Disclaimer: Cf le chapitre précédent (non, je ne me fatigue pas trop!)
Avertissement: A ceux qui ne savent toujours pas qui est coupable (dès fois que ça existe...perso je lirais pas de fic dans ce cas, mais chacun fais ce qu'il veut...) auraient passé outre mon conseil: dernier avertissement avant de vous faire spoiler. Ce sont peut-être des précautions inutiles, mais le simple fait que j'en prenne tant renseigne assez bien sur l'importance du coupable dans cette partie de l'histoire!
Note d'auteur: Voilà la suite, qui ne sert à rien (comme le reste de la fic, à bien y réfléchir...) mais que j'aime assez, surtout la dernière partie.
Epilogue
Les coussinets du renard lui permirent, juste avant ses oreilles, de sentir approcher la voiture. D'expérience, le béton sous ses pattes l'informa qu'il ferait mieux de se mettre tout doucement en direction du couvert des arbres, mais la vitesse élevée du bolide le prit au dépourvu et faillit lui être fatale. Les phares aveuglants surgirent brusquement de derrière un virage et le paralysèrent un instant sur place. Il eut tout juste le temps de faire un bond de côté, plus sous l'impulsion du crissement horripilant du frein que par réel instinct de survie, et il fila sans demander son reste, sous les jurons agacés de la conductrice.
Après cette embardée violente qui l'avait fait frôler dangereusement un fossé, celle-ci parvint à reprendre le contrôle de son véhicule et replaça la longue mèche blonde qui lui était retombée sur le front derrière son oreille d'un geste impatient.
Lorsqu'elle s'était résignée à abandonner les recherches et à rentrer à Hinamizawa, l'astre solaire diffusait ses derniers éclats entre certaines collines. Maintenant, c'était les étoiles qui brillaient le plus fort dans le ciel, et la population nocturne de la forêt commençait à s'éveiller. Une route menant à un des villages les plus paumé du district n'était pas la voie idéale pour rentrer chez soi la nuit, et malgré le peu de monde présent en cette heure, la moindre inattention pouvait vite se révéler dangereuse.
Cela dit, la jeune automobiliste était plutôt bonne au volant et tendait plus à s'inquiéter pour l'objet de sa sortie. Celle qui n'avait pas prit plus de trois heures pour mettre le village sens dessus-dessous par sa seule absence. Lorsque son aide avait été sollicité pour retrouver la petite idole locale, elle n'avait pas pu s'empêcher de faire remarquer que dire de quelqu'un que personne n'a vu pendant un peu plus d'une heure qu'il avait 'été enlevé par les démons' était peut-être légèrement excessif. Une heure plus tard, à la demande express de son supérieur officiel, elle s'était résignée laisser là ses propres recherches pour se joindre à celle des villageois.
Ahhh, ce Irie-sensei…! Si la gamine Hôjo n'était pas venue l'implorer de l'aider, avec sa petite dent de lait toute chou et sa tête de chiot battu, il n'aurait surement pas mis autant d'empressement à investir dans la battue toutes les ressources de la clinique qu'il avait pu mobiliser!
A son avis et connaissant l'intéressée, la fillette s'était simplement par hasard retrouvée seule pour une raison ou une autre, des courses imprévues, un besoin de solitude, une cuite secrète -ou le diable savait quoi, avec cette fille!- et voyant que ses amis la cherchaient, s'était cachée dans un coin et riait maintenant sous cape de voir ses fidèles retourner tout le district pour la retrouver.
