Hello !
Eh oui, c'est encore Mush qui vous livre ce chapitre, c'est pas beau ? :p J'ai pas mal de chance pour ça en ce moment, mais quelque chose me dit que ça ne va pas durer.
Donc nous allons commencer comme d'habitude par les remerciements, parce que c'est tout simplement incroyable... Si ça continue comme ça, vous allez faire exploser nos chevilles, tellement elles sont gonflées, et ce, grâce à vous, alors merci, merci, merci... Surtout qu'on approche doucement mais sûrement de la fin, et je ne sais pas qui aura alors le plus les boules entre vous et nous parce que je crois que c'est sur cette fic qu'on a pris le plus de plaisir à écrire... Vous inquiétez pas, on a quelques idées pour un autre projet ;)
Je vous laisse ici, en vous faisant de gros bizouxxx - frais parce qu'il fait une chaleur à crever - et vous dis à très bientôt ;) Bonne lecture !
Chapitre dix-huit : De nos incompris
EDWARD
Avez-vous déjà vu passer les jours comme s'ils se déroulaient au ralenti ou au contraire par moments, qu'ils défilaient à une vitesse folle pour ensuite ralentir à nouveau, puis accélérer, et cætera sans vous laisser le moindre repère parce que vous vous étiez forcé à faire quelque chose par… survie de vous-même ? Avez-vous déjà connu la sensation de l'image d'un philosophe français du XVIIe siècle : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » ? Avez-vous déjà pensé tellement fort à cette personne autant que vous vouliez l'oublier ?
Parce que c'est ce qui se passait à ce moment-là.
oOo
Jane se tourna légèrement dans son sommeil et se blottit un peu plus contre moi en marmonnant.
Deux jours qu'ils étaient partis.
Deux jours qu'elle n'arrivait pas à dormir seule et qu'elle m'avait demandé si elle pouvait le faire avec moi.
Au début, je m'étais moqué d'elle.
Je lui avais dit que je ne la reconnaissais plus, qu'elle était vraiment une toute autre personne. Que j'étais heureux de la voir aussi épanouie, malheureux de la voir si triste même si elle faisait tout pour le cacher mais que c'était celui ou celle - celle d'après ce qu'elle me répétait inlassablement - qui grandissait dans son ventre qui allait avoir besoin d'un doudou et non elle.
Elle m'avait regardé longtemps, debout sur le seuil de ma chambre, dans un des t-shirts de Jacob, une boîte de chocolats à la main.
Et je m'étais tout à coup senti aussi seul qu'elle parce qu'il me manquait quelqu'un.
Même si je ne voulais pas admettre cette vérité.
Il me manquait elle.
Alors je m'étais silencieusement décalé et je lui avais laissé la place chaude du lit parce qu'avant, quand tout était tellement simple dans ma vie et dans la sienne, elle venait toujours se coucher après moi pour ne pas trouver les draps froids.
Elle m'avait fait un sourire tremblant et était venue se coucher contre moi.
Comme avant.
On n'avait pas parlé.
Elle ne m'avait rien demandé.
Elle avait juste posé sa boîte de chocolats entre nous et nous l'avions finie en silence, en regardant le plafond blanc de ma chambre.
Depuis combien de temps cela ne nous était pas arrivé ?
Des mois…
Au milieu de la nuit, elle avait reçu un message de Jacob qui lui avait dit qu'ils étaient bien arrivés et que tout s'était bien passé malgré la neige qui était tombée sur Seattle.
J'avais été tenté de lui demander de ses nouvelles. Même de lui envoyer moi-même un message. Mais je m'en étais abstenu. Il fallait désormais que je m'en tienne à ce que ma raison avait convenu malgré les protestations de mes sens, si je voulais me mentir à moi-même, d'une partie de mon cœur si je voulais être honnête.
La veille, j'avais refusé de voir Alec.
Je n'en avais pas encore la force.
Je ne pouvais pas encore reprendre ma vie là où je l'avais laissée quand toute cette histoire avait commencé avec elle.
J'essayai de me rassurer.
De me dire que ce que je commençai à ressentir allait passer, parce qu'il le fallait.
Je me disais que je me perdrais à nouveau dans les bras d'une autre.
Une blonde. Les yeux bleus. Pulpeuse. Un peu superficielle, juste ce qu'il fallait. Une scientifique qui n'aimerait pas les sports extrêmes.
Tout son contraire.
Je me disais que je pouvais le faire. Que je pouvais m'en détacher. Que c'était facile. Que je devais oublier. Que j'y arriverais si seulement j'y mettais un minimum du mien.
Je sentis la petite main de Jane se poser sur mon ventre et remonter lentement jusqu'à ma poitrine en marmonnant à nouveau. Elle devait sans doute trouver que Jacob avait perdu en musculature. Je souris malgré moi, saisis sa main et la reposai contre elle.
Je regardai l'heure sur mon radio-réveil. Un peu plus de 4 heures du matin.
Machinalement, je calculai quelle heure il était à l'autre bout du pays. 23 heures environ de la veille.
Qu'était-elle en train de faire ?
Avec qui était-elle ?
Une boule se forma dans ma gorge et les muscles de ma mâchoire se contractèrent. J'avais envie de l'entendre. Juste l'entendre.
« Jane… » Soufflai-je. « Jane, réveille-toi. »
Elle marmonna à nouveau, et se tourna sur le dos.
J'allumai la lampe de chevet et me retournai vers elle.
Il fallait que je parle à quelqu'un et c'était sans doute la personne la plus apte pour ça à part peut-être Jasper ou Tanya.
« Jane… Soufflai-je à nouveau en la secouant légèrement.
_ Hmmm… »
Je soupirai. Elle était capable de se lever à 5 heures et demie du matin pour se préparer, mais si on essayait de la tirer du sommeil par nous-mêmes, c'était comme avec Jacob, quasi mission impossible.
« Jane !
_ Quoi ? » Fit-elle d'une voix enrouée. « Il est quelle heure ?
_ 4 heures 17.
_ Hein ? Tu déconnes ?
_ Il faut que je te parle. » Répliquai-je après une pause.
Elle soupira et se tourna vers moi. Ses yeux fatigués rencontrèrent les miens et son visage se détendit quand elle vit mon expression.
« Ça ne va pas ? »
Je me retournai vers le plafond et la callai contre moi en passant un bras autour de sa taille.
