- Cela aurait pu être parfait -
Il suffoquait. Que ça soit la foule, ou l'angoisse qui lui compressait la poitrine, il était bien loin d'être à l'aise au milieu de ses gens, brillant de leur richesse. Lui-même n'était qu'un pauvre gamin, vêtu d'une tenue plus ou moins élégante, de sorte à se fondre dans le décor mais ses cheveux étaient ébouriffés sur son crâne, étant incapable de les coiffer correctement, ce qui lui valait des regards surpris, ou bien simplement dégoutés.
Du moins, c'était ce qui lui paraissait inspirer aux femmes, douillettes de leurs tenues et de leurs manières. Les hommes, eux, ne lui accordaient pas la moindre attention, prêtant leur concentration aux pas de danse qu'ils effectuaient. Maladroits, efficaces, charmeurs…
Sora se faufila entre deux couples, manquant de glisser sur le pan d'une robe traînante. Il s'apprêta à protester contre la dame, lorsque ses yeux s'attardèrent sur le corps d'un homme, placé devant lui. Et vêtu magnifiquement bien.
Il releva la tête, avant de contempler le regard émeraude qui le dévisageait.
« Hum… il ne me semble pas que vous ayez été conviés à cette soirée… à moins que je ne me trompe ? »
Sa voix était suave, presque taquine. Mais la dureté de son regard fit comprendre à Sora qu'il risquait de sacrés problèmes s'il ne se tirait pas de ce pétrin rapidement.
« B-bien sûr que si. J'ai été invité par le… »
Mais il s'interrompit, l'homme l'attrapant sans grande gêne par le bras, lui arrachant une grimace. Il l'attira sans un mot vers le balcon, où un couple s'échangeait quelques paroles, visiblement des mots doux, aux joues rougies de la jeune femme.
« Pourrais-je savoir ce que vous faites ici ? »
Il avait chuchoté. Sa présence semblait avoir fait s'envoler l'ambiance amoureuse préalablement présente, le silence s'étant fait.
« Je… cherche… ma grande sœur. »
Il déglutit. Il n'avait pas prévu que ce fameux bal serait une soirée privée, sur invitation et donc encore moins qu'il se ferait prendre aussi facilement. Un peu trop facilement à son goût.
Mais l'homme sembla se détendre à peine, ne lâchant que légèrement son emprise.
« Vraiment ? Et comment vous appelez-vous ? »
« … Sora. »
Cette fois-ci, il n'eut aucun mal à conserver son attention sur le regard émeraude de son vis-à-vis. Une couleur qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer, tant elle semblait pure, mais à la fois si glaciale…
« Eh bien, Sora. M'accorderiez-vous cette danse ? »
Il sentit son cœur manquer un bond, tandis que, sans attendre de réponse, l'homme l'avait attiré doucement contre lui, glissant ses deux mains dans le creux de ses reins.
« A-avec plaisir, » bafouilla-t-il, légèrement hésitant quant à mettre les siennes dans la nuque de son vis-à-vis. Il n'était pas vraiment habituer à jouer le rôle de la fille pour danser… mais heureusement, l'homme n'avait pas entrepris de faire une danse spéciale. Seul le simple contact de leur corps, mouvant lentement, sans réel but. Bien que la musique ne s'accordait pas réellement, elle était atténuée par la fenêtre du balcon, et devenait bien moins agaçante ainsi.
« Si l'on vous demande, dites que le prince lui-même vous a invité, » murmura-t-il, remontant ses mains jusqu'à ses omoplates, l'attirant davantage contre lui. Sora resta silencieux, se blottissant contre la poitrine brûlante de l'homme, fermant les yeux. Il se sentait bien. Affreusement bien. Ce qui ne dura que quelques minutes lui semblait être le plus magnifique moment de sa vie.
Certes, c'était un homme il avait sa fiancée qui l'attendait à Illusiopolis, et surtout, il ne le connaissait pas. Mais qu'y pouvait-il si son corps lui-même réclamé ce contact ?
Il sentit son cœur se contracter brusquement, avant de sentir les lèvres de son partenaire contre son oreille.
« Pardonnez-moi, mais je dois vous quitter. »
« Je… comment vous appelez-vous ? »
Il n'avait pas envie de le quitter. Pas tout de suite. Mais l'homme le repoussa délicatement et il ressentit les picotements du froid venir agresser sa peau.
