Bien le bonjour !
Nous revoilà avec ma copaire de mains sur A fleur de... Comme promis et à l'heure ^^. Vous nous avez laissé de très gentils ommentaires, et je tiens à tous (toutes ?) vous remercier infiniment !
Et pour celles qui suivent Prête à tout, j'ignore si vous avez vu... Le dernier chapitre est en ligne ! Enfin ! Vous allez pouvoir lire la fin des histoires de notre premier couple...
Je me tais, maintenant, et vous souhaite une bonne lecture et un très bon week-end !
J'vous embrasse !
Aude 77 : Tu as raison, c'est étrange que Rose habille et maquille Bella avant leur départ pour chez les parents. Mais cette future belle-soeur est déterminée à faire de cette rencontre entre les Swan et ses parents une soirée parfaite ; et elle tient à être certaine que Bella lui fera honneur (^^). Donc elle fait un véritable essayage avant la vraie soirée...
Et enfin merci à Arabella Darcy pour son article sur notre fic dans son blog !
Chapitre douze : De notre fierté mal placée
EDWARD
Vous êtes-vous déjà retrouvé dans un lieu où ça faisait des lustres que vous n'aviez pas mis les pieds et qui, normalement, aurait dû vous plonger dans la douce nostalgie de votre enfance, mais qui en fait s'était révélé être le lieu de votre Enfer personnel parce qu'il y avait une personne nuisible de votre entourage avec vous ? Parce que c'est ce qui s'est passé ce week-end -là.
oOo
Sept semaines.
C'était le temps qui s'était écoulé depuis que MSG m'avait intoxiqué ou ensorcelé ou je sais quoi d'autre.
Sept semaines que je ne pensais qu'à elle, jour et nuit, à la sensation de sa bouche qui épousait la mienne, de la pulpe de ses doigts qui parcouraient, j'en eus presque l'impression, avidement la peau de mon dos, de son corps pressé contre le mien que je n'avais pas su saisir - ou que j'avais eu la bonne idée de ne pas toucher - et que mon estomac jouait du yo-yo dès que je la voyais, de près ou de loin.
Et accessoirement sept semaines qu'on ne se parlait plus du tout.
En plus, ma sœur s'était mise dans la tête que nous devions être aussi proches que possible depuis qu'elle et Baloo partageaient le même petit nuage rose en forme de cœur.
La dernière fois qu'elle avait évoqué le sujet avec moi - peu de temps après l'annonce officielle de notre dîner de famille… qui n'allait pas être tout à fait vraiment familial au final - elle m'avait sorti, en toute innocence apparente : « Ça me ferait tellement plaisir que vous soyez proches, Bella et toi. »
Je ne voulais même pas savoir ce qu'une future pédiatre spécialisée en maladies infectieuses et passionnée de psychologie sous-entendait dans cette phrase.
Il était donc hors de question que je sois trop proche de cette fille si je ne voulais pas être écrasé par le poids de la culpabilité vis-à-vis de mon meilleur ami. Même si j'aurais au moins l'excuse de ne pas l'avoir allumée en premier.
Ne l'avais-je pas dit depuis le début que je ne la sentais pas ?
N'avais-je pas eu raison ?
Et le pire dans tout ça, c'était que tout le monde avait dû se passer le mot pour m'en parler au moins une fois par jour. Comme si je ne pensais pas suffisamment à elle.
Prenons par exemple le matin même.
Jacob.
Je sortais de la salle de bains - j'étais à la bourre… Chose très rare chez moi, j'avais toujours aimé la ponctualité - et il me dit un truc qui me cloua sur place.
« Gel douche à la fraise ? Bella adore. »
7 mots.
Le chiffre porte malheur de MSG - qui allait aussi devenir le mien à force -.
Une phrase.
Bon ok, deux.
Une journée entière de gâchée.
Je n'eus même pas envie de me dépêcher et je m'étais fait engueuler par Jane au pied de mon immeuble, même si elle avait mis plus de 30 secondes comme elle me l'avait dit avec mon colocataire. Elle avait quand même trouvé l'excuse de « si tu étais descendu plus tôt, je n'aurais pas perdu patience et je ne serais pas montée te chercher. » Comme si elle n'avait pas sauté sur l'occasion, hein !
La mauvaise foi chez les Volturi, c'était plus qu'un défaut ; c'était une tare.
La matinée s'était passée assez rapidement, et je l'avais eue sous le nez tout le long des deux cours magistraux qu'on avait eus.
Je n'avais même pas attendu les autres entre midi et deux. Je n'étais même pas allé les voir parce que j'avais eu peur qu'elle ne s'incruste. Alors j'étais parti voir Tanya. Qui me l'avait elle aussi rapidement évoquée. Et avec le sourire en plus !
« Bella est venue me voir hier ; on a bien rigolé. » Made in Sourire Colgate Land.
Elle n'était pas censée la détester parce qu'Alec pensait avoir encore des sentiments pour elle ?
Non.
Il semblerait que MSG avait bien prévu son coup : faire amie amie avec l'ennemie pour m'ôter un des rares plaisirs de ma vie depuis quelques temps, à savoir la faire chier. Et ça n'avait rien à voir avec l'essaim de fourmis qu'elle avait réveillé dans mon estomac après sa tentative de me clouer le bec. Parce que j'étais certain qu'en rentrant chez elle ce soir-là, après m'avoir laissé complètement étourdi sur son perron et refermé avec fracas la porte derrière elle, elle avait entamé la danse de la victoire.
Mais je n'allais pas en rester là. Oh non.
J'attendais patiemment le week-end à River Green. Elle allait prendre très cher MSG.
J'étais maudit. Ou je devenais dingue.
Mais il fallait que je fasse quelque chose. Je ne pouvais pas rester comme ça.
J'étais tenté d'en discuter avec Jane. Dans la mesure de l'hypothétique et de l'anonymat. Je doutais de sa perspicacité depuis qu'avec Jacob, ils étaient passés du mode « On joue les prolongations jusqu'à un temps indéfini » au mode « Je te fais visiter mon tipi, tu me fais visiter ta forteresse. » Et bizarrement, elle avait trouvé la clé de sa grille principale assez facilement. Et il avait l'air très intéressé pour mettre les deux propriétés en commun…
Adieu nuits tranquilles, bonjour jours radieux et sans disputes.
Enfin, c'était beau de rêver… Parce qu'avec deux caractères de merde - même si je ne connaissais pas assez Jacob pour confirmer avec exactitude ma théorie - ça n'allait pas être de tout repos.
A l'image de la demande en mariage hypothétique que Baloo pourrait faire un jour à ma sœur, je préférais ne pas penser au fait éventuel que ces deux-là donnent un jour naissance à… ce qui se rapprochera plus ou moins d'un gosse. Ou pire : de jumeaux.
J'étais donc coincé avec mes hormones de jeune puceau devant la première paire de seins qu'il voyait de sa vie. Violent, je vous l'accorde. Et superbement chiant. Parce qu'il y avait en plus ma fierté de mâle qui entrait désormais en jeu.
Elle avait été insensible à notre étreinte - à en juger ce que j'avais pu voir - et ça, je ne pouvais pas l'accepter. Parce qu'il ne s'agissait plus de Bella, ex d'Alec dans ces conditions. Mais juste une fille qui était diablement sexy dans la soie pourpre.
Et ça ne lui avait rien fait que je l'embrasse. Sinon, elle l'avait super bien caché et Jane avait fait plus de merveilles que je ne l'aurais cru sur elle.
Elle allait devoir payer son insolence, et j'avais une petite idée sur la façon dont j'allais procéder pour arriver à mes fins.
oOo
Rose ne tenait plus en place et ressemblait à s'y méprendre à Lili la veille des soldes d'été ou d'hiver, et croyez-moi, ce n'était vraiment pas un truc qu'on avait envie de voir plus de deux fois par an.
Elle ne parlait que de River Green, notre résidence secondaire, où, quand on était petits, on passait la plupart de nos vacances. Ça faisait au moins quatre ans qu'on n'y avait pas mis les pieds parce que la maison datait de la fin du XIXe siècle et était en voie de devenir insalubre. Ma mère y avait consacré patiemment tous ses week-ends et jours libres avec une équipe d'entrepreneurs, et pour l'épreuve du repas familial Cullen/Swan, elle avait voulu mettre les petits plats dans les grands en nous y invitant tous.
Oui, tous.
Parce que nos amis étaient pour nous notre deuxième famille. J'imaginais déjà ce que ça allait être de nous retrouver MSG et moi au milieu de couples parce qu'Alec s'était décommandé dès l'invitation lancée, Demetri partait dans sa famille en Georgie et Jess et Vic restaient à New York avec leurs parents…
Elle ne désespérait toujours pas de voir débarquer les parents de MSG et Baloo à l'improviste. Elle avait même fait envoyer l'adresse à Rose « au cas où ils changeraient d'avis ».