Nous restâmes un long moment dans le silence, moi, cherchant les bons mots pour me confier, elle, attendant patiemment sans doute en somnolant.
« Edward ? Marmonna-t-elle.
_ Il faut que je te parle de ce que je fais en ce moment. Ou plutôt de ce que j'ai fait ces dernières semaines. »
Le silence retomba et j'inspirai profondément pour me donner du courage. Parce que quelque part, pour moi, me confier à elle, c'était me confier en quelque sorte à Alec également.
Elle remua un peu contre moi, comme si elle voulait se réveiller tout à fait.
Elle savait que je me confiais rarement. J'avais même horreur de ça. Je ne le faisais qu'en cas d'extrême nécessité. Et là, je ne voyais pas d'autre solution pour prendre de la distance. Le divulguer en partie. Réveiller la culpabilité dans mon ventre pour qu'elle me pousse à prendre mes distances et tout oublier ou vivre avec.
« Je suis un enfoiré. » Murmurai-je.
Je la sentis se tendre et se relever sur un coude pour me regarder, mais je la forçai à se rallonger contre moi. Je ne pouvais pas lui dire ça et la regarder en face. Je ne pouvais vraiment pas voir son frère dans ses yeux.
Elle posa sa tête contre mon épaule et passa un bras sur mon ventre.
Comme avant.
« Pourquoi tu dis ça ? Souffla-t-elle.
_ Parce que c'est vrai.
_ Oui, mais… pourquoi ? »
J'essayai de trouver les mots pour qu'elle devine en partie mon secret. Je ne pouvais pas lui dire explicitement. Je ne pouvais pas lui dire ça, non. Je ne pouvais pas.
« J'ai trahi ton frère. »
Elle se figea un peu et inspira profondément.
J'entendais mon cœur battre lourdement dans ma poitrine.
« On parle sérieusement ? Me demanda-t-elle.
_ Oui.
_ Et on parle… de la même personne ? »
Je ne répondis pas.
« Depuis quand tu la vois ? »
Je tressaillis et figeai ma main sur sa taille.
J'étais soulagé en même temps que j'étais effrayé.
Je savais qu'on parlait du même elle, son corps me le disait.
Comment avait-elle pu deviner aussi facilement ?
« Edward ?
_ Réellement ou concrètement ? »
Elle inspira à nouveau.
Elle n'avait jamais été doué pour ce genre de choses. Écouter sans juger. Conseiller. Épauler. Ça n'avait jamais été elle. C'était plutôt une qualité de son frère. C'était lui, le sage, celui qui m'aidait à mieux y voir.
« T'es dans la merde.
_ C'est en partie à cause de vous. Marmonnai-je.
_ De nous ? De suite ! On n'était pas là quand vous vous êtes sautés dessus ! » S'irrita-t-elle. « Ça avait déjà commencé ?
_ Non ! »
En fait, si. Réellement, si. Mais je ne pouvais pas encore dire toute la vérité et rien que la vérité.
« Quand alors ?
_ A notre retour. »
Elle soupira et se détacha de moi en se levant.
« J'ai besoin de chocolats. » Marmonna-t-elle en sortant de la chambre.
Je me redressai à mon tour et me passai une main tremblante sur mon visage, l'estomac noué. Je n'avais quasiement rien dit et je commençai déjà à paniquer. Etait-ce un bon ou un mauvais présage ?
Quelques secondes plus tard, elle revint avec une boîte de chocolats bleue et s'assit à nouveau à côté de moi sous les couvertures sans me regarder.
« Je t'écoute. Grimaça-t-elle en enlevant le couvercle de la boîte.
_ Je voulais… Que Alec croie qu'elle avait tourné la page pour qu'il puisse continuer sa vie parce que ça me tuait de le voir dans cet état. Et le seul moyen d'y arriver était qu'il la croie heureuse, ou tout au moins épanouie. »
Je fis une pause alors qu'elle mangeait doucement un chocolat au lait, les yeux dans le vide.
« Ton côté bon samaritain est ressortit d'une étrange façon, sur ce coup.
_ T'avais dit que tu te doutais que ça allait arriver ! Vous ne nous auriez pas autant fait chier ce week-end-là en nous mettant à cran, peut-être qu'on n'en serait pas là aujourd'hui ! » M'agaçai-je en prenant à mon tour un chocolat.
Elle me fusilla un instant du regard et se tourna à nouveau vers le mur en face de nous.
« On plaisantait… Enfin, non. Je savais qu'elle te plaisait mais… je ne sais pas. Je pensais que quelque chose t'en empêcherait. Ou que tu en parlerais à Alec. Il n'est pas au courant, n'est-ce pas ? »
Le cœur au bord des lèvres, je secouai négativement la tête.
« Tu couches avec elle…
_ C'est fini. »
Elle me regarda en haussant un sourcil.
« On a rompu notre… pacte avant qu'elle parte. »
Un autre silence s'installa durant le quel elle sembla réfléchir.
« Sexe sans sentiments. »
J'acquiesçai.
« Jusqu'à ce que l'un de vous ne s'attache. »
La gorge nouée, j'acquiesçai une nouvelle fois sans la regarder. J'en étais incapable.
« C'est toi ?
_ … Oui.
_ T'es en train de t'attacher à elle ou tu l'es déjà ?
_ Je sais pas. » Mentis-je.
Elle prit un nouveau chocolat et croqua une bouchée.
« T'es dans la merde. » Répéta-t-elle après une pause.
Je lui lançai un regard peu amène.
« Je savais que ça arriverait… Enfin... Je me doutais bien qu'il y aurait possibilité si jamais vous vous rencontriez. Elle n'a pas rencontré la bonne personne au bon moment. »
Je la regardai cette fois sans comprendre.
« Au tout début que nous la connaissions, je disais souvent à Alec que c'était une fille comme ça qu'il te fallait. Vous vous ressemblez beaucoup, mais en même temps… Vous êtes totalement différents. C'est le juste milieu qu'il faut.
_ Et c'est la prédicatrice des séparations de couples qui me dit ça ? Raillai-je.
_ Oui. Mais il est tombé amoureux d'elle avant que tu ne la connaisses. Et elle aussi… »
Mon estomac se noua et je repris à mon tour un chocolat.
Oui, il avait été amoureux d'elle. Il en avait été dingue, même, je l'avais vu dans ses yeux la première fois que je l'avais rencontrée.
