Bonsoir !
Nous revoilà avec ce nouveau chapitre de séparation entre nos amoureux... Certains d'entre vous comprennent Bella, d'autres Edward. Certains aimeraient engueuler l'un, d'autres aimeraient engueuler le second. A vous de nous dire après la lecture de ce chapitre ce que vous pensez de la voie que suivent nos deux futurs amoureux...
Je vous laisse découvrir et vous souhaite une bonne lecture !
P.S : Un joyeux anniversaire en retard à Marie !
EDWARD
Avez-vous déjà fait quelque chose dans l'unique but de vous venger ? Avez-vous déjà voulu faire souffrir atrocement l'autre parce que vous souffriez aussi ? Parce que c'est ce que je fis à ce moment-là.
oOo
J'essayai de toutes mes forces et même au-delà de montrer plus d'engouement à la soirée familiale que ma mère préparait depuis des semaines pour ce jour si spécial qui devait être le plus beau de l'année : Noël.
Un énorme sapin trônait à côté de la cheminée allumée, devant lequel ma mère et ma soeur déposaient nos derniers cadeaux, les cantiques de Noël résonnaient en sourdine, mon père coupait des parts de gâteau aux trois chocolats que Jane nous avait fait – note à moi-même : demander à Jacob si elle ne lui avait pas sous-entendu dans l'une de leurs conversations une reconversion dans la chocolaterie, genre Willy Wonka nouvelle génération -, mon estomac était plein et j'étais assis dans le même fauteuil que tous les ans mais rien n'y faisait.
Je n'y arrivais pas.
À sourire.
À plaisanter avec mon père.
À parler du dernier match de basket.
Ça faisait trois jours qu'elle était partie, que tout était fini entre elle et moi – à défaut d'un véritable ''nous'' – et je n'en pouvais déjà plus.
Les couleurs devenaient ternes.
Les saveurs devenaient fades.
La respiration devenait lourde.
Le coeur se vidait.
À cause d'elle.
Elle que je ne pourrais jamais avoir parce qu'il y avait lui entre nous deux.
Elle était entrée dans ma vie comme une claque qu'on se prend, comme ça, vive et incisive, et j'avais cru pouvoir l'oublier comme on oublie le picottement douloureux sur la joue quand la main se retire après vous avoir heurté.
J'avais cru qu'elle ne serait qu'un visage de plus dans ma vie.
Et la vérité avait été qu'elle était de ces claques qui marquent à vie et qu'on n'oublie jamais, peu importe la volonté qu'on y met. Elle vous a heurté et s'est inscrustée dans votre peau pour ne plus vous quitter.
Je me sentais comme un sado-masochiste qui demandait encore un peu plus de douleurs.
Je me demandais ce qu'elle faisait, avec qui elle était, si elle était triste, si elle riait... Si elle pensait à moi, à ce "nous" qui tournait maintenant en permanence dans ma tête. Si un autre la tenait dans ses bras.
'' Tu ne devais pas appeler Emmett, Rosalie ? Ils ont dû rentrer à cette heure-ci.'' Dit ma mère.
J'inspirai lentement alors que mon estomac se serrait.
C'était la seule information que je possédais sur ses activités. Elle était partie faire de l'escalade une bonne partie de la journée avec deux amis de la réserve quileute.
De l'escalade en plein milieu du mois de décembre dans l'état de Washington. C'était à se demander si j'étais le seul sado-maso.
Je vis ma soeur se précipiter à travers la pièce pour attraper son téléphone portable tandis que mon père me donnait une part du gâteau accompagnée de fraises sur une assiette en porcelaine.
J'essayai de lui sourire en le remerciant et tendis malgré moi l'oreille en direction de Rose.
" Ca fait plaisir de la voir comme ça. Elle a l'air vraiment attachée à ce garçon. Me dit mon père, un sourire attendri flottant sur ses lèvres.
_ Ouais. Me contentai-je de marmonner.
_ Emmett ? C'est Rose."
Mon estomac se serra alors que ma soeur s'éloignait en direction des chambres, me laissant amèrement frustré, d'autant plus que je savais qu'elle en avait pour au moins une demi-heure et que j'avais peu de chances d'entendre les réponses aux questions que je me posais à son sujet.
"Tu as l'air préoccupé. Fit mon père.
_ Tu as remarqué, toi aussi." Enchaîna ma mère depuis le sapin.
Je me retins à grand peine de soupirer quand je vis ma soeur resurgir dans le salon avec 20 bonnes minutes d'avance. Je la regardai sans comprendre s'avancer vers moi et me tendre son portable.
"C'est Bella. Alors t'es gentil et tu lui souhaites un joyeux Noël par politesse et tu me rends mon portable après." me dit-elle sur un ton autoritaire.
Je regardai un moment l'appareil, un peu déconnecté, alors que mes parents s'éloignaient vers la cuisine quand Rose l'agita sous mon nez pour me sortir de ma léthargie.
J'allais lui parler.
Dans quelques secondes.
J'allais entendre sa voix.
Au ralenti, je tendis ma main et ma soeur me lança un regard d'avertissement.
"Gentil." siffla-t-elle.
Je lui jetai un regard excédé et lui arrachai le téléphone des mains, la gorge soudainement sèche.
« Tiens Edward, quelle bonne surprise ! Joyeux Noël. Dit-elle d'une voix froide.
_ A toi aussi. Rosem'a dit que vous aviez fait de l'escalade toute la journée sur une falaise. Apparemment tu ne t'es pas noyée. Répliquai-je sur un ton sarcastique qui me valut un coup derrière la tête de la part de ma soeur.
_ Désolée pour toi. Répondit-elle sur le même ton.
_ Pour Alec, surtout."
A ce moment-là, Rose ouvrit la bouche, les sourcils froncés, en tendant la main vers le portable, mais je fus plus rapide qu'elle et me levai pour aller m'enfermer dans mon ancienne chambre.
"T'insinues que ça l'arrangerait de me voir noyée ?
_ Je te laisse à la réflexion... Alors... On a regoûté à la vie sauvage ? Lui demandai-je, amer.
_ Quoi, tu crois que j'ai sauté sur un Indien de la réserve ?
_ Tu es libre. Répliquai-je avec amertume.
_ Oh, mais je le sais, ça. Et toi ? T'as réussi à lever une poufiasse ?
_ Oui ! Même dix !
_ Super. Je vois que tu te remets très vite. Me dit-elle, amère.
_ Me remettre de quoi ?