Cependant, devant le temple bondé de vieillards paniqués, elle avait surpris une conversation téléphonique de l'héritière Sonozaki. En saisissant que celle-ci était en train de mettre tout les yakuza à dix kilomètres à la ronde sur le qui vive, elle avait pris le parti de taire ses théories, pour une fois. Se faire perquisitionner par la mafia pour si peu, non merci…
Et puis, au fil des heures passées à arpenter les rues d'Okinomiya, la petite prêtresse n'était toujours par réapparue, et Miyo s'était prise au jeu de l'angoisse. Elle ne la vénérait pas autant que les autres habitants, mais la petite Furude lui était assez sympathique pour la rendre triste si elle disparaissait ainsi…
Le sanglot des cigales à l'extérieur avait peu à peu fait place à la pluie, et elle pensa juste à temps à activer les essuie-glaces avant que l'eau ne détériore sérieusement sa vision à travers le pare-brise. Elle fixa avec mélancolie les longues trainées aquatiques qui se dessinaient, et qui étaient, aussitôt formées, brisées à nouveau par les gouttes de pluie qui tombaient dessus. Où cette satanée gamine était elle donc allée pour faire paniquer tout le monde à ce point? Non pas qu'elle n'aimait pas ce genre de scène de désordre, mais tout de même… la pluie redoubla d'intensité.
La route amorçait une légère pente, et bientôt une vaste clairière apparue à sa gauche. Le vent avait nettement forci. Elle le constata en voyant, à la lueur de ses phares, virevolter en tout sens les branches des arbres solitaires, les hautes herbes, les longs cheveux raides de la fillette qui dansait.
…
Euh?
Elle freina avec tant de brusquerie qu'elle craignit un instant de glisser hors de la route. Elle se rangea sur le côté et s'arrêta pour mieux regarder à l'extérieur. Non, elle avait bien vu: c'était bel et bien Furude Rika qui dansait, bras écartés, en tourbillonnant gaiement sur elle-même! Prise de court, Miyo resta un instant immobile à contempler la scène, qui avait quelque chose d'un peu surréelle. Une petite fille aux longs cheveux, dansant joyeusement toute seule dans le vent et la pluie, au beau milieu de la nuit…? Elle eut un sourire en coin en se disant que Jirô la tuerait de ne pas avoir pris de photo.
Elle finit par couper le moteur, empoigner son parapluie et sortir de la voiture, marchant à sa rencontre. Elle regretta un instant ne pas avoir klaxonné à la place en avisant la boue qui se formait sous l'herbe, et en constatant que le vent rendait son pauvre parapluie bien inutile. Elle changea vite d'avis: le bruit et les phares de la voiture avaient alerté Rika, et elle se tapit brusquement dans l'herbe mouillée pour se dissimuler.
Allons donc, quel était ce caprice, encore… Miyo, avec une pointe de désolation pour ses chaussures de ville, décida de jouer le jeu et s'arrangea à contourner la fugueuse pour la coincer habilement devant un rocher derrière lequel Rika avait voulu de toute évidence se dissimuler, après de nombreuse feintes et zigzags dans l'herbe agitée. Chacune semblait tenter de prédire les mouvements de l'autre, en un jeu où la gagnante devait être celle à pouvoir manipuler l'autre, et Miyo avait clairement une longueur d'avance en cette matière.
La chasse à la petite fille dans une forêt sous la tempête…La situation éveilla quelques souvenirs dans la mémoire de Miyo, qui songea avec amusement que jouer le rôle du chasseur était bien plus agréable que l'inverse.
La traque ressemblait beaucoup à la capture d'un jeune chaton que l'on cherche à amener chez le vétérinaire contre son gré, et voir Rika acculée ainsi, accroupie dans l'herbe, minuscule et chétive, ne faisait qu'accentuer cette comparaison.
Lorsque leur regards se croisèrent, Miyo distingua dans les prunelles violettes une brève lueur de surprise, qui mua successivement en regard scrutateur puis compréhensif. Compréhensif de quoi, exactement, là était la question…
-Beau temps pour une partie de cache-cache, pas vrai? fit-t-elle sur le ton de la conversation en s'avançant de manière à ce que le parapluie les recouvre toutes les deux. L'inutilité criante de l'objet donnait à la situation une délicieuse touche d'absurdité supplémentaire.