« Le destin a foiré sur ce coup… Alors maintenant, deux solutions s'offrent à toi : tu t'y tiens et tu en parles à Alec quand tu te sens de le faire - parce qu'il faudra bien que tu lui en touches deux mots à un moment donné ou à un autre, c'est la moindre des choses et j'essaierai de rattraper les pots cassés - soit tu craques dès qu'elle rentre et tu en parles quand même à Alec. Et franchement, je ne sais pas quelle est la meilleure solution. Il faudrait que j'en parle à quelqu'un d'autre. Jake… Ou Rose… Voire même avec elle directement. »
Mon cœur rata un battement alors que je la regardai, un peu paniqué.
Elle me lança une œillade impassible et reprit un chocolat.
« C'est ça ou j'en parle directement à mon frère. Et entre nous, il vaut mieux que ce soit toi qui le fasses en premier. »
Elle prit sa boîte de chocolats et se leva en saisissant son portable sur la table de chevet.
« Je vais l'appeler elle. J'ai besoin d'en savoir davantage. Toi… »
Ses yeux firent l'aller-retour entre sa boîte de chocolats et moi et sa bouche se tordit dans une moue pensive.
« T'en auras plus besoin que moi. Je pense que t'as besoin de réfléchir. On en reparlera demain. » Me dit-elle en me tendant sa boîte.
Puis elle referma la porte derrière elle, me laissant avec des sucreries, la culpabilité, le manque, l'impression que rien n'allait changer en moi et que j'allais perdre l'ami qui comptait le plus à mes yeux et pour qui j'étais prêt à sacrifier cette « non-relation ».
BELLA
J'aurais tout fait pour t'avoir…
Je me tournais et me retournais dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. Il était 23 heures passées.
J'aurais tout fait pour t'avoir…
Pourquoi ces mots, prononcés par Edward, me tourmentaient tant ? Pourquoi je n'arrivais pas à m'en défaire ?
Pourquoi j'en venais presque à regretter de n'avoir pas connu Edward avant Alec ?
Je soupirai, et me redressai dans mon lit, incapable de trouver le sommeil et tout à fait consciente de cet état de fait. Il fallait que je réponde aux questions que je me posais avant.
Alors… Pourquoi ?
J'aimais Alec. Ça, c'était certain. Plus que moi. Je l'aimais au point d'avoir cédé ma place auprès de lui à une fille dont je savais qu'elle était la seule à pouvoir le rendre tout à fait heureux. Et non pas assez heureux, comme il l'était avant, avec moi.
Ça me faisait mal d'être séparée de lui. Mais moins que si je n'avais pas été convaincue que c'était la meilleure chose pour lui.
Tu aimes Alec, ou... Tu l'as aimé ? Me souffla une satanée petite voix, agaçante.
Et il y avait Edward. Son meilleur ami, avec qui nous nous étions d'abord détestés, avec qui ensuite j'avais couché, et qui pour finir avait mis fin à notre pacte en m'avouant que si nous continuions, il risquait de tomber amoureux de moi.
C'était la merde.
J'étais convaincue, à la base, de ne pas pouvoir éprouver de sentiments pour edward. Comment l'aurais-je pu ? Alors ça avait été facile de me laisser aller.
Mais il m'attirait. Il m'attirait vraiment, et si je voulais être honnête avec moi, j'étais bien forcée de reconnaître que si je l'avais connu en même temps qu'Alec, j'aurais eu sans doute bien du mal à faire mon choix entre les deux amis.
Parce que… Je crois… Que j'éprouvais bel et bien des sentiments pour Edward. Je disais « je crois », mais… Je savais…Je ne pouvais pas le nier.
J'avais réellement aimé faire l'amour avec lui.
Tu ne l'aurais pas connu, je crois que ça ferait longtemps que je serais amoureux de toi…
C'était ce qu'il m'avait dit lors de.. La dernière nuit qu'on avait passée ensemble.
Quelque chose clochait.
Il se fourvoyait. C'était évident. Tomber amoureux… ça ne se commande pas. S'il avait dû tomber amoureux de moi, le fait que je sois sortie avec Alec n'aurait rien dû y changer.
Oui, c'était évident. On tombe amoureux en fonction d'une personne, et non en fonction de ses ex.
Ou alors… il était déjà amoureux de moi.
Je réprimai un frisson à cette pensée. Et malgré moi une vague de culpabilité m'envahit.
Merde, j'avais accepté cette relation avec lui car il me semblait être, à l'époque, la dernière personne qui aurait pu supporter mon absence de sentiments pour lui ! Le seul qui me détestait assez pour ne pas attendre plus de notre relation !
Et maintenant, la donne avait changé.
Je devais savoir. Il fallait que je sache si Edward se trompait en pensant qu'il y avait le moindre risque qu'il tombe amoureux de moi, ou si… il l'était déjà.
Et pour ça, il n'y avait pas mille solutions. Je devais parler à l'une des personnes qui le connaissaient le mieux.
Alec.
Ou Jane.
Il était évident qu'entre eux deux, il n'y en avait qu'une à qui je pouvais parler de ma relation avec Edward.
Sauf que c'était sans doute risqué de lui révéler à elle.
Mon portable se mit à vibrer, et je l'attrapai.
C'était Jane.
Je me glaçai.
Regardai l'écran plusieurs secondes, avant de me décider à décrocher.
Je portai mon portable à mon oreille.
« Tu me crois si je te dis que j'étais en train de penser à toi ? » fis-je d'une voix un peu mécanique.
Seule sa respiration me répondit.
Puis je calculai l'heure, et me figeai.
« Jane ? Il est super tôt, chez vous ! Qu'est-ce qu'il y a ? c'est le bébé ? Tu as un problème ? Tu n'as pas réussi à joindre Jake ? Cet abruti, il doit ronfler comme un bienheureux à l'heure qu'il…
_ Bella, Bella, tais-toi ! Chut ! Tout va bien ! Enfin… »
Il y eut un court silence.
« Le bébé et moi allons très bien. »
Nouveau silence.
« Edward m'a parlé. » lâcha-t-elle.
Je fermai les yeux, et m'avachis un peu, soudain lasse et soulagée.
Edward lui avait raconté.
« C'est pour… cette histoire que tu pensais à moi ?
_ Oui, soufflai-je très bas.
_ On peut dire que vous êtes en osmose, tous les deux. » grogna-t-elle.
Je ne répondis rien.
« Alors comme ça, vous avez couché ensemble, fit-elle d'une voix lasse.