Notre départ avait été prévu pour le matin de Thanksgiving, très tôt, et notre séjour devait se dérouler sur quatre jours.
Ça avait été le gros bordel à tout mettre en place en particulier à cause de qui ? Devinez ! Oui ! MSG d'une part. Ça chagrinait Mademoiselle de rater une journée et demie entière de cours. Il avait fallu toute la persuasion psychique de Rose, les yeux de cocker de Lili et une suggestion de Jane à propos de trop me faire plaisir si elle se désistait au dernier moment, pour la convaincre.
Baloo avait dû faire des heures supplémentaires pour ne pas travailler durant cette période. Je le soupçonnais de ne pas être trop chaud pour un affrontement dans les règles avec mes parents.
Lili avait insisté pour qu'on parte à minimum trois voitures à cause de « tous » les bagages qu'il fallait prendre. J'allais donc sortir ma Volvo du garage et avoir à mon bord Jacob, Jane et devinez qui encore une fois ? Ouais… MSG.
On était à la veille de notre départ et l'excitation de tout le monde était à son comble.
J'avais hâte de voir ce qu'était devenue la vieille villa de mon enfance. Ma mère n'avait rien voulu nous lâcher à ce sujet. Seul mon père était au courant et on avait imaginé plein de trucs aussi invraisemblables les uns les autres avec ma sœur. Elle était persuadée qu'on allait avoir une piscine - on la réclamait tout le temps quand on était gosses - et j'espérais avoir une salle exprès pour jouer du piano.
On savait juste que toutes les pièces de la maison avaient été réagencées. Et qu'on allait à peine la reconnaître, aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur.
Mon père l'avait qualifiée de « chef d'œuvre architectural et décoratif ». Ma mère était aussi fière du résultat.
Je vérifiai une dernière fois mon sac quand on sonna à la porte. Ça devait être Jane qui dormait ce soir chez moi, étant donné que le départ était prévu pour 6 heures tapantes le lendemain matin et qu'il était hors de question que je fasse des détours en voiture dans New York à cause de la circulation.
On avait pratiquement quatre heures de route à faire pour arriver à River Green et Rose et Lili avaient prévu un arrêt au bout de deux heures de trajet.
Je distinguai les bruits de pas étouffés de mon colocataire, puis quelques secondes plus tard, entendis la porte s'ouvrir.
Je préférais leur laisser un moment d'intimité ; j'avais eu suffisamment de preuves de leur attachement commun grandissant ces derniers temps et je ne voulais pas retenter le Diable surtout la veille de notre départ. Mes hormones étaient assez mises à l'épreuve comme ça.
« Edward est dans sa chambre ? » Demanda ma meilleure amie sur un ton léger. Trop léger…
Des pas se rapprochèrent de ma chambre et Jane entra avec un grand sourire.
Je restai un moment à la regarder, encore peu habitué à la voir se « jacobiser ». C'était certain, l'amour changeait quelqu'un du tout au tout.
Elle s'avança vers moi et posa légèrement ses lèvres sur ma joue alors que je tentai de la fusiller du regard. Oui, tenter, parce qu'avec ce sourire, j'en avais un peu moins envie. Et avec Jacob dans la pièce d'à côté, je ne pouvais pas faire une tentative d'assassinat pour peu qu'il ait encore été addict de ses coutumes ancestrales comme couper le scalp de l'ennemi ou lui dévorer les yeux ou le cœur.
Je tenais encore trop à ma vie.
J'avais encore des choses à faire dans ce monde.
« Tu vas bien ? Me demanda-t-elle.
_ J'irais bien si je ne m'apprêtais pas à passer quatre jours avec l'ex de ton frère. » Grognai-je.
Oui. J'utilisais beaucoup de figures de style pour la nommer ces derniers temps, j'évitais au maximum de prononcer son prénom.
Elle eut un sourire amusé.
Je crois que je préférais quand elle se comportait en snob reine des glaces. Elle était plus marrante que cette version édulcorée.
« Elle s'appelle Bella. »
Je serrai mes mâchoires, mon estomac faisant un mini saut périlleux dans mon ventre.
« Je sais comment elle s'appelle… Sifflai-je en détournant le regard pour mettre dans mon sac la chemise que j'avais toujours dans les mains.
_ Tu sembles l'avoir oublié depuis quelques temps ; tu me fais pas un début d'Alzheimer ? »
Je lui jetai un regard excédé.
« Vous fumez le calumet quand vous êtes enfermés dans sa chambre ? »
Elle gloussa. Au secours…
« Sois gentil. Ta sœur attend beaucoup de ce repas, tu sais qu'elle tient beaucoup aux… traditions et tout ça. Ne lui gâche pas son plaisir parce que vous avez de légers différents avec Bella. Me dit-elle avec un minimum de sérieux. Jane, le retour ?
_ Arrête de prononcer son nom, je vais l'avoir avec moi 24 heures sur 24 pendant quatre jours. Grognai-je.
_ Bella, Bella, Bella, Bella, Be… »
Apparemment non.
Je me jetai sur elle et la bâillonnai de ma main en la traînant jusqu'à la porte de ma chambre.
« Jacob ! Viens chercher Pocahontas, elle se sent pas bien. » Dis-je à mon colocataire.
Jacob éclata de rire et se dirigea vers nous.
Elle n'aurait pas pu le « janiser » un minimum, non ?
Et encore, c'était rien, là.
J'allais passer quatre jours avec MSG. Complets.
Bon sang, comment allais-je faire pour survivre à ce week-end familial ?
BELLA
Je débarquai après une nuit peut-être un peu trop courte chez Edward.
J'arrivai devant sa porte ; heureusement, Jake m'avait donné le code d'entrée de son appartement. Connaissant le meilleur ami d'Alec, il aurait été capable de me laisser poireauter comme une conne dans le froid de cette fin de Novembre.
Je me retrouvai donc devant sa porte ; hésitant à frapper, ou sonner.
Si je sonnais, cela risquait de lui casser les oreilles à une heure aussi matinale - 5 h 30.
J'appuyai sur la sonnette.
Ce fut Jake qui vint m'ouvrir, la tête démontée.
« T'aurais pu frapper…
_ Je doutais que vous m'entendiez ! » annonçai-je avec un grand sourire angélique en l'embrassant sur la joue.
Il grogna, me fit rentrer. Jane était debout, une tasse de thé à la menthe à la main.
Je l'embrassai à son tour ; me redressai pour apercevoir Edward, à qui je fis un bref signe de la tête.
Il me renvoya un regard un peu noir, auquel je répondis par un sourire innocent - notez bien, innocent, et non moqueur.
Je fis mine de commencer à discuter avec Jake ; même s'il n'était pas du matin, mais j'avais toujours trouvé amusant de lui parler alors qu'il avait encore la tête dans le brouillard.
À un moment, il alla quand même dans la chambre finir sa valise ; Jane le suivit.
Je rougis un peu en songeant que ce n'était pas forcément pour finir sa valise que mon meilleur ami venait de disparaître.
« J'espère que t'as déjà déjeuné. » grogna Edward, « Parce que le Frigo est vide. »
Je plantai mon regard dans le sien.
« Faut dire que si tu me proposais à manger, je craindrais que tu n'aies empoisonné la bouffe.
_ Si on était amenés à se voir plus souvent, j'aurais pu être amené à le faire, en effet, rétorqua-t-il sèchement.
_ Si on était amenés à se voir plus souvent, j'aurais volontiers mangé ta bouffe empoisonnée. »
Il me fusilla du regard, alors que je lui envoyais un nouveau sourire moqueur. J'avais pas tenu longtemps ma résolution d'être diplomate.
J'allai m'asseoir sur son canapé ; il allait falloir qu'un jour, je m'interroge sérieusement sur mon incapacité à rester calme en sa présence. Bon, fallait dire qu'il ne m'y aidait pas. Il avait toujours été clair, en même temps. Ma tête ne lui revenait pas, et il m'en voulait d'avoir été la petite amie cachée d'Alec pendant quatre ans. Aussi, la part flegmatique et boudeuse de mon cerveau m'interdisait d'être agréable avec lui.
Jake et Jane ressortirent après un quart d'heure de la chambre de ce premier. Je leur lançai un regard suspicieux.
« Bon, on y va ? » demanda innocemment mon meilleur ami.
Je grimaçai.
« On descend les valises. » soupira Edward.
Je pris mon sac de sport, Jane sa petite valise tout en confiant sa grosse à Jake - mais qu'est-ce qu'elle avait bien pu y mettre ! -, et Edward attrapa ses affaires.
« T'as pas de sac, Jake ? Fis-je en fronçant les sourcils.
_ Jane m'a accordé un coin de sa valise.
