Chapitre 2

SouvenirsKANON

Deux jours, deux jours. Deux maudits jours. Voilà deux jours que nos compagnons sont venus nous parler d'une personne ressemblant à notre sœur. Certes, nous sommes retournés au bar avec Saga, mais rien, nada.

Deux jours, deux jours que je ne dors presque plus. Je repense à elle, son visage me hante.

Notre sœur. Kaga. J'ai envie de pleurer en repensant à notre jeunesse, juste avant sa disparition.

Je me remémore ses éclats de rire, autant que nos disputes avec Saga. Elle intervenait la plupart du temps par des paroles douces, mais elle se mettait parfois entre nous deux.

Je repense, et ça me fait mal, à toutes les blessures que je lui ai infligées, autant verbales que physiques.

Nos disputes avec Saga empiraient souvent à cause de ça, de mes coups de colère envers elle. Il n'avait pas tort, je la blessais, il la soignait.

Elle, si douce, si gentille. Elle ne cherchait que l'amour et l'affection, je lui donnais la haine et la méchanceté.

En y repensant, je comprends mieux ma jalousie envers Saga. Il avait droit à ses sourires et à ses câlins. J'en voulais aussi mais quand elle s'approchait pour me donner un tant soit peu de tendresse, je la virais comme si elle n'était qu'une vieille chaussette.

Quel frère maudit, j'ai été pour elle. Ce n'était déjà pas évident d'avoir un bébé à garder après la mort de nos parents, mais pour elle ça devait être encore plus dur de vivre avec nous.

Elle a dit un jour à un gamin qui l'embêtait et lui disait qu'il la haïssait : « Que sais-tu de la haine ? Vis-tu avec la haine ? Moi, je vis avec la bonté et la haine ! » Elle ne savait pas que je l'observais et que je l'avais entendu. « Je vis avec la bonté et la haine ! », cette phrase eut une répercussion encore pire que si l'on m'avait planté un couteau dans le cœur. La bonté, Saga, la haine, moi.

Depuis ce jour, j'ai essayé de me rapprocher d'elle mais je n'y arrivais pas. Je passais toujours mes colères sur elle. Elle qui ne méritait pas ce que je lui faisais subir.

Si elle savait que sa disparition a profondément affecté Saga et l'a aidé à faire ressortir son côté mauvais, elle s'en voudrait énormément je pense. Elle nous aimait malgré nos caractères. Nous pardonnerait-elle nos erreurs passées : Saga pour avoir essayé de tuer Athéna et moi pour avoir manipulé un Dieu et pas n'importe lequel en plus, Poséidon. Mais j'ai surtout fait germer le mal en Saga.

Que ferais-je en face d'elle ? Quelle sera ma réaction ? Je ne sais pas.

Maintenant que nous sommes revenus dans le droit chemin, qu'Athéna nous a pardonné, il ne resterait plus qu'à acquérir son pardon. Ce sera vraiment le plus dur.

Me sentant observé, je rouvre les yeux et découvre Saga qui me regarde. Il m'interroge du regard, je lui réponds d'un sourire. Il comprend ce que je ressens comme je comprends ce qu'il ressent.

Deux jours. Deux jours que nous faisons face à nos souvenirs.

- Je vais faire un tour, lui dis-je avant de sortir du temple.

J'ai besoin d'être seul et il l'a compris.

-

SAGA

Quand j'arrive dans la grande salle, je vois Kanon, les yeux fermés, perdus dans ses pensées. Je ne veux pas le déranger mais il a dû sentir ma présence car il les rouvre aussitôt. Je l'interroge du regard pour savoir si ça allait, il me répond d'un sourire avant de me dire qu'il sort. Il a besoin d'être seul.

Depuis que nos compagnons nous ont parlé de cette fille, nous sommes devenus comme des lions en cage. Nous tournons en rond mais pas physiquement, c'est plutôt moralement.

Je m'installe sur le canapé, là où se tenait Kanon quelques secondes auparavant, je ferme les yeux et pars aussi dans mes souvenirs.

Je suppose que mes souvenirs sont plus heureux que ceux de Kanon. Kaga était toujours avec moi, que ce soit à la maison, en promenade ou à mon entraînement.

Kanon la rabrouait souvent quand elle venait vers lui. Il ne lui voulait aucun mal mais il ne savait pas ce qu'était l'affection, la tendresse, ni même l'amour. Il était comme mon ombre, ce qui ne l'aidait pas.

Kaga venait se blottir contre moi pour dormir, venait lire sur mes genoux ou jouer à mes pieds. Si le cœur de Kanon n'avait pas été consumé par la haine, je suis certain qu'elle serait restée plus souvent avec lui.

Hélas, ça ne se déroulait pas ainsi. Elle se retrouvait entre nous deux lors de nos disputes. Combien de fois, l'ai-je soigné car elle s'était interposée. Elle n'était pas très grande mais elle était relativement mature pour son âge.

Elle portait les traces de coups de Kanon jusqu'à ce jour, ce jour maudit, deux jours avant sa disparition. Lors de l'une de nos sempiternelles disputes, elle voulut s'interposer mais ma colère était tellement grande envers Kanon, que je n'ai pas retenu mon coup et c'est elle que j'ai frappé. Je ne me souviens plus de l'objet de notre dispute mais je revois parfaitement le masque de terreur s'installer sur le visage de Kanon.

Ma main venait de s'enfoncer dans l'épaule de Kaga. J'ai hurlé et je l'ai rattrapé dans mes bras alors qu'elle perdait conscience. La douleur devant lui être insupportable.

Alors que Kanon sortait plein de fureur, je la portai sur mon lit et la soignai du mieux possible. Elle se réveilla un peu plus tard, grimaçant de douleur. Je lui demandai pardon en pleurant, je m'en voulais tellement. Elle me répondit seulement qu'il fallait que ça arrive à un moment ou à un autre et qu'il valait mieux que ce soit maintenant.

L'image de ma main dans son épaule me hante toujours.

La vie reprit son cours par la suite mais deux jours plus tard, ma joie de vivre, c'est ainsi que je nommais Kaga, disparaissait sans laisser de traces. Ce fut terrible pour moi et ce fut l'effet déclencheur de ma haine.

Si elle savait ce que je suis devenu par la suite, me pardonnerait-elle ? Pourquoi as-tu disparu ?

Je me rends compte que je suis en train de pleurer. Ca me fait du bien.

Epuisé par mes larmes, je m'assoupis dans le canapé.

-

KANON

Ce que Saga ne sait pas, c'est que je ne suis pas réellement sorti du temple. Je suis resté sur le palier.

En fait, je l'observe. Je le vois s'asseoir sur le canapé, à la place que j'occupais quelques minutes auparavant, et fermer les yeux.

Je sais qu'il vient de se plonger dans ses souvenirs, plus heureux que les miens. Pourtant quand je le vois se mettre à pleurer, je comprends très vite pourquoi. Il repensait à ce fameux jour où il a blessé Kaga à l'épaule.

Je sais que c'est un fardeau qu'il portera longtemps car c'est le dernier fil qui le retient à son passé. Il ne se pardonnera jamais ce geste.

Je le vois s'assoupir, sûrement épuisé par ses larmes. J'en profite pour m'éclipser.

J'espère que les souvenirs des frères vous ont plu. La suite devrait arriver prochainement, avant mes vacances j'espère.