_ … Oui.
_ Bella… J'ai besoin de savoir ce qu'il en est de tes sentiments. »
Je me raidis.
« On avait dit, pas de sentiments. » soufflai-je.
Elle soupira à l'autre bout du fil.
« Et tu t'attendais à ce que ça reste ainsi ? Me reprocha-t-elle.
_ J'aime Alec ! Protestai-je.
_ Toi, oui. Mais lui, Edward, qui crois-tu qui aurait pu l'empêcher de tomber amoureux ? » s'énerva-t-elle.
Je me glaçai.
« J'étais certaine qu'il me détestait…
_ Je t'ai connue plus intuitive. »
Je fermai les yeux.
« Il est amoureux, alors… » fis-je d'une voix lasse.
Jane sembla hésiter quelques instants au bout du fil.
« Je ne sais pas vraiment… Et lui non plus, je crois. »
Je ne répondis rien. Que répondre à ça ?
« Tu ne m'as pas dit quels étaient tes sentiments, Bella.
_ Si, soufflai-je. C'est ton frère que j'aime.
_ Bella… »
Elle soupira.
Elle avait raison. Moi-même je commençais à douter, alors elle…
« Je peux presque accepter l'idée qu'il se mette avec l'autre droguée. Même si tu vois, ça me fait franchement chier. Mais Bella… »
Elle chercha ses mots.
« Alec était amoureux de toi. Follement.
_ Je sais, murmurai-je.
_ Et ça ne l'empêche pas d'être amoureux d'elle, maintenant. »
Je ne répondis rien.
« Tu comprends ce que je veux te dire ? Insista-t-elle.
_ Tu crois que je pourrais tomber amoureuse d'Edward. » fis-je d'une voix morne.
Elle ne répondit pas tout de suite. Puis :
« Depuis que je te connais, je le crois. Depuis avant même que vous ne vous soyez rencontrés. Tu te souviens quand je voulais te traîner à New York, alors que tu arrivais juste dans notre lycée ? »
Je me tus, m'en rappelant soudainement.
« Tu me l'aurais fait connaître, compris-je.
_ Oui. Puis mon frère est tombé amoureux de toi. Ça, j'avais fini par m'y attendre. Mais sincèrement, je pensais que vous deux, c'était que l'affaire de quelques mois. Alors je n'ai rien fait contre. Me disant que tu finirais par rencontrer, très tôt, Edward ; et que votre séparation, après quelques mois de couple avec Alec, ne vous empêcherait pas de vous mettre ensemble avec Edward. »
Je hochai la tête, sachant qu'elle ne pouvait pas me voir, mais qu'elle devinerait plus ou moins mon geste.
« J'ai cru que je m'étais trompée quand vous avez fêté votre premier anniversaire de couple. Et en fait… voilà que je me rends compte que non. »
Le silence s'installa entre nous.
Elle me voyait presque… destinée à être avec Edward.
Et en moi, cette idée éveillait une sensation presque vertigineuse… Des papillons se battaient violemment dans mon estomac, et un flash des bras d'Edward autour de ma taille s'imprima sur mes rétines.
Amoureux… Si c'était possible… Dieu, si c'était réellement possible, je tenais pas à lutter contre.
Mais Alec… Comment il réagirait ?
« Tu crois donc que nous sommes faits pour être ensemble. Edward et moi. Conclus-je d'une voix morne.
_ … Quelque chose dans ce goût là.
_ Ce serait la merde.
_ Oui.
_ On ne pourrait pas faire ça.
_ … Pour Alec, ça serait… dur.
_ Jane… » soupirai-je. « Je sais pas si je pourrais faire ça à Alec.
_ Edward non plus.
_ Alors où ça nous mène ! »
Ma voix était teintée de détresse. Un ange passa.
« Tu ne me sembles plus si sûre de tes sentiments. » fit-elle sur un ton indéfinissable.
Je pris quelques secondes pour réfléchir.
« Je ne le suis plus tant que ça, me résignai-je.
_ C'est une bonne chose… commença-t-elle avec réticence.
_ Sauf pour ton frère… terminai-je avant elle.
_ Alors… Il faut que tu agisses en conséquence. »
Je ne répondis pas tout de suite.
« Que veux-tu dire ?
_ Empêche Edward de tomber amoureux de toi.
_ … Nous ne coucherons plus ensemble, de toutes manières. Nous en avons convenu.
_ Oh, vous en avez convenu… » railla-t-elle. « Ça ne suffira pas ! Qu'est-ce que tu crois ?
_ Alors, tu penses que je devrais ne pas revenir ? »
Un silence se fit entre nous.
Je pus presque l'entendre déglutir.
« Euh… Je n'avais pas réfléchi à ça. »
J'eus un reniflement.
Moi, si.
« Tu ne pourras pas tout simplement disparaître. Jake et moi te voulons pour marraine. »
J'écarquillai les yeux.
« Quoi ?
_ Merde ! Je ne devais pas te le dire. Bon, tant pis. Ce que je veux dire, c'est que vous vous reverrez. C'est forcé. »
Je soupirai, me concentrant à nouveau sur la merde dans laquelle Edward et moi étions.
« Je devrai de toutes façons revenir pour regrouper mes affaires, et pour passer mes partiels. Mais après… Je peux disparaître. Les occasions où l'on se recroisera seront limitées. »
Il y eut un silence.
« Bon… Je ne sais pas si c'est la meilleure solution.
_ Pourquoi ça ne le serait pas ? Demandai-je d'une voix lasse.
_ Je ne sais pas si Edward ne va pas en souffrir.
_ Il en souffrira toujours moins que si je reste entre lui et Alec.
_ Edward n'est pas aussi simple que ça.
_ C'est moi qui l'ai foutu dans la merde ! C'est normal que je m'efface !
_ … Je crois que j'ai eu les réponses que je voulais, Bella. Il faut que je parle à Edward.
_ Que vas-tu lui dire ?
_ Ne t'occupes pas de ça. Et ne tire pas de plans sur la comète. Pour le moment, tu es toujours censée passer le réveillon avec nous.
_ … D'accord. »
Jane soupira.
« Jake va bien ? » Finit-elle par demander.
Je ne pus réprimer un sourire.
« Oui, depuis la dernière fois que tu l'as appelé. »
Je l'imaginais très bien en train de tirer la langue à son téléphone… à moi, quoi.
« D'accord… je l'appellerai demain de toutes façons.