_ Oh oui, pardon... Je suppose que ce n'était qu'un mensonge de plus, les ''tu me manques'' et... tout."
Un silence pesant s'installa.
Mes propres mots me blessaient, et je sentais bien que ça l'atteignait aussi. Mais il y avait cette barrière entre nous. Cette barrière qu'aucun de nous deux ne se résolvait à franchir.
" Je t'interdis de dire ça. Murmurai-je, la voix un peu cassée.
_ Ouais, c'est ça. Amuse-toi bien, hein ?
_ Tu me fais quoi, là, Bella ? Une scène ? Ça t'emmerde que j'aie tout arrêté ? M'irritai-je après une pause.
_ Non. Il fallait que ça cesse. Laisse tomber. Répliqua-t-elle, encore plus froide.
_ Et pourquoi, selon toi ?
_ Parce que c'est pas ton truc les relations sérieuses. Dit-elle, ironique.
_ Et surtout parce que tu ne ressens rien pour moi. Lui répondis-je amèrement.
_ C'est ça. Facile de tout me mettre sur le dos. En attendant c'est pas moi qui multiplie les conquêtes.
_ C'est pour ça que tu me parles sur ce ton ? Ça te rend dingue de me savoir avec une autre ?
_ Qu'est-ce que ça peut te faire ? J'ai juste confirmation de ce que je pensais.
_ Réponds à ma question. Insistai-je, le coeur lourd.
_ Va te faire voir.
_ Avec toi, c'est quand tu veux et où tu veux. Au revoir, Bella. »
Je ne lui laissai même pas le temps de répondre et raccrochai.
BELLA
Emetteur : Renée_aime_Phil caramail. com
Objet : Joyeuses fêtes !
Reçu le 24 décembre 2009, 23 h 58
Salut ma chérie ! Comment vas-tu ? Si j'ai bien calculé, il doit être minuit chez ton père. Toi et ton frère y êtes bien, non ?
J'espère que vous passez de bonnes vacances et de bonnes fêtes. Enfin, en espérant que ton frère ne soit pas de garde en ce moment. Ce serait si dommage. Pour ma part, je suis en Sicile avec Phil. La Sicile, tu vois où c'est ? À côté de l'Italie. Il fait un temps un peu moche mais le pays est magnifique. Je te conseille de partir y faire un tour, à l'occasion. Enfin, quand tu auras fini tes études. Tu sais, tu devrais songer à faire une année sabbatique quand tu seras diplômée. C'est pas quand tu commenceras à travailler que tu pourras voyager ! Penses-y ma chérie !
Bon, je ne vais pas m'attarder hein ! Passez tous une bonne soirée. Passe le bonsoir et souhaite de bonnes fêtes à tout le monde !
Je t'embrasse bien fort, je t'aime.
Ta maman.
oOo
Je soupirai en lisant le message. Tout à fait ma mère. Un mail tapé à la va-vite entre deux orgies avec son Philou d'amour. Mais que pouvais-je y faire ? Au fond de moi, j'étais heureuse de la voir si bien. Elle avait toujours été comme ça ; vive, fraîche, joyeuse et profitant de la vie à 200 %. On aurait pu croire que, surtout qu'elle n'était pas riche, ce train de vie lui poserait des problèmes à la longue. Mais non, elle s'en sortait bien ; et, en l'occurrence, profitait du quotidien de son actuel « homme de ma vie », Phil Dwyer, star du base-ball en deuxième division. Elle s'en sortait bien, et quelque part, je crois que j'admirais ça, chez elle ; cette capacité à se défaire des petits tracas de la vie et de s'éclater à fond.
Même si ça faisait d'elle une mère peu responsable… Mais ça, c'était une autre histoire.
Je lui tapai un message aussi court que celui que j'avais reçu ; j'avais bien essayé, pendant un temps, de lui envoyer de longs mails pour lui expliquer ce qu'Emmett et moi devenions pendant qu'elle parcourait le monde… Pas qu'elle s'en foutait, mais cela ne la tracassait pas. Alors j'avais fini par arrêter.
Je refermai mon ordinateur et redescendis auprès de Billy, Jake, Charlie et Emmett…
Emmett leva la tête vers moi alors que je revenais me vautrer à côté de lui. Il en était à sa troisième part de bûche ; entre lui et Jake, y a pas à dire, j'avais bien fait d'en acheter une glacée en plus de celle que j'avais cuisinée. Quelle bande de ventres. Heureusement qu'ils ne risquaient pas de tomber enceintes et d'avoir à se nourrir deux fois plus...
Je frissonnai à cette idée.
" Alors ? Ta mère a envoyé une e-card ? railla Emmett.
_ C'est aussi ta mère je te signale. Et non, c'est pas une e-card, mais un e-mail."
Mon frère hocha la tête sans enthousiasme.
" Tant mieux.
_ Elle va bien ? s'enquit mon père.
_ Ouais. Elle découvre la Sicile.
_ Oh.
_ Comme tu dis."
Ce sujet de conversation fut vite clos ; comme à chaque fois. Parler de Renée ne motivait que fort peu les hommes de la famille. Cela se comprenait bien sûr ; mon père avait souffert de sa rupture et mon frère considérait qu'elle nous avait abandonnés, m'arrachant en prime quelques années à lui pendant que je l'avais suivie à Seattle.
Charlie et Billy s'étaient remis à parler nourrisson et Jacob pianotait sur son téléphone portable. Emmett regardait sans cesse s'il avait un appel de sa blonde.
Quelle plaie l'amour.
Surtout quand on est seule au milieu d'un tas de couples.
Je soupirai.
Inévitablement une image d'Edward me vint à l'esprit ; et je me mordillai la lèvre, désemparée. Je pensais beaucoup plus à lui qu'à Alec désormais.
Et cette idée faisait battre mon coeur tellement fort. Dès que son image apparaissait derrière mes rétines, des papillons voletaient dans mon ventre. Et je crevais d'envie de le revoir...
Même si notre dernière conversation ne s'était pas très bien terminée.
J'eus un pincement au coeur.
Je lui avais clairement avoué vouloir sortir avec lui, et il m'avait repoussée.
Je me disais au fond de moi que...
Peut-être n'était-il pas certain d'éprouver quelque chose d'assez fort pour moi.
Peut-être allait-il faire comme il m'avait dit qu'il ferait ; chercher une autre fille, voir s'il était capable de coucher avec elle.
Peut-être allait-il échouer et peut-être songerait-il à ce qu'on ait une relation plus développée.
Ou encore, peut-être allait-il réussir à s'amouracher d'une autre et alors tout serait fini... Comme un rêve qui s'efface, nous redeviendrons ces deux étrangers qui ne s'entendent pas réellement mais fréquentent les mêmes personnes.
Peut-être allait-il réussir à m'oublier quand moi, je ne parvenais plus à l'effacer...
" Yo, Bells ? Tu pionces ? Je t'ai demandé si tu revoulais une part de bûche." Fit Emmett, me sortant de mes pensées.
Je soupirai.
"Ouais. De la bûche glacée. Une très très grosse part, s'il te plait..."
oOo
Forks, le 25 décembre 2009,
Cher journal,
Voilà quelques minutes qu'Edward m'a appelée… Ok, que Rose a appelé mon frère pour lui souhaiter un joyeux Noël, et m'a passé le sien.
Ça a dégénéré. Comme d'hab. enfin, je devrais dire, comme avant.
Pourquoi ne peut-on pas se conduire comme des gens civilisés ? Il faut toujours que nos conversations, si elles ne se terminent pas sur l'oreiller, dérivent en disputes.
Et je ne sais pas pourquoi, nos dernières phrases m'ont réellement blessée.
Le fait qu'Edward semble ne me voir que comme une fille qui n'a eu aucun scrupule à tirer un coup avec le meilleur ami de son ex. Mais, hey ! Il était plus que consentant, et pas innocent dans le genre « coucher avec l'ex de son meilleur ami. ». Pas que je juge que c'est… Mal, ce qu'on a fait. Merde, je n'appartiens pas à Alec ! Et il se trouve que c'est par son meilleur ami que j'étais attirée… Ce n'était pas prémédité…
Mais voilà, c'est fini. Sur une dispute ; exactement comme ça avait commencé. Et ça me laisse un goût amer au fond de la gorge…
Pourquoi cela me fait-il mal de songer que je suis déjà remplacée ?
Un souvenir dans un coin du cerveau d'Edward ?
Pourquoi ça me fait mal de penser qu'au fond, je n'ai été « qu'une de plus » ?
J'étais déjà consciente d'avoir commencé à m'attacher…Mais la douleur ne devrait pas être aussi forte.
Et j'ai pas envie de songer à la possibilité que je sois... En train de tomber amoureuse de lui.
Je dois bien le reconnaître. C'était facile de me voiler la face. Mais je me souviens des paroles de Jane.
Alec était amoureux de moi. Maintenant, il l'est de Tanya.
Les sentiments peuvent varier.
Et aujourd'hui, je dois l'avouer… Je pourrais bien en aimer un autre qu'Alec.
Pourquoi pas lui ?
Eh bien, peut-être parce que quand il commençait à s'ouvrir, j'étais fermée. Et quand moi je commence à m'ouvrir, c'est lui qui se ferme.
On n'est visiblement pas faits l'un pour l'autre, contrairement à ce que croyait Jane. Et le fait qu'il ait pu reprendre ses habitudes de sérial baiseur tend à le prouver.
Et le fait que ça me noue le ventre tend à me prouver à moi que je n'étais pas si loin que ça de tomber réellement amoureuse de lui.
Et je me demande si ça ne me fait pas plus mal d'éprouver ces sentiments avortés. Parce que oui, j'aurais aimé pouvoir être amoureuse de lui… Mais je me suis trompée…
Il n'est pas pour moi… Lui non plus…
EDWARD
" Bella n'est pas rentrée de la nuit ? Elle est où ?... Oh ! A la réserve ? Elle s'est enfin résignée à abandonner son célibat ?... "
J'entendais encore le gloussement de ma soeur.
Comme si elle exagérait.
Comme si elle guettait mes réactions.
La gorge sèche, je m'étais juste contenté d'aller chercher un bouquin dans ma chambre, de revenir dans mon salon, de mettre mon casque sur mes oreilles de faire semblant d'écouter de la musique en lisant un critique.
Mais je n'avais pas pu me concentrer sur un seul mot. Pas même le premier.
Elle l'avait fait.
Elle m'avait oublié.
Elle était partie.
Définitivement.
Et mon coeur battait fort dans ma poitrine.
Mon estomac se nouait.
Et ce drôle de truc qui obstruait ma gorge...
Ces mots informulés.
Cette envie de tout casser.
Celle de lui faire mal malgré tout... Même si ça n'allait servir à rien au final.
Je poussai la porte du Strawberry Café d'une main mal assurée et pénétrai à l'intérieur en cette fin d'après-midi.
La laisser derrière moi.
L'oublier.
C'était ce que j'avais de mieux à faire.
Et ça, même si Jane trouvait ça complètement stupide.
On pouvait arrêter de tomber amoureux.
On pouvait mettre un terme à cette douce chaleur au creux du ventre quand on pensait à une personne en particulier et faire naître l'aigreur ou même le néant.
Tout était une question de volonté.
Et là, ce que je voulais par dessus tout, c'était avoir l'illusion qu'elle souffrirait autant que moi.
Lui faire payer d'avoir créé toutes ces questions dans ma tête et dans mon coeur, lui faire payer d'avoir été avec lui, lui faire payer d'avoir été indifférente, la faire payer de l'avoir plus aimé que moi...
Aigreur pour aigreur, coup pour coup, souffrance pour souffrance.
J'inspirai douloureusement et scannai la salle pour voir qui se trouvait là.
Les filles en particulier.
Celles qui étaient en groupe, entre elles, qui ne semblaient attendre personne.
Celles qui étaient seules et qui espéraient que la magie de Noël agisse avec un peu de retard en rencontrant quelqu'un capable de les séduire. Moi...
Mon regard s'attarda davantage sur une fille rousse assise seule au bar, jouant avec une cuillère à café dans un grand mug, la tête appuyée nonchalamment sur sa main droite. Je détaillai un instant sa silhouette puis un lent sourire étira mes lèvres. Je défis l'écharppe de Jane d'autour de mon cou, ouvris mon manteau et me dirigeai vers elle. Sans un mot ni un regard de plus, je m'assis à ses côtés et jetai un rapide coup d'oeil à sa tasse ; expresso.
Un grand garçon roux efflanqué arriva derrière le bar et me lança un regard peu amène.
Je fronçai légèrement des sourcils et lui demandai un expresso.
" Qu'est-ce qu'il a, celui-là ? Marmonnai-je pour moi-même.
_ Il est protecteur. " Me répondit une voix grave à côté de moi.
Je tournai vers ma voisine et croisai son regard bleu marine que je reconnus aussitôt.
" T'es pas derrière le bar, d'habitude ? " Lui demandai-je avec un rictus.
Elle se contenta de me sourire et porta le mug à ses lèvres.
" Et toi, t'es pas accompagné par un mec ultra sexy ? " Contra-t-elle.
Le barman posa une grande tasse devant moi d'un geste un peu brusque que je ne calculai même pas.
" Pas ce soir. Répondis-je.
_ Dommage... Je me serais bien rincé l'oeil une nouvelle fois. "
Je souris et bus une gorgée brûlante.
" Il est pris, tu sais ?
_ Par la petite blonde qui a des Kalashnikov à la place des yeux dès qu'une fille regarde dans sa direction ?... Je me doute. Cela ne m'empêche pas d'apprécier. Rit-elle.
_ J'en connais un autre qui a des Kalashnikov à la place des yeux... Marmonnai-je en jetant un coup d'oeil vers le bout du bar où le barman nous observait.
_ C'est Elliott. Mon petit frère. Si tu trouves qu'il est menaçant, je ne te présenterai jamais Noah, mon frère aîné. Répondit-elle d'une voix amusée.
_ Parce que tu en caches beaucoup ?
_ Des frères ? J'en ai quatre. Et deux soeurs.
_ Sept enfants ? Je plains les parents...
_ Fille de pasteur et d'une professeur d'Histoire. Autant dire que la famille nombreuse fait partie intégrante des valeurs parentales.
_ Et dire que je me plaignais de ma soeur quand j'étais ado... Marmonnai-je.
_ Que deux enfants ? Je plains tes parents. "
Je me tournai légèrement vers elle et souris à la malice dans ses yeux.
" Edward. Edward Cullen. Me présentai-je en lui tendant la main.
_ Cassidy Cromwell. Mais je préfère Cassie. " Répondit-elle en la prenant.
J'eus un léger frisson lorsque sa peau froide entra en contact avec la mienne et mon sourire s'accentua alors que nos regards se jaugeaient.
" Que fais-tu seule ici en cette fin de mois de Décembre, Cassie Cromwell, fille d'un pasteur et d'une prof d'Histoire qui ont eu sept enfants ? Lui demandai-je, un peu moqueur.
_ Je surveille mon petit frère qui veut se faire de l'argent de poche en touchant de l'alcool alors qu'il n'est pas tout à fait en âge de le faire vu qu'il n'a que 17 ans. Et toi, Edward Cullen, issu d'une triste famille à seulement 2 enfants ?
_ Arrête, on dirait ma mère qui parle. Je viens... Me changer les idées. "
Un léger silence tomba entre nous et j'en profitai pour boire une nouvelles gorgée brûlante de l'expresso.
" Peine de coeur ? " Me demanda-t-elle, un peu narquoise.
Un rictus un peu amer déforma ma bouche.
" On ne peut pas trop parler de peine de coeur dans mon cas.
_ Hmmm... Une histoire interdite ? "
Mon coeur rata un battement. Cette fille était perspicace ou la culpabilité s'était-elle matérialisée sur mes traits ?
" T'es pas obligé d'en parler. Je voulais juste... Détendre l'atmosphère. T'as une tête qui fait un peu peur si on te regarde attentivement.
_ Je n'ai pas trop envie d'en parler.
_ Ca a l'air d'être récent, donc c'est compréhensible. Alors... Que t'a apporté le gros monsieur dans son costume rouge ?
_ Rien. Mes mes parents m'ont offert une nouvelle montre et ma soeur un ouvrage sur le romantisme.
_ Littéraire ?
_ En quatrième année. Acquiesçai-je.
_ Il me semblait bien t'avoir déjà vu sur le campus de Cornell. Je n'ai hélas jamais vu ton copain ultra sexy.
_ Jacob. Et il vaut mieux pour toi.
_ Elle est jalouse ?
_ Je dirais même pire que ça.
_ Je sortirais avec lui, je le serais aussi.
_ Tu es jalouse ?
_ Ca dépend avec qui... Mais je peux être pire que ça. Répondit-elle avec un clin d'oeil.
_ Ca ne pose pas de problème à ton mec ?
_ Qui te dit que j'en ai un ? "
Je la dévisageai un instant alors qu'elle faisait de même avec moi, un rictus sur ses lèvres rouges et pleines.
Elle commençait à m'intéresser.
" Déduction. Répliquai-je en haussant des épaules.
_ Déduction ou question détournée ? "
Oui. Elle commençait vraiment à m'intéresser...
Je contemplai une nouvelle fois ses yeux bleu marine et pris le mug dans mes mains pour les réchauffer en me détournant. Elle avait un regard tout aussi fascinant que déstabilisant.
" Un peu des deux. Répondis-je en souriant légèrement.
_ Ca n'a pas marché avec l'une alors on tente avec une autre ?... Pas le temps de souffrir, j'aime cette philosophie. "
" Tentative de passer à quelqu'un d'autre " était l'expression la plus appropriée, mais je m'abstins de le lui répliquer.
" Depuis combien de temps es-tu célibataire ? Lui demandai-je.
_ Tu n'y vas pas par quatre chemins. Répliqua-t-elle avec un sourire en coin.
_ Je n'aime pas perdre mon temps.
_ Moi non plus... Mais qui te dit que je suis intéressée ?
_ Personne. Et qui te dit que je le suis également ?
_ Personne. Répéta-t-elle. Un peu plus de quatre mois. Et toi ? "
J'haussai un sourcil, railleur.
" C'est donnant donnant avec moi. Dit-elle.
_ Je ne sais pas si on peut vraiment qualifier de " relation " ce que j'ai récemment vécu. Répliquai-je après une pause.
_ Ca, c'est toi qui vois. C'était à ce point désastreux ? "
Ca dépendait de quel point de vue on se plaçait, évidemment.
Du sien, peut-être pas.
Ca avait sans doute été juste une façon de me prouver qu'elle était capable de le faire. Un sursaut de fierté, en quelque sorte. Peut-être même se disait-elle " Oui, je peux le faire. C'est facile, il ne m'intéresse pas. "
Du mien, ça avait été apocalyptique.
Elle avait tout dévasté en seulement quelques jours et je me disais que quelque part, je l'avais bien cherché.
Et maintenant, elle était passée à autre chose, et je devais à n'importe quel prix faire de même.
" On peut dire ça comme ça, ouais. Répondis-je.
_ Elle ou toi ? "
Je me tournai vers elle et haussai un sourcil interrogateur.
" Celui qui a tout arrêté, c'est elle ou toi ? Des fois, vous, les mecs, vous avez de drôles de réactions lorsque les sentiments entrent en ligne de mire et vous faites souvent énormément de conneries qui font souffrir et votre entourage et la personne concernée et vous. " Précisa-t-elle.
Rose l'Empathe numéro 2 ou Jasper l'Observateur féminisé ?
" C'est moi. Lâchai-je du bout des lèvres.
_ Pourquoi ?
_ Parce que je suis un mec et que j'ai de drôles de réactions lorsque les sentiments entrent en ligne de mire, surtout quand je sais que ce que je ressens n'est pas partagé. " Répliquai-je un peu sèchement.
Elle garda un visage impassible et sembla méditer mes paroles.
" Tu es amoureux. " Dit-elle en se détournant.
Mon coeur manqua un battement et je vis furtivement le sourire vainqueur de Jane se dessiner dans mon esprit.
" Quoi ? Soufflai-je.
_ Tu l'as quittée parce que tu es amoureux d'elle et que tu as peur que ça te fasse souffrir. Mais vu ta tête, c'est maintenant que tu te fais le plus de mal, donc t'as mal calculé ton coup. "
Je ne la lâchai pas du regard, mortifié.
" Et tu es sûr que tes sentiments ne sont pas partagés ? Me demanda-t-elle face à mon silence.
_ Oui. Répondis-je après une longue pause.
_ Et comment ?
_ Elle m'a laissé faire.
_ Forcément. Il y a que vous qui vous vous mettez à paniquer quand on vous largue et qui balbutiez " Quoi ? Mais non ! Mais tu ne peux pas me faire ça ! ". Nous, les filles, nous sommes plus dignes. On encaisse et on pleure enfermée dans notre chambre avec notre peluche préférée. Mais vous ne savez pas faire la différence entre une blessure au coeur et de l'indifférence. Le jour où ça arrivera, comme le dit souvent mon père, il pleuvra des grenouilles... Comment elle s'appelle ?
_ ... Bella. Marmonnai-je.
_ La fille qui était complètement trash avec Mike et Tayler la première fois qu'on s'est vus ? Me demanda-t-elle, surprise.
_ Tu connais Newton et Crowley ?
_ Je suis sortie avec Mike il y a deux ans. Donc oui, je les connais plutôt bien.
_ Comment t'as fait ? Ricanai-je.
_ Eh bien c'est simple, c'était au cours d'une soirée chez un ami, et on a fait le pari que je sortirai avec le sixième mec qui franchirait le pas de son appartement. C'est tombé sur Mike. On s'est bien entendu alors ça a duré quelques mois. mais tu t'en doutes, ça n'a pas marché.
_ Tu l'as largué ?
_ Non. C'est lui. "
J'eus un rictus et la regardai, clairement railleur. J'avais du mal à voir ce mec quitter une fille.
" Tu sais, sous ses airs m'as-tu vu et suffisants ainsi que sous la grosse couche de connerie chronique et aussi mise à part sa façon lourdingue de draguer, c'est un mec appréciable. Il a beaucoup d'humour. Un peu trop fleur bleue, mais je l'ai vraiment apprécié.
_ Et pourquoi ça n'a pas marché ?
_ Parce qu'il voulait une relation durable et pas moi. Je ne m'en sentais pas encore capable.
_ Et c'est lui qui t'a quitté ?
_ Question de survie, je suppose. Comme toi avec Bella.
_ Aucun rapport.
_ Ah bon ? Alors pourquoi l'as-tu quitté vu que visiblement, ça te fout les boules ?
_ Je te l'ai dit... Elle ne partageait pas ce qui grouille dans mon ventre.
_ C'est violent comme image. Un peu malsain aussi.
_ C'est la réalité des choses.
_ Et il n'y a rien à faire ?
_ Si... Passer à autre chose.
_ Et continuer à te voiler la face ? Non.
_ J'avais déjà conscience qu'elle avait prius de la place dans ma vie.
_ Pas assez apparemment.
_ Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Elle est avec je ne sais combien de mecs en ce moment ; je suis le dernier de ses soucis.
_ C'est pour ça que tu es ici ?
_ Je suis capable de faire la même chose. »
Elle tapa rageusement sur la table du plat de la main, me faisant presque sursauter. Je lui lançai un regard noir.
« Mais t'es con ou tu le fais exprès ? Tu ne t'es pas dit qu'elle faisait peut-être ça pour t'oublier aussi ?
_ Ca m'étonnerait. Ricanai-je.
_ Qu'est-ce que tu en sais ?
_ Arrête ! Ne me fais pas espérer pour rien.
_ T'es complètement barré comme mec.
_ Non. Je suis juste réaliste, nuance.
_ Si elle t'a laissé la toucher, c'est qu'il y avait forcément des atomes crochus.
_ Ouais. Un goût exacerbé pour le sexe. Ricanai-je.
_ Pour qu'il y ait ça, il faut une attirance à la base.
_ Ou du désespoir... »
Elle soupira bruyamment et vint se planter à côté de moi. Elle me força à me tourner vers elle et prit mon visage en coupe entre ses mains froides. Elle m'observa quelques instants et un rictus déforma sa bouche rouge.
« Eh bien... Nous allons nous assurer qu'elle n'en a rien à foutre de toi. »
Un sourire diabolique étira ses lèvres alors que ses doigts caressaient distraitement mes joues. Elle se rapprocha un peu plus de moi, me regardant droit dans les yeux.
« On va la rendre jalouse.
_ Quoi ?
_ Si elle t'est vraiment indifférente, ça ne lui posera aucun problème. Dans l'autre cas, elle t'évitera certainement. Surtout si ton meilleur ami est dans les parages.
_ C'est complètement débile.
_ Fais-moi confiance. Je n'ai personne en ce moment. Je peux t'aider. Alors, Monsieur Edward Cullen... Voulez-vous sortir avec moi ? » Me demanda-t-elle narquoisement.
Je la regardai comme si je ne la voyais pas, complètement déconnecté.
Et cette voix incidieuse dans ma tête, qui me soufflait qu'elle avait peut-être raison me força rapidement à m'incliner. J'acquiesçai d'un simple signe de tête et son sourire s'accentua.
« Tu verras que j'ai raison. » Souffla-t-elle avant d'écraser sa bouche sur la mienne.
BELLA
30 décembre. Je repartais quelques heures pour New York. Il était 22 heures.
