On ne peut qu'éprouver de la haine

Chapitre 1

Une étoile dans la mer


Août 1998, quelques temps avant la rentrée scolaire

Pour la troisième fois, Hermione Granger relut sa lettre de Poudlard, encore plus horrifiée si c'était possible. Elle s'y était attendue, préparée même, jusqu'au moment où un hibou était venu frapper à sa fenêtre. Elle était préfète-en-chef et… Elle retint un hoquet de dégoût, incapable de prononcer, même mentalement, les mots écrits par la nouvelle directrice de Poudlard, Minerva McGonagall.

Suite aux évènements tragiques de l'année dernière, les élèves avaient reçu l'autorisation de réintégrer l'école de sorcellerie afin de compléter leur septième année. Même lui. Même avec son passé plus que contraignant. Parce que selon McGonagall, Dumbledore avait toujours eu confiance en lui. Dumbledore l'avait toujours innocenté. Et pour ce fait, il avait droit à sa chance.

En ce moment, la lettre de la directrice entre ses mains tremblantes de rage, Hermione était à deux doigts d'abandonner ses études. Elle souhaitait même avoir fait partie des victimes des troupes du Seigneur des Ténèbres… Non, elle ne pourrait pas supporter une année entière avec lui dans les pattes…

C'est le moment où elle allait déchirer cette missive de malheur que quelqu'un transplana dans son appartement dans un léger « Pouf ! ». Elle se retourna prête à mettre son poing au visage à celui ou celle qui osait venir troubler sa colère.

-Hermione!

A peiné retournée, elle se retrouva coincée dans les bras d'Harry. Au contact de l'accolade de son meilleur ami, elle se calma progressivement jusqu'à l'étreindre à son tour. Ses parents ayant décidé de l'amener en France pour l'été, elle n'avait pu qu'échanger des lettres avec ses amis restés au Terrier.

-Tu as tellement changé! Murmura Harry en se détachant.

Elle le détailla un instant. Il avait pris quelques centimètres au cours de l'été et ressemblait d'avantage à son père. Si c'était possible….

-Toi aussi, Harry! Répliqua-t-elle en réprimant sa gêne.

Les joues en feu, elle le vit ignorer sa remarque d'un simple geste de la main. À croire qu'elle avait tant changé qu'il ne la reconnaissait plus! Elle avait changé c'était vrai. Sa mère lui avait désépaissie sa tignasse brune. Elle portait maintenant ses cheveux un peu plus bas que les épaules, dans une cascade de boucles parfaites. Sa taille s'était amincie pour mettre d'avantage en valeur ses courbes. Malgré tout, elle restait la même. Elle était Hermione Granger.

-Regarde-toi, tes cheveux… Ron à tellement hâte de te voir ! Si tu savais comme il est épuisant ! Il n'a pas cessé de parler de toi ! Tu lui manques, tu sais… Il voulait venir, mais sa mère le retient au Terrier.

-Ron, murmura-t-elle.

Elle avait honte de l'avouer, mais elle n'avait pas pensé à lui plus qu'il le fallait au cours de l'été. Elle s'était même permis de reluquer quelques garçons sur la plage… et de se laisser embrasser par l'un d'eux. Bien sûr, elle lui avait envoyé quelques lettres et il lui manquait, mais elle s'interrogeait à savoir si elle l'aimait encore. Elle n'eut pas le temps de pousser sa réflexion plus loin : Harry revenait à l'assaut, lui rappelant du coup l'objet de sa rage.

-C'est ta lettre de Poudlard ? Demanda-t-il. Tu es préfète-en-chef, n'est-ce pas ? Félicitations !

Elle voulut la lui soustraire, mais il fut plus rapide s'en saisissant. Il la parcourut rapidement des yeux en blêmissant à chaque ligne.

« Chère, Miss Granger,

J'ai l'honneur de vous annoncer que vous serez notre nouvelle préfète-en-chef pour l'année qui s'en vient. Prière de vous présenter à la gare de King Cross ce premier septembre. Pour des raisons de sécurité, vous ne serez que deux à recevoir ce titre contrairement aux années antérieures où il y avait un préfet-en-chef par maison. Nous vous attendrons, vous et votre homologue masculin, Drago Malfoy, pour vous donner quelques recommandations et l'explication de vos tâches pour l'année.

