Bonjour tout le monde !
Après toutes ces semaines d'abandon, nous revoilà ! Mush et Eff. J'ai (Effexor) finalement réussi à avoir une connexion internet, même si le reste de mes prestations box laisse à désirer (faut que jles appelle ces arnaqueurs -_-').
Bref jvais pas vous faire un baratin très long. Je pense que vous voulez surtout lire la suite de cette fic... Avec la très attendue réaction d'Alec !
Ce chap est assez court on dira, mais le prochain devrait être plus long. Et devrait assez vite arriver, j'espère...
En tous cas on vous remercie énormément pour tous vos messages de soutien et d'empressement... Et on vous souhaite bonne lecture ^^ !
EDWARD
Avez-vous déjà reçu un grand pichet d'eau fraîche en guise de réveil du meilleur sommeil de votre existence ? Ou mieux : vous a-t-on déjà giflé de toutes ses forces pour vous tirer de l'inconscience ? Ou mieux encore : avez-vous déjà eu l'impression de recevoir des milliards de coups de couteau dans le corps en simultané, comme ça, d'un seul coup, sans que vous ne puissiez rien y faire à part rester là et subir ? Avez-vous déjà vu votre bulle éclater, votre monde s'écrouler ? Avez-vous déjà perdu votre meilleur ami et même... beaucoup plus que ça ?
Parce que c'est ce qu'il m'arriva à ce moment-là.
oOo
Alec était à présent revenu depuis trois jours de Los Angeles avec Tanya et moi, comme le lâche et le trouillard que j'étais devenu, j'évitais consciencieusement ses appels, ses SMS et ses mails.
Je m'inventais toutes sortes d'excuses ; le manque de temps, l'approche imminente des examens, un léger mal de gorge, un film qui passait au ciné que j'attendais depuis des mois, Joshua et le conservatoire, Jane et sa nouvelle angoisse - la grandeur de son appartement qui n'allait peut-être pas être suffisante pour tous les jouets et toutes les affaires du bébé - et évidemment, elle.
Elle, pour qui je m'étais senti l'âme d'un chevalier en armure sur son destrier blanc - pour qui je me sentais l'âme d'un chevalier en armure sur son destrier blanc.
Elle, pour qui je voulais tout affronter. Mais si seulement ça n'avait pas été lui.
Elle, que mon être réclamait à cœur et à cri.
Elle, qui dormait en ce moment contre moi sur le canapé, alors que je regardais tomber la pluie, l'estomac complètement noué, incapable de me concentrer sur les nombreuses notes qui s'étalaient sur la table basse, entre une assiette de cookies aux trois chocolats que Jane nous avait apportés dans la matinée, et deux mugs à moitié vides de chocolat au lait qui devait être froid.
J'avais laissé mon Smartphone dans ma chambre, sachant pertinemment qu'il allait tenter de m'appeler une nouvelle et vaine fois.
Je changeais subtilement de sujet quand il était évoqué dans nos conversations et je ne savais pas si Bella s'en était réellement rendue compte ou si elle faisait comme si. En tout cas, elle n'en avait fait aucun commentaire.
Je voulais juste garder ma divine idylle encore un peu.
Juste un peu plus de temps avec elle.
Un peu plus encore de douce illusion.
On frappa à la porte et mon cœur, après avoir raté un battement, se mit à cogner fort dans ma poitrine.
Je jetai un coup d'œil à Bella, qui me regarda un peu groggy, les yeux encore pleins de sommeil, puis on frappa de nouveau. Avec plus d'insistance.
Je me levai et passai une main nerveuse dans mes cheveux déjà bien ébouriffés.
Puis un troisième coup et j'allai ouvrir la porte.
Ma gorge se serra à la vue d'Alec, complètement trempé, qui me regardait d'un air maussade mais qui esquissa néanmoins un sourire.
" Eh ben... Un peu plus et j'aurais cru qu'il t'était arrivé quelque chose de grave. J'essaye de te joindre depuis notre retour... Ça va ? " Me demanda-t-il.
Incapable de répondre, j'acquiesçai d'un simple signe de tête alors que les battements de mon cœur résonnaient dans ma gorge et que la tétanisation gagnait peu à peu mes muscles.
Il était là, et je ne l'avais pas du tout prévu.
Il était là, et le moment que je redoutais tant était venu.
Ses yeux ambrés me scrutèrent avec une légère curiosité et j'entendis Bella se déplacer dans la pièce.
" Ça va ? Me demanda-t-il à nouveau en fronçant un peu les sourcils.
_ Euh... Ouais. Soufflai-je.
_ T'es étrangement pâle. Enfin, je veux dire plus que d'habitude. Tu couves quelque chose, c'est pour ça que tu ne répondais pas ? Pourtant, Jane ne m'a rien dit...
_ ... Non, je... " Commençai-je.
Toujours incapable de prononcer le moindre mot, je finis par m'effacer de l'entrée et par le laisser pénétrer dans l'appartement.
Il eut un sourire reconnaissant et enleva aussitôt son manteau dégoulinant partout dans l'entrée, mais je m'en foutais complètement.
" Bella ?... Salut. " Fit-il, légèrement surpris.
Je refermai lentement la porte.
Je n'osai pas regarder dans sa direction et allai ranger les notes éparpillées sur la table basse, la nausée obstruant peu à peu ma gorge.
" Salut. Bon voyage ? Lui demanda-t-elle.
_ Excellent, merci. J'aimerais bien y retourner, il fait beaucoup plus chaud qu'ici. " Ria-t-il. " T'es venu voir Jacob ? "
Les mains moites, je saisis les deux mugs et les portai à l'évier.
Bella était assise au comptoir et regardait mon meilleur ami.
" Non. Je suis venue voir Edward. " Répondit-elle après avoir pris une grande inspiration.
Top... Départ.
Mon cœur rata un battement alors que je lavai consciencieusement les deux mugs et que je cherchai désespérément les mots pour entrer dans la conversation dignement.
Les mots justes.
Et il y en avait tellement qu'aucun ne me venait à l'esprit.
" Edward ? C'est plus Eddie ? Je vois que vous avais fait des progrès tous les deux, c'est bien. " Ria-t-il.
Je finis par me retourner, cherchant toujours mes mots, et la vis se passer une main nerveuse dans ses cheveux après m'avoir jeté un coup d'œil. Était-ce un appel à l'aide ou un " C'est le moment " ?
" C'est justement ce dont on voulait te parler. " Enchaîna-t-elle.
Je me forçais à me tourner vers lui et vis son visage devenir lisse, vide de toute expression l'espace d'un instant.
" Comment ça " on " ?... Vous me faîtes quoi, là ? Nous demanda-t-il sur ses gardes, ses yeux faisant des aller-retours entre elle et moi.
_ Alec... " Commençai-je d'une voix enrouée.
Je déglutis et m'éclaircis la gorge, le cœur prêt à sortir de ma poitrine.
Les mots.
Les mots justes.
La vérité...
Évidente pour nous, mortelle pour lui.
" Je suis amoureux d'elle. C'est ce que je voulais te dire. "
Un ange passa.
Le choc sans doute.
Le silence s'installa.
On n'entendait plus rien. Pas même la pluie qui tombait drue dehors.
" Quoi ? Souffla-t-il en regardant Bella, comme s'il espérait qu'elle lui sorte un truc du style " Poisson de Janvier ! "
_ On est amoureux. Et on tenait à te le dire avant que tu ne nous voies main dans la main au cours de l'une de nos soirées. Lui dit-elle.
_ Je vais me réveiller. Souffla-t-il à nouveau.
_ Alec... Tentai-je une nouvelle fois.
_ Non ! Tu la détestes ! Elle te déteste aussi ! Elle peut pas te voir ! Pas même en peinture ! Cria-t-il.
_ Je l'ai jamais détestée.
_ Oh que si ! Je me rappelles les premières semaines, on se demandait comment on allait faire pour que vous vous entendiez un minimum. Ça me crevait le cœur de voir la façon dont vous vous comportiez ! Et tu me dis quoi ?... Que t'es amoureux d'elle ? Elle est où la caméra ? "
Il était livide de rage, je ne l'avais jamais vu comme ça et je ne pouvais pas lui en vouloir. Si les rôles avaient été inversé, je ne sais vraiment pas comment j'aurais réagi.
Je tentai malgré tout de le raisonner, de lui faire comprendre que c'était arrivé comme ça, sans qu'on s'y attende, mais rien n'y faisait. Il ne semblait même pas m'entendre.
" Non ! Stop ! Je ne veux plus vous voir ! Ni toi, ni elle ! A partir de maintenant, nous devenons des inconnus. Dit-il en saisissant son manteau, prêt à partir.
_ Non, mais c'est quoi ton problème ? Qu'est-ce qu'on fait de mal, hein ? J'ai pas rompu pour me mettre avec lui, moi ! Mais pour que t'ailles roucouler avec Tanya ! Alors franchement, t'es vraiment culotté de péter ton câble ! S'énerva Bella.
_ Arrête de prendre tes grands airs, Bella ! C'est mon meilleur ami ! Tu pouvais choisir n'importe qui pour refaire ta vie ! Et t'as choisi mon meilleur ami ! Cria-t-il à nouveau.
_ Je ne l'ai pas choisi, non ! T'as choisi Tanya, peut-être ?
_ Tu vas me dire maintenant que t'as eu le coup de foudre pour lui ? Ria-t-il, très amer.
_ Pas franchement, non ! Tu peux me croire, notre hostilité du début n'était pas feinte ! Tu crois que ça a été facile de nous rendre compte que nous avions des sentiments l'un pour l'autre ? Tu crois qu'on n'a pas lutté ? On n'éprouverait qu'un banal coup de cœur, on n'en serait pas là ! Répliqua-t-elle sur le même ton.
_ Ne me parles pas de sentiments, tu ne sais visiblement pas ce que c'est.
_ Non, mais tu déconnes, là ? A savoir si toi et Tanya n'aviez pas fumé le calumet !
_ Alec, ne t'engages pas sur cette voie. Lui dis-je.
_ Là, c'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Non, mais regardez-vous ! Vous êtes aussi dissemblables que le jour et la nuit ! Combien de temps croyez-vous que votre simulacre de couple va durer, maintenant que le goût de l'interdit a disparu ? Éructa-t-il.
_ Mais merde, Alec ! C'est quoi ton problème ? On peut savoir ce qui te fout en rogne ? Je suis plus avec toi, j'ai rompu pour que t'aies ton petit bonheur, tu vas pas nous reprocher de construire le nôtre ? " Vociféra à son tour Bella.
Je regardais mon pire cauchemar devenir réalité et je restais simplement là, les bras ballants, incapable d'avoir un quelconque discours cohérent, immobilisé par l'effroi.
Je tendis néanmoins la main et saisis celle de Bella, sans trop savoir pourquoi.
Était-ce pour lui témoigner mon soutien ?
Ou était-ce pour me raccrocher à quelque chose pour ne pas sombrer ?
Nos regards se croisèrent quelques millièmes de secondes durant lesquelles je pus trouver tout le réconfort dont j'avais désespérément besoin mais un rire froid et moqueur nous força à nous retourner à nouveau vers mon... meilleur ami.
" Mais ne vous privez pas. Embrassez-vous. Envoyez-vous en l'air si vous voulez ! Je me casse de toutes façons. Je vous souhaite tout le bonheur du monde. Ne m'en veuillez pas si je n'en suis pas témoin. Dit-il en tournant les talons pour se diriger vers la porte d'entrée.
_ Alec, non ! Tu ne peux pas partir comme ça ! "
Je ressentais à nouveau mes battements cardiaques et surtout la panique m'envahir.
Non, il ne pouvait pas sortir de ma vie comme ça.
Mais la porte claque sur lui, faisant entrer le froid dans l'appartement.
Je lâchai Bella comme si je m'étais brûlé et passai une main nerveuse dans mes cheveux.
" Il est parti. Chuchotai-je, paniqué, comme si je voulais m'en rendre réellement compte.
_ Ça lui fait un choc, mais il va se calmer, Edward. Me dit-elle en me rattrapant mon poignet que je lui arrachai aussitôt.
_ Non ! Il a dit qu'il ne voulait plus me parler ! Et j'ai rien fait pour le retenir ! J'en étais incapable ! J'ai... j'ai perdu mon meilleur ami. "
Cette phrase résonnait en boucle dans ma tête.
Ma pire crainte venait de se réaliser et j'avais à peine - voire pas du tout... - réagi.
Je regardai autour de moi, l'oreille tendue vers la porte d'entrée, espérant l'impossible. Qu'il revienne.
" Mais arrête, Edward ! Ce sont des mots en l'air ! Tu crois vraiment que cette histoire va tuer votre amitié ? Putain, vous me faites chier avec vos codes moraux à la con ! Je n'appartiens pas à Alec et ce qu'on fait, c'est en aucun cas le tromper ! "
Je me tournai vers elle, amer.
" Tout ça n'aurait jamais dû arriver. Soufflai-je.
_ Tu peux approfondir ? Fit-elle sur le même ton en se figeant.
_ J'aurais jamais dû t'embrasser ce soir-là au club. Je n'aurais jamais dû jouer avec le feu durant le week-end de Thanksgiving. Et je n'aurais jamais dû te proposer ce pacte. Sois honnête : jamais tu ne serais tomber amoureuse de moi sinon. Et... J'aurais toujours mon meilleur ami. "
Je vis ses joues perdre leur couleur puis, elle s'accrocha au bar à côté d'elle.
" En gros, tu regrettes tout ce qui a fait ce qu'on est aujourd'hui.
_ M'aurais-tu regardé, Bella ? Lui demandai-je avec un sourire doux-amer aux lèvres.
_ Ce qui est arrivé était inéluctable ! Même Jane a toujours été convaincue qu'on était fait l'un pour l'autre, alors oui, j'aurais fini par te regarder ! Fit-elle, désespérée.
_ Je te demande avec autre chose que du dégoût. Tu ne m'as pas connu avant, il n'y a encore que quelques mois.
_ Mais arrête ! Je ne te parle pas de dégoût, mais d'amour ! Tu sais, ce que tu me promettais encore hier soir ! "
Je me raidis, oubliant momentanément Alec.
Qu'étais-je en train de faire ?
Je ne pouvais pas la perdre elle aussi.
Mais si je voulais avoir ne serait-ce qu'une petite chance de revoir mon meilleur, il allait falloir que je me déchire le cœur en deux... Et que je prenne le risque de l'éloigner.
Et pour cela, pour qu'elle lâche prise, pour qu'elle me laisse du temps, il allait falloir un peu de douleur.
" J'ai perdu mon meilleur ami à cause de toi.
_ Edward... Souffla-t-elle, à peine audible.
_ Ne rends pas les choses difficiles, s'il te plaît. " La suppliai-je presque.
Qu'elle s'en aille... Qu'elle s'en aille vite.
" T'es en train de me faire quoi au juste ? "
L'air se coinça dans ma gorge.
Je ne pouvais pas la quitter.
Je ne voulais pas la quitter.
Je voulais simplement qu'elle s'éloigne. Le temps qu'il revienne. Que tout soit comme avant. Elle en plus dans ma vie. Au grand jour.
" Il vaudrait mieux qu'on fasse une pause. Chuchotai-je.
_ Regrettes-tu d'avoir blessé Alec ? "
Pourquoi nous torturait-elle d'avantage ?
Pourquoi ne lisait-elle pas entre les lignes ?
Pourquoi ne comprenait-elle pas... que c'était la seule solution que je voyais ?
" Infiniment. Répondis-je, la voix brisée.
_ Et donc, tu t'en veux. Et si c'était à refaire, tu ne recommencerais pas.
_ Non. Soufflai-je après une longue pause.
_ Je n'aurais pas été amoureuse de toi, je l'aurais acceptée ta pause. Depuis le début, tu me plantes des couteaux dans le cœur, mais là, tu fais bien pire, Edward. Tu me déçois. "
Je la vis du coin de l'œil se lever du bar, aller dans ma chambre, en sortir quelques secondes plus tard, aller dans la salle de bains et sortir de l'appartement. Sortir de mon monde.
Comme ça.
Comme lui.
Sans un mot.
Et moi, comme un pantin désarticulé, sans cœur et sans cerveau, j'avais regardé ma vie se foutre littéralement en l'air. Et j'avais tout perdu.
Lui.
Et puis elle.
Putain, elle...
Ma raison.
Mon cœur...
Et soudain, j'eus envie de tout casser. Absolument tout...
BELLA
Mardi matin.
Jour des premières épreuves... A l'université, mais également face à lui.
J'étais douchée, habillée, j'avais déjeuné – très peu, comme ces derniers jours. L'appétit m'avait quittée depuis que j'avais quitté Edward.
Mièvre, mais si vrai.
J'allumai mon portable ; un appel en absence.
C'était moins que le lundi soir.
Et beaucoup moins que le lundi matin.
J'avais quitté Edward le dimanche un peu avant midi ; à moins que ce ne soit lui qui m'ait quittée. Car même si c'était moi qui avais ramassé mes affaires, je persistais à considérer qu'il m'avait plaquée.
Ou laissée tomber était peut-être plus juste.
Je savais en ramassant mes affaires et en le quittant que je ne l'aidais vraiment pas à surmonter sa peine de s'être disputé avec Alec. Je savais qu'il aurait eu besoin d'aide. De soutien.
Mais il m'avait virée.
J'aurais pu m'accrocher, mais ses paroles m'avaient bien trop blessée.
Il me tenait responsable d'avoir perdu Alec.
Il m'en voulait de ce qui arrivait.
Il voulait faire une pause.
Il peut se la foutre bien profond, sa pause ! Pensai-je en balançant violemment la chaise de laquelle je venais de me lever, les larmes aux yeux.
Deux jours plus tôt, en quittant son appartement, mes affaires à la main, j'avais pratiquement couru dans les rues, jusque chez moi ; indifférente aux regards parfois curieux, souvent vides.
Un mélodrame de plus. Juste une rupture, comme il y en avait des centaines chaque jour.
J'étais rentrée en larmes dans la maison que je partageais avec Angela, Tyler et Ben. Seul ce dernier était alors là, et s'était redressé alors que je jetais en vitesse mes affaires sur le canapé de notre salon commun.
Flash-back
« Bella ça ne va pas ? »
Ben s'était levé d'un bond sur ses pieds du canapé ; à la télé en fond sonore une journaliste reportait les nouvelles de la dernière catastrophe climatique qui avait eu lieu dans le monde.
Je tremblais comme une feuille, et Ben fit un pas vers moi, mais, les nerfs à fleur de peau, je me reculai.
Je me sentais presque hystérique.
« Je l'ai quitté. »
Il eut l'air désemparé.
« Qui... Mais... Quoi... Attends... Je vais appeler Angela d'accord ?
_ Non Ben. Laisse tomber. Il faut que je bouge. Il faut que je bouge... »
Je saisis mes clefs de camionnette, et Ben refit un nouveau pas vers moi.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Bella. Tu ne devrais pas conduire dans ton état.
_ Ça va aller Ben. »
Non ça n'allait pas aller.
Ça n'irait plus jamais.
J'étais tombée amoureuse deux fois, et deux fois on m'avait préféré quelqu'un d'autre. Alec avait choisi Tanya, Edward avait choisi Alec.
J'allais vraiment péter un câble.
J'avais sauté dans ma camionnette, je l'avais démarrée en trombe et je m'étais jetée dans la circulation du dimanche midi – moins dense qu'en semaine.
J'avais rapidement quitté New York, et j'avais roulé quelque part. Je ne savais pas où j'allais.
Je m'étais garée au niveau du premier endroit un peu désert que j'avais rencontré, et j'étais sortie, tombant assise dans un coin, recroquevillée.
J'avais rapidement senti mon portable vibrer dans ma poche.
C'était Edward. Il essayait de me joindre.
Je l'avais éteint, et était restée jusqu'à la nuit recroquevillée dans un bout de forêt.
Fin du flash-back.
Le dimanche, j'étais rentrée dans la nuit, un peu perdue. Angela, morte d'inquiétude, pâle à en crever, m'attendait.
Elle m'avait hurlé dessus en me serrant dans ses bras, et avait appelé Ben puis Tyler, qui me recherchaient déjà depuis quelques heures.
La culpabilité m'avait étreinte, et j'avais rallumé mon portable.
27 appels en absence. Un peu plus de la moitié, d'Edward. Le reste, de Jane et d'Angela.
Mes deux autres colocataires étaient rentrés, et j'avais dû m'expliquer. Même Tyler n'avait pas été lourd, pour une fois. Il avait saisi que je n'étais pas du tout d'humeur et était parti s'enfermer dans sa chambre avec une simple tape sur mon épaule.
Ben et Angela avaient voulu rester un peu plus avec moi, mais il avait fallu que je finisse par répondre à Jane, qui était devenue hystérique en entendant ma voix.
Elle m'avait d'abord reprochée d'avoir éteint son portable, puis s'était radoucie en me disant qu'elle avait su pour...
Edward et moi.
Notre clash.
« Il a tout saccagé dans son appartement. Bella, tu n'imagines même pas comment il est. Et je l'ai engueulé, mais il ne va pas bien. Il se mord les doigts. » Avait-elle dit.
Je lui avais dit que je savais qu'il regrettait tout ce qu'il y avait eu entre nous. Qu'il regrettait d'être sorti avec moi.
Il me l'avait bien dit.
Et Jane avait objecté, un peu désespérée.
« Non, c'est de t'avoir virée qu'il regrette. »
Je n'avais rien voulu savoir.
Je n'avais rien voulu entendre de ses « Décroche-lui au moins. Laisse-lui une chance de s'expliquer... »
Je savais que tôt ou tard, je devrais me confronter à lui. L'écouter. Mais je n'étais pas prête.
Et surtout, une part de moi espérait qu'il se lasserait et me laisserait tomber.
Rapidement de préférence.
Les mains sur la table de la cuisine, la tête basse, j'essayai de maitriser mon souffle ; puis je me redressai, et me dirigeai vers le porte-manteaux à l'entrée. Je décrochai mon chaud blouson et mon écharpe. Mon regard accrocha celui de mon reflet, dans la petit glace accrochée au mur portant l'escalier.
Pâle, le visage tiré, je faisais peur à voir.
Je saisis mon sac, Angela descendant les marches, et nous sortîmes toutes deux en direction de la fac, et du début de nos partiels.
oOo
Quand nous arrivâmes à la fac, vingt bonnes minutes avant le début des examens, la première chose que je remarquai fut son manteau.
La deuxième, son visage clairement fixé sur moi.
Et la troisième, quand je baissai les yeux, ses jambes se mettant en mouvement.
Il s'arrêta devant moi, et je détournai le regard. Angela ne sut que dire.
« Il faut que je te parle. »
Sa voix aviva encore ma douleur, ma gorge se serra. Mais je déglutis, et essayai de me fermer.
Il fallait qu'on en parle. Je le savais.
Maintenant, juste avant les partiels, c'était une bonne idée. Ça ne durerait pas trop longtemps.
« T'as une minute. » fis-je d'une voix que j'aurais voulu sèche mais qui était plutôt étranglée.
Il soupira de soulagement, et mon cœur se serra.
« Seuls. » Demanda-t-il.
Je m'éloignai de trois pas, fermée. Il me suivit et je sentis qu'il me dévisageait ; mais je me refusais à le regarder.
J'avais mal. Si mal. Et entendre sa voix me brûlait le cœur et le ventre au point que j'en aurais presque vomi.
« Comment vas-tu ? » demanda-t-il d'une voix inquiète.
Nouveau coup de poignard, nouvelle montée de larmes à réprimer.
Ne pas flancher.
Je jetai un regard à ma montre, et répondis d'une voix étranglée :
« T'as plus que trente secondes. »
Il me saisit soudain le visage entre les mains, me forçant à le regarder ; ses mains à la fois moites et glacées m'électrocutèrent, son toucher me fit mal, et la seule réelle envie que j'avais était de me jeter dans ses bras et de le serrer le plus fort possible en lui demandant d'effacer ce qui s'était passé – mais jamais on ne pourrait l'effacer.
« Comment vas-tu ? »
Je me dégageai, les larmes envahissant soudainement mes yeux. L'une d'elle coula sur ma joue et je la chassai d'un geste rageur.
« Je vais pas bien, ok ? Et toi et Alec, ça revient ? »
J'avais presque crié, presque comme si je l'engueulais.
« Non... Je suis désolé. »
Je me mis à trembler, et le froid n'y était pas pour grand chose. À nouveau je m'essuyai les yeux ; ils devaient être rouges, mais je m'en moquais.
« Désolée de quoi ?
_ De te faire souffrir. »
J'eus comme un hoquet hystérique, qui dura l'espace d'une demi-seconde.
« Ça va t'es pas le premier. »
Je lui tournai le dos, et m'éloignai à grandes enjambées vers l'amphi, mettant fin à notre conversation.
Je rejoignis le flot d'élèves dont certains me jetèrent ces regards avides de ragots – je les détestais, et ils durent le comprendre à l'air assassin que je leur renvoyai, car ils se détournèrent rapidement.
Il y avait deux portes d'entrée pour l'amphi, et je notai qu'Edward fut dirigée vers l'autre. Le reste se fit dans le plus total automatisme ; présenter ma carte d'étudiant à la borne de lecture, récupérer un numéro d'anonymat. M'asseoir. Sur la même rangée qu'Edward, mais complètement à l'opposé.
Je ne sais même pas si je compris le sujet. J'eus l'impression que mon stylo griffonnait tout seul sur la feuille d'examen ; je ne pris même pas la peine de faire un brouillon.
Je finis l'épreuve très tôt ; seules trois ou quatre personnes étaient déjà sorties. Des étudiants qui très certainement avaient rendu copie blanche ; il y en avait toujours un petit pourcentage pour chaque épreuve, je l'avais remarqué pendant mes premières années de fac.
Je descendis remettre ma feuille aux surveillants, allai récupérer mon sac et y fourrer mes stylos, et ne pus que voir Edward descendre précipitamment avec son propre sujet, juste derrière moi. Je remontai les marches de l'amphi à un pas brusque et rapide, et, une fois dehors, ne pris pas la peine d'attendre Angela. Elle comprendrait. Je me dirigeai vers la sortie du campus d'un pas rapide.
Mais je fus vite rattrapée par Edward.
« C'est pas ton chemin. Lui jetai-je avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, sans même m'arrêter.
_ Je suis désolé. J'ai été stupide. Je pensais qu'en t'éloignant il reviendrait. Mais c'est pas le cas. S'il te plaît Bella. Je sais que tu m'aimes encore... » Me dit-il, pressant ; limite désespéré.
J'accélérai mon pas.
« Oui je t'aime. Mais je ne suis pas un second prix Edward. Je n'en peux plus, et j'aimerais que tu me laisses maintenant. Il reviendra. Moi, pas.
_ Tu peux pas nous faire ça, Bella ! T'as pas le droit ! »
Je me stoppai d'un coup, et il en fit de même, manquant de trébucher.