_ Repose-toi, quand même, ris-je.
_ Dur avec Edward. » bougonna-t-elle.
Elle se tut, et un silence gêné s'installa. Je déglutis. Malgré moi une drôle de jalousie - idiote jalousie - m'envahit à l'idée qu'elle partageait son lit. Je savais très bien qu'ils ne feraient rien, hein, mais… J'aurais bien aimé être à sa place, juste.
Et t'as aucun sentiment, hein… Me nargua ma conscience.
Si. J'ai des sentiments pour lui.
« Je… Vais dormir. Je vais te laisser, fis-je.
_ Oui… Bella… euh… Bonne nuit.
_ Bonne nuit à toi. Ménage ton bébé.
_ Ne t'en fais pas pour ça.
_ … A bientôt.
_ A bientôt. »
Nous raccrochâmes, et je soufflai.
Je me recouchai.
Et je pus enfin m'endormir ; même si mon sommeil fut troublé par l'apparition d'une paire d'yeux verts…
EDWARD
J'étais en train de finir la boîte de chocolats, les yeux toujours dans le vide, l'estomac qui commençait à être barbouillé par tout ce sucre, quand Jane revint dans le lit près de 20 minutes plus tard, en pleine méditation.
Elle s'installa confortablement dans le lit, étala soigneusement les couvertures sur ses jambes et son ventre, et se coucha à côté de moi en contemplant sans trop le voir le plafond.
Je la regardai, la gorge soudain sèche, le coeur battant assez lourdement dans ma poitrine.
Je l'avais entendue parler... Avec elle. Je m'étais forcé à ne pas y faire attention. A faire comme si elles n'avaient pas une conversation me concernant - nous concernant -. A faire même comme si elle ne lui parlait pas à elle.
Je n'avais juste entendu que les prénoms. Le sien. Celui de mon meilleur ami. Le mien...
Deux garçons.
Une fille.
Un tas d'emmerdes...
Jane soupira à côté de moi sans se tourner de mon côté. Je m'étirai, essayant de dénouer mes épaules, dans un état un peu amorphe, entre épuisement, lassitude et abattement.
" Ça y est, je lui ai parlé." Me dit-elle.
Ma respiration se figea un peu alors que je laissais retomber mes bras sur le me rallongeai à ses côtés et me mis dans la même position qu'elle.
" Vous êtes dans la merde. "
Silence.
Un battement cardiaque de loupé.
Une crampe à l'estomac qui n'était pas dûe aux chocolats belges hors de prix que j'avais ingurgités.
" Vous tiendrez pas. Pas pendant des semaines, c'est pas possible.
_ Pourquoi tu dis ça ? Soufflai-je la gorge nouée, cette fois.
_ Qu'est-ce que tu comprends pas dans " je lui ai parlé " ? S'agaça-t-elle.
_ Ça m'étonnerait qu'elle t'ait dit qu'elle ne tiendrait pas.
_ Bien sûr que non ! Elle n'a rien dit du tout ! Mais c'est ce que j'en ai déduit. Elle ne te résistera pas très longtemps si jamais tu retournes vers elle. Elle... a besoin de toi, d'une certaine façon. Mais pas comme toi, tu as apparemment besoin d'elle.
_ Ce qui veut dire ? M'irritai-je.
_ Ce qui veut dire que vous êtes dans la merde et que je ne sais pas ce que vous pouvez faire ! Il va falloir que vous parliez à Alec !
_ Comment ça " vous " ?
_ Vous ! Toi et elle ! Vous deux !
_ ... Hors de question. "
Elle se tourna vers moi et me lança un regard peu amène qui me disait que je commençais sérieusement à la faire chier.
" Elle te manque ? " Me demanda-t-elle sur un ton abrupt au bout de quelques secondes de silence.
Mon estomac se serra un peu plus et ma gorge s'assécha. Je détournai les yeux et passai une main nerveuse dans mes cheveux.
Si elle me manquait... Putain, c'était au delà du manque ce que je ressentais...
" Tu es en train de tomber amoureux d'elle, Edward..." Souffla-t-elle.
Nouveau silence.
Nouveau battement cardiaque de manqué.
Je le savais.
Au plus profond de moi, je le savais depuis pas mal de temps déjà.
Mais c'était impossible.
Vis-à-vis de mon meilleur ami, de mon frère de coeur, de celui pour qui j'aurais fait tout et n'importe quoi, c'était impossible. J'étais prêt à me crever le coeur pour ça. A partir à l'autre bout de la Terre s'il le fallait.
" Edward ? "
J'inspirai profondément et secouai négativement la tête, un peu au ralenti, sans trop savoir pourquoi. Était-ce à cause de ce qu'elle me disait ou par rapport à ce que j'étais en train de penser ?
" J'ai pas le droit de tomber amoureux d'elle. " Répondis-je d'une voix presque catégorique, comme si c'était quelque chose que je pouvais choisir, comme s'il fallait à mon coeur une autorisation...
C'était là, c'était en train de grandir, et je le sentais faire sans réagir.
" Même s'il me pardonnait, elle ne voudrait jamais de moi. "
Je l'entendis tout à coup se relever et la sentis s'asseoir à cheval sur mes hanches. Elle se pencha sur le côté et saisit mon portable sans que j'aie le temps de dire ou faire quoi que ce soit. Puis, elle me tendit mon Smartphone et je vis qu'elle avait ouvert une page pour que j'envoie un texto.
" Demande-lui. Me dit-elle.
_ Quoi ?
_ Demande-lui si elle ne voudra jamais de toi. "
Je la regardai, incrédule.
" T'es dingue. Marmonnai-je en la poussant sur le côté pour qu'elle se rallonge à mes côtés.
_ Écoute-moi, Edward. Je vous conseille de régler une bonne fois pour toutes les choses entre vous avant qu'Alec ne se rende compte de quelque chose ou que l'un de vous ne vous décidiez à lui parler. Alors pendant que tu es un peu motivé pour mettre cartes sur table, profites-en pour en faire de même avec elle. "
Je lui jetai un nouveau regard, indécis.
Et si elle disait oui ?
Et si elle disait non ?
A quoi ça m'avancerait ?
Je saisis d'un geste rageur le portable qui me narguait sous mon nez de plus en plus et me redressai. Je restai un moment à fixer l'écran et jetai un nouveau regard dubitatif à ma meilleure amie qui m'observait avec détermination. Je soupirai et écrivis :
" Désolé si je te réveille. Désolé d'avoir révélé notre secret..."
