Chapitre 6
Quand la brise devient un souffle…
Mars 2002, demeure d'Hermione et Ron
Plongée dans ses dossiers, Hermione n'avait pas entendu la porte s'ouvrir. Elle ne s'était rendu compte d'une présence dans sa demeure que lorsqu'une tornade blonde fonça sur elle en riant :
-Tante Mione!
-Justin, combien de fois devrais-je te dire qu'on ne saute pas sur les gens comme ça?
Se fut autour d'Harry d'entrer dans le bureau. Hermione éclata de rire assurant que ce n'était pas grave. Le gamin était tellement attachant!
-Tante Mione, est-ce que tu viendras avec nous demain? Papa a dit qu'il devait aller à Poudlard pour son travail et maman a accepté qu'on y aille avec lui! Je vais voir Poudlard, tante Mione!
Poudlard….Voilà trois ans qu'elle avait quitté l'école de sorcellerie laissant derrière des souvenirs douloureux. Quand l'année suivante Justin était entré dans la famille Potter, elle avait fait juré à son meilleur ami de lui laisser voir son « fils » le plus souvent possible. S'en séparer lui avait presque déchiré le cœur. Pourtant, elle savait qu'elle n'aurait pu supporter de voir ses cheveux blonds et ses yeux gris tous les jours. Même s'ils appartenaient à son fils. Ça lui rappelait tellement son père. Le grand amour de sa vie… Depuis, elle s'était employée à vaincre la menace qui planait à nouveau sur le monde des sorciers, s'efforçant à le voir comme ce qu'il paraissait : le nouveau Lord qui plongea la communauté dans le chaos.
-Justin, tu sais que Tante Hermione a beaucoup de travail…
-Laisse, Harry. J'irai avec vous. Il y a longtemps que je n'ai pas vu Poudlard. Un retour au source ne fait jamais de mal.
Surpris, le jeune homme le jeta un regard l'air de se demander si elle devenait folle. Il connaissait son histoire, elle le lui avait raconté avant de les supplier, Ginny et lui, de prendre Justin avec eux, prétextant qu'il serait plus heureux ainsi. L'endroit était rempli de souvenir, imprégné de sa présence, et elle voulait y retourner?
-Où il est tonton Ron?
-Là-haut, va le retrouver, je suis certaine qu'il sera ravi de te voir.
Après un dernier câlin, l'enfant s'enfuit en courant vers les escaliers. Harry secoua la tête découragé. Il tenait entre les mains deux petites mitaines rouges, tombées au passage, alors que son fils conservait sa tuque et son manteau.
-Je suis désolé qu'il soit son fils…murmura-t-il en s'assoyant en face d'elle. Tu aurais pu le voir grandir, l'avoir toujours auprès de toi.
-Il est plus heureux avec toi et moi je souffre moins, Ron aussi. C'est mieux qu'il ignore la vérité. Ça me fait mal de devoir lui mentir alors que tout le monde est au courant…
-Mione, il faut que tu l'oublies. Pourquoi souhaites-tu venir à Poudlard avec nous? Justin comprendra si on lui explique que tu es trop occupée avec les méchants.
-Tu viens de le dire : il faut que je l'oublie. Et la seule façon de vraiment me débarrasser de tous mes cauchemars, de tous mes sentiments et d'être enfin totalement heureuse avec Ron, de ne plus me sentir coupable avec lui, il faut que je confronte mes souvenirs. Et puis, un jour, on va finir par devoir l'affronter. Je veux être prête à ce moment là, je ne veux pas faiblir devant lui. Dès ce dernier jour à Poudlard, quand j'ai vu la marque sur son bras, j'ai sût qu'un jour on aurait à s'affronter. À ce moment, je n'avais juste pas pris en compte qu'on aurait un fils et qu'Il serait le Lord qui a replongé le monde des sorciers dans l'obscurité.
Harry ne répondit pas tout de suite, ébranlé.