_ Parce que vous faîtes valise commune maintenant ? Comme c'est mignon… » soupirai-je théâtralement en papillonnant des yeux.
Les deux amoureux se firent un petit sourire. J'écarquillai les yeux. Un mois auparavant, Jane se serait renfrognée et m'aurait fusillée du regard.
Nous descendîmes en silence dans le garage d'Edward.
Il se dirigea vers une Volvo argentée ; ah ben oui. Je l'avais déjà vu, une fois, au volant de son petit bijou.
Je la détaillai quelques instants. C'était vrai qu'elle avait de la gueule…
« Elle est belle, hein ? » railla Edward.
Je me tournai vers lui, haussant un sourcil.
« Quelque chose à compenser ? » lui rétorquai-je en lui lançant un regard de haut en bas.
Jake éclata de rire, sa copine collée tout près de lui. Il jeta ses affaires dans le coffre qu'Edward avait ouvert, et se dirigea vers la portière arrière gauche, pendant que Jane prenait la droite.
« Vous allez quand même pas monter tous les deux derrière ? M'inquiétai-je.
_ Quoi ? Tu as peur de te retrouver à côté de moi ? » Susurra Edward en passant derrière moi.
Je réprimai un frisson.
« Non. Mais toi, tu devrais avoir peur pour ta banquette arrière, rétorquai-je.
_ Bon, vous montez ou vous attendez le dégel ? » cria Jake.
Je m'exécutai de mauvaise grâce. Quatre heures à côté d'Edward. Ça promettait.
Je jetai un coup d'œil à l'arrière. Jane s'était couchée contre Jacob, qui s'était installé au milieu, et il avait passé un bras autour de ses épaules ; ils étaient déjà en train de s'endormir à nouveau. Je soupirai.
Ça promettait vraiment.
Je me calai dans le siège alors qu'Edward démarrait.
Une musique s'éleva dans l'habitacle ; je reconnus le morceau Clair de Lune. Je me tournai vers le conducteur, étonnée.
« T'écoutes Debussy ? »
Visiblement gêné, il arrêta la musique.
« Tu connais Debussy ? Ça m'étonne. Bougonna-t-il.
_ Tu peux laisser, tu sais. Ça ne me dérange pas comme musique.
_ Raison de plus pour que j'éteigne. » répliqua-t-il.
Je levai les yeux au ciel.
« Ok. »
Je me calai à nouveau dans le siège, tournant ma tête vers la fenêtre. Si seulement je pouvais m'endormir un peu…
Du genre quatre petites heures.
« Tes parents auraient pu répondre aux miens. C'était la moindre des choses. Marmonna-t-il quelques minutes plus tard en me regardant de côté.
_ Mon père leur a laissé un message, fis-je d'un ton un peu froid. Quant à ma mère… elle leur répondra sans doute dans trois mois, quand elle aura ouvert ses mails.
_ Je suis curieux de savoir pourquoi ils ont coupé les ponts. Mais faut dire qu'avec une fille aussi chieuse… »
Je me raidis, et me redressai, me tournant vers lui, les yeux étincelants de fureur.
« D'un, mon père n'a pas coupé les ponts, c'est ma mère qui l'a fait. De deux, tu n'as pas à t'immiscer dans nos affaires de famille. Avec ton esprit plus étroit encore que ton caleçon quand une fille s'approche de toi, tu ne peux pas comprendre ! »
Il serra ses mâchoires et enclencha une vitesse, accélérant d'un coup.
« Je savais bien que ça ne t'avait pas laissé indifférente. Prends le comme un compliment dans ce cas, tu ne dois pas en avoir souvent. Marmonna-t-il.
_ Indifférente ? Comment cela aurait-il pu, me moquai-je. C'était un tel honneur de te clouer le bec.
_ Il faut dire qu'avec ta langue dans ma bouche, je ne vois pas comment j'aurais pu répliquer. Enchaîna-t-il en regardant dans son rétroviseur.
_ Qu'importe, après tout t'as eu ce que tu voulais. T'en fais pas, je ne recommencerai pas. Ça a dû te suffire. J'ai presque pitié de toi.
_ Ce que je voulais ? Embrasser l'ex de mon meilleur ami ne fait pas partie des choses que je veux à tout prix faire dans ma vie. Tu aurais pu t'y prendre autrement pour me faire taire. Me dire de demander à Alec, par exemple. Mais non ! Tu t'es jetée sur moi. Maintenant que j'y réfléchis, je me demande si ce n'est pas toi qui as eu ce que tu voulais. »
Je haussai les épaules.
« Tu voulais t'assurer qu'Alec ne s'était pas ennuyé au pieu pendant quatre ans. Si ça pouvait te rendre service… Après, quand bien même j'aurais voulu t'embrasser parce que tu m'attires… »
Je laissai échapper un petit rire moqueur.
« Excuse moi. Je me reprends. Donc, même si tu m'avais attiré, moi pour ce que j'ai vu, tu sembles pas très dégourdi même si… tu t'émeus vite. Bref. T'en fais pas, si un jour je veux me renseigner sur ta vie sexuelle, je demanderai à Jane.
_ Oh mais renseigne-toi par toi-même, tu sembles tellement habile à le faire. Railla-t-il.
_ Aucun intérêt.
_ C'est pour ça que tu as lancé le sujet de la conversation dessus. Parce qu'il n'y avait aucun intérêt. Ta logique me laisse… perplexe.
_ Je n'ai pas lancé le sujet de conversation, j'ai fait une simple comparaison. Et par la même occasion, j'ai détourné ton esprit du sujet qui semblait te préoccuper auparavant, bien qu'il ne te concerne en rien.
_ Oh, mais je l'ai toujours en tête. Si ça peut te mettre en rogne, je t'en reparlerai sûrement durant notre séjour. On aura bien des occasions pour ça en restant… presque 24 heures sur 24 ensemble. Mais si tu veux qu'on change de sujet, soit. En sept semaines, on doit en avoir des choses à se dire. Dit-il sur un ton moqueur.
_ Sept semaines, déjà ? J'aurais cru qu'un si long silence entre nous te détendrait, mais t'as toujours ton air crispé. T'as compté les heures qui nous séparaient de notre dernière conversation, aussi ?
_ Si tu savais… » Murmura-t-il.
Je frissonnai, l'estomac se contractant soudain, et fronçai les sourcils.
« Si je savais quoi ?
_ Aucune importance. Sais-tu pourquoi Alec n'est pas venu ? J'espère bien que ça a un rapport avec Tanya, il ne ratait jamais une occasion de venir à River Green, avant. »
Je me renfrognai un peu.
« Oui, ça a un rapport avec elle. Et par conséquent, avec moi. Ça te donne une raison de plus de m'en vouloir, mais tu ne dois plus les compter, maintenant. »
Il éclata de rire alors qu'on sortait enfin de New York et sa banlieue.
« Ça m'avait manqué. Dit-il.
_ De quoi ? Ma conversation ? Fis-je en me mettant une main sur le cœur.
_ Me disputer avec toi. Je ne connais plus ou moins que toi qui as une telle… répartie. Tu es beaucoup plus intéressante quand tu mets un tant soit peu de… fougue dans tes actes et tes paroles.
_ Arrête, tu vas me faire rougir. » Fis-je d'une voix neutre.
Il me jeta un coup d'œil avec un rictus puis reporta son attention sur la route.
« C'est déjà le cas. Se moqua-t-il.
_ Ciel, c'est donc plus visible que je ne pensais, soupirai-je. Et au fait… Tout va bien quand Jane dort chez toi ? Tu ne dois pas beaucoup fermer l'œil, même si c'est plus pour les mêmes raisons… Comme ça doit être énervant… Raillai-je.
_ En quoi mes problèmes de sommeil t'intéressent-t-ils ? » Se renfrogna-t-il soudain. « Disons juste que je survis. Je préfère entendre la chaîne en sourdine toute la nuit que leurs disputes incessantes d'avant. Je ne comprends toujours pas comment vous avez pu supporter ça pendant près de trois ans, Alec et toi. Les disputes sont sources de tension sexuelle, tout le monde le sait. »
Il fronça les sourcils et me jeta un nouveau coup d'œil.
« Oublie ce que je viens de dire. » Marmonna-t-il. « Tu ferais mieux de dormir. Je n'aime pas trop parler en conduisant. »
Je le regardai, éberluée. Puis me repris.
« Tu croyais que j'allais prendre ce que tu viens de dire pour nous ? De toutes façons, tu as eu sept semaines de silence, ça a dû calmer tes ardeurs de l'autre soir. T'inquiètes pas, t'as que quatre jours à me supporter… Après, je pense qu'on ne se verra pas d'ici au Nouvel an.
_ Oui, bien sûr. Ça a été les sept semaines les plus belles de ma vie. Railla-t-il.