« Non ! Tu n'avais pas le droit de nous faire ça, et pourtant tu l'as fait. J'aurais attendu que tu te remettes d'Alec. J'aurais attendu qu'il se calme, car oui, il va se calmer. Je t'aurais soutenu, ou j'aurais accepté ta pause. J'aurais tout fait. Si tu ne m'avais pas dit ces mots-là. »
Je m'élançai sans attendre une réponse, me mettant à courir comme si ma vie en dépendait. Je me sentais craquer, et je ne voulais pas le faire devant lui. Ma carapace se fendillait – en avais-je seulement une face à lui ? Je lui avais toujours tout passé. En quatre mois qu'on se connaissait, j'étais devenue une marionnette entre ses mains.
Il me courut après, et me rattrapa au coin d'une rue.
« Il fallait que j'essaye ! »
Je m'arrêtai, et il reprit.
« Il fallait que je t'éloigne pour qu'il revienne ! Du moins c'est ce que je pensais. Je suis un enfoiré mais un enfoiré qui peut pas vivre sans toi ! Mets-toi à ma place ! »
Je le regardai dans les yeux cette fois, même si je sentais qu'à nouveau des larmes emplissaient les miens.
Je voulais qu'il voie ma souffrance.
Je voulais qu'il en souffre, lui aussi.
« Mais est-ce que tu t'y es mis une seule fois à ma place, toi ? Est-ce que tu t'as idée des fois où tu m'as blessée sans rien remarquer ? Et je ne te parle pas du fait d'avoir couché avec ta Cassidy, je te parle d'après ! Tu m'as planté plusieurs couteaux dans le cœur, et me virer comme tu l'as fait c'était bien trop. » M'écriai-je, la voix cassée.
Le silence tomba entre nous ; il le garda, et cela sonnait comme une sentence.
Celle d'une fin inéluctable.
Je lui jetai un dernier regard, et repartis en marchant, brisée en mille morceaux, partagée.
Dévastée.
Cette fois il ne me suivit pas. Et en rentrant, tout ce que je fis fus d'aller m'enfermer dans ma chambre pour réviser mon prochain partiel.
oOo
Les voix incessantes me forcèrent à relever la tête de mes notes.
Cinq minutes plus tôt, on avait sonné à la porte en bas. Je savais qu'Angie et Ben devaient être en train de dîner, donc que l'un d'eux avait ouvert ; et je n'entendais pas la voix du visiteur mais celle de Ben me parvenait par à-coups, même si je ne comprenais pas ce qui se disait.
Puis des pas dans les escaliers, et une Angela gênée poussant la porte de ma chambre.
« Bella ? C'est Edward, en bas... »
Il y eut un silence.
« Il vient pour toi. »
Mon cœur se serra.
« Il peut repartir.
_ Il insiste.
_ Il va se lasser.
_ J'ai des doutes.
_ Angie je ne veux pas le voir ! »
Angela ne dit plus rien pendant quelques secondes, se mordant la lèvre ; puis elle acquiesça.
« Les mecs ne le laisseront pas passer. T'en fais pas. »
Elle ressortit de ma chambre, et je revins à mes notes, le cœur serré.
oOo
Le jour suivant, nous sortîmes en silence avec Angela, en direction de notre deuxième partiel.
Nous n'avions pas reparlé de la veille ; du passage d'Edward. Elle ne m'avait pas demandé non plus ce qu'on s'était dit devant les amphis et après l'épreuve. Elle attendait simplement que j'aie envie d'en parler... Et là, tout de suite, j'avais le cœur trop lourd pour décrocher le moindre mot.
Au coin de notre rue, une ombre immobile se dressait ; je relevai le regard, et croisai les yeux verts d'Edward.
Mon cœur se serra encore ; il était vraiment revenu ? M'attendre ?
Angela me donna un petit coup de coude, mais je fis comme si je n'avais pas vu qu'il était là, et continuai sur ma lancée.
Le trajet se déroula en silence ; Edward marchait à côté de moi, et sa présence me crispait.
Je crus jusqu'au dernier moment qu'aucun de nous trois ne prononcerait la moindre parole ; mais, juste avant que je ne me glisse dans la file des élèves attendant pour rentrer dans l'amphi, Edward saisit mon poignet, m'obligeant à croiser son regard une seconde.
« Je ne te laisserai pas gagner sans combattre. » Fit-il simplement avant de me lâcher et de se glisser dans la file parallèle à la mienne.
À nouveau mon cœur se serra.
Et à nouveau j'essayai d'ignorer ce sentiment qui me tannait de revenir vers lui et d'effacer tout ce qu'il avait pu me dire.
À défaut de réussir à oublier la douleur au fond de moi, je me focalisai à nouveau sur une certaine routine.
Nouveau défilé des élèves plus ou moins stressés. Nouvelle distribution des copies d'examen. Nouvelle réponse automatique.
Je quittai l'amphi cette fois avec seulement une petite demi-heure d'avance ; Angela était encore en train de gratter sur sa copie. Je rendis la mienne, et notai qu'encore une fois Edward me suivait de peu. Ma gorge se serra, et mon cœur se mit à battre un peu plus fort d'anticipation.
À peine éloignée de quelques pas de l'amphi, je l'entendis courir derrière moi ; et sans dire un mot, il me saisit par le bras et me traîna parmi les bâtiments, jusqu'à la salle d'entrepôt.
Salle où, je me souvenais, – comment oublier – nous avions eu des rapports au début de notre relation.
Il s'arrêta, et je me dégageai, à la fois en colère et tourmentée.
« Tu fous quoi, là ? Y a un truc que t'as pas compris dans ce qu'on s'est dit hier ? » Crachai-je.
Il eut un rire nerveux.
« Faut croire que non.
_ C'est fini, Edward. Il n'y a plus rien à dire. » Lâchai-je le plus froidement possible.
Il accusa visiblement le coup, profondément blessé ; et l'espace d'une seconde j'eus envie de retirer mes dernières paroles.
J'avais voulu qu'il souffre.
Mais ça me rend malade de le voir ainsi.
Il eut un sourire triste.
« C'est dingue comme trois petits mots peuvent vous atteindre.
_ Ouais. Dingue. C'est ce que je me dis depuis que je te connais. » Répliquai-je, amère.
Je le contournai et posai ma main sur la poignée de l'entrepôt.
« Je dépose une réclamation. Fit sa voix, résonnant dans le local.
_ Le bureau des pleurs, c'est pas ici. » Lâchai-je froidement.
Je ressortis, frissonnant quand le vent froid me gifla, et l'entendis me suivre de près.
« Alors je m'y oppose. Je veux pas que tu me quittes... Et t'en as pas envie non plus, je le sais.
_ Fallait y réfléchir avant. Répondis-je sans m'arrêter.
_ Mais j'y ai réfléchi ! »
Je m'arrêtai, le cœur au bord des lèvres.