« Riku. » Il tendit la main, avant qu'un fin sourire ne s'affiche sur ses lèvres. « Riku Suzuki, prince de ce royaume. »
Sora n'eut pas à réfléchir, qu'il s'empara habilement de son poignard préalablement mis dans sa ceinture, glissant la lame contre la gorge libre du fameux prince, attrapant de sa main libre le tissu doux qui couvrait son torse. Contre toute attente, Riku n'eut aucune réaction de défense, peu surpris.
« Idiot… pourquoi faire confiance à un inconnu ? » grogna-t-il, la main tremblante. « Vous n'êtes pas digne de votre père. Il avait raison. »
« … je me doutais que vous agiriez ainsi, Sora. Mourir de votre main ne me déplaît pas tellement. »
Il y eut un silence. Sora déglutit, appuyant la partie aiguisée de la lame contre la peau blanche du prince. Un filet de sang s'échappa, tâchant son arme, pour stagner au bout, stoppé par la poignée.
« Vous n'agissez pas. »
Il ferma les yeux, dépité. Riku ne cherchait pas à fuir. Il ne se débattait pas. Pourquoi ? N'était-il pas effrayé par la mort ?
« Pourquoi… vous, vous ne faites rien ? Vous savez parfaitement que vous pouvez me faire plier facilement, et fuir. Le coup de surprise n'est plus. »
« En avez-vous seulement envie ? »
Il était incapable de bouger davantage sa main. Sora se mordit la lèvre, agacé. Après le trajet qu'il avait fait, s'incruster dans ce lieu bondé au péril de sa vie, dans le seul but de réaliser sa mission… il échouait ?
« Alors c'est ainsi ? Vous ne vous battez pas, » murmura-t-il, tremblant. « Vous charmez votre assassin sans révéler votre identité, et puis… » Il secoua négativement la tête, des larmes fuyant de ses yeux bleus. « Vous vous en sortez ainsi, à chaque fois ? C'est un mensonge. »
« Bien sûr, que c'est un mensonge. Je vous ai simplement vu, Sora. Au moment même où vous êtes entré, je connaissais votre but. » Il glissa sa main glacée sur sa poitrine. Sora frémit, cessant de respirer. « Votre cœur est lâche, pour être si faible. Ou fort, pour ne pas être capable d'aller jusqu'au bout. Mais combien de fois avez-vous senti le sang couler entre vos doigts ? »
« B-beaucoup… trop… »
Son dernier mot se perdit dans un souffle. Riku avait glissé la main sous sa mâchoire, l'obligeant à relever la tête vers lui.
« J'attends. »
C'était un ordre. Sora rangea dans un mot son arme dans sa ceinture, avant de s'accrocher brutalement à ses habits, plaquant furieusement ses lèvres contre celle du prince, le forçant à un baiser quelque peu violent. Riku ne sembla qu'à peine surpris, et ne tarda pas à reprendre le dessus.
Mais il se montra bien plus doux que la brutalité qu'avait eut Sora.
Et son cœur flancha à ce moment-là. Probablement toute sa vie. Riku eut un hoquet de surprise, contre ses lèvres.
Il sentit ses propres larmes couler le long de ses joues. Et un liquide chaud venir à se faufiler entre ses doigts, sur sa manche. Riku se força d'un sourire, semblable à un rictus. Est-ce que ça faisait mal ?
Il embrassa une dernière fois ses lèvres chaudes, ce souffle devenu à présent si précieux, savourant les dernières secondes, tandis que le prince lui essuyait ses larmes, tremblant.
Doucement, il l'assit sur le sol, avant de retirer, tout au contraire, brutalement son poignard de la plaie, arrachant un gémissement de douleur à sa victime, dont les yeux étaient à semi-clos par la souffrance.
« M… merci, Riku. »
Son cœur lui faisait mal. Il se sentait déchirer. Mais il n'avait plus qu'à fuir, désormais.
Et dans un dernier regard à la salle éclairée, il sauta par-dessus le balcon, sans même s'inquiéter de la manière dont s'achèverait sa chute.
Blabla habituel : je ne me suis pas relue XD
Bref, sinon j'espère que cet OS vous aura plus. N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous la lisez, ça fait toujours plaisir :3
Peut-être une seconde version mais avec un lemon - avais la flemme là - si elle est aimée, sinon j'fais pas pour rien .w. A vous de voir!
Ah, et pour la fin... Sora meurt autant qu'il reste en vie, voilà. On sait pas en fait, et moi non plus. Et oui tout cela est bizarre, mais JE suis bizarre.
A bientôt :3
