Novembre, considéré par certains comme le pire mois de l'année, est le onzième du calendrier, le plus gris, où on est à l'heure d'hiver et qu'on ressort les vieux pulls qui grattent. Pour ma part, novembre a su défier les mœurs et me donner une vie à laquelle je rêvais goûter.
Pairing : Zoro / Sanji
Rating : M 🍋
Publication hebdomadaire, bihebdