Chapitre 13
/ Abelforth /
Neville se réveilla le lendemain matin – ou était-ce l'après midi ? - étrangement reposé et détendu. C'est seulement lorsque le hamac se balança doucement alors qu'il tendait le bras pour regarder sa montre qu'il se souvint avoir passé la nuit dans la Salle Sur Demande.
Il eut une pensée pour sa grand-mère en fuite... son dernier souvenir en sa compagnie remontait aux vacances et à l'écoute de Potterveille chaque soir. Peut-être la Salle pourrait se munir d'un poste de radio... Aussitôt, un antique poste apparut dans un coin de la Salle. Neville s'aperçut alors que, durant son sommeil, la Salle s'était transformée quelque peu : un bureau avait fait son apparition, ainsi que le portrait d'une jeune fille blonde, qui semblait l'observer. Le voyant éveillé, elle eut un léger sourire avant de s'enfoncer sans prononcer un seul mot dans le tunnel dessiné derrière elle...
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Neville parvint à emménager complètement dans la Salle Sur Demande après deux voyages à la tour Gryffondor, rythmés par de nombreux détours pour déjouer les rondes – heureusement très prévisibles – d'un Rusard plus fatigué que jamais par le travail supplémentaire que lui imposaient les Carrow. C'est seulement au moment où il posa son sac à dos qu'il remarqua que son ventre protestait énergiquement pour lui faire comprendre qu'il était plus que temps d'avaler quelque chose. A présent habitué aux apparitions magiques dans la Salle Sur Demande, Neville jeta un coup d'œil autour de lui, mais cette fois, rien ne semblait avoir changé depuis sa dernière visite... La jeune fille du portrait cependant, était revenue et lui souriait gentiment. Neville lui rendit son sourire et allait parler lorsqu'un gargouillement en provenance de son estomac lui coupa la parole. Un petit rire parvint à ses oreilles... le portrait n'avait pu retenir un gloussement amusé. Le jeune homme estima qu'il était venu le temps des présentations.
« Bonjour, je m'apelle Neville Londubat.
Bonjour... On m'appelait jadis Ariana... »
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« Ne t'inquiètes pas mon garçon... je ne te dénoncerai pas. Je ne suis pas non plus précisément bien vu des Mangemorts... »
Neville était assis dans une petite pièce au dessus de la 'Tête du Sanglier', une assiette de soupe fumante devant lui. Le patron du pub avait croisé son regard anxieux et l'avait rapidement rassuré, bien que son ton bourru ne précise pas vraiment dans quel camp il se trouvait.
Les yeux bleus du tenancier croisèrent un court instant le regard du jeune garçon, qui eut quelques secondes l'impression que l'homme pouvait lire dans son esprit.
« Comment t'appelles-tu, mon garçon ? Reprit-il.
Neville Londubat...
Ah... Voilà donc pourquoi ton visage me disait quelque chose... j'ai eu l'occasion de rencontrer tes parents en des temps meilleurs...
Et vous êtes Abelforth...
C'est ça... Tu peux m'appeler ainsi... Tout le monde ici a oublié mon nom de famille depuis bien longtemps... et je ne m'en plains pas. Son regard se perdit quelques secondes, fixé sur le portrait de la jeune fille blonde par lequel Neville était arrivé, guidé par Ariana à travers un étroit tunnel.
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C'était devenu une routine à présent... Chaque soir, après que le dernier client eut quitté la 'Tête du Sanglier', Ariana allait chercher Neville dans la Salle Sur Demande. Il y revenait quelques minutes plus tard, muni de provisions pour la journée du lendemain. A deux reprises déjà, il s'était attardé chez le vieil homme avec qui il avait rapidement sympathisé, et lui avait déjà raconté une partie de ses mésaventures. Abelforth n'avait fait aucun commentaire, mais avais tout de même montré un signe de compassion contrastant avec son côté bourru lorsque Neville lui avait parlé d'Hannah... Il avait alors posé un instant sa main sur l'épaule du jeune garçon, ouvert la bouche pour parler, mais aucun son n'en était sorti. A partir de ce jour, il doubla les rations de Neville, ayant compris que jusqu'ici, il avait partagé ses repas avec la jeune fille.
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« Ab... je te suis redevable de beaucoup de choses... Tu as le droit de savoir l'ensemble de l'histoire, commença Neville alors qu'il était attablé devant un bol de soupe au dessus du pub.
Tu n'as pas à me dire quoi que ce soit si tu n'en a pas envie, mon garçon... Je sais que certains secrets devraient rester enterrés...
Oui, mais je me sens bloqué... j'ai besoin d'un avis différent... »
Et Neville lui conta rapidement l'ensemble de l'histoire liée à M. Abbot et à la prophétie des Carrow, chose qu'il avait volontairement tu jusqu'alors...
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« En somme, tu as besoin d'une pensine... murmura Abelforth lorsque Neville lui eut tout exposé.
N'y a t-il rien d'autre qui permette de « lire » un souvenir ?
J'ai bien peur que non...
Et... sais-tu où je peux trouver une pensine ?
Ce sont des objets assez rares, tu sais... Mon frère en gardait une dans son bureau, mais je suppose que c'est Rogue qu'il l'a récupérée maintenant... C'était un cadeau d'un vieil oncle pour un Noël de notre enfance... » Le vieil homme était à présent perdu dans ses pensées. « A moi aussi il m'avait offert une pensine... Oh bien sur, elle était plus petite, moins décorée que celle d'Albus... il était déjà la gloire de la famille à cette époque... » Il eut un petit rire désabusé, comme pour chasser ce mauvais souvenir.
Et tu as encore cette pensine ? » Demanda Neville, déjà excité à l'idée de pouvoir bientôt se plonger dans le souvenir de M. Abbot.
Le front plissé, le tenancier du pub tentait de rassembler ses souvenirs.
« Je me souviens l'avoir à Poudlard... c'était bien pratique pour moi... Oui, je me souviens à présent ! Le concierge de l'époque – pire que Rusard, crois-moi – me l'a confisqué en sixième année... Il croyait que c'était un objet dangereux... et je n'ai jamais pu lui prouver le contraire hélas. Je n'ai pas revu cette pensine depuis... Tu sais, à ma connaissance, le bureau de Rusard n'a jamais été vidé ou même rangé... Albus plaisantait parfois sur le capharnaüm qui régnait dans son « antre ». Peut être ma pensine y est-elle encore, sous un amas d'autres objets confisqués... mais cela, je ne puis en être sûr. Et je ne connais personne qui ait une pensine... Allons, il est bien tard, mon garçon... et tu as quelqu'un à aller voir, je crois » ajouta-t-il dans un sourire...
