté à un degré plus ou moins élevé - de ne rien laisser paraître.

« Parce que tu ne l'es pas ?

_ Tu veux peut-être que je te le prouve ?… Ou demande à Jane. Même à Jess. Elles te confirmeront que pour un gay, je me débrouille plutôt bien avec les filles. Railla-t-il.

_ Ça, ça ne veut rien dire, et ça s'appelle avoir une couverture… Ou ne pas assumer. Au choix. Mais on s'en fout, là n'est pas le propos. Ta sexualité, franchement, tu te la gardes pour toi.

_ Dis plutôt que tu préfères ne pas en parler pour ne pas être tentée. Après tout, le meilleur ami de son ex, c'est le fantasme de beaucoup de filles. »

Je soufflai, estomaquée.

« Alors celle-là, franchement, c'est la meilleure. Admettons… Faut prendre en compte le fait qu'en général, le meilleur ami c'est celui qu'on connaît depuis quasi aussi longtemps que l'ex… Dans notre cas, c'est un peu faussé. C'est plutôt vers Demetri que je me tournerais. Non mais honnêtement, comment on en est arrivés à parler de ça ? M'exclamai-je, écoeurée.

_ Tu te défiles. Encore. Ça ne fait que confirmer mes dires. Mais ne t'inquiètes pas. Ça restera entre nous. »

Il se retourna pour partir.

« Ne viens surtout plus te fatiguer à me parler, alors. Enchantée de t'avoir connu… comme disent les gens polis. »

Il haussa les épaules et s'éloigna.

Je savourai un peu d'être enfin seule.

Quelque chose s'était définitivement terminé aujourd'hui. Et si je n'avais pas craint qu'Alec en souffre, j'aurais définitivement tourné la page et déménagé…


Et voilà ! Alors, prochain chapitre... Mouhahaha, Bella se rebellera un peu contre Edward. Parce qu'il le vaut bien !