« C'est trop tard. Ça fait cinq mois qu'on se connait, et cinq mois que tu trouves toujours un nouveau moyen de me blesser. Cette fois c'était beaucoup trop. »
Il y eut une longue pause, puis Edward déclara simplement :
« Je suis un connard. Je l'avoue. J'ai fait que des conneries. »
Je souris amèrement.
« Ouais. La plus grosse étant d'être sorti avec moi. »
Je me remis en marche, mais il me stoppa et m'obligea à le regarder dans les yeux.
« Non. »
Je me dégageai, le cœur fendu en deux.
« Arrête ! T'as pas attendu qu'Alec pète son câble pour le regretter !
_ Je l'ai jamais regretté.
_ C'est pourtant ce que tu m'as lancé au visage, tu l'as déjà oublié ? M'écriai-je.
_ Non, je crois pas. Mais je voulais t'éloigner.
_ Ah, vraiment ? Et pourquoi, hein ?
_ … Pour qu'il revienne. »
J'eus à nouveau un coup au cœur, et lui lançai un regard blessé.
Edward avait toujours été prêt à tout... Pour Alec.
Et si je pouvais supporter qu'il l'apprécie plus que moi, en revanche, je ne pourrais plus vivre dans la crainte qu'un jour il me dise qu'il préférait qu'on se quitte pour qu'Alec ne lui en veuille plus d'être sorti avec moi.
« Ben vivement qu'il le fasse. Quand ce sera fait, tu me lâcheras peut-être. »
Je me détournai, et repartis vers chez moi.
Mais ses pas ne me lâchèrent pas.
« Je pensais qu'il comptait plus pour moi que toi... Mais c'est pas le cas. »
Mon cœur cogna lourdement dans ma poitrine, mais ma raison me hurla de ne pas me laisser avoir.
« Si, c'est le cas. Et je ne t'en aurais pas voulu... Si il n'y avait pas eu le reste. Cette fois, j'en peux plus.
_ Non, c'est pas le cas. Je ne mange plus, je ne dors plus, je vis plus depuis que t'es plus là ! »
Je stoppai net pour lui faire face, en colère.
« Et moi j'en ai marre que tu joues en permanence avec mes sentiments ! Ça t'amusait bien, hein, de me planter des couteaux dans le cœur entre deux baisers ? Maintenant, j'aime autant tout arrêter.
_ Parce que tu crois qu'on aime sans anicroche ? On est dans la vraie vie, Bella, pas à la fin d'un conte de fées. Répliqua-t-il, amer.
_ Sans anicroche, non. C'est pour ça, si il n'y avait pas eu le reste, je t'aurais pardonné. Mais la vérité c'est que je ne me suis jamais sentie autant rabaissée que quand j'étais avec toi !
_ Alors pourquoi tu m'as dit que tu m'aimais ? »
Ma bouche se déforma dans un rictus amer.
« Parce que c'est le cas. Et crois-moi j'en souffre. »
Je repartis, espérant que cette fois il me laisserait tranquille. J'étais épuisée, et à deux doigts d'éclater en sanglots devant lui.
Comme si tu passais pas déjà pour une cruche à lui avouer une fois de plus tes sentiments.
Il me rattrapa. Évidemment.
« Tu ne t'es jamais autant sentie rabaissée qu'avec moi et pourtant tu m'aimes quand même ?
_ L'amour ça se contrôle pas. » Répondis-je, la gorge serrée.
Je ne le regardai pas ; mais je sentais ses yeux me dévorer.
« Je t'aime Bella. Lâcha-t-il, désespéré.
_ C'est trop tard. Je ne veux plus ignorer quand tu me traites de conne. Je ne veux plus t'écouter vanter tes ex. Et je ne veux plus continuer à faire bonne figure quand en plus ça se passe devant nos amis. J'aimerai jamais personne autant que toi, c'est un fait, mais tu me fais trop mal pour que j'efface tout.
_ Que je te traite de conne ? Parce que tu l'avais pris au premier degré ?
_ Avec toi, j'avais des raisons de le prendre ainsi. »
Il secoua la tête avec un rire nerveux.
« Tu crois que je t'aurais dit que je t'aimais si je t'avais trouvé conne au sens péjoratif du terme ? »
Je me stoppai sans prévenir.
« Et toi, tu crois que je dois penser que tu m'aimes, alors que tu n'éprouves aucune gêne à vanter les exploits de ta Cassie devant nos amis ? Tu crois que je dois le penser, alors que tu penses à tes ex pendant nos ébats ? Et alors que tu me jettes parce que ton ami pète une crise ?
_ J'aurais pas répondu à cette question, t'aurais plus eu confiance en moi après ! Et Alec est mon meilleur ami, Bella ! Tu sais ce que c'est, 20 ans d'amitié ? S'énerva-t-il.
_ T'aurais pas répondu à cette question, j'aurais compris et t'aurais été reconnaissante de ne pas me planter ce couteau dans le cœur ! Et oui, je sais ce que c'est 20 ans d'amitié. Demande à Jake. Si t'avais simplement voulu m'éloigner, il aurait suffit de me le demander.
_ Parce que tu l'aurais fait ?
_ Oui. Je l'aurais fait, si tu m'avais expliqué. Comme quoi soit tu me trouves vraiment trop conne, soit tu ne m'as jamais fait confiance. »
Des lames de déception me déchiraient. Une nouvelle chose à propos d'Edward et moi. Un nouveau déchirement.
Il ne m'avait jamais fait assez confiance pour me penser compréhensive.
Il avait cru que je lui en voudrais de faire passer son meilleur ami avant moi.
Il me prenait pour une putain d'égoïste, et ça me blessait toujours plus profondément.
Je me remis en marche, lui toujours sur mes talons.
« Je t'ai demandé une pause.
_ Tu m'as dit que si c'était à refaire, tu ne le referais pas. Ça veut tout dire pour moi.
_ Parce que je voulais que tu t'éloignes !
_ Eh bien il t'aurait suffit de me le demander. Ah mais j'oubliais. Tu ne me faisais pas confiance. Répliquai-je, amère.
_ La confiance n'a rien à voir là-dedans.
_ Si, Edward. Tu croyais que je ne serais pas assez compréhensive. Que je serais du genre à piquer une crise de jalousie, ou je ne sais quoi. Mais tu crois vraiment que j'aurais été ainsi, j'aurais rien dit à chaque fois que tu changeais de sujet dès que le nom d'Alec était prononcé ? »
Il se détourna.
« Comment l'aurais-je su ?
_ Simplement en me faisant confiance. On a fini, je crois. »
Nous tournâmes au coin de ma rue, et je sortis les clés en me rapprochant du pas de ma porte.
« J'en aurai jamais fini avec toi. »
Je montai les quelques marches et glissai la clé dans la serrure.
« Faudra te faire à l'idée que si. »
Sans plus le regarder, j'ouvris la porte et pénétrai à l'intérieur, refermant derrière moi.
oOo
J'aurais voulu croire qu'après notre conversation, Edward ne reviendrait plus vers moi.