Je m'arrêtai un instant. Non. Je ne pouvais pas commencer comme ça. J'effaçai tout et pris une nouvelle inspiration.
" A-t-on des chances de revenir en arrière ? "
Puis, sans plus réfléchir d'avantage, envoyai le texto et reçus quelques secondes plus tard la réponse.
" ... Oui. C'est ce que tu veux ? Je peux partir. Définitivement. "
" Je parlais de nous. "
Je me passai une nouvelle fois une main nerveuse sur mon visage.
Je sentais le regard scrutateur de Jane sur moi, et ça me rendait malade. J'avais presque envie de lui demander de s'en aller l'espace de quelques minutes, histoire que je règle tout ça avec Bella.
" C'est ça. Le tout début. Quand je n'existais pas à tes yeux. "
Je regardai ses mots, un sourire doux-amer menaçant d'étirer mes lèvres. Elle avait toujours existé à mes yeux, c'était bien ça le véritable problème.
" Qu'est-ce que tu veux, toi ? "
On parlait de moi.
Jamais d'elle.
Je voulais la savoir. La comprendre.
" Qu'on arrête de jouer, si c'est pour que tu en souffres. C'est pas vis-à-vis d' Alec que je me sens coupable, mais de toi. "
Mon regard s'arrêta sur un mot : jouer. C'était vraiment ce qu'on avait fait ?... C'était sûrement ce qu'on aurait dû faire. Ce que j'avais toujours fait avec les autres. Mais que je ne m'étais jamais réellement résolu à faire avec elle.
" Jouer... Tu as un drôle de vocabulaire pour une littéraire, en ce qui concerne les relations humaines. "
Durant quelques minutes, je ne reçus aucune réponse.
Je lançai un regard à Jane qui m'observait cette fois les sourcils froncés quand mon portable vibra à nouveau.
" C'est pas le sujet et j'ai peut-être pas employé le bon mot, mais tu m'as comprise. "
" C'est exactement le sujet. T'es en train de me rendre dingue. Dans tous les sens du terme. "
Plusieurs minutes s'écoulèrent, me nouant l'estomac à cause de mes mots, de l'attente, de ce qu'on était en train de faire dans le dos d'Alec. Puis je reçus la réponse.
" Je disparais alors. C'est ça ? "
Je soupirai, la gorge nouée.
Non. Non, tout sauf ça...
" Je ne sais pas. Ça n'arrangerait pas grand-chose au final. J'ai envie de t'avoir autant que tu disparaisses. "
C'était exactement ce que je ressentais à cet instant précis. J'avais autant envie de l'avoir près de moi dans mon lit qu'elle disparaisse de la surface de la Terre.
J'attendis un moment sa réponse et allais reposer mon portable quand il vibra à nouveau, m'arrachant un léger haut le coeur.
" C'est donc trop tard ? "
J'hésitais.
" Trop tard pour quoi ? "
" Revenir en arrière. C'est trop tard, n'est-ce pas ? Qu'entends-tu par là ? "
J'eus un rictus, puis répondis.
" Je ne sais pas si t'as vraiment envie d'entendre ce que je veux dire par là. "
" ... Ce n'est pas moi qui en souffre le plus, je crois. Qu'est-ce que tu veux, toi ? Tu sais que je peux aussi bien revenir que m'effacer comme si... je n'avais jamais existé. "
C'était trop tard pour ça...
" Revenir dans quel sens ? "
" Je ne sais pas... Ou je sais que ça ne dépendra que de toi... "
Si ça devait dépendre que de moi, je voulais l'avoir encore et encore. Ne plus me cacher. Dire à tout le monde que j'étais avec elle. Jane avait raison ; j'étais vraiment dans la merde.
« Je veux te toucher encore »
" Mais ? Parce qu'il y a un mais, je suppose... "
Il y en avait tellement... Et Alec les incarnait tous.
" Il y a beaucoup de mais entre nous. Sinon, je serais capable de prendre un billet
d'avion pour le Washington demain. "
Elle ne répondit pas de suite.
J'avais envie d'être dans la même pièce qu'elle à ce moment-là. Voir ses émotions sur son visage. Les observer à l'état brut. Mais encore une fois, il y avait un " mais ". Le " mais " le plus dangereux. Elle était capable de me perdre définitivement. Et je serais alors capable de choisir ce que jamais j'aurais cru choisir un jour : une fille contre mon meilleur ami.
" Je te veux toi et ça ne sera jamais possible. "" Bien sûr. Alec. Ouais. C'est d'accord, je ne reviendrai pas. "
Je contemplai un instant ses mots, coi. Elle plaisantait, n'est-ce pas ? Dites-moi qu'elle faisait semblant de ne pas comprendre...
" Tu n'y penses pas ? Tu ne penses pas au mal que ça lui fera si jamais je lui dis que j'ai des sentiments pour son ex qu'une part de lui aime toujours ? "
Sa réponse se fit attendre, une fois de plus.
« Le problème n'est pas là… Tu te voiles la face. J'aime Alec, également ; et pourtant, je peux être heureuse pour lui et Tanya. Pourquoi ? Parce que lui aussi est heureux. Et je sais très bien que si notre relation devait nous rendre heureux tous les deux, il ne s'y opposerait pas… Alors ne viens pas dire que c'est lui le problème. »
« Tu es en train de me dire que tu veux te mettre avec moi ? »
« Je suis en train de te dire que si toi tu ne le veux pas, c'est pas pour les raisons que tu évoques. Moi… »
« Mais tu voudrais sortir avec moi ? »
Je patientai plusieurs minutes, le cœur battant.
« Oui. Mais je connais ta relation avec Alec, et je sais que… ce serait pas bien pour toi. »
« Ce que j'adore avec toi, c'est que tu me prends pour un égoïste. »
« Si c'est ce que tu penses… Bonne nuit et… adieu. »
BELLA
Forks, le 22 décembre 2009,
Cher journal,
…
Je ne sais pas quoi écrire. Et pourtant, ça fait plusieurs jours que j'ai envie de coucher sur le papier toutes les émotions qui grondent en moi.
Mais en même temps, je ne sais pas quels mots les décrivent.
Il y a… de la détresse, qui a plusieurs causes.
De la tristesse, qui a plusieurs causes.
Du manque, qui concerne plusieurs personnes.
Des questionnements, qui concernent également plusieurs personnes.