- Tu ne l'aimes pas, j'ai raison? Avança-t-il prudemment. Tu ne l'as même jamais aimé autrement que comme un ami, un frère. C'est pour oublier cet enfoiré de Malfoy que tu as choisi d'épouser Ron. Et pour que personne ne sache…
Elle hocha la tête doucement, tentant du coup de dissimuler ses larmes avec ses cheveux. Il se leva et contourna le bureau pour venir s'agenouiller devant elle. Elle se laissa à son tour tomber au sol alors qu'il lançait et posa sa tête contre son torse. Comme quand ils étaient adolescents.
-Mione, pourquoi tu t'imposes tout ça? Si tu ne l'aimes pas, tu n'aurais pas du l'épouser…
-Je l'ai aimé…Je l'aime encore, mais c'est autre chose. Et puis, il m'aime tellement que je ne voudrais pas le faire souffrir d'avantage. À quoi bon de toute façon? Autant être avec un homme que j'aime d'une certaine façon que d'en choisir un autre qui me répugnera.
Elle avala difficilement à cette pensée. Il lui arrivait que Ron la répugne. Quand ils étaient trop intimes. Elle le considérait comme l'un de ses meilleurs amis, pas comme un frère, mais tout de même. Elle avait du mal, chaque fois c'était des yeux gris qu'elle voyait. Des traits durs. Chaque main qui la touchait, elle espérait qu'elle appartienne à Malfoy. Mais toujours elle était confrontée à des cheveux roux, à des taches de rousseurs.
-Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, Mione, mais tu me paraissais d'avantage heureuse avant de te marier. Même si t'avais Malfoy dans les pattes. C'est comme si vos éternelles joutes verbales ta satisfaisait autant que d'être avec lui. Laisse tomber, cesse de ne penser qu'aux autres, sois égoïste pour une fois!
-Je ne peux pas faire ça….
-Alors dis-lui la vérité! Si tu ne peux pas le quitter, explique-lui! Il ne demande que ça! Il sait que tu lui caches certaine chose, mais il est trop respectueux de toi pour te forcer à parler. Il m'en a déjà parlé, ça le ronge de te voir ainsi. Plus vite les choses seront clairs entre vous deux, plus vite tes sourires redeviendront sincère. Parle-lui de Malfoy, de Justin. S'il refuse de comprendre, Ginny et moi sauront le raisonner. Tu sais que c'est le mieux pour vous…
Hermione ne répondit, appuyant avec plus de force contre lui comme pour évacuer la pression qui faisait rage dans sa tête. Elle savait qu'il avait raison, elle avait toujours su que c'était la voie à suivre. Pourtant, elle s'en sentait incapable. Elle ne pouvait s'y aventurer. Harry ne pourrait pas comprendre. Encore, elle se souvenait sa réaction à lui lorsqu'elle avait décidé de tout déballer. Damné soit-il! Si ça n'avait été du réconfort et de la sympathie de son épouse, elle aurait probablement courut se jeter à la mer emportant son fils avec elle! Elle ne voulait pas revivre ça. Ne voulait pas blesser Ron. Et encore moins replonger dans son passé emportant un nouvel étranger dans son jardin intime…..
Alors qu'il n'était pas attendu, un hibou vint frapper à la fenêtre du bureau, faisant sursauter les deux anciens membres du trio d'or. En soupirant, Hermione essuya les traces de larmes de son visage, puis se remit sur pied. Elle s'étira et entrouvrit la fenêtre, juste assez pour laisser passer, et l'air frais du mois de mars, et la chouette blanche qui s'empressa de se poser sur un perchoir vide. Elle aurait pu ressembler à Hedwige si ce n'avait été des points noirs qui parsemaient de ci de là son plumage.
Sans attendre, l'aurore se saisit de la missive, lisant l'écriture tremblante qui recouvrait l'enveloppe.
-Elle t'ai adressé, la tendit-elle vers Harry.
Surprit qu'on lui envoya une lettre ici, seule Ginny étant au courant de sa présence, le chef des aurores s'en empara et l'ouvrit avec fébrilité. Il la parcourut rapidement du regard, ses traits se durcissant à chacune des lignes. Rien qui n'était de bon augure. Il la replia maladroitement avant de la fourrer dans sa poche arrière.
-Le Lord aurait été aperçu en ville, je dois aller régler ça, dit-il en guise de réponse au regard inquisiteur.
-Je t'accompagne.
-Non, je préférerais que tu restes ici. Question de sécurité.
-Je suis assez forte pour l'affronter, Harry! Je ne suis pas une poupée de porcelaine, laisse-moi y aller!
-J'ai dis non! Tu restes ici. Si tu ne le fais pas pour Ron, fais le au moins pour moi. J'ai encore besoin de ma meilleure amie et tu auras bien d'autre occasion de te retrouver face à lui.
Il avait mis un terme à la discussion, s'enfuyant de la pièce pour éviter une quelconque réplique. Il n'avait pas encore récupéré Justin qu'Hermione, passant outre ses ordres, se glissa hors de sa demeure enroulée d'une cape sombre. Si Drago Malfoy était en ville, elle devait absolument se mêlait à la chasse au Seigneur des Ténèbres. C'est donc avec détermination qu'elle s'enfonça dans les rues de Londres, la baguette serrée dans son chignon. L'heure des comptes avait sonnée…
Mars 2002, les rues de Londres
-Mia….
Le corps de l'homme était recouvert d'une cape, sa tête d'une capuche. Dans ses conditions, peu l'aurait reconnu, mais cette voix ne la trompait pas. Son cœur accéléra. Vainement, elle tentait de réfréner ses envies, de se rappeler ses objectifs : régler ses comptes. Elle le vit rejeter vers l'arrière sa capuche, laissant libre ses cheveux blonds décoiffés.
*Damné soit-il! Comment peut-il être encore plus séduisant?*
-Je ne m'attendais point à te voir ici. Qu'est-ce qui t'amène?
Il parlait d'un ton égal, froid. Comme s'ils étaient de purs étrangers, de vieilles connaissances sans intérêts. Ses mains devenaient moites alors qu'elle s'appliquait à répondre d'une phrase sensée.
-Je…Je suis ici pour sauver le monde des sorciers de ton joug!
-Comme c'est charmant! Tu crois être capable de gagner contre moi?
Il rigolait. C'était bien Malfoy. Hautain, fier, orgueilleux. Incapable de montrer une quelconque faiblesse. Toujours obligé de se montrer supérieur aux autres.
-Il le faudra sinon nous serons tous perdus….
Alors qu'elle croisait ses yeux durs et transperçant, les même que leur fils, il secoua désespérément la tête, et franchit la distance qui les séparait. Il ne daigna même pas prévenir quand il s'empara de sa bouche, cherchant à fondre leurs deux corps ensembles. Trois ans que leurs lèvres ne s'étaient plus trouvés. Qu'ils n'avaient plus assouvie leur désir destructeur de l'autre. Avidement, il força l'ouverture entre ses lèvres qu'elle lui céda avec abandon. Au moment où se rencontrèrent leurs langues, le baiser devint plus passionné, plus sauvage. Un rappel de cet unique moment qu'ils avaient ensemble passé avant leur départ de Poudlard.
-Tu m'as tellement manqué, mon ange.
-Dray…..On ne peut pas….Il ne faut pas…
-Prends-le comme une trêve. Abandonne-toi, Mia. J'ai envie de toi, là tout de suite. Ne gâche pas nos retrouvailles.
-Une aventure. Rien qu'une aventure, se convainquit-elle en s'abandonnant de nouveau entre ses bras.
En même temps, Drago se saisit de ses hanches pour la soulever, l'entraînant en direction d'un hôtel proche. La première chambre qu'il trouverait ferait l'affaire, tant qu'il pouvait se délecter de cette présence divine l'espace d'un instant.