Bonne perdante, Rika lui renvoya son habituel sourire candide et miaula.
-Takano-san est douée! Puisqu'elle m'a attrapé, je me plierais à son gage sans faire d'histoire, mii!
-Un gage, tu dis….C'est vrai que c'est la punition habituelle, dans votre bande d'amis…
Elle lui adressa son sourire le plus tordu, et ressenti une légère pointe de frustration en voyant la fillette aussi détendue que devant un feu de camping. Rika était bien la seule à la regarder comme un être humain normal, même quand elle faisait cette tête là! En général, elle voyait planer le vague malaise qu'elle provoquait jusque dans les yeux des plus stoïques.
-Fais attention, je serais capable de te prendre au mot, et de te dire de rentrer toute seule. A cette heure -ci, qui sait ce qui peut bien croiser ta route, hé hé hé…
La menace n'avait apparemment que peu d'effet sur la petite prêtresse, dont la robe claire collait maintenant à la peau tant elle était trempée. Au contraire, un aire de désapprobation flotta sur son visage.
-C'est ce que je comptais faire depuis le début, de toute façon. Je m'attendais à quelque chose de plus intéressant de votre part, nipah!
Elle se moquait d'elle, ou quoi? Miyo serra les dents en l'entendant ponctuer sa phrase par un rire naïf et innocent, et se força à répondre en ayant l'aire ironique:
-Oho, tu es vraiment sur de toi?
Elle plissa les yeux et ajouta avec un sourire cruel:
- Crois-moi, fillette, tu ne veux pas me voir jouer sérieusement…
-Mii, je serais cureuse de voir ça! Venez donc au club un de ces jours, je serais curieuse de vous voir affronter Keiichi ou Rena dans leurs meilleurs jours, miaou!
-J'y penserais. En attendant, je ne crois pas que je vivrais assez longtemps pour ça si 'ils' apprennent que je t'ai laissé rentrer à pied sous cette petite pluie. Hé hé, je me demande bien quels instruments de tortures tes amies Sonozaki pourraient bien employer sur moi….
La question la plongea dans une douce rêverie, dont elle fut tirée par une rafale de vent plus violente que les précédentes. Elle se rendit alors compte, à la fraîcheur aigüe qui la transperça de part en part, à quel point elle-même était entretemps trempée.
-Bien, c'est un endroit merveilleux pour converser, j'en conviens; mais tout le village te cherche, je ferais mieux de te ramener maintenant. Tu viens?
Elle lui tendit la main pour l'aider à se relever. Elle ne la lâcha pas une fois qu'elle fut debout et la tint fermement, afin d'être sure de ne plus la voir lui fausser compagnie. Rika la suivit docilement, et elle s'aperçu alors qu'elle était pied nu, et recouverte de boue de haut en bas avec ça. Miyo ne laissa libre les doigts minuscules que lorsqu'elle se fut assise sur le siège passager, et referma la portière aussi sec.
Après avoir sorti de dessous les sièges des couvertures pour tenter de limiter les dégâts boueux qui attentaient à la propreté de son intérieur, et après avoir mis le chauffage au maximum, elle redémarra et continua sur la route vers Hinamizawa. Au bout de quelques instants, Rika éternua bruyamment.
-Oh? Je crois que je ferais bien de t'amener directement à la clinique, hé hé...
La prêtresse secoua joyeusement la tête, signifiant que ce ne serait pas nécessaire. Miyo lâcha une tirade digne de l'infirmière qu'elle était censée être, sur les dangers mortels du rhume sur la santé, etc.
Comme elle adoptait ce ton entendu et vaguement moqueur en permanence, la fillette ne releva pas les sarcasmes contenu dans ses paroles, ce qui l'amusait, comme toujours, beaucoup. En revanche, elle eut nettement moins envie de rire lorsque Rika prit la parole, l'interrompant brusquement.
- Qu'est-ce que j'en ai à fiche, de tomber malade maintenant! Pour ce qui me reste à vivre, de toute façon…
Elle avait dit cela en murmurant, sans se soucier d'être entendue ou non, tête baissée. Elle s'enroula plus fermement dans sa couverture, et Miyo dut réprimer l'envie d'en faire autant, en sentant un frisson remonter le long de son échine. Elle avait eu vent des pouvoirs extraordinaires qu'on lui prêtait, rumeurs qu'elle avait toujours salué avec un brin d'ironie. D'où sortait-elle ça, tout d'un coup? Elle ne pouvait pas savoir…si?
Par mesure de précaution, elle s'efforça de faire semblant de ne pas comprendre.
-Eh bien! Tu bois, tu disparais pour traîner dehors jusqu'à pas d'heure, et maintenant tu as des pensées morbides? Tu es une petite précoce, dis-moi…
-Comment Takano-san sait-elle que je bois? demanda Rika vivement, avec une voix ne ressemblant pas du tout à la voix d'une petite fille de neuf ans.
Miyo ricana.
-Conseil d'amie, si tu veux boire en cachette, ne le fait pas sur le rebord d'une fenêtre. Et évite de le faire la veille d'une prise de sang, aussi, surtout si tu ne veux pas tuer Irie-sensei d'une crise cardiaque. Tu aurais du voir sa tête la dernière fois, ha ha ha!
Rika ne dit plus rien, ce que Miyo mit sur le compte de la découverte que son secret n'en était pas un. Bientôt, elles arrivèrent à Hinamizawa, et tandis que la voiture attaquait la pente menant au temple Furude, Rika reprit abruptement la parole de son ton enjoué:
-Takano-san, vous savez, j'ai rencontré aujourd'hui quelqu'un qui vous ressemblait assez!
-Oh? Très intéressant…C'était qui?
Elle ignora la question et poursuivit:
-Mais finalement, vous n'êtes pas du tout pareil!
Miyo stoppa sa voiture devant le bâtiment éclairé devant lequel quelques hommes fumaient d'un air préoccupé, et coupa le moteur. Derrière eux, les murs en papier révélaient une intense activité sous forme d'ombres chinoise vacillantes.
Deux des hommes tournèrent la tête vers la voiture et firent un pas en avant en reconnaissant la carrosserie verte, curieux de voir ce que sa battue à travers Okinomiya avait donné. Rika ne fit pas mine de vouloir descendre tout de suite et tourna la tête vers Miyo, un énorme sourire étalé sur son visage rond.
-Vos goûts en matière de torture sont beaucoup plus intéressants!
-…?
Là-dessus, elle repoussa sa couverture, ouvrit la portière d'un geste assuré et sauta hors de la voiture. Miyo la regarda marcher à petit pas tranquilles vers l'attroupement devant son temple, et avant que les exclamations de surprise et de joie qui retentissaient ne fassent trop de bruit, elle crut entendre distinctement Rika entonner une petite comptine à deux voix à elle toute seule.
Miyo ramena une mèche de cheveux en arrière d'un geste machinal en la regardant saluer ses adorateurs avec un sourire innocent mais une distinction de reine. Un joyeux sourire lui vint aux lèvres lorsqu'elle songea que, parmi tous les mystères démoniaques que ce village jetait à la face du monde, Furude Rika était encore le plus insaisissable d'entre tous…
Note d'auteur: J'espère que vous avez passé un bon moment à lire ma petite fic! En tout cas, j'ai pris plaisir à l'écrire, et espère avoir bien respecté le caractère de chacun... Ecrire du point de vue de Takano n'a pas été facile, mais amusant: j'adore ce personnage! Perso, j'estime m'être passablement débrouillée, mais libre à vous de me contredire! (ou pas) Oui, je ne suis pas très subtile, alors je vais le dire cash, pour une fois: ce serait gentil de me laisser une petite reveiw pour dire ce que vous en avez pensé! ; )