Au plaisir,

Minerva McGonagall, directrice de Poudlard. »

-Et ben! Il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance pour ton séjour en Enfer ! Lança-t-il sans conviction.

-Ça ne sera pas si terrible, répliqua-t-elle sans vraiment y croire.

*Ça sera pire que l'enfer! Personne ne pourra nous rendre amis !*

-Je le tiendrai à sa place, Hermione. S'il ose t'approcher de trop près ou te faire le moindre coup bas, je jure sur la tête de mes parents que je lui ferai regretter ! Je n'ai pas vaincu Voldemort pour qu'un lâche vienne nous pourrir la vie !

Au nom du seigneur défunt, elle frissonna. Même s'il était mort et qu'elle savait qu'il ne pourrait plus revenir, elle ne pouvait s'en empêcher. Un vieux réflexe, peut-être, ou la peur qu'elle ressentait face à son avenir avec Malfoy. Son regard se perdit alors dans la contemplation du paysage, imaginant sa septième année gâchée…

Et c'est perdue dans cette contemplation qu'elle se fit la première promesse. Malfoy ne la toucherait pas cette année. Il n'aurait pas le dessus avec ces insultes. Elle lui en ferait baver, lui jetterait à la tête tout ce qu'il avait pu lui faire subir. Elle le détestait et s'il ne l'avait encore jamais mise en colère, il ne payait rien pour attendre. Le coup porté en troisième année n'était rien comparé à ce qu'il l'attendait.

Elle était si loin dans son esprit qu'elle ne perçut que comme un écho résonnant la voix d'Harry :

-Dis-le lui, Mione. Ne lui cache pas ce que tu ressens.

Et pouf ! Il s'était envolé. Dans les méandres de ses déboires, elle avait mis du temps à comprendre qu'il faisait allusion à Ron et non à Drago…


er septembre, gare de King Cross

1

Sur le quai 9 et ¾, Hermione se sentait plus seule que jamais. Elle voyait ses amis monter dans le train sans elle. Une scène qu'en sept ans, elle n'avait jamais vécu. Quand leur sourire avait disparu, il ne restait plus qu'elle sur le quai attendant qu'on vienne la chercher. Elle devrait passer le voyage dans le wagon prévu pour les préfets. Elle allait devoir passer le voyage avec son homologue masculin. Elle allait devoir passer le voyage avec lui!

Elle secoua la tête pour se reprendre. Elle s'était promis. Elle trouverait bien un moyen pour échapper à cette torture. Une ronde pour s'assurer que tout le monde allait bien ou pour répondre aux questions des premières années. Oui, personne ne s'y opposerait. Après tout, tous savaient qu'elle ne voulait toujours qu'aider les gens!

-Granger!

Et merde ! Il était dans son dos, l'interpellant d'une voix moqueuse.

-Je sens qu'on va bien s'amuser, cette année ! T'es pas d'accord, Granger ? Toi et moi, ensemble, dans les mêmes appartements ! Une partie de plaisir !

Il rigola de son rire froid. Serrant les poings, Hermione se retourna, le regard meurtrier. Il n'était qu'à un mètre d'elle. Il n'avait pas changé. Elle aurait à supporter toutes les filles qu'il amènerait dans leurs appartements. Et risquer de tomber sur leurs vêtements oubliés…

À cette image, un haut-le-cœur la saisit. Non, elle ne devait pas y penser maintenant.

-Désolé, je crois que je t'ai pris pour quelqu'un d'autre !

Malfoy avala difficilement. Même le bouquin qu'elle tenait serrée contre sa poitrine n'arrivait pas à lui redonner son air de Miss-je-sais-tout. C'était peut-être l'effet d'un sort, elle ne pouvait avoir changé autant. Elle ne pouvait pas être devenue une femme en un été, non ? Pourtant, à cet instant, il lui trouvait quelque chose de différent. Quelque chose qui captiva son regard.

-Eh ! C'est devant Granger que tu baves là ! Là rentrée te fait autant d'effet ? Réveille, Drago ! Tu ne la veux pas dans ton lit !

