Chapitre 2
Souffrir en silence
Novembre 1998, bibliothèque de Poudlard
Le cours de métamorphose tirait à sa fin. McGonagall s'était retirée de la bibliothèque après avoir annoncé à ses élèves qu'ils étaient maintenant libre pour la soirée. Pourtant, personne n'avait bougé, même après son départ. Ils étaient tous concentrés sur leurs recherches, le nez plongez dans un livre. Ça aurait pu rester ainsi encore longtemps si un élève maladroit n'avait pas fait malencontreusement tomber son pot d'encre.
Plusieurs sursautèrent comme Hermione, quelques-uns laissèrent échapper un cri de Surprise, comme Pansy et d'autres encore, impassible, relevèrent lentement la tête pour connaître la source de ce boucan : Neville Londubat, en l'occurrence.
Ce fut le signal. De nombreux étudiants se levèrent en ramassant leurs affaires. C'est en chahutant allégrement qu'ils finirent par quitter la salle. N'en restait plus quelques-uns traînant de la patte. Parmi eux, les deux élèves les plus brillants de Poudlard : le prince des Serpentards et la Miss-je-sais-tout. Assis à quatre tables l'un de l'autre avec leurs inséparables amis, ils étaient perdus dans leurs réflexions. C'est au même moment qu'ils relevèrent la tête de leur bouquin…
Sans le vouloir, Drago croisa le regard d'Hermione. Toujours la même flamme dansante illuminait leurs iris. Dangereuse. À cette constatation, il sentit son cœur se serrer. Malgré la distance, il tendit la main comme pour lui caresser la joue. Cette joue rosie par la gêne qui paraissait plus douce que de la soie. L'était-elle?
Soudainement, l'envie lui vient de lui faire mal. Elle devait regretter d'être aussi attirante. Il se saisit du bras d'une Serpentarde de quatrième assise à assise à ses côtés et l'attira contre son torse. Il voulait se laver des souillures laissées par la sang-de-bourbe.
-Embrasse-moi! Ordonna froidement le blond.
Trop heureuse que le prince de sa maison lui accorde ses lèvres, la jeune fille s'exécutait avec hantousiasme. Un baiser avec toute la volonté, mais qui fut dénué de passion. Piètre représentation de ce à quoi Drago était habitué. Il ne ressentait rien d'autre que de l'ennuie.
*Ce qu'elle este nulle cette fille! Même Granger embrasse….*
Consterné par ses propres pensées, il mordit sauvagement la lèvre de sa proie. Un gémissement de protestation et de douleur mourut contre sa bouche. Il goutta le sang âcre et fouilla sans délicatesse les moindres recoins de sa lange, allant même au fond de sa gorge. Son seul regret fut qu'il n'y ait que très peu de gens pour contempler le spectacle.
Au bout de quelques minutes, il la laissa enfin respirer. Trépignant sur place, elle n'attendait plus, tout sourire, qu'il ne l'invite dans son lit. Pire qu'une enfant face à sa dernière poupée. Il s'approcha de nouveau d'elle, laissa son souffle courir dans son cou tandis qu'il murmurait sensuellement quelques paroles à son oreille.
-C'était ton premier baiser, ma belle?
Plus ou moins honteuse, l'adolescente acquiesça faiblement de la tête rougissante.
- J'espère qu'il t'a plus! Tu devrais être dans une autre maison, tu ne mérites pas d'être à Serpentard! Dégage de là!
Blessée, la jeune élève de quatrième le regarda la bouche grande ouverte. Persuadée que son grand amour n'avait pas vraiment dis ces mots. Quant il afficha son sourire mi-sadique mi-charmeur, elle se leva laissant sa chaise tomber. Elle enfoui son visage dans ses mains et s'enfuit en sanglots.
Satisfait, Drago reporta son intérêt sur la Griffondor. Ce qu'il trouvait étrange, c'est qu'elle regardait elle aussi dans sa direction. Elle ne semblait même pas entendre ce que Potter avait à lui dire tant elle était absorbé par sa contemplation.
De l'autre côté de la bibliothèque, Hermione regardait fuir la nouvelle victime de Malfoy avec un brin de pitié.
*Et une autre qu'il fait pleurer! Ne peuvent-elles pas se rendre compte qu'il ne fait que jouer avec elles?*
Ses espoirs étaient peine perdus. Malgré la scène, des dizaines de filles restaient en adoration devant lui. Décidément, Poudlard recelait de sorcières sans cervelle qui n'étaient point capable de se respecter! Elle abaissa ses paupières une fraction de secondes. Elle avait l'impression de se battre seule. Contre Malfoy. Contre la liberté des femmes. Contre tout. Elle était seule toutes les autres se laissant prendre au piège.
Quand elle les releva, ses iris chocolat se retrouvèrent encore une fois accrochés à de l'acier. Toujours aussi froid. Pourtant, peut-être n'était-ce qu'une illusion, il lui semblait y sentir une certaine chaleur à certains moments. Quand il la regardait. Un sourire étira le coin de ses lèvres. Peut-être qu'il avait un peu plus de cœur qu'on voulait le croire.
-Eh! Oh! Hermione! Tu m'écoutes?
Une main se secouait devant son visage la ramenant à la réalité. Encore une fois, elle avait l'impression de s'être laissé ensorceler. Se maudissant intérieurement de ses dérapages, elle tourna la tête vers Harry.
-Désoler, j'étais perdue dans mes pensée…
-Comme d'habitude! À quoi tu penses, Mione? Qu'est-ce qui t'obsède à ce point?
De l'autre côté de la table, Ron avait relevé le nez de son parchemin pour se mêler à la conversation. Il n'allait pas laissé s'échapper une occasion d'être distrait d'un son travail. Moins il en faisait, plus il était heureux!
-À quoi ou à qui? Fit alors Ginny à la droite de son frère.
Lentement, avec toute la discrétion possible, elle fit un signe de tête en direction de Malfoy. Signe qui heureusement pour les deux Griffondors ne fut pas remarqué par les garçons. Elle ne voulait que signifier à sa meilleure amie qu'elle n'était pas dupe. La préfète détourna les yeux de peur de laisser apparaître son trouble. Elle devrait tout expliquer à Ginny. Ou du moins, lui dire que ce n'était pas ce qu'elle croyait. Elle ne pouvait pas aimer Drago Malfoy. C'était contre nature et même contre ce que son cœur pouvait se permet! Il fallait bien plus que le légendaire courage que l'on attribuait à leur maison pour oser s'éprendre de cette statue de glace.
-Qu'est-ce que tu me disais, Harry? Détourna-t-elle habillement la conversation.
-Je te demandais seulement si tu venais voir Hagrid avec nous cette après-midi ou si tu étais encore trop pris par tes devoirs de préfet-en-chef.
-Non, non. Ça va aujourd'hui. J'ai ma soirée de libre. On a qu'une réunion en fin de soirée, mais on devrait être revenu avant. D'ailleurs, tu ne l'oublies pas Ron?
Pour simple réponse, le dit Weasley pointa un point au milieu de la bibliothèque.
-Voyez donc qui se dirige vers nous! Si ce n'est pas notre fouine préféré!
S'il n'avait pas eu peur de prendre une baffe en plein visage, il l'aurait pratiquement crié. Au lieu de ça, il s'était contenté d'un ton normalement espérant qu'un vent inexistant porte ses paroles aux oreilles du consternés. Déception, ou peut-être réjouissance, seul le quatuor et peut-être deux ou trois autres oreilles trainantes, eurent vent de ce fait. Ils eurent un léger rire, comme toujours à l'utilisation de ce surnom, et s'apprêtèrent à accueil la dite fouine échangeant quelques messes basses.
Hermione aborda une expression impassible. Même fasse à ce sourire en coin plus que craquant qu'il se bornait à afficher chaque fois qu'il lui faisait face. Elle ne ressentait plus de l'attirance, mais une nouvelle colère. Pour ce qu'il avait fait subir à la fille, se convainquit-elle. Contrairement à son habitude, elle ne s'étonna pas de ses changements de sentiments pour le moins inhabituels…
-Eh bien! Si ce n'est pas notre trio d'or et Weasley fille! Encore en train de préparer un sale coup?
-La ferme, Malfoy! Renvoya Ginny. Tu ne vois pas qu'on est occupé?
-Qu'elle impertinence! Se moqua le blondinet. Dix points en moins pour…
-Ne t'avise même pas d'y penser! Coupa Hermione menaçante. Je suis autant préfète que toi!
Drago ravala une grimace, restant impassible. Qu'est-ce qu'elle pouvait l'énerver celle-là!
-Très bien, je suis gentil aujourd'hui. Profitez-en.
Il fit mine de s'en aller, mais au dernier moment, il revient sur ses pas. Comme impatient d'ajouter quelque chose.
- Mais si j'apprends que vous complotez encore quelque chose…
-Mais oui…soupira Ron. Tu nous envoies en retenu avec Rogue pour une semaine! Change de disque, on la connaît par cœur!
-Tu apprends vite, Weasley. On ne t'aurait pas installé un cerveau durant la nuit? Ça m'étonne que ta famille ait pu t'en acheter un!
-Ne touche pas à ma famille! Sur ce coup là, on peut se la jouer à deux!
Ron se leva fou de rage. Cette fouine n'avait pas à se moquer de sa famille. Quand on connaissait la sienne, on ne pouvait rien dire! Les Weasley ne pratiquaient pas la magie noire comme d'autres! Ils n'étaient pas des partisans de Lord Voldemort! Les Weasley étaient fiers, ils avaient une valeur!
Avant que Ron ait pu lever le point en direction de son adversaire, Harry se mêla de l'affaire. Il n'était pas question qu'une nouvelle bagarre se déclenche dans la bibliothèque. Ça ne ferait que trop plaisir au Serpentard qui ne se gênerait pas pour leur enlever des points. Et cette fois, il n'aurait pas Hermione pour les sauver…Même elle n'y pourrait rien. Il se saisit du poignet de son meilleur ami et le tira vers lui.
-Allez, viens. On s'en va chez Hagrid…Ravi t'avoir croisé, Malfoy!
Drago regarda le quatuor s'éloigner en silence. Il venait de laisser passer une occasion de les ridiculiser. Pourquoi? Parce qu'elle le lui avait demandé. Et pourtant, se fut sans gentillesse. Se ramollissait-il avec les années? Où était passé le légendaire Drago Malfoy au cœur de pierre?
*Qu'est-ce qui t'arrive? Reprends-toi, merde! T'ai un Malfoy, un sang-pur. T'ai le roi de Serpentard. Un préfet-en-chef et le Capitaine de l'équipe de Quidditch. Ce n'est pas une vulgaire sang-bourbe qui va te changer! C'est à toi de lui faire faire tes quatre volontés!*
Dégouté par lui-même, il serra les poings jusqu'à en ressentir une vive douleur. Il le méritait. Si son père savait, il lui infligerait doloris sur doloris. Et lui, il subirait sans broncher. Se tortillant au sol en silence comme une larve sans importance.
Il jeta un regard circulaire autour de lui. Si quelques minutes plus tôt il s'était désolé du manque de spectateurs, il s'en réjouissait désormais. Les rares sorciers restant dans la bibliothèque frémir sous le poids de son regard froid. À lui seul, il parvient à faire taire leurs incessants bavardages et à ramener leur attention feinte à leur ouvrage. D'or et déjà, les plus jeunes étaient résolus à ne raconter cet épisode à personne.
La mâchoire crispée, il se tourna vers son seul véritable confident, Blaise. Ce dernier était sagement resté en arrière comme le lui avait demandé l'autre. Il avait suivi l'échange avec un certain plaisir. Même qu'il aurait voulu y participer, mais vu l'état d'esprit actuel du prince des Serpentards, il s'était abstenu. Personne, pas même lui, ne voulait se retrouver en face d'un Malfoy en colère. Selon les dires, on ne s'en sortait jamais sans séquelles…
-On va faire un tour, j'ai besoin de changer d'air!
Zabini savait ce que ça voulait dire. Ils iraient faire un tour dans la cours, déambuleraient entre les groupes de filles et en choisirait une qui plairait à Drago. Et comme toujours, elle serait à genou devant lui, le laissant profiter d'elle. Il les verrait disparaître ensemble dans un coin sombre de la cours et ne les reverrait plus durant leur qui suivrait.