Mars 2002, un hôtel miteux de Londres
Quand Drago se réveilla, le lendemain matin, il retrouva la place à ses côtés froide et vide. Elle n'avait laissé qu'une feuille de papier derrière elle où s'étaient imprimés quelques mots :
« Ce n'était qu'une aventure, on le savait tout les deux. Je suis désolée. »
Étrangement, les mots lui semblaient du déjà vu. Cette scène même lui était familière. Ennuyé, il se laissa retomber lourdement contre les draps miteux croisant ses mains derrière la tête. Il fixa le plafond d'un air absent. Encore une fois, tout c'était terminé rapidement. Ces dernières heures lui étaient apparues comme inespérée. Il avait pu oublier qui il était, son rôle dans l'histoire et ses devoirs. Il avait pu rire sincèrement, se laisser aller à la découverte du corps de son ange. S'endormir paisiblement, en sentant sa tête contre son torse, laissant une main glisser entre ses cheveux moins emmêlées que jadis alors qu'il percevait la sienne en train de tracer des cercles sur sa peau.
Alors que la magie retombait, il se devait de reprendre sa place en tant que maître des Mangemorts. Quand est-ce que tout cela se terminerait enfin? Il avait été pris dans le jeu contre son gré alors qu'il aurait pu être libre. Mais un Malfoy ne l'était jamais, un Malfoy se devait de servir du côté des ténèbres et de détester les sang-de-bourbes. Ça lui avait semblé naturel jusqu'à ce qu'il tombe amoureux dans la Gryffondor. Là, il s'était remis en question. Il aurait voulu ne jamais avoir laissé son père le convaincre de recréer l'ordre déchu. Il aurait voulu que son père meure plutôt que d'être enfermé à Azkaban. Maintenant, sa vie était fichue et il n'y avait plus de retour en arrière possible. Il était perdu. Il le savait depuis qu'il avait caressé sa peau pour la première. Il était damné. Amoureux d'une née-moldue, maître d'un clan qui n'aspire qu'à les exterminer.
Mars 2002, demeure de Ron et d'Hermione
La nuit était déjà bien entamée quand Hermione se glissa dans son lit, au côté de son époux. Elle espérait qu'il dorme depuis assez longtemps pour ne pas avoir constaté son absence. Ou plutôt, ne pas avoir constaté qu'elle n'était pas revenue plutôt. Elle n'aurait pas voulu avoir à s'expliquer. Qu'aurait-elle dit? Qu'elle venait de passer quelques heures de bonheur entre les bras d'un amant? Et que cet amant, était nul autre que Drago Malfoy, cette fouine qu'ils avaient tous tant détesté durant leurs années d'adolescence et qui aujourd'hui leur en faisait toujours baver par l'entremise de ses subordonnés? Et tant qu'à y être, elle pourrait lui avouer que cet enfant blond qu'Harry et Ginny prétendent avoir adopté dans un orphelinat était en fait le sien.
Hermione se rendait que maintenant compte à quel point elle s'enfonçait dans les mensonges. Ron avait toujours été si honnête envers elle, Elle avait toujours été honnête envers lui. Mais avec Drago qui était apparu dans sa vie, elle avait du se laisser aller à garder son jardin secret. Jardin que lui seul n'avait jamais pu contempler. Elle s'en voulait. Amèrement. Si on lui avait dit, moins de cinq ans plutôt, qu'elle creuserait un tel fossé entre elle et Ron, que le trio d'or s'en retrouverait un jour ou l'autre déchiré par la vérité, car elle le savait, elle ne pourrait pas éternellement le tenir à l'écart, tout se savait un jour ou l'autre, elle ne l'aurait jamais cru.
Avant qu'elle ne s'endorme, elle put sentir la main de Ron s'étendre jusqu'à elle et se poser sur son ventre. Elle retient momentanément son souffle, attendant de voir ce qu'il allait faire, de voir s'il allait se réveiller. Il ne se mit qu'à tracer des cercles, inconsciemment, à travers sa nuisette, murmurant dans son sommeil. Il ne s'était pas aperçu de son absence.
-Mione…Mon amour, je t'aime…
Elle sentit son cœur se déchirer au souvenir de sa soirée : elle était amoureuse de Drago Malfoy, le Lord des Ténèbres, et avait tout de même épousé son meilleur ami, un homme banal et qui méritait le bonheur. Il y a encore bien peu de temps, elle n'aurait jamais cru être ce genre de femme. Celle qui détruirait les cœurs d'hommes sans pitié. C'était décidé, elle en avait assez de toute cette mascarade…