Qu'il se serait lassé.
Ou qu'il aurait décidé que finalement je ne valais pas la peine qu'il se fatigue.
Mais il n'en fit rien ; et, le soir même, des voix me tirèrent de mes notes.
Cela faisait cinq minutes à peu près qu'on avait sonné en bas ; et, le cœur cognant lourdement dans ma poitrine, j'avais attendu que quelqu'un aille ouvrir.
Et, alors que j'avais voulu faire comme si je ne me demandais pas qui ça pouvait être à cette heure tardive, je m'étais replongée dans mes cours jusqu'à ce qu'une dispute m'en tire.
Je sortis de ma chambre, et mon cœur redoubla de violence à la vue d'Edward s'engueulant avec un Tyler qui refusait de le laisser monter.
Il leva les yeux, et ma gorge se serra.
« Fous le camp Edward, t'as rien à faire là. » Lâchai-je.
Tyler leva également la tête, et Edward en profita pour s'élancer dans les escaliers et gravir les marches quatre à quatre. Avant que j'aie pu faire un geste, il me saisit et m'entraîna dans ma chambre, refermant derrière nous.
Dès l'instant où sa prise se relâcha un peu, ma main se leva et je le giflai.
J'en ressentis des fourmis jusque dans le coude ; mais ça faisait du bien.
Il se passa légèrement la main sur la joue, alors qu'un silence se faisait ; puis des coups se mirent à pleuvoir sur ma porte. Tyler, sans aucun doute.
« Bella, ça va ? » criait-il de l'autre côté.
Edward et moi l'ignorâmes, nous contentant de nous fixer dans le blanc des yeux.
« C'est pour les coups de poignard ? » Demanda Edward en laissant retomber sa main de sa joue à sa hanche.
Je lui adressai un regard noir.
« Sors d'ici. »
Il me lança un regard lourd.
« Je regrette mais c'est non.
_ Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. »
De l'autre côté de la porte, j'entendis Angela arriver pour calmer Tyler. Elle lui dit quelques mots, dans lesquels je compris ' Ils doivent parler ' - traitresse... - puis le silence revint.
« Si. Mais t'es trop fière et rancunière pour le dire. »
Je me détournai et retournai m'asseoir à mon bureau, pour me donner une contenance.
« J'ai rien à rajouter par rapport à cet après-midi. Tout a été dit.
_ Je veux une chance de me racheter. »
Je me retournai à nouveau vers lui, et le regardai froidement.
« Donne-moi une raison de te la donner. Et évite le je t'aime, c'est trop facile. »
Il s'assit sur mon clic-clac, et mon cœur se serra.
« Tu m'aimes. »
Ç'aurait été si facile de me lever et d'aller m'asseoir sur ses genoux.
De me blottir contre lui, et de glisser mon nez dans son cou, là où son odeur me faisait perdre la tête.
De poser mes lèvres contre sa peau bouillante, et de le supplier de me faire l'amour pour oublier toutes ces fois où on se faisait la guerre.
Mais à la place, je lui tournai à nouveau le dos.
« Oui, et j'en souffre assez. Tu peux t'en aller.
_ Je partirai pas cette nuit. »
Mon cœur loupa un battement.
« Si tu comptes rester dormir, j'irai ailleurs.
_ Pourquoi ? Tu as peur de ne pas résister ? »
Si tu savais qu'en ce moment précis je lutte déjà pour ne pas me jeter contre toi...
« Parce que je ne te veux plus dans mon lit.
_ Vraiment ? »
Je déglutis.
Bien sûr que non.
« Oui.
_ J'ai le droit de ne pas y croire ? »
J'entendis le léger sourire dans sa voix, et cela me serra le ventre.
J'avais tellement envie que tout s'arrange.
« Tu t'octroies tous les droits avec moi. Répliquai-je amèrement.
_ C'était une question. Je ne te toucherai pas si tu ne le veux pas.
_ Et si je te promets d'y réfléchir, tu veux bien t'en aller ?
_ Non. »
Je me levai, et ouvris mon armoire pour en tirer une couverture. Il était dix heures du soir passées et j'étais déjà dans le pyjama de fausse soie que je portais lors des premières nuits que j'avais passées avec Edward, à River green.
Je me dirigeai vers ma porte et la déverrouillai.
« S'il te plait... Fit-il dans mon dos.
_ Bonne nuit. » Répondis-je froidement.
Je refermai derrière moi, et descendis les escaliers pour aller me coucher sur le canapé, le cœur gros.
Je ne savais pas si j'allais réussir à trouver le sommeil. Mais je savais qu'au moins, le lendemain matin, je ne regretterais pas d'avoir cédé une fois de plus aux désirs d'Edward Cullen...
oOo
Un pouce glissant sur ma joue.
Des doigts caressant ma tempe, et écartant quelques mèches de mon visage.
Une main coulant dans ma nuque, réveillant en moi des sensations parmi lesquelles le confort primait me tirèrent de mon sommeil, et je gigotai un peu avant d'ouvrir les yeux.
Mon regard accrocha une paire d'émeraudes, et, ne sachant trop si j'étais dans un rêve ou dans la réalité, je soufflai un prénom.
« Edward... »
Sa main s'aventura dans mon cou, caressa la courbe de mon épaule, et son pouce effleura mon sein ; puis il me lâcha comme à regret.
« J'ai envie de t'embrasser... » Souffla-t-il d'une voix rauque.
Je me redressai, et remarquai que je n'étais pas dans mon lit.
Je regardai autour de moi.
J'étais dans le salon.
Je me souvins de la soirée de la veille, et resserrai les couvertures autour de moi, abattue.
« T'as rien à faire là.
_ Je veux juste dormir avec toi.
_ On a rompu. On n'a pas à dormir ensemble.
_ T'as jamais dormi avec un... Ami ?
_ On n'est pas amis. »
Il m'adressa un regard intense.
« Et on est quoi ? »
Je détournai les yeux.
« Rien l'un pour l'autre.
_ Tu n'y crois pas, sinon tu ne détournerais pas les yeux.
_ Tout ça ne nous mène à rien...
_ Je ne veux pas que tu m'oublies. Jamais.
_ T'en fais pas pour ça...
_ Regarde-moi... »
Sans rien répondre, et lentement, comme à contrecœur, je relevai le regard vers lui.
Son regard un peu triste me transperça.
« Tu veux vraiment que je m'en aille ? »
Mes lèvres tremblèrent, mon cœur se souleva, et mes mains se crispèrent sur ma couverture.
J'avais l'impression qu'en répondant à cette question, j'allais sceller notre avenir, à Edward et moi. Et cela faisait plusieurs jours que j'en avais envie. Que j'avais envie de tirer une croix sur ce nous.
Et maintenant que j'en avais la possibilité, les mots me brûlaient la gorge.
Je mis longtemps à répondre.
« Oui. Réussis-je finalement à bredouiller dans un mensonge éhonté.