J'étais assise près du feu, chez Sam et Emily, avec tous les gars de la Push. La réserve quileute. Mes amis. Il y avait toute la bande, y compris Jake et Leah, et Emmett aussi. Nous passions la soirée – encore – à la réserve ; ce genre de soirs-là, on dormait tous les uns chez les autres. Il était prévu que j'aille chez Leah.
Nous nous étions offerts des cadeaux de Noël ; comme chaque année. J'avais reçu un pendentif assez simple muni d'une petite améthyste, très mignon, un guide de l'escaladeur humoristique, un attrape-rêves de la part de Jake qui adorait se moquer du fait que je parlais en dormant – il considérait que si je ne rêvais plus, je resterais silencieuse -, un disque... Plusieurs cadeaux, dont également un anneau plat, d'une largeur d'un demi-centimètre, avec gravé sur tout le tour une inscription quileute concernant leurs ancêtres légendaires les loups et leur courage. Ça, c'était le cadeau de Leah et Seth, et depuis que je l'avais passé à mon doigt, je n'arrêtais pas de le faire tourner.
" Eh bien Bells, encore dans tes pensées ?" Me demanda Embry, s'affalant à côté de moi sur le canapé.
Je relevai un regard un peu absent sur lui.
"Les autres sont toujours dehors ?
_ Sauf Emily, qui est à la cuisine.
_ D'accord..."
Je n'arrivais pas à paraître enjouée. Je n'arrêtais pas de penser à Edward, à nos deux conversations depuis mon départ, aux mots de Jane...
Au fait que je lui avais clairement dit que j'accepterais volontiers de sortir avec lui, autrement dit, de construire quelque chose, et que lui, en simple réponse, avait choisi de reprendre ses habitudes de dragueur.
J'eus un sourire amer. Non, c'est vrai, il s'était ''fixé''.
Jane m'avait appelée plus tôt dans la journée, un peu gênée, pour m'annoncer qu'il venait de rencontrer et présenter une nouvelle fille comme sa petite amie officielle.
Cassidy.
La fille qui était barmaid le soir où j'étais complètement cuitée, et que Jane ne pouvait pas voir en peinture – normal, elle avait dragué Jacob.
Jane la détestait cordialement – en fait non, pas du tout cordialement -, et je devais avouer que quelque part ça me faisait vraiment plaisir.
Moi aussi, je la haïssais.
" J'ai réservé une place sur le vol de New York. Pas le tien, mais celui qui part une heure plus tôt." M'annonça Embry.
Je tressaillis et relevai vivement la tête.
" Pardon ?
_ Il y a un mec qui te met dans cet état. Pas Alec, Jake ou Emmett lui auraient cassé la gueule sinon. Mais y a un connard qui te rend triste, et je suis ton ami. Je vais pas te laisser tomber."
Je le dévisageai avec ébahissement.
" Mais... Attends, déjà, t'as réussi à réserver une place ?
_ Il y a plusieurs jours. On s'y est mis à plusieurs avec les gars pour payer le billet. On a tous vu que t'allais mal, et on a décidé que ce serait moi qui partirait. Pas Sam parce qu'il est avec Emily, pas Jared parce qu'il y a Kim, Paul ne pouvait pas parce qu'il travaille, Quil idem. Seth voulait, mais il est le plus jeune, ça fait pas hyper sérieux sa bouille de gamin pour te défendre."
Je le contemplai, toujours interdite.
"Me défendre ?
_ Ou te soutenir, j'en sais rien. Ce que tu voudras.
_ Mais...
_ Y a pas de mais. Même Emmett, ce lourdaud, a vu que t'étais pas dans ton assiette. Mais il ignore pourquoi. Heureusement pour la personne qui t'a blessée, d'ailleurs..."
Je détournai le regard vers le feu, mon ventre se tordant.
Oui... Edward m'a blessée.
" C'est sympa, mais je ne veux pas régler mes problèmes par les coups.
_ Mouais. On verra ça." Marmonna Embry.
Je lui adressai un regard noir.
" Bella... Mets-toi bien dans la tête que je ne vais pas te lâcher. Quel que soit ton problème, je ne tarderais pas à le découvrir. Alors franchement... Le mieux serait sans doute que tu m'en parles pour que je décide si oui ou non une solution diplomatique existe."
Je soupirai, et glissai ma tête dans mes genoux ramenés contre moi.
Une main se posa sur mon épaule, et je relevai la tête.
C'était Sam.
" Embry a raison. On n'est que tous les trois, les autres sont partis faire un tour chez Jared. Même Emmett. Laisse-nous t'aider, Bella."
Une larme roula soudain sur ma joue, et Sam s'assit sur le fauteuil à côté du canapé.
oOo
« Nous allons amorcer la descente sur New York. Nous vous prions de regagner vos places et… »
Je n'écoutai pas la suite, obéissant machinalement et regardant par le hublot.
Jake se pencha sur mon épaule, et je souris.
« Tu sais, tu ne la verras pas par le hublot. » souris-je.
Il me lança un regard noir - du moins le voulut-il - et continua à regarder. Puis il plaça sa tête sur mon épaule.
« C'est étrange, Bella. De me dire que dans quelques mois je serai père. Tu te rends compte ? »
Je passai la main dans ses cheveux.
« Cela te fait peur ?
_ Oui… Mais uniquement parce que j'ai peur de ne pas être à la hauteur. On est jeunes… Et jusque là, je n'ai jamais cherché à être mature… en fait, je ne l'ai même pas été, sans quoi je me serais protégé…
_ Jake… Tu regrettes ? Tu aurais préféré qu'elle tombe enceinte plus tard ?
_ … Non… enfin… non, je ne regrette absolument pas. » fit-il d'une voix assurée. « Mais c'est vrai que j'ai un peu peur.
_ C'est normal, je suppose… Un bébé, c'est pas rien.
_ Ouais… Tu crois que je serai un bon père ? »
Il avait un regard d'enfant. Je souris, et le poussai de l'épaule, pour jouer.
« Non. »
Il écarquilla les yeux, se redressa, d'humeur requinquée.
« Pourtant, si j'me souviens bien, tu voulais que je sois le père de tes enfants !
_ On était gamins ! Me défendis-je.
_ Oui mais… »
Nous continuâmes à nous chamailler quelques minutes ; jusqu'à ce que l'hôtesse de l'air finisse par demander aux passagers de quitter l'avion.
Nous nous levâmes ; groggy, je m'étirai, puis rejoignis la file qui menait à la sortie.
Leah nous rejoignit ; nous lui avions pris une place sur le même vol que nous, puisque c'était son cadeau de Noël.