Une forme de panique, aussi.
Je suis tiraillée.
Je ne sais pas ce que je dois faire. Retourner à NYC ? Ou… changer de fac ?
En cours d'année, entre deux semestres, c'est faisable. À condition d'avoir de bonnes motivations. J'en ai de bonnes, non ? Alec n'a plus besoin de moi. Et il y a Edward qui, lui, a de plus en plus besoin de moi.
Mais qui ne me veut pas.
Ça pourrait s'arrêter là. Si seulement je ne commençais pas à…
Développer des sentiments pour lui.
Ça n'est pas bon pour lui. Il faudrait que je parte…
Mais je ne sais pas si j'en serai capable tant qu'il ne me l'aura pas demandé.
Pourquoi ?
Je devrais réussir à le faire, pourtant ! Comme quand je suis partie trois semaines, au tout début de ma rupture avec Alec. J'aurais été capable de ne pas revenir, à ce moment là.
Alors pourquoi maintenant, je n'arrive pas à me décider à disparaître ?
Une faible voix en moi me dit « Oh, mais tu ne pourras pas totalement disparaître. Tu finiras par revoir Rose parce qu'elle sort avec Emmett, Jane parce qu'elle est la mère de l'enfant de Jake… Tu reverras Edward un jour ou l'autre ».
Mais une voix plus forte en moi me dit que ce n'est pas l'unique raison de mes réticences à dégager.
Sauf que cette voix plus forte ne veut pas me dire quelle est la principale raison.
C'est idiot… je me sens bête d'écrire ça. Pourquoi je le fais ? Et pourquoi je dresserais pas un tableau des Pour et des Contre ?
Pour ma disparition :
- Alec n'a plus besoin de moi. Cela ne lui ferait plus tant de peine que ça ; va savoir si ça ne l'aiderait même pas à conclure avec Tanya.
- Le Master de NY n'est pas celui que je voulais faire à la base. Je pourrais partir à l'étranger. Le faire là-bas, et là, ce serait carrément bon pour mon avenir professionnel (à défaut d'avoir un avenir sentimental…)
- Edward souffre de notre relation, et je commence à douter que notre simple rupture suffise à cesser les dégâts.
- Et de toutes façons, même s'il avait envie de moi… à ses côtés… jamais il ne m'accepterait. Pour Alec.
Bien…
Maintenant, passons aux Contre ma disparition.
…
J'en vois pas.
Je n'en vois aucun.
Et pourtant…
Je ne peux pas me résoudre à prendre la décision.
Cher journal…
Je suis dans la merde, mais ça m'importe peu. Ce qui me fait mal, c'est que j'y ai entraîné Edward.
Et d'ailleurs, j'ai une question.
Depuis que je le connais, je n'arrête pas de dire que je ne pourrai aimer qu'Alec de toute ma vie.
Alors pourquoi plusieurs fois depuis que je suis à Forks, c'est uniquement la présence d'Edward qui m'a manquée… ?
Je refermai d'un claquement mon journal.
Noël était passé ; nous étions le 26 décembre.
Les fêtes s'étaient déroulées dans une ambiance à la fois gaie et… troublée.
Par les changements qui se produisaient dans la vie de mes deux frères ; Emmett, et mon frère de cœur Jake.
Nous avions passé le réveillon avec Billy et Jacob ; Emmett s'était montré comme d'habitude, blagueur, et s'était chargé de mettre l'ambiance ; mais malgré tout il avait beaucoup pensé à Rosalie, et l'avait appelée pendant la soirée.
Jake, lui, avait passé, sans surprise, son temps avec son portable, à correspondre avec sa copine enceinte.
Mon père m'avait surveillée de près. Comme s'il craignait que… je sais pas ! Que je sois déprimée, ou quoi.
J'aurais dû l'être ?
Je pensais que oui. Que j'allais être morne, pour mes premières fêtes en tant que célibataire depuis plusieurs années ; mais en fait… non. Il fallait dire que je n'avais jamais passé Noël avec Alec ; je risquais de souffrir plutôt au réveillon du 31.
Billy, lui, était encore troublé par le fait qu'il allait être bientôt grand-père. Et finalement, lui aussi s'était mis à envoyer des messages à Jane.
Et moi…
J'essayais de m'amuser comme avant. Comme si mon avenir n'était pas complètement flou. Comme si je ne souffrais pas de voir mes deux frères heureux chacun avec leur couple alors que moi… j'avais quitté celui que j'aimais, et fait souffrir son meilleur ami. Meilleur ami qui, je devais le reconnaître, me manquait.
Bref, le réveillon était passé. Le jour de Noël aussi. Et là, on en était au 26, qui allait également passer.
Je reprenais l'avion dans quatre jours, tôt le matin.
Je garai ma camionnette au pied de la falaise de Forks.
Descendis, et allai sortir mon matériel d'escalade.
Il m'avait fallu ruser pour que Jake et Emmett ne se rendent pas compte que je l'avais chargé. S'ils savaient à quoi j'occupais mes journées, ils me tueraient. Histoire que ce ne soit pas la falaise qui le fasse.
Mas oh, je sécurisais ma voie, et surtout, je l'avais déjà fait.
Je détendis mes muscles et commençai un bref échauffement.
Puis je m'équipai dans des gestes désormais routiniers, et commençai mon ascension.
Je ne sais pas combien de temps j'avais mis à monter. À chaque fois, j'oubliais de regarder ma montre avant de partir.
Une demi-heure ? Une heure ? Quand je montais, j'en oubliais toute notion du temps.
J'agrippai la dernière prise, et me hissai au sommet ; lâchant un cri de surprise quand une main chaude attrapa mon poignet.
Je passai mes jambes et m'assis.
Jetai un regard à la personne accroupie en face de moi.
« Salut, Leah. »
Elle me sourit.
« Tu sais que Jake te tuerait si il savait ce que tu viens de faire ? »
J'haussai les épaules.
« D'un, c'est pas la première fois. De deux, ce qu'il me ferait n'est rien à côté de ce que ferait Emmett. »
Je me dessanglai un peu, et poussai un profond soupir.
« Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? Tu comptais pas sauter, quand même ?
_ Wow ! Ça va pas ? L'eau doit être glaciale.
_ Y a des chances. » souris-je.
Nous gardâmes le silence quelques instants.
« Je m'isole, en fait, finit par répondre Leah.
