Chapitre 3
/ « Un bon moldu est un moldu mort » /
Il manquait quelque chose. Mais quoi ? Neville ouvrit un œil et regarda autour de lui. Il ne vit que les lourds rideaux rouges de son lit. S'éveillant complètement, il les ouvrit et, jetant un coup d'œil au dortoir, comprit aussitôt ce qui lui manquait. Aujourd'hui, seuls deux lits sur les cinq étaient occupés et les ronflements de ses camarades ne couvraient plus le bruit de la pluie sur les carreaux. Seamus lui aussi était réveillé et les deux garçons échangèrent un regard résigné : ils ne reverraient pas de sitôt Harry, Ron et Dean…
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Même si, au final, peu d'élèves manquaient à l'appel (les nés-moldus n'étaient pas très nombreux), l'atmosphère du petit déjeuner était lourde et tous attendaient anxieusement que les emplois du temps soient distribués. Enfin, MacGonnagal se leva passa rapidement entre les rangées pour faire passer les morceaux de parchemin tant attendus. Neville s'empara du sien et eut un soupir de soulagement en constatant que la journée débuterait avec un cours de botanique, sa matière préférée, même s'il était suivi de deux heures de potions avec les Serpentards. L'après-midi n'était consacrée qu'à une heure de divination avec Firenze. Par acquis de conscience, il jeta un coup d'œil au reste de son emploi du temps. Ses yeux s'arrêtèrent sur la matinée du Jeudi : trois heures d'Etude des Moldus. Croyant à une erreur, il releva la tête pour comparer son parchemin avec les autres. Il n'eut pas besoin de poser de question : rares étaient ceux qui avaient choisi cette option or la grande salle était pleine de discussions à propos de cette matière. Rogue semblait s'en être aperçu lui aussi car il se leva et annonça : « Comme vous avez pu le constater, l'Etude des Moldus est devenue une matière obligatoire à Poudlard. Les plus âgés auront donc des heures supplémentaires de cette matière afin de combler – si c'est possible – leurs lacunes. ». Alors que le directeur parlait, Neville avait vu le visage d'Alecto Carrow se remplir de fierté et d'arrogance…
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Dong, Dong, Dong. La lourde cloche sonnait la reprise des cours en ce premier jeudi de l'année. Sortant de la grande salle, les sixièmes années, toutes maisons confondues, se dirigèrent vers le cachot où Carrow avait choisi d'enseigner. C'était son premier cours et, malgré le masque d'arrogance qu'elle affichait, on la sentait nerveuse. Enfin, lorsque le dernier élève eut franchi la lourde porte et que le silence se fit, la mangemort s'avança vers eux et, s'adressant presque uniquement aux Serpentards installés au premier rang, souhaita la bienvenue aux élèves. Sa voix haut perchée résonnait sur les murs nus de la pièce, et l'atmosphère était très tendue. Dans ce cachot sombre, glacial et malodorant, la plupart des élèves semblaient nerveux… Neville ne put que leur donner raison : être enfermé avec un mangemort était très – trop – bien placé sur sa liste des pires choses à vivre. A côté de lui, Hannah se tassait sur son siège, mal à l'aise. Redoutant une punition, tous écoutaient attentivement le discours de leur « enseignante » sur le programme de l'année : rappel des guerres entre moldus et sorciers, étude des réactions des moldus face à un sorcier, comment traiter les moldus… Pour lui-même, Neville se dit que la devise d'Alecto Carrow devait être « Un bon moldu est un moldu mort ». Il remarqua aussi avec soulagement que les visages de ses camarades, lorsqu'ils n'étaient pas figés par la peur, montraient leur incrédulité devant un tel étalage de haine envers leurs « voisins » moldus. Bien sûr, les Serpentards étaient enthousiasmés par le contenu du cours, fait sur mesure pour eux.