Nos deux accompagnateurs étant trop pressés de rejoindre chacun leur bien-aimée, nous restâmes un peu en retrait, les suivant de loin. Elle avait attrapé ma main pour qu'on ne soit pas séparées par la foule agitée.
Elle détestait ça. En fait, il y avait fort à parier qu'elle allait détester rester plusieurs jours à New York. La foule, les gens, la grande ville… C'était pas elle. Son sang Quileute tempêtait au milieu des autres.
"Hey ! Je suis là !"
Nous nous retournâmes ; Embry arrivait derrière nous, courant en traînant sa propre valise. Son avion étant parti un peu en retard, il était arrivé il devait y avoir trois quarts d'heure et nous avait attendu à l'aéroport.
Nous repartîmes rejoindre les autres. Emmett embrassait langoureusement Rose, et Jacob caressait le ventre de Jane.
Je tirai Leah vers eux, et regardai craintivement, cherchant si je ne croisais pas un regard vert.
Mais mes yeux rencontrèrent ceux d'Alec, et j'éprouvai une bouffée de soulagement aussi bien que de déception.
Pourquoi t'attendais-tu à ce qu'il vienne à l'aéroport ? Il a une gonzesse maintenant, tu le sais...
Je saluai tout le monde, présentant rapidement Embry, qu'Alec n'avait vu qu'une fois dans mon souvenir.
Je me détachai d'une étreinte chaleureuse de la part de Rose pour me faire sauter dessus par Jane.
« Tout s'est bien passé ? » S'inquiéta-t-elle après m'avoir embrassée.
J'écarquillai les yeux.
« Alors là, t'imagines même pas ce qui nous est arrivés ! » commençai-je avec emphase. « Notre vol a été attaqué par des pirates de l'air, mais heureusement que…
_ Bella, arrête, elle va faire une éclampsie ! » Me coupa Emmett.
Je lâchai un rire clair.
« Tu verrais ta tête Jane ! Mais oui, ne t'en fais pas, tout a bien été. Si ce n'est que tu as manqué à Jacob… Il n'a pas arrêté de nous casser les pieds avec toi ! »
Elle eut un sourire, et m'offrit un très grand sourire – bein que dans ses yeux brillât une lueur d'inquiétude. Celle de savoir comment j'allais réagir ce soir à la soirée du nouvel an... Chez Edward.
J'avais songé à ne pas y aller. Mais après avoir raconté à Sam et Embry tout ce qui s'était passé dans ma vie ces derniers mois, ils m'avaient formellement interdit d'annuler, et, hargneux, Embry avait dit qu'il casserait volontiers la gueule à Edward mais se retiendrait. Il serait mon soutien pour cette soirée... Face à Cassidy.
* Flash-back *
Je venais de raconter tout ce que j'avais partagé – et aussi ce que je n'avais pas partagé – avec Edward Cullen à Sam et Embry. Ils m'avaient regardé tout du long, sans m'interrompre, le visage sombre, puis s'étaient concertés du regard avant de se retourner vers moi.
" Tu ne dois pas te morfondre pour lui, Bella."
J'avais baissé la tête.
Plus facile à dire qu'à faire.
" Il n'a jamais voulu aller plus loin de toutes façons, avait craché Embry, haineux.
_ Si... J'en avais tellement l'impression. Avais-je soufflé.
_ Je t'en prie ! Il l'aurait voulu, y aurait pas eu de malaise. Il aurait parlé à Alec !
_ On peut comprendre qu'il ne veuille pas se mettre en froid avec son meilleur ami, avait tempéré Sam.
_ Si c'est son meilleur ami, il aurait p't'être un peu de mal à acepter l'idée sur le coup, mais merde, de vrais amis ça se fait pas la gueule pour une histoire de filles ! D'autant que Bella l'a précisé, elle a rompu pour permettre à Alec de se mettre avec une autre, et pas pour sortir avec Edward ! Alors merde, quoi !"
J'avais grogné, mais Sam avait soutenu Embry sur ce coup.
"Il a raison. Si Alec et Edward sont si amis, Alec ne pourra qu'être heureux que vous trouviez tous les deux le bonheur.
_ Je sais, ça ! C'est ce que j'en pense ! Mais Edward... A peur.
_ Il a peur parce qu'au fond de lui il sait que vous ne resteriez pas longtemps ensemble et que du coup ça vaut pas la peine de risquer de s'attirer les foudres de son pote !" s'agaça Embry.
J'acquiesçai, à regret. Mon ami n'avait pas tort. De toutes manières, j'étais la première à penser qu'Alec ne devrait pas être un obstacle à notre couple.
Je n'étais pas son ex. J'étais Bella. Une fille à part entière qui avait le droit de sortir avec qui elle voulait. Et si jamais je me mettais avec un inconnu ? Alec le rejetterait violemment ?
Bien sûr que non. C'était de la connerie de rompre – un pacte, vu qu'on ne pouvait pas vraiment parler de couple – juste en prononçant le prénom d'Alec. Une excuse dérisoire.
" Si Edward m'avait voulue, il aurait jamais pu coucher avec une autre. Soufflai-je.
_ Exactement.
_ Je ne veux pas aller au réveillon. Je ne le supporterai pas."
Embry et Sam avaient croisé les bras.
" Hors de question. Tu ne vas pas fuir comme ça. C'est pas toi la fautive de tout ce qui vous arrive ! Alors merde. Je serai là pour te soutenir. Mais toi, tu vas montrer à ce bellâtre que tu ne vas pas te morfondre et qu'il n'a pas gagné à son petit jeu. S'était énervé Embry.
_ Son petit jeu ? Avais-je demandé distraitement.
_ Sincèrement Bella... On dirait qu'il fait tout dans le but de te faire souffrir." avait répliqué Sam.
Je l'avais regardé sans comprendre.
" Au tout début, il te faisait des coups tordus et te vannait ouvertement. Puis il se met à te tourner autour alors que t'es encore sous le coup de ta rupture avec Alec. Il voit que finalement votre accord te rend heureuse, et d'un coup, il se met à sous-entendre tendresse et sentiments. Dans quel autre but que celui de te faire sentir coupable ? Et, pour finir, au moment où tu reconnais aussi à mi-mots avoir assez de sentiments pour envisager de sortir avec toi, pan ! Il t'envoie chier et s'en trouve une autre au pied levé."
Je déglutis en baissant la tête, rongée de douleur.
Sam et Embry avaient raison.
Edward n'était pas net. Et j'ignorais s'il le faisait consciemment ou non... Volontairement ou à son insu... Mais il se foutait franchement de ma gueule.