_ Tu veux... que je sorte de ta vie ? »
Je détournai à nouveau le regard.
« C'est ce que je te demande depuis hier.
_ Alors embrasse-moi une dernière fois. Après je m'en irai. et... Contrairement à ce que j'ai dit, je te laisserai tranquille. »
Mes lèvres recommencèrent à trembler, et je secouai la tête de droite à gauche, sans le regarder.
Il inspira profondément.
« Je te le promets.
_ Ça sert à rien. Couinai-je.
_ Parce que tu penses que j'en suis pas capable ?
_ Non ! Ça sert à rien de se faire du mal à s'embrasser une dernière fois. »
Sa main trouva soudain ma peau, et il me redressa vers lui, me relevant pour prendre ma bouche dans un court baiser qui me brûla de l'intérieur.
« Je suis désolé Bella. » Souffla-t-il contre mes lèvres.
Il me lâcha, et remonta les escaliers.
Le cœur en mille morceaux, j'attendis quelques secondes, une minute, puis je regagnai ma chambre à mon tour.
Mes résolutions s'effondrèrent quand je me croisai ; rhabillé, il s'apprêtait à sortir de ma chambre.
Je m'approchai de lui, glissai ma main dans ses cheveux ; et sans réellement savoir ce que je faisais, je posai ma bouche contre la sienne, et l'embrassai aussi longuement que profondément, collant mon corps tremblant contre le sien.
Puis la froide réalité me revint, et je me détachai de lui, à regret.
« Moi aussi. » Dis-je simplement.
Je le contournai, et allai me coucher dans mon lit déjà froid, lui tournant le dos.
« T'es en train de me tuer... » Murmura-t-il.
Je ne répondis rien, incapable de prononcer le moindre mot ; je me mis à trembler à nouveau, et les larmes coulèrent sur mes joues.
Pendant un moment je n'entendis plus rien, puis je sentis le bord du lit s'affaisser ; il devait s'y être assis. Ou avoir été réveiller Angela pour me consoler, peut-être.
« Pourquoi tu pleures ? » Me demanda-t-il.
J'essuyai mes larmes, honteuse qu'il me voie dans cet état.
« Parce que tu t'en vas. » Avouai-je.
Il y eut un long silence.
« C'est ce que tu veux. Fit-il.
_ Je sais... Répondis-je d'une voix étranglée.
_ T'as vraiment envie que je m'en aille ? Demanda-t-il après une courte pause, un brin d'espoir dans la voix.
_ A peu près autant que de monter sur l'échafaud... Murmurai-je au grand dam de ma raison.
_ … Tu veux que je reste ? »
Je passai une main tremblante sur mon visage.
« Oui... Non... Je ne sais plus.
_ Alors je fais quoi ? Je pars, je reste ? On se bat, … On fait l'amour ? »
Mon cœur se serra, et pendant un moment je restai immobile ; puis je me retournai vers lui, et oubliai toute raison.
« Reste. »
Il était assis au bord du lit, dos à moi ; il se prit la tête entre les mains.
Puis il s'allongea, me tournant toujours le dos.
« Je pensais ce que je t'ai dit. Je suis désolé.
_ De quoi ? Murmurai-je.
_ De t'avoir fait du mal.
_ … C'est pas pour autant que tu ne recommenceras pas...
_ Comme tu pourras me blesser.
_ Ce sera pas pareil. Je ne t'aurais jamais manqué de respect comme tu l'as fait, en me balançant tes anciennes relations devant nos amis ou pendant nos ébats, ou en refusant de m'accorder ta confiance.
_ Peut-être. Mais tu pourras le faire d'une autre façon. Et même plus fort. »
Je secouai la tête, amère.
« Et si Alec te demandait de choisir entre nous deux, hein ?
_ Alors ça sera toi. »
Je ne répondis rien, et lui tournai à nouveau le dos, m'enterrant dans les couvertures.
« J'ai mon feu vert pour dormir avec toi ou pas ? Demanda-t-il.
_ De toutes façons il ne reste plus que deux heures avant de se lever pour le partiel. » Répondis-je après une hésitation.
Il remua soudain à côté de moi, et j'entendis le bruissement de son pull et de son tee-shirt contre sa peau, puis de son pantalon le long de ses jambes ; enfin, je le sentis se tourner vers moi, et je me raidis un peu, crevant d'envie de me plaquer contre lui.
Pendant quelques secondes, je restai immobile ; et enfin, consciente que jamais je n'arriverais à m'endormir ainsi, je me retournai avec hésitation pour lui faire face et me collai à lui, passant un bras timide autour de sa taille. Il en fit autant, me rapprochant au plus près de lui.
Sa chaleur.
Son odeur.
Ses gestes qui me manquaient tellement fort.
La tête nichée au creux de son cou, je pris une profonde inspiration, et me détendis. Sa main me caressa doucement le dos, et, les yeux toujours clos, j'embrassai doucement son épaule, recherchant à nouveau son goût sur ma langue.
Et ce fut avec toutes ces sensations que je trouvai enfin un sommeil réparateur.
oOo
Un bip incessant me tira d'un rêve confortable, et je grognai, complètement groggy, incapable de me décoller de la source de chaleur juste sous ma joue – et cette odeur, si familière mais sur laquelle je n'arrivais plus à mettre un nom...
Le bip ne cessait pas, et finit par me tirer des limbes du sommeil...
Le partiel !
Merde !
Je me relevai en sursaut, et croisai un regard vert encore ensommeillé.
…
Edward !
Et re-merde...
Mon cœur se mit à battre la chamade, et soudain, je ne savais plus où me mettre.
Et visiblement, je n'étais pas la seule mal à l'aise.
Sur son visage se disputaient le malaise et la perplexité ; je détournai les yeux, et me levai, attrapai deux trois affaires, et me dirigeai sans un mot vers la salle de bains.
Je pris une douche rapide, essayant de me souvenir de tout ce qui s'était passé la veille.
Nos disputes.
Ses mots d'amour.
Mon envie de le voir partir.
Son insistance.
Son baiser.
Et soudain, mon incapacité à le laisser s'en aller ; mon chagrin quand le moment où j'aurais enfin pu tout arrêter était venu – ce moment que pourtant j'attendais avec une certaine hâte quoique mêlée d'appréhension auparavant.
Un gémissement m'échappa, et je coupai l'eau de la douche.
Mais qu'est-ce que j'avais fait ?
C'était du masochisme à mon niveau.
Ou de l'amour...
La vérité, c'était que même Alec, j'avais eu moins de mal à me séparer de lui.
Quand je sortis de la salle de bains, hésitante, le silence m'accueillit.
Edward était parti.
Et je ne savais pas si c'était bien ou mal...
Et voilà !
Bon c'est assez sadique comme fin, et ce n'est pas notre chapitre le plus gai. Mais il fallait passer par là...
Que prévoyez-vous pour le prochain ? A votre avis, pourquoi Edward est-il parti ?
Bisoussss