_ Quoi ? T'aurais préféré que je vienne t'emmerder de temps à autre ?
_ Tu tiens vraiment à ce qu'on se gueule dessus ? A croire qu'il n'y a pas qu'à moi que ça a manqué. On aura qu'à s'isoler à notre arrêt tout à l'heure, tu pourras te défouler et avec un peu de chance, tu me ressauteras dessus en me disant que « je l'ai bien cherché. » S'énerva-t-il.
_ Non, t'inquiètes pas. Si je voulais être dégueulasse, je n'attendrais pas qu'on soit arrêtés pour te sauter dessus. Ok, je vais me taire… Bonne conduite. »
Je me remis dans la même position que tout à l'heure ; même si je savais bien que là, je n'aurais aucune chance de trouver le sommeil. Bon, plus que trois heures de trajet… une heure avant l'arrêt… Je devais pouvoir y arriver !
EDWARD
Près de 20 minutes plus tard, elle commença enfin à papillonner des yeux, sans doute lassée de regarder le paysage par la fenêtre.
Bon sang qu'elle me sortait par les yeux !
Et bon sang qu'est-ce que ça m'avait manqué !
Elle se cala encore un peu plus contre le siège et posa sa tête contre la vitre en fermant les yeux.
J'allais pouvoir rester en paix… Et pouvoir la regarder dormir.
J'avoue que je m'étais demandé quelle tête elle pouvait avoir, plongée dans le sommeil. Elle éveillait vraiment une part étrange de ma curiosité.
Quand je fus certain qu'elle dormait enfin, je remis ma playlist en route, et soupirai en sentant mes muscles se détendre. J'adorais écouter du classique quand j'étais en voiture. Ça me permettait d'oublier le stress du trajet et les pensées saugrenues qui peuplaient mon esprit. Et l'avoir à côté de moi n'allait pas arranger les choses.
J'entendis un marmonnement derrière et je jetai un rapide regard dans mon rétro, par réflexe. Jacob allait avoir un torticolis infernal en descendant de voiture, plus tard.
Jane était à moitié couchée sur lui, une main posée sur l'épaule de mon colocataire. C'était la première fois que je la voyais comme ça avec un mec. Pourtant, j'en avais vu passer quelques uns dans son lit. Elle avait tendance à les quitter dès qu'ils commençaient à s'attacher ou qu'elle les appréciait un peu trop.
A présent… Elle avait décidé de lâcher du lest après une lutte acharnée.
J'eus un sourire en pensant à leur relation chaotique. Des disputes cinglantes aux sourires niais dès qu'ils se voyaient.
Machinalement, je jetai un nouveau regard à MSG et un frisson me parcourut l'échine alors qu'un rictus déformait ma bouche.
Je commençais à m'enliser avec elle.
Elle avait trop d'impact sur moi, ce n'était pas normal. Elle m'excédait autant qu'elle m'attirait, ça devenait un véritable problème.
Je ne pouvais pas laisser « ça » arriver.
Je ne pouvais pas m'attacher à elle.
Mon amitié avec Alec n'y survivrait pas et je le préférais largement à cette fille. Il était une valeur sûre dans ma vie. Un pilier indispensable à mon équilibre.
Je ne pouvais pas détruire tout ça pour une fille. Pour elle… C'était tout simplement impensable.
Le baiser que nous avions partagé quelques semaines plus tôt me revint en mémoire, m'arrachant un grognement.
Elle m'avait bien eu la garce. Et je doutais qu'elle aie vraiment conscience des conséquences de cette victoire qu'elle avait eue sur moi.
Je voulais répliquer. Lui faire ravaler sa fierté. Mais j'avais des chances pour que ça me retombe dessus par la suite. Parce que la meilleure attaque contre un ennemi était d'utiliser ses propres armes.
Je pouvais bien la provoquer à défaut de la draguer réellement. Je l'avais déjà fait et j'étais toujours arrivé au but que je m'étais fixé. Mais il fallait que je trouve un juste milieu pour ne pas perdre pied et par rapport à ma culpabilité vis-à-vis d'Alec.
Mon portable se mit à vibrer sur le tableau de bord, et MSG fit une petite moue mécontente dans son sommeil en se tournant vers moi. J'eus un rictus et attrapai mon Smartphone.
Rose.
« Vous êtes où les tortues ? Ça fait 10 minutes qu'on vous attend. »
Je marmonnai.
« Je suis là dans 15 minutes. »
Je décidai de mettre mes pensées de côté, mis Barry White et enclenchai une nouvelle vitesse.
« Ah ben dis donc ! On a cru qu'on allait devoir acheter des tentes pour monter un camp. » Railla ma sœur lorsque je sortis de ma voiture.
Je lui jetai un regard noir, ainsi qu'à Baloo qui arborait un sourire goguenard.
« On a eu de la circulation à la sortie de New York. Marmonnai-je.
_ Nous aussi. » Répliqua Rose. « Ils descendent pas les autres ? »
Je me retournai pour voir MSG, Jacob et Jane toujours profondément endormis.
« Laisse les dormir. Histoire qu'ils soient en forme pour River Green. »
Et que j'aie l'esprit en paix encore quelques heures. Pensai-je.
Elle haussa des épaules alors que je remarquai que Jasper et Lili n'étaient pas encore là.
« Eh ! Je suis pas le dernier ! M'exclamai-je.
_ Ils ne sont pas partis en même temps que nous. Lili m'a envoyé un message il y a environ 20 minutes, ils sortaient juste de la banlieue. Elle devait voir un truc de dernière minute avec un jeune créateur pour son prochain défilé ou je ne sais quoi… Alors si, tu es le dernier. Emmett conduit super bien, tu devrais en prendre de la graine. Railla-t-elle en passant un bras autour de la taille de Baloo.
_ Je sais très bien conduire. Et entre un monstre à roues de machine agricole et ma Volvo, je n'hésite pas une seconde.
_ Ça veut dire quoi, ça ? Tu veux qu'on fasse un drift ? » Me demanda-t-il avec une pointe de défi dans la voix.
Je me tournai vers lui, impassible, alors que les yeux de ma sœur se mirent tout à coup à pétiller d'avidité.
« Quelqu'un a parlé de drift ? »
Je me retournai pour voir Jacob s'extirper de la voiture. Il se massait le cou en grimaçant. Jane et MSG étaient toujours profondément endormies.
« Jake ! » Fit Baloo en allant lui serrer la main. « Alors… On a trop fait d'exercices physiques cette nuit ? »
L'Indien éclata de rire et nous roulâmes des yeux avec Rose. Elle avait cependant un petit sourire au coin des lèvres. Quand on partageait le même nuage en forme de cœur rose, on devait sans doute partager également le même sens de l'humour ou tout au moins supporter celui de l'autre.
« T'as eu des nouvelles des parents ? Lui demandai-je.
_ Ouais. Je les ai appelés en arrivant ici. Maman nous demande de ne pas trop nous presser sur la route.
_ Hmm… Elle m'a envoyé un message pour me dire la même chose, hier soir.
_ Non, mais je pense qu'il a ses chances. Elle est plus maniable que ta Jeep. » Disait Jacob.
Je me tournai vers lui et Baloo qui regardait d'un œil critique ma voiture.
« J'ai plus de puissance. Marmonna-t-il.
_ Ça ne fait pas tout, il faut le conducteur qui va avec. Répliqua mon colocataire.
_ Je conduis très bien. »
Jacob éclata de rire une nouvelle fois.
« T'es incorrigible.
_ Bon… Si les miss ne descendent pas… On ferait bien de reprendre la route. J'ai hâte d'arriver à River Green. » Dit Rose, les yeux brillants d'excitation. « On parlera de ce drift à la maison. »
Nous remontâmes chacun dans nos voitures et je rallumai mon autoradio, faisant grimacer Jacob.
« Quoi ? Marmonnai-je en mettant le contact.
_ Je l'ai trop écouté quand j'étais petit. Mon père est fan… Je suis devenu allergique. T'aurais pas un truc qui bouge, histoire qu'on se réveille un peu ?
_ Tu veux réveiller les princesses endormies ? Lui demandai-je avec un rictus.
_ Tu vois Bella comme une princesse ? » Contra-t-il avec un rictus.
Allez ! C'était reparti !
« Commence pas. Grognai-je.
_ Eh ! C'est la première fois que je t'en parle !
_ C'est bien pour ça…
_ Elle te plaît ? Ria-t-il.
_ Et à toi ?
_ Elle m'a eu plu… Pendant longtemps, même. »
Je lui jetai un regard suspicieux et m'engageai sur la route déserte.
« Ne le dis pas à Jane, alors. Elle est du genre très jalouse.
_ J'aime bien ça. » Ria-t-il à nouveau. « Mais tu ne réponds pas à ma question.
_ Je ne vois pas en quoi la réponse t'avancerait.
_ Ça veut dire oui, alors.
_ Ça veut dire que je ne répondrai pas. »
Je cherchai un temps une fréquence radio, et tombai sur une onde hard rock qui réveilla en sursaut MSG. Elle regarda partout autour d'elle, un peu désorientée et me lança un regard noir.
« Le coupable est derrière. Sifflai-je.
_ Oh. T'en fais pas pour la musique, j'aime aussi. Le coupable m'a appris à apprécier.
_ Un nouveau point qu'on n'aura pas en commun, alors.
_ Vous n'allez pas commencer. Marmonna Jacob.
_ Eh bien rendors-toi. On a sept semaines à rattraper. Répliquai-je.
_ Sept semaines de quoi ?
_ Sept semaines qu'on s'est pas engueulés. Répondis-je en marmonnant.
_ Et vous avez déjà pensé à baiser tous les deux ? »
Ma voisine, qui avait sorti une bouteille d'eau de son sac, s'étrangla.
« Non mais t'es pas bien ? » Toussa-t-elle. « Tout le monde ne règle pas ses différends au pieu, Jake.
_ Pourtant, je vous garantis que c'est d'Enfer…
_ La ferme ! » Répliquâmes-nous en même temps avec MSG.
Je lui jetai un rapide regard et la vis se renfrogner alors que mon colocataire éclatait de rire à l'arrière.
« Qu'est-ce qui se passe ? » Marmonna la voix endormie de Jane.
Génial ! Ils allaient s'y mettre à deux, maintenant.
« On va avoir un nouveau couple ce week-end, mon amour. » Répliqua Jacob.
J'écarquillai les yeux alors que ma voisine haussait des sourcils ; mon amour ? Il allait se faire démonter.
Elle gloussa.
Non mais c'est pas vrai !
« Eux deux ?… Ça fait quelques temps que je m'en doute. Répliqua-t-elle.
_ Tu sembles tout voir en rose depuis quelques temps, Jane. » fit innocemment MSG en se regardant les ongles. « Tu serais pas enceinte ?
_ Non, pitié ! Grognai-je.
_ Et pourquoi pas ? S'irrita ma meilleure amie.
_ Non mais je rêve ! Tu t'entends parler ? Toi et l'instinct maternel, ça fait un milliard ! » Répliquai-je. « Et j'espère pas pour mes nuits. Je ne tiens pas à t'avoir sur le dos avec tes hormones encore plus déchaînées.
_ Tu dis n'importe quoi ! Si j'ai envie d'avoir un bébé, c'est pas toi qui m'en empêcheras.
_ Jacob, arrête de l'influencer, elle devient méconnaissable.
_ Ouais, revenons plutôt à nos moutons. » Répliqua-t-il. « A quand le passage à l'acte, vous deux ?
_ Tu sais, Jake, il faudrait déjà qu'il y aie un minimum d'attirance entre nous. Tu peux pas nous comparer à toi et Jane. Vous deux, même quand vous vous lanciez des regards noirs, la température grimpait de quinze degrés dans la pièce, fit ma voisine.
_ Ça, ça peut s'arranger. Lui, il y a déjà pensé en tout cas. On a remarqué les regards qu'il te lançait avec Jane. »
J'écarquillai les yeux alors que mon estomac s'était remis à faire de la gymnastique. Merde, comment ils avaient vu ça, eux !
MSG me considéra quelques instants, puis se retourna vers Jake.
« Vous avez rêvé. Rendormez-vous.
_ Si, c'est vrai ! S'écria mon colocataire… qui allait devenir mon ex colocataire s'il continuait comme ça.
_ Je confirme. Renchérit ma future défunte ex meilleure amie.
_ Oui, parfait, j'avoue. Je rêve toutes les nuits qu'on fait l'amour comme des bêtes dans toutes les pièces de l'appartement, à la fac et dans les lieux publics. Je suis démasqué. » Raillai-je.
Ils gloussèrent alors que ma voisine me regardait en haussant ses sourcils.
« On s'est même déjà embrassés devant chez elle, si vous voulez tout savoir. Enchaînai-je.
_ C'est vrai ? S'écria Jane.
_ Hin hin, répondit Bella. M'enfin, pas de quoi en faire un plat. Et si on couche ensemble, vous nous foutrez la paix ? Lança-t-elle négligemment.
_ Fais gaffe, je pourrais te prendre au mot… Lui susurrai-je.
_ Il a dit quoi ? Demanda avidement Jane.
_ Ça m'étonnerait, tu ne tiendrais pas le rythme. » me murmura MSG à l'oreille en mettant une main sur mon épaule. « Il a dit que si tu continuais, toi et Jake dormirez très, très peu la nuit prochaine.
_ On continue ! » S'écria Jacob à moitié hilare. « Qu'est-ce qui t'attire chez Bella, Edward ? Dis-nous tout.
_ Sa langue. Raillai-je.
_ Il n'y va pas par quatre chemins au moins. Bella aime bien les mecs directs.
_ Ouais, mais je les préfère francs, quand même. Et toi, Jake ; qu'est-ce qui t'attire chez Edward ? Parce que j'ai l'impression que ça te fait fantasmer de l'imaginer en action.
_ Détournement de la conversation, elle n'est pas insensible à ce qu'on raconte. Je crois qu'on va bien s'amuser avec les autres. » Dit-il. « Demain, ça sera une affaire réglée.
_ Je parie sur ce soir. Répliqua Jane.
_ Si vous voulez, je m'arrête et on règle la question dès maintenant. Les coupai-je.
_ Hmm… Impatient ? Ricana Jacob.
_ Tu n'as pas idée… Soufflai-je.
_ Pourquoi s'arrêter ? » Railla Bella en faisant glisser sa main sur mon genou.
Je fis une légère embardée en serrant des dents et lui jetai un regard noir.
Elle ne pouvait pas me faire ça… Mais je ne pouvais pas non plus perdre une nouvelle fois la face devant elle. Je plaçai donc à mon tour ma main sur sa cuisse, la défiant du regard.
« Ça y est la machine est lancée ! S'esclaffa mon colocataire.
_ Faites pas ça pendant que tu conduis, Edward, je ne tiens pas à avoir un accident. Répliqua Jane.
_ T'en fais pas, ma grande, rétorqua MSG. On sait se tenir. Mais tu viendras pas te plaindre si tu peux pas fermer l'œil cette nuit. »
Je lui lançai un long regard alors que ma main était toujours sur sa cuisse. Je fis lentement glisser mes doigts vers l'intérieur de ses jambes en serrant des dents.
Une alarme rouge commençait à s'allumer dans ma tête me signalant de ne pas m'engager sur cette voie-là, que j'allais forcément perdre au final.
« Je veux pas voir ça. » Ria alors Jacob.
Je retirai brusquement ma main, pestant contre moi-même.
Ah oui ! Je m'en souviendrais de ces sept semaines de silence et de ce week-end de Thanksgiving.
Elle souffla à côté de moi.
« Ça vous apprendra à nous lancer sur le sujet. » dit-elle simplement.
Puis elle se tourna vers la fenêtre, et regarda le paysage défiler à travers la vitre.
Jacob voulut relancer la conversation, mais je lui lançai un regard noir dans le rétroviseur. Je n'avais plus envie de rire, tout à coup. Ni de faire comme si… Ni de parler tout court.
Le reste du trajet se fit dans un silence pesant pour ma part. Jane et Jacob discutèrent et essayèrent d'intégrer MSG dans leur conversation, mais elle non plus, ne semblait pas encline à ça.
Puis on arriva.
Et je me reconcentrai sur ma route, les sens en éveil sans que je n'en sache la raison.
Plus de quatre ans que je n'avais pas vu ce chemin. Que je n'avais pas roulé dessus.
Rose devait déjà être arrivée.
Je ralentis sur la route terreuse, qui elle, n'avait pas changé.
Je regardai attentivement devant moi, attendant de voir le dernier virage sur la droite.
C'était dingue l'état dans le quel je me trouvais. Aussi fébrile que quand on en avait fait l'acquisition, j'avais alors à peine 5 ans.
Le dernier virage se profila à l'horizon et un discret sourire étira mes lèvres.
Puis elle apparut au moment où j'appuyai sur le frein pour la contempler.
« Putain… Souffla Jacob.
_ Waw. Euh Edward, t'es sûr que tu t'es pas trompé de chemin ? »
Je secouai négativement la tête alors que mes yeux ne quittaient pas la bâtisse blanche en face de moi.
Je remarquai à peine les voitures de Baloo et de mes parents garées devant le garage extérieur.
Je regardai la grande baie vitrée au rez-de-chaussée qui donnait normalement sur le salon, les petits arbustes qui avaient été planté devant, la terrasse de l'ancienne chambre parentale qui avait été rénovée à l'étage, le petit chemin qui serpentait jusqu'à l'entrée principale que de petites lampes délimitaient.
Je coupai le moteur, les yeux toujours fixés sur la façade alors que la porte d'entrée s'ouvrait sur mon père qui se dirigea vers nous avec un grand sourire.
Ma mère, Rose et Baloo suivirent de près.
Nous descendîmes, et j'embrassai rapidement mes parents en observant toujours la villa qui était sans doute désormais le petit bijou du comté.
« Vous avez fait bonne route ? Me demanda mon père.
_ Hmm… » Marmonnai-je, incapable de regarder ailleurs que devant moi.
Un rire cristallin me sortit de ma transe et je me tournai vers ma mère, qui m'observait avec un air espiègle et attendri.
« Ça valait le coup d'attendre… Tu ne trouves pas ? Dit-elle.
_ Et comment… Soufflai-je.
_ Edward ! Edward, il faut que tu viennes voir l'intérieur. C'est tout simplement grandiose ! Et les chambres… » S'excita ma sœur en me prenant par le bras pour m'attirer vers l'entrée.
Nous pénétrâmes dans l'ancien vestibule qui avait disparu pour faire place directement au salon, beaucoup plus espacé et éclairé que dans mon souvenir. Une grande table en chêne s'étendait sur ma droite, où un bouquet de roses blanches et rouges avait été posé - ça, c'était ma sœur… -. Un immense canapé en cuir noir se tenait devant la cheminée, faisant face en même temps à la baie vitrée de l'arrière de la villa.
Les murs étaient restés aussi blancs que dans ma mémoire, seulement habillés de quelques photos de famille et de tableaux d'art contemporain dont raffolait mon père.
Un feu ronflait paisiblement dans la cheminée, répandant une douce chaleur dans la pièce et je me sentis soudain bien. Apaisé.
« Et on a une piscine ! » S'excita Rose, me sortant de ma contemplation.
Des pas se firent entendre derrière nous et je décidai de partir seul à la découverte du reste du rez-de-chaussée, ayant besoin de solitude pour me replonger dans mon enfance.
La première porte que j'ouvris me montra la chambre parentale.
Je haussai mes sourcils, surpris. Comment ça se faisait que mes parents avaient déménagé leur chambre au rez-de-chaussée ? Ma mère avait toujours adoré avoir une pleine vue sur la forêt environnante.
Puis, il y avait le bureau de mon père, en face, celui de ma mère et tout au fond du couloir la pièce dans la quelle j'allais sans doute passer les trois quarts du séjour.
Je restai un moment subjugué devant l'imposante bibliothèque qui couvrait la partie droite de l'espace, mais surtout devant l'immense piano à queue noir qui surplombait la baie vitrée qui donnait sur le jardin.
Je m'en approchai docilement, l'effleurant du bout des doigts avec vénération, le cœur soudain lourd.
Un Steinway. Une des meilleures marques de piano de la planète.
« Tu nous as pas attendus. »
Je sursautai et me retournai vivement sur ma mère qui me regardait en souriant.
« Maman ! C'est… Commençai-je, la gorge un peu nouée.
_ C'était bien celui que tu voulais ? On a eu du mal à nous le faire livrer.
_ … Merci. » Soufflai-je en m'avançant vers elle.
Je la pris dans mes bras et la serrai un instant contre moi et elle gloussa en se reculant, les joues un peu rouges. Elle était toujours mal à l'aise dans les démonstrations affectives. Elle préférait nous montrer son affection à sa façon que par des gestes.
« Il te plaît alors. Me dit-elle.
_ Tu plaisantes ? Il est parfait. »
Elle me sourit, les yeux brillants, émue.
« Tant mieux. Retournons au salon… Avant que ton père n'assomme l'ami de ta sœur avec ses questions. »
J'eus un rictus et la suivis dans le séjour.
Jane, Jacob et MSG faisaient le tour de la pièce, regardant chaque détail, comme des gosses dans un magasin de jouets ou un décorateur d'intérieur dans la plus belle pièce où il n'eut jamais mis les pieds.
Baloo se tenait à côté de la porte d'entrée, un peu nerveux, avec mon père et ma sœur qui n'avait pas l'air franchement à l'aise non plus.
« Et pourquoi as-tu choisi de devenir pompier professionnel ? Lui demandait mon père.
_ Euh… A cause du 11 Septembre. Quand j'ai vu tous ces gens en danger à la télé. » Marmonna-t-il.
Mon père eut un sourire et hocha doucement de la tête.
« Garde-le, celui-là. » Dit-il à ma sœur avant de se retourner vers moi.
Je vis du coin de l'œil un sourire éclatant étirer les lèvres de Rose alors que ma mère les rejoignait.
Nous commençâmes à parler des travaux faits au rez-de-chaussée et des problèmes qu'avaient engendré ceux de la baie vitrée.
« Ta mère tenait absolument qu'il y en aie une sur deux murs du salon en opposition. Ça a été difficile de convaincre l'architecte qui avait peur du manque de luminosité par rapport aux bois environnants. Alors on a fait des concessions et réduit la taille de la pièce. Parce qu'à l'origine, la cuisine devait garder sa place originelle, mais maintenant c'est la porte que tu vois là-bas. » M'expliqua-t-il en me montrant les battants à côté des quels se trouvaient MSG, Jane et Jacob.
Je croisai un instant les yeux de l'ex de mon meilleur ami, et une boule se forma dans ma gorge au souvenir de ma main que j'avais laissé errer sur sa cuisse… Qu'est-ce qui m'était passé par la tête ?
« … Qu'en penses-tu ? »
Je sursautai légèrement et me retournai vers mon père.
« Pardon ? Bégayai-je.
_ Le fait qu'on vous aie laissé l'intimité du premier étage. Me sourit mon père.
_ Oh… Euh… Ouais. C'est cool. Merci. »
Nous allâmes ensuite tous nous asseoir sur le canapé le temps que Lili et Jasper n'arrivent.
« J'espère qu'ils ne vont pas se perdre. S'inquiéta ma mère.
_ Maman… Lili est déjà venue plusieurs fois. Souffla ma sœur.
_ C'est dommage qu'Alec n'aie pas pu venir. Même s'il aurait fallu emménager la bibliothèque, j'aurais été heureuse de le voir. Nous n'avons pas eu de ses nouvelles depuis le concert à la clinique privée. Comment va-t-il ?
_ Ça va. » Répondit alors MSG.
Je me tournai vers elle alors que mon estomac se tordait et que ma mère commençait à lui parler.
Alec… Heureusement qu'il n'était pas venu, finalement. Je n'aurais pas pu le regarder en face.
La cloche extérieure retentit quelques minutes plus tard, et ma sœur se leva d'un bond pour ouvrir à sa meilleure amie.
« Haaaaaaan ! Esmée ! C'est… y a pas de mots ! » S'extasia Lili en regardant tout autour d'elle. « On reconnaît rien ! »
Ma sœur sautilla sur place en frappant des mains, regardant elle aussi le salon.
Nous nous levâmes pour aller les saluer.
« Bon ! Maintenant que tout le monde est là, on va pouvoir passer à la répartition des chambres ! Nous prendrons la Luxure avec Emmett. Lili et Jazz, celle d'à côté, la Gourmandise. Et enfin en face, Kokuum et Pocahontas la Paresse et mon petit frère et Bella l'Envie. »Termina ma sœur avec un grand sourire.
Les sept péchés capitaux pour thèmes de décoration avaient toujours été un plaisir personnel de ma mère. Elle adorait associer les mots aux pièces de la maison. Mais il y avait quelque chose que j'avais dû mal comprendre… C'était obligé.
Tout le monde commença à se diriger vers la porte d'entrée pour aller chercher les bagages, sauf MSG et moi.
« Attendez, attendez ! Est-ce que j'ai bien entendu ? » Fis-je en regardant ma sœur.
Elle se tourna vers moi avec un sourire innocent qui me donna envie d'hurler.
« Vous êtes grands, maintenant. Tu vas pas me dire que partager ton lit avec une fille te fait peur.
_ Surtout avec Bella. Ils se sont allumés à mort sur le trajet. » Dit mon colocataire.
Rose et Lili se tournèrent avidement vers lui alors que Baloo regardait sa sœur en levant un sourcil.
« Il est hors de question que je dorme avec lui. » Siffla-t-elle avant de sortir de la maison d'un pas lourd.
Les filles la suivirent un instant des yeux alors que Jacob éclatait de rire.
« Quelqu'un veut parier ? Proposa-t-il.
_ 30 dollars sur cette nuit. Dit aussitôt Lili.
_ 50 pour demain dans la journée. Répliqua ma sœur.
_ 80 sur la première dispute. Fit ma meilleure amie.
_ Que se passe-t-il ? Demanda avec curiosité mon père.