_ Oh… Tu veux peut-être que je…
_ Hein ? Non, c'est bon… Toi, tu peux rester. C'est juste que… j'en avais un peu marre de la présence des gars, et Emily était collée à Sam… »
Elle fit une moue de dégoût qui m'arracha un petit rire.
Il y eut un nouveau silence ; elle vint s'asseoir à côté de moi. Nous faisions face au point de vue, assises en tailleur.
Je posai mes mains sur le sol froid ; enfouis mes doigts dans la terre. Je fermai les yeux, et levai un peu la tête pour sentir le vent dans mon cou, dans mes cheveux attachés en une queue rendue lâche par mon ascension. À côté de moi, je devinais que Leah en faisait à peu près de même.
C'était le genre d'instant que nous ne pouvions pas partager avec tout le monde. Car tout le monde n'avait pas le même rapport à la nature qu'un Quileute… ou que moi, qui avais été élevée parmi les Quileutes.
C'était le genre d'instants qui me manquaient quand j'étais à Washington D.C., ou à New York.
Leah finit par prendre la parole.
« Tu vas bien, Bella ?
_ Non. » lui répondis-je simplement.
J'étais incapable de mentir, dans de tels instants.
C'était si simple de se laisser aller en sentant la terre entre ses doigts, et l'air dans ses cheveux.
« Alec ?
_ J'aurai toujours des sentiments pour lui. Mais… ça va, j'ai fait mon deuil. Non, c'est… »
Je soupirai. Personne n'était au courant pour Edward et moi. Enfin, à part Jane désormais.
« J'ai couché avec son meilleur ami. » Fis-je soudain.
Et si Leah pouvait m'aider, elle ?
Elle sourcilla.
« Tu es sortie avec ?
_ Non. J'ai couché avec. »
Je la sentis se retourner vers moi, et me résignai à ouvrir les yeux pour les plonger dans les siens.
Ses yeux, noirs, me fixaient sans dégoût ni le moindre jugement. Juste pensivement.
« Ah… Et ?
_ Il semblerait… qu'il ne sache plus trop où il en est. Mais il est hors de question pour lui qu'Alec apprenne quoi que ce soit… Du coup on a rompu.
_ Je croyais que vous n'étiez pas ensemble.
_ A la base, non… Puis ça a dégénéré. Alors on peut parler de rupture. »
Elle hocha la tête, pensive.
« Et toi ? Tu sais où tu en es ? »
Elle avait visé juste.
Je me détournai vers le paysage.
« Non.
_ Tu as des sentiments pour lui ?
_ Non ! Enfin… »
Je me mordis la lèvre.
Bien sûr que si.
« Peut-être que si. D'une certaine manière, soufflai-je.
_ … Tu ne veux pas développer ?
_ Je… Il me manque. Voilà. »
Si seulement il n'y avait que ça. Si seulement, en plus du manque, il n'y avait pas ce foutu bonheur quand je le voyais, de la tristesse quand il n'était pas là, une certaine forme de peur quand je songeais qu'il était du genre à connaître beaucoup de filles intimement, de la chaleur quand je songeais, avec culpabilité, qu'il s'attachait à moi…
Leah réfléchit quelques instants.
« Hin hin… Et qu'est-ce que tu vas faire ?
_ Je sais pas. Retourner à NYC, ou partir. »
Je lui racontai tout ce que j'avais écrit dans mon journal, poussée par une étrange impulsion. Elle m'écouta attentivement.
« … La raison voudrait que tu partes. » fit-elle quand j'eus fini.
Je hochai la tête.
« Oui.
_ Mais je crois que tu devrais écouter ton coeur. » finit-elle énigmatiquement.
Je fronçai les sourcils en fixant mon regard sur elle.
Elle arborait un sourire tranquille.
« Mon cœur ? Fis-je enfin.
_ Oui. Celui qui te dit de rester à NYC.
_ … Pourquoi ? M'étonnai-je.
_ Parce que, Bella, tu ne sais pas tout des sentiments, malgré ce que tu sembles penser. Et tu pourrais bien avoir des surprises. »
Je fronçai les sourcils, un peu vexée. Elle avait parlé un peu comme on parle à un enfant…
Mais je ne répliquai rien ; et soudain, j'éprouvai l'envie de changer de sujet.
« Au fait, Leah… ça te dirait de venir passer quelques jours à New York ? » demandai-je l'air de rien.
Elle tressaillit, et je souris.
« On pourrait faire des trucs de fille. » Souris-je.
Elle écarquilla les yeux, limite catastrophée, et je ris.
J'aimais beaucoup ça.
Je me levai.
« Je commence à avoir froid. Je redescends chercher ma camionnette et rentre chez moi. On se voit ce soir ? »
Chaque 26 décembre, avec les Quileutes, on se réunissait tous et on faisait un grand feu de camp, pour nous offrir des cadeaux, après avoir déterminé par tirage au sort qui allait s'occuper du cadeau de qui. Un peu comme Alice avait fait, sauf que là, il y avait eu un vrai tirage au sort.
Je m'occupais de Seth. Et c'était Jake qui avait eu à s'occuper de Leah ; il avait grogné un moment.
Puis je lui avais conseillé de lui offrir un billet aller pour NY.
Leah ne travaillait pas, en ce moment. Elle ne trouvait pas, aux alentours de Forks.
Elle pouvait donc venir quelques temps parmi nous.
Je savais que sans aimer la ville, elle serait quand même curieuse d'y revenir. Elle avait été attentive lorsqu'on avait fait une visite rapide de New York après la compétition.
D'ailleurs, en pensant escalade, j'avais bien envie d'appeler James.
Comme si il allait me permettre de m'évader un peu vers New York… Tout en restant à Forks.
Illusoire, mais… tentant.
Et voilà ! Alors, que pensez-vous de la voie dans laquelle s'engagent les futurs tourtereaux ?
Vous étiez plusieurs à en vouloir à Bella de ne pas tomber amoureuse de suite d'Edward ; mais je tiens à vous rappeler que niveau temps, cela ne fait que depuis mi septembre qu'elle n'est plus avec Alec, celui qu'elle pensait être son unique amour, son premier, avec qui a fortiori elle est restée 4 ans... Et qu'il s'agit d'Edward, qui a plutôt d'emblée affiché un caractère de merde envers elle... Enfin, cela étant, j'ose espérer que ce que vous aurez pu lire dans ce chapitre vous rassure quant à ses sentiments !
A la semaine prochaine !