Il devenait urgent de rassembler l'AD et, alors que la nouvelle enseignante récitait d'une voix glaciale les différentes agressions de moldus sur les sorciers au cours des siècles, Neville en fit part à sa voisine en sortant discrètement de sa poche le faux gallion d'Hermione. Elle acquiesça silencieusement (même chuchoter aurait été un véritable suicide) avant de continuer de faire semblant de prendre des notes. Devant elle, Padma couvrait son parchemin de mots et Neville la suspecta de faire semblant aussi : sa plume ne suivait absolument pas le rythme du cours, alternant de longues périodes de réflexion et des courtes périodes d'écriture. De plus, elle écrivait parfois quelques mots sur un autre bout de parchemin qui ressemblait à un brouillon.
Neville fut tiré de sa rêverie par la soudaine augmentation du volume de la voix de Carrow : « Monsieur Londubat ! Je suppose que vous vous estimez assez compétent dans cette matière pour ne pas prendre de notes… votre inattention coûtera dix points à Gryffondor ». Et son discours fut suivi d'un clin d'œil discret vers les Serpentards…
Un peu honteux de s'être fait prendre, il reprit sa plume, pestant contre son étourderie. Mais Carrow ne s'arrêta pas et lui demanda avec un sourire méprisant : « Mais peut-être vouliez vous nous faire part de vos réflexions sur la question des bûchers de sorcières au Moyen-âge, monsieur Londubat… ». Oubliant un instant à qui il parlait, Neville répondit calmement : « Je me disait juste que j'aurais aimé assister à votre bûcher… ». Il se rendit compte trop tard de son erreur. Tous les élèves le regardaient les yeux ronds, interloqués par son audace. Le visage de Carrow s'était empli de fureur et elle dut faire un effort visible pour se contrôler. Après un silence, elle se reprit complètement et annonça presque tranquillement : « Eh bien vous aurez tout le temps d'imaginer cette scène en retenue, monsieur Londubat… je vous attendrait lundi soir dans mon bureau. ». Son sourire n'annonçait rien de bon et la confrontation serait à coup sur tendue. Tendant de faire bonne figure et de montrer qu'il n'avait pas peur, le Gryffondor répondit par un « Bien professeur Carrow. ». Il avait volontairement accentué le « professeur » pour marquer son mépris. Elle ne répondit pas et repris son cours sans même le regarder. Les élèves jetaient parfois des coups d'œil à Neville mais il ne leur répondait pas, tentant de cacher sa peur. Il avait joué à jeu très dangereux en provoquant la mangemort. Ce soir, il sonnerait la révolte, se dit-il en caressant le faux gallion au fond de sa poche…
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La Salle sur Demande avait repris son apparence habituelle, mais les visages étaient fermés. La nouvelle de l'altercation entre Neville et Carrow avait fait le tour de l'école et fut au centre des discussions ce soir là dans les salles communes.
Tous les membres de l'AD avaient répondu présents à l'appel et certains voulaient lancer les premières offensives immédiatement. Neville dut calmer les ardeurs des plus virulents en expliquant qu'il fallait d'abord s'organiser pour pouvoir agir efficacement. Ginny demanda alors à Padma si elle avait commencé la rédaction de la charte. Soudain au centre de l'attention, cette dernière rougit et avant de répondre : « En fait, euh… j'ai terminé. Enfin la première version. Il faudra sûrement modifier plein de trucs… ». Elle rougit encore plus lorsque des sifflements admiratifs retentirent.
- « Déjà ! Bon, lis nous ça, reprit Neville en lui cédant sa place face aux autres.
- J'ai repris toutes les suggestions qui avaient été faites dans le train et j'ai rajouté quelques trucs pendant le cours d'Etude des Moldus quand j'ai entendu le discours de Carrow…
Voilà donc ce qu'elle écrivait, se dit Neville, elle a vraiment prit son boulot à cœur…
- Pour faire simple, j'ai reformulé les idées de solidarité entre élèves, de lutte contre Vous-Savez-Qui, de secret de l'association, de protection des plus faible et…
- Allez, lis-nous ça, on verra bien, coupa Ginny.
- Bon, Bon, voilà :
Moldus et Sorciers naissent et demeurent libres et égaux en droits… »