S'il avait de la chance, on lui dégotterait aussi une fille avec qui il pouvait s'amuser. Bien sûr, elle ne serait pas aussi hantousiaste que si c'était le blondinet qui l'avait choisi, mais pensant qu'elle aurait une chance de se rapprocher de lui, elle laisserait Blaise lui faire tout ce qu'il voulait….
Novembre 1998, la cabane chez Hagrid
Déboussolée, Hermione s'engouffra dans la cabane d'Hagrid à la suite de ses amis. Elle ne fit même pas attention à la bave qu'étendait croc-dur sur sa robe de sorcière en tentant de s'y coller. Les paroles du géant ordonnant à l'animal de se coucher ne se frayèrent qu'un vague chemin dans son esprit.
Il l'avait touché. Malfoy l'avait touché. Quand elle s'était levée, ses livres serrés dans un bras, il s'était détourné d'elle pour porter son attention sur les autres. Ce qui ne l'avait pas empêché de tendre la main dans son dos pour effleurer la sienne au passage.
Hermione avait été d'avantage troublée qu'elle ne voulait se l'avouer. Elle avait senti une douce chaleur envahir ses joues et son cœur avait menacé de flancher. Le trajet durant elle s'était employé à le calmer. Respirations profondes. Sa colère s'était partiellement évanouie. Ne restait plus qu'un grondement sourd et lointain en elle. Pourquoi?
*Qu'est-ce qui m'arrive? Ça ne peut pas être la fouine qui me fait cet effet! Je dois être malade!*
Hier encore, elle n'avait put terminer ses devoirs. Ils étaient tous les deux dans la salle commune, elle parterre et lui dans un fauteuil, à peine sur les dix pages de parchemin demandé par Rogue. À chaque instant, elle sentait un regard peser sur elle. Embarrassée, elle avait à maintes reprises levées la tête vers son homologue masculin. Sans succès. Il était chaque fois plongé dans son travail. À la fin, énervée, elle avait ramassé ses livres et s'était enfuie vers sa chambre persuadée que ce n'était pas son imagination qui lui jouait des tours : Drago Malfoy l'observait bel et bien.
Arrivée en haut de l'escalier, elle s'était prise à regretter les deux portes vides qui entouraient celles de leurs chambres. Si cette année encore il y avait eu un préfet-en-chef pour Serdaigle et un pour Poufsoufle, les choses auraient été différentes. Un peu de compagnie agréable ne leur aurait point fait de mal. À elle, à tout le moins…
-Hermione?
Reprenant ses esprits, elle secoua la tête. Tout le monde la regardait avec insistance. Surtout Harry et Ginny. Comme si l'une s'attendait à des explications et que l'autre soupçonnait anguille sous la roche. Dans tous les cas, ils ne pouvaient qu'être très loin de la réalité…
-Désoler, répondit-elle à leurs questions silencieuses. C'est la réunion de ce soir qui me préoccupe. Il y a encore des points à régler. Je crois que je vais y aller…
C'était étrange. Quelques minutes plutôt, elle avait pourtant affirmé avoir sa soirée de libre. Qu'est-ce qui avait changé en cours de route? Un oubli? Hermione Granger n'oubliait jamais! En réalité, elle ne voulait que prendre de l'air frais. Revoir les derniers jours dans sa tête et tentant de mettre de l'ordre dans tout cela. Harry la retient par l'épaule.
-Un poids ne doit jamais peser sur une seule personne…
Si tous pensaient qu'il faisait référence à des devoirs de préfet dont Malfoy ne se préoccupait pas, elle comprenait qu'il faisait allusion à ses véritables problèmes. Sans pourtant en connaître leur nature…
C'est sous ces allusions mystérieuses qu'elle quitta finalement la cabane d'Hagrid pour reprendre le chemin de Poudlard.
-Vous croyez vraiment qu'elle va bien? Demanda Ron en avalant une poignée de dragée.
-J'en sais rien, répondit sa jeune sœur, mais si jamais c'est Malfoy qui est derrière tout cela…
-Je m'en occuperai personnellement!
Resté près de la porte, Harry l'avait coupé d'une voix sans réplique. Mione avait un problème et il était certain que Malfoy en était la source…
