On ne peut éprouver que de la haine

Prologue


Mars 2002, Hermione Granger

Pourquoi a-t-il fallu que je te haïsse autant ? Que je daigne ne lever les yeux sur toi que pour te montrer de la hargne alors que c'est de la douleur dont j'aurais dû te faire part ? (Celle qui me tenaille aujourd'hui. Quand je repense à toutes ces fois où tu m'as fait souffrir. Où j'ai souffert jusqu'à te faire souffrir à ton tour. Pourquoi a-t-il fallu qu'on se rencontre comme ça ? Tout ce temps perdu, gâché… Cette nuit où tu as posé tes mains sur ma taille a changé bien des choses. Ça n'aurait dû n'être qu'un jeu, pour toi comme pour moi. Deux regards qui s'accrochent et qui ne peuvent se laisser. Deux regards soudés ensemble que même un baiser ne peut rompre. Et une phrase. Simple. Courte. Sans charme. Mais qui vous saisis au cœur. « Je t'aime, Hermione. »

Une phrase qui donne conscience de toute une réalité. Mais quand on a détesté pendant si longtemps, comment peut-on apprendre à aimer ? J'aurais voulu pouvoir le faire, mais à peine t'ai-je affirmé la même chose, « Je t'aime, Drago », nos regards se sont paralysés. Se fuyant par peur de ce qu'impliquait des sentiments. Par peur de devoir s'engager. De devoir affronter le reste de Poudlard. Et même, la communauté des sorciers. Et ton père. J'ai beau avoir le courage d'une Griffondor, tu as beau être le prince des Serpentards, que peut-on face à lui ? Il me terrorise. Il TE terrorise. Des regards qui se fuient. Qui s'avouent qu'ils s'aiment au moindre instant. Deux êtres qui ne peuvent s'approcher. Qui n'ont le courage de se toucher. Pris dans un cercle vicieux. Celui de la haine. Des insultes, comme toujours. Chaque fois qu'on se croise. On ne peut s'en empêcher. Du bluffe ? Pour que tout le monde nous croit ennemis ? Pour maintenir l'équilibre de Poudlard ? Une peur plus forte que tout.

Quand le bonheur semblait vouloir poindre, il s'est vu obligé de reculer. Tu te souviens ? Quand le train quitte la gare, on ne peut plus revenir en arrière. Cette trace sur ton corps, j'aurais pu l'accepter si elle n'aurait pas tant signifié. Si elle aurait été autre chose que notre histoire….

Je veux t'aimer, tout mon être te le crie. Tu m'aimes, tout ton être me le dit. Seul moi peux lire dans ton implacable maîtrise de soi. Mais au-delà de l'égoïsme, il y a un monde en guerre. Une guerre entre sorciers bien plus importante que l'amour, que les désirs de deux adolescents. Deux camps qui jamais ne pourront se fondre l'un en l'autre. Pourquoi a-t-il fallu que je te rencontre ainsi ? Que nous soyons adversaires ? Pourquoi faut-il que tu sois l'homme de ma vie ? Que j'en ai la certitude ?

Parviendrais-je à feindre l'amour pour Ron encore longtemps ? Parviendrais-je à embrasser une fois de plus mon meilleur ami ? Ce sont tes traits que j'image, tes lèvres que j'embrasse. Je suis toujours ramenée sur terre par ces yeux qui ne seront jamais aussi gris, aussi froids. Damné sois-tu, par ta faute, je me suis pervertie. Je vis dans un monde de chimères et n'aie de cesse de me convaincre que l'histoire n'est pas celle qu'elle en paraît…

Apprendrons-nous un jour à nous aimer ?