_ Bella et Edward vont sortir ensemble, on parie sur le moment. Tu tentes ? » Lui expliqua Rose.
Il me jeta un coup d'œil avec un rictus alors que je les regardais faire, complètement éberlué.
« Conditions ? Demanda-t-il.
_ Disputes incessantes dès qu'ils se voient et ce, depuis qu'ils se connaissent ou presque. Ça va en crescendo depuis.
_ Ils vont dormir ensemble ?
_ Oui !
_ 150 sur les prochaines 24 heures. » Dit-il avec un sourire après un instant de réflexion.
BELLA
Je n'en revenais pas. C'était vraiment une conspiration ; mais pourquoi fallait-il que les autres se soient mis en tête de me faire sortir - non, coucher - avec Edward ? Était-ce pour le trip ? Les deux ennemis qui se réconcilient sur l'oreiller ? Était-ce par rapport à Alec ? M'éloigner de lui ? Lui prouver que je pouvais coucher avec un autre ? Non, impossible… ils n'auraient pas choisi Edward ! Pas son meilleur ami !
Lui, en tous cas, n'était pas enchanté par l'idée non plus. C'était peut-être le seul point sur lequel on pouvait s'accorder.
Un week-end entier chez lui, et en plus, la nuit dans le même lit que lui. Non mais, puis quoi encore ?
Là, il fallait que je m'isole. On venait de déjeuner ; dans un silence relatif, tout le monde étant plus ou moins fatigué du trajet.
J'allais aller faire un tour, par exemple ; il y avait des bois dans le coin.
Je pris donc un pull que je passai sur mes épaules, une chaude veste, et quittai l'immense baraque blanche pour me diriger vers les bois. Je trouvai rapidement un petit sentier, le suivis un moment.
À un moment, je m'éloignai un peu du sentier, et une clairière apparut à mes yeux ; elle me rappela celle de Forks. Aussi, je m'y posai, fermai les yeux, et fis le vide.
Ça faisait vraiment du bien. C'était sans doute ce qui me manquait le plus, à New York ; enfin, après Alec, bien sûr.
Je finis par m'étendre dans l'herbe malgré sa fraîcheur ; et je dus m'assoupir un moment, car quand je me réveillai, la nuit commençait à tomber.
Je me redressai en sursaut.
« Oh, merde ! »
Je me levai d'un bond sur mes pieds ; et heureusement, retrouvai rapidement le sentier. Je me mis à courir en direction de la maison.
Rosalie et Alice allaient me tuer.
Je réintégrai la maison, essoufflée, les cheveux emmêlés.
« Ben t'étais où ? » s'étonna Jake, qui discutait avec Emmett.
Je leur fis un petit sourire.
« Faire un tour.
_ Ah ! Bella ! On t'a cherchée toute l'aprèm ! »
Je grimaçai.
« Qu'est-ce que tu foutais, merde ! Mais tu te rends compte qu'on a tout ton maquillage et ta coiffure à faire ! » Poursuivit Alice. « Oh, et regarde toi, mais t'as été traîner où ? Bon, hop hop hop, à la douche et fissa ! »
Je me laissai entraîner, ne cherchant même pas à bougonner - effort inutile. Les filles m'emmenèrent dans leur salle de bains, où Jane était en train de s'appliquer une touche de maquillage.
« Allez, t'as un quart d'heure top chrono pour te doucher ! En attendant, on prépare le matos ! »
Elles restèrent dans la salle de bains ; je me déshabillai devant elle, mal à l'aise. Je n'aimais pas ça… Mais bon.
Je filai sous la douche, et laissai l'eau chaude détendre mes muscles ; de la détente, c'était ça qu'il me fallait. J'empruntai le gel douche à la noix de coco qui traînait, le shampooing, et sortis en bougonnant.
Les filles passèrent l'heure suivante à se mettre en accord sur ma coiffure et mon maquillage ; ce fut Rose qui remporta la manche, et me boucla les cheveux comme elle l'avait voulu ; elle me maquilla uniquement les yeux, et sourit, satisfaite. Je passai la fameuse robe noire et blanche qu'elle m'avait faite acheter, et elle et Alice sautèrent de joie.
Jane entra à ce moment dans la salle de bains et eut un sourire satisfait. Elle, elle allait faire fantasmer Jake avec sa robe noire qui épousait ses formes et ses cheveux blonds lâchés sur ses épaules d'une manière… juste classe. Élégante, sans aucun effort.
Nous descendîmes dans la salle à manger, écarquillant les yeux devant l'immense table qui avait été dressée spécialement pour l'occasion par Esmée.
Les garçons étaient déjà là ; ils accueillirent avec des sourires émerveillés leurs copines respectives, et je détournai le regard, gênée ; songeant avec un petit pincement au cœur que désormais, plus personne ne me regarderait ainsi.
Je sentis soudain une présence à côté de moi.
« On n'a pas eu beaucoup de temps pour discuter. » fit une voix harmonieuse de femme ; « Si j'ai bien compris, tu es l'ex d'Alec. »
Je relevai la tête, et croisai brièvement le regard d'Edward avant de reporter mon attention sur Esmée.
« Hum… Oui.
_ J'ai été désolée d'apprendre votre rupture ; j'ignorais qu'il avait une petite amie, mais je m'en doutais ; il avait l'air plus heureux quand je le voyais ces dernières années. »
Je hochai la tête, ne sachant quoi répondre, mal à l'aise.
Elle rit.
« Tu sais que tu me fais penser à mon fils, par certains côtés ? »
Je croisai le regard dudit fils, qui était assez proche pour entendre notre conversation et avait détourné le regard, agacé.
« Il semblerait qu'on ait un ou deux points communs, lâchai-je.
_ Hum hum. Tu sembles avoir… une relation particulière avec ton frère. Pas forcément de ce que j'ai pu voir, mais de ce que m'a dit Rosalie. »
Je me glissai une mèche de cheveux derrière l'oreille, gênée.
« Disons que certains évènements nous ont poussé à nous rapprocher.
_ Ce n'est pas un mal, au contraire.
_ Il y a d'autres moyens d'être proches de sa fratrie, répliquai-je.
_ Certainement. Ça n'a pas toujours été l'entente cordiale entre Edward et Rose, mais désormais ils sont très liés aussi.
_ C'est ce que j'ai cru comprendre.
_ Il paraît que votre père habite plutôt loin ?
_ L'état de Washington. » répondis-je d'une voix étranglée.
Elle hocha la tête.
« Et votre mère ? »
Un léger silence tomba entre nous ; et elle eut l'air un peu gênée.
« Je suis désolée. J'aurais dû comprendre qu'il s'agissait d'un sujet sensible ; Emmett ne l'a évoquée que pour dire qu'elle était actuellement en voyage. »
Je haussai les épaules.
« Vous savez, Madame, cela fait plus de six ans qu'elle est « actuellement en voyage ». »
Je fis malgré moi un petit sourire triste à Esmée ; et me détournai. Je rejoignis instinctivement mon frère, qui était toujours avec Rosalie, Jane et Jacob. Rose et Jake discutaient mécanique, et mon frère observait avec émerveillement sa copine soutenir ses arguments.
Je restai avec lui quelques minutes ; puis Carlisle nous appela à table.
Il nous dit de choisir nos places ; mais insista pour se trouver à côté d'Emmett, qui n'en menait pas large mais à qui je fis un sourire encourageant.
Je pris une chaise en face de mon meilleur ami ; qui s'était placé à côté de Jane.
Je sentis quelqu'un s'asseoir à côté de moi ; et tournai la tête pour voir Edward.
Il me lança un bref regard, et nos yeux s'accrochèrent ; j'eus un petit sourire ironique.
« Tu vas pas avoir assez de passer la nuit dans le même lit que moi ?
_ C'est ma mère qui a insisté. Marmonna-t-il.
_ Elle est très gentille, soufflai-je.
_ Normal. C'est ma mère. Répliqua-t-il avec un rictus.
_ Visiblement, l'éducation et les bons gènes ne font pas tout, répliquai-je sèchement en fronçant les sourcils.
_ Rien qu'à voir ton comportement dans la voiture, je confirme. N'en profites pas d'ailleurs pour laisser tes mains se balader sous la table.
_ On ne parle pas de mon comportement, mais du tien. Tu ne peux pas savoir quelle a été mon enfance. Ne t'en fais pas ; j'ai pas les mains baladeuses, et là ce serait inutile vu que les autres ne remarqueraient pas.
_ Parce que tu es du genre exhibitionniste ? Ou est-ce un trait narcissique, il faudrait que je demande ça à ma sœur… Quant à ton enfance… Que veux-tu que je te dise ? Que je compatis ? Que je sais que j'ai de la chance d'avoir des parents encore amoureux l'un de l'autre ? Oui, c'est le cas. Désolé si ça n'est pas le tien.
_ Non, je ne te demande pas ça ! » m'agaçai-je. « Franchement, ta compassion, je m'en fous ! Mon enfance est ce qu'elle a été, elle aurait pu être bien pire, mais je n'accepterai en revanche pas que tu portes des jugements dessus ! Oh, et j'ajouterai que je ne suis pas exhibitionniste, mais que le genre de geste que j'ai eus avec toi dans la voiture n'était destiné qu'à répondre aux deux autres. Alors t'en fais pas, reste dans ton coin comme tu sais si bien le faire, je ne viendrai pas te déranger. »
Il se tourna vers moi et me regarda un long moment en fronçant un peu les sourcils, pensif.
« Tu serais donc indifférente si je te touche ? Me demanda-t-il.
_ Ça y est ! Cinq minutes l'un à côté de l'autre et c'est reparti. S'esclaffa Jacob.
_ Toi, tu la fermes et tu continues tes mamours avec ta Jane. Toi, fis-je en me retournant vers Edward, t'essaies de m'ignorer. Ça devrait pas t'être trop difficile !
_ Ça dépend si tu me frôles ou pas. Jacob… Elle évite de répondre à ma question. Ça veut dire qu'elle n'est pas indifférente ?
_ Ouais.
_ Vous parlez de quoi ? Demanda Rosalie.
_ Il lui a demandé si elle serait indifférente s'il la touchait, je crois.
_ Edward ! Fit Esmée sur un ton faussement autoritaire.
_ Quelqu'un veut renchérir ? » Demanda Jacob à la table.
Je soupirai, et levai les mains en guise de reddition.
« Ok. J'abandonne. Faîtes vos paris, n'hésitez pas. Mais dîtes… Vous ne vous êtes jamais demandé si on n'était pas déjà passés à l'acte, tous les deux ? Vous ne vous demandez pas si ça pourrait être la raison de notre… entente tout sauf cordiale ?
_ Je savais bien que tu fantasmais sur moi. Me souffla Edward.
_ Je rajoute 50 dollars. Dit Carlisle.
_ On a 200 dollars en bout de table ! Dit Jacob.
_ J'en rajoute 30 ! S'écria Lili.
_ 60 pour le lutin déchaîné.
_ J'en parie 100 pour le dernier jour parce qu'ils nous feront croire jusqu'au bout qu'ils ne l'ont pas fait, mais au final, ça se fera. Dit alors Jasper.
_ Emmett, avec Esmée t'es le seul qui n'a pas fait de pronostiques. Fit Jacob.
_ C'est ma sœur. Marmonna-t-il.
_ Et alors ?
_ Et alors, je parie pas sur ma sœur… Mais si je devais donner mon avis, ça serait pour le retour.
_ Ok, fis-je en gardant mon calme. On n'hésitera pas à vous en faire part, si un jour on couche ensemble. Vous devriez parier sur le nombre de fois, tant que vous y êtes.
_ Non ; on avisera, m'assura Jake.
_ Bien, les jeux sont faits. »
Ils repartirent tous plus ou moins dans leur conversation, et je me tournai vers Edward.
« D'une certaine manière, on peut dire que tu fais partie d'un de mes fantasmes. Mais franchement, je ne crois pas que tu prendrais beaucoup de plaisir à me laisser le réaliser, celui-là.
_ Pourquoi ? Après l'exhibitionnisme, la nécrophilie ? Me demanda-t-il innocemment.
_ Mort ? Non, je ne t'en souhaite pas tant. Ce serait bien trop doux… lui susurrai-je à l'oreille avant de me reporter sur mon entrée.
_ Hmmm… Sado-masochisme. J'ai jamais tenté, mais pourquoi pas, si tu me le proposes. T'as apporté ton matériel ou il faut qu'on avise ?
_ On peut aussi, je te le répète, s'ignorer royalement. Bon appétit, au fait.
_ T'as peur de flancher… Me dit-il au bout de quelques minutes.
_ Oui, c'est certain. Mon désir pour toi est en train de me réduire en cendres, pitié, cesse d'attiser ma flamme ! Répondis-je d'une voix atone.
_ Je ne fais rien. Tu as toujours tout fait toute seule.
_ Eh bien justement, j'arrête, là. Alors viens pas me chercher… ou je vais commencer à croire que ça te plaisait.
_ Notre nuit va être très intéressante, je le vois d'ici.
_ Tu éludes ma question ; c'est ça qui est digne d'intérêt. T'inquiètes pas, je vais pas te violer.
_ Qui te dit que je ne serais pas consentant ? » Me chuchota-t-il en se penchant vers moi.
Une alarme sonna dans ma tête, et je me tournai légèrement vers mon voisin, sourcils froncés.
« Je t'en prie… Je te touche le genou, tu te plains que je t'ai fait des attouchements ! J'ose même pas imaginer ce que ce serait si je m'occupais de toi pendant une nuit complète !
_ T'en aurais pas le courage…
_ Me lance pas là-dessus, tu sais très bien que de nous deux, ce n'est pas moi qui aurais des scrupules à aller jusqu'au bout.
_ Parce que j'ai plus de respect que toi pour une personne que nous avons en commun. Sinon, ça ferait longtemps que tu serais une « affaire classée ».
_ Bien sûr, maintenant, c'est moi la débauchée. Pour être une « affaire classée », il aurait encore fallu que tu me plaises. »
Il se tourna vers moi et plongea ses yeux dans les miens, un léger rictus aux lèvres. Puis je sentis une main effleurer ma cuisse.
« C'est le cas. On ne s'engueule pas avec quelqu'un pour rien…
_ Oh, bien sûr… » raillai-je. « Le fait que tu aies d'emblée affiché ta haine pour moi n'y est certainement pour rien.
_ Je ne te hais pas. Siffla-t-il.
_ De mieux en mieux… Tu ne t'en es jamais caché, tu crois que j'oublierai facilement notre conversation dans la camionnette, le jour où tu m'as gracieusement aidée à déménager ?
_ Est-ce que je t'ai dit que je te haïssais ? Je t'ai juste dit que je te ferai… payer l'indélicatesse d'Alec, rien de plus. Ça ne va quand même pas jusqu'à la haine. Ça aurait pu, mais ce n'est pas le cas. Je ne t'aime pas… C'est un fait. Mais je ne te hais pas. Je n'ai même jamais haï quelqu'un.
_ Ok ! Je reformule, alors ! Le fait que tu aies d'emblée affiché que tu ne m'aimais pas n'y est certainement pour rien ! »
Il sourit. D'une étrange façon. Entre tristesse et amertume.
« Que veux-tu que je te dise ?…
_ Rien. Mais n'essaie pas de faire passer nos disputes pour une attirance refoulée que j'aurais à ton égard. La vérité, c'est que ton comportement est imbuvable, et je ne pourrais me montrer indifférente que si tu n'étais pas, en plus, hypocrite. Y a pas à dire, sept semaines de silence, ça fait du bien. »
Edward se détourna, les lèvres pincées. Il ne me reparla pas du dîner ; je me tournai vers Jacob et les autres, discutant de temps à autre.
Emmett s'était visiblement détendu ; Carlisle semblait l'apprécier. J'en étais heureuse pour lui ; quand on n'avait pas vraiment eu de famille, c'était pas facile d'être à l'aise dans celle des autres. C'était pour ça qu'il s'était senti si mal à l'aise à l'idée de rencontrer les parents de Rose.
La soirée s'acheva tard ; je montai directement me coucher après avoir salué les autres.
J'espérais réussir à m'endormir avant qu'Edward ne vienne se coucher.
Je me déshabillai rapidement ; passai un pyjama, composé d'un pantalon et d'un débardeur. J'avais été bien inspirée de prendre ça plutôt qu'une de mes nombreuses nuisettes ; de toutes façons, j'aurais pris une nuisette, j'aurais encore préféré dormir en jean que la passer.
Je me glissai entre les draps frais, et fermai les yeux.
Edward poussa la porte quelques instants plus tard ; je n'étais pas endormie, mais fis comme si, mimant une respiration profonde et régulière.
Il passa quelques minutes à la salle de bains, et vint se coucher à côté de moi ; le plus loin possible.
Chacun à une extrémité du lit, on ne risquait pas de se toucher…
Et voilà pour les paris ! L'une d'entre vous avait deviné (félicitation Alice-57). Et vous ? Quels sont vos pronostics en ce qui concerne les premières... relations sexuelles de nos deux protagonistes ?
Et maintenant, que dire ?
J'ai envie d'être sadique. Même si c'est mal. Mais ohhhhh... Bon, si vous ne tenez pas risquer la frustration, ne lisez pas les prochaines lignes.
Début des lemons chapitre suivant ! Mouhahaha... A samedi prochain ! Ou un tout petit peu plus tôt si vous êtes gentils ;-)