Et j'allais pas me laisser faire.
* Fin du Flash-back *
Plongée dans mes pensées, je ne remarquai pas tout de suite que le silence s'était fait, et quand je relevai la tête, je surpris le regard inquisiteur de Rosalie posé sur moi.
Euh... elle se doutait de quelque chose ?
« Bon, on reste planté là à vous regarder faire des mamours ou on décolle ? » Fit soudain Leah.
Leah, je t'aime.
« Ça va, calmos, l'indienne… » plaisanta Emmett.
Elle le gratifia d'un regard noir.
Nous commençâmes à nous diriger vers la file en vue de récupérer nos bagages et fîmes la queue.
Mal à l'aise, j'avais l'impression d'un regard persistant sur moi ; je relevai la tête, et croisai le regard de Rose. Encore.
Un frisson me parcourut l'échine.
" Ca va aller ce soir, Bella ?" Me demanda-t-elle.
Ok...
J'avançai dans la file de manière à pouvoir retirer mes bagages, le visage fermé.
" Très bien." Mentis-je.
Super. Maintenant, j'en étais convaincue, la psy de sœur d'Edward était au courant que nous avions couché ensemble…
oOo
« Et ces vacances, au fait, Bella ? », fit soudain Jane alors que nous marchions dans le parking de l'aéroport.
Je frissonnai. À son ton, je devinais qu'elle voulaiot s'assurer que je m'étais assez remise de ma relation avortée avec Edward et du fait qu'il en ait une autre pour ne pas leur faire faux bond ce soir.
« Trop courtes. Répliquai-je.
_ Elles sont pas finies, fit bêtement mon frère.
_ Je crois que Bella voulait dire qu'elle serait bien restée plus longtemps à Forks, insinua Jane.
_ Ou, plutôt, que je serais bien restée plus longtemps éloignée de New York. » contre-attaquai-je plus froidement.
Le regard de Rose continuait de me vriller.
« Ah, Bells… Je sais que t'aime pas la grande ville, mais ne t'inquiète pas… Plus qu'un an et demi, ou même seulement quelques mois ! »
Leah nous lança un regard surpris.
« Quoi ? » poursuivit Emmett. « Après tout, Bells ne voulait pas venir à New York, à la base. Elle n'est venue que pour Alec.
_ C'est bien dommage de choisir son lieu d'études en fonction de son mec, cracha Embry.
_ J'hésitais entre trois possibilités, Alec a été celui qui a fait pencher la balance.
_ Et maintenant que toi et la crevette n'êtes plus ensemble, plus rien ne te retiens ! Termina Emmett en passant un bras autour de mes épaules.
_ Plus rien, en effet… » soufflai-je.
Évidemment qu'il était content mon grand frère. Il n'aimait pas me savoir en couple… Quoi qu'il avait fini par accepter Alec, mine de rien. Oh, et puis il en viendrait vite à regretter que je ne sois pas en couple, s'il apprenait que je me faisais peloter par Tyler et draguer par uniquement les plus lourds…
" Tu pourrais trouver quelqu'un ici." fit nonchalamment Rose, me glaçant.
Emmett éclata de rire.
« Finalement, ça m'arrangerait, je pourrais lui « montrer les limites », répliqua celui-ci en faisant craquer ses doigts.
_ Emmett… soupirai-je en levant les yeux au ciel.
_ Oh mais je pense qu'elle peut se passer de ton autorisation, sans vouloir te vexer. » reprit Jane.
Emmett réfléchit quelques instants.
« Dans ce cas, vaut mieux qu'elle aille vivre loin de New York. Histoire que je ne démolisse pas la gueule de l'heureux élu.
_ Dans ce cas, enferme-la dans un couvent. À moins que tu ne veuilles te battre avec un crucifix. Rit Embry.
_ Mais vous avez fini tous, là ? » Commençai-je à m'énerver. « Si j'ai envie de me trouver un autre copain, je ne te demanderai pas ton avis, Emmett. »
Emmett haussa les épaules, certain que je ne pourrais jamais rien lui cacher. Il reporta son attention sur Rose.
Jane, mine de rien, se détacha de Jacob pour venir me rejoindre.
Ça n'allait donc jamais finir ?
« Alors ? Me murmura-t-elle.
_ Alors quoi ?
_ Comment... ça va ?
_ Tu le sais très bien.
_ Je te promets que je m'en charge de la faire dégager, l'autre poufiasse. Edward ne va pas rester longtemps avec elle.
_ Lui et moi, c'est fini, Jane, il serait temps que tu t'en rendes compte ! »
Elle me regarda d'un air sceptique.
« Fini, hein ? Je ne crois pas.
_ Il ne veut plus. C'est en train de mal tourner.
_ Comment ça, mal ?
_ Mal dans le genre je commence à souffrir, et ça, ça n'aurait jamais dû arriver ! Répondis-je, brûlée par la douleur.
_ Et tu es la seule à souffrir, hein ? Répliqua-t-elle en plissant les yeux, pas du tout convaincue.
_ Il l'aurait voulu, on sortirait ensemble. J'étais d'accord pour ça. Soufflai-je.
_Oui. Mais c'est un idiot... » Murmura-t-elle.
Je haussai simplement les épaules, et nous nous dirigeâmes vers les voitures d'Alec et Rose.
C'était la fin de matinée. Et j'avais prévu de faire la sieste avant d'aller au réveillon chez Edward...
Rencontrer Cassidy.
Et voilà...
Bon, nous avons remarqué que le nombre de reviews postées avait diminué au dernier chapitre... Nous espérons simplement que notre histoire ne commence pas à vous lasser ou vous déplaire. Et surtout, nous remercions tous ceux qui postent leurs commentaires, même courts, et tous ceux qui continuent de nous mettre en alerte et favoris ! Merciiiii
Maintenant, je serais très curieuse de savoir...
Envie de tuer Edward ? Bella ? Les deux ? Cassidy ?
Pensez-vous qu'Edward va aller plus loin qu'un simple jeu de rôles avec Cassidy, ou va-t-il se contenter de l'utiliser comme fausse petite amie ? Comment croyez-vous que Bella va réagir ?
- Bataille de filles dans la neige New-yorkaise ? Tapez 1
- Distributions de baffes ? Tapez 2
- Mouchoirs et glace à la vanille ? Tapez 3
- Donne ma langue au chat Potté ? Tapez 4 !
Prochain chapitre, Retrouvailles, Nouvel an, et confrontations au rendez-vous... à bientôt ;-D