Il n'avait pas senti Blaise passer dans son dos. C'était à peine s'il l'entendit glisser ces quelques mots à son oreille avant de s'enfuir dans le train comme un courant d'air. Mais ce fut assez pour qu'il reprenne constance. Il la regarda à nouveau. Non, il s'était trompé. Elle n'était pas si belle que ça. Elle était la même qu'avant avec quelques changements. Et franchement, Drago la trouvait plutôt fade. Rien qui pourrait l'exciter.

-Non, vraiment, Granger, tu devrais soigner ton apparence au moins une fois dans ta vie ! Comment peux-tu t'enlaidir autant avec les années ?

Perdue dans son dégoût, elle n'avait pas perçu son trouble ni même constaté qu'il la déshabillait du regard. Même le passage de Zambini lui avait échappé. Elle sursauta légèrement en l'entendant.

-La ferme, Malfoy ! Ce n'est pas parce que t'arrive à mettre une fille différente dans ton lit à chaque semaine que tu es beau.

Il s'apprêta à répliquer, mais la voix de la nouvelle directrice de Poudlard les hélait. La nouvelle préfète-en-chef disparut alors s'en un dernier regard. Avec une moue ennuyée, il se lança derrière elle, le regard accroché à la chute parfaite de ses reins.

-M. Malfoy ! Accélérez !

Dégoûté par lui-même, il décrocha son regard d'Hermione et la bouscula sans ménagement au moment où elle allait grimper dans le train. Il ne l'aida même pas à se relever préférant encore l'insulter :

-Alors, Granger, pas capable de rester debout ? On se demande bien pourquoi t'es toujours dans tes bouquins !


-Bien, amorça McGonagall en entrant à son tour dans le wagon. La mort du professeur Dumbledore nous a amené à faire quelques changements entre les maisons pour maintenir l'harmonie. Et c'est à vous, préfets, qu'incombe la tâche de rendre amies vos maisons.

Autour d'elle, l'air crépitait d'électricité. Le mot « amis » avait ravivé la haine des deux jeunes. Ils se regardaient, leurs regards ancrés l'un dans l'autre, les poings crispés.

-Pour l'amour du ciel, les enfants ! Cessez de vous regarder ainsi. Vous entretiendrez des relations amicales même si c'est la seule chose à laquelle je doive veiller cette année. Nous n'avons pas gagné la guerre pour laisser de malheureux idiots dans votre genre gâcher notre paix nouvelle. Maintenant, serrez-vous la main.

Ni l'un ni l'autre ne bougea ne serait-ce que le petit doigt.

-Allez ! Si vous ne vous aidez pas, je vous jure qu'il y aura des conséquences !

Toujours aucun geste amorcé. C'était à croire que l'ancien professeur de métamorphose avait en face d'elle deux statuts à l'emblème des deux plus grands ennemis de Poudlard. L'année s'annonçait bien mouvementé.

-Bien, si vous ne voulez pas obéir, vous devrez partager votre chambre avec un seul lit…

La menace eut l'effet escompté. La main de la jeune Griffondor s'éleva d'elle-même et se saisit de celle du prince des Serpentards sans manquer de planter ses ongles dans sa peau. Celui-ci répondit en serrant sa main si fort qu'elle crut qui lui casserait les os. Deux sourires s'étaient glissés sur leur visage pourtant si froids quelques secondes auparavant.

Totalement faux, la directrice le savait, mais pour le moment, elle était prête à s'en contenter s'ils cessaient de vouloir s'assassiner du regard.

-Merveilleux ! Tout simplement merveilleux. Je suis sûre qu'avec un petit effort de votre part, les Griffondors et les Serpentards pourront entretenir des relations acceptables, voir amicales d'ici Noël. Sur ce, je vous laisse préparer vos tâches et apprendre à mieux vous connaître.

Ce ne fut que lorsqu'elle referma la porte derrière elle que les deux antagonistes se lâchèrent finalement leurs mains.

-Si tu crois qu'on va devenir amis, Granger….

-Plutôt pourrir en Enfer et me coltiner une semaine de retenues avec Rogue que devenir ami avec toi ! Coupa-t-elle vivement.

-Bien ! On s'entend sur une chose ! Maintenant, j'aimerais mettre quelques petites règles sur nos appartements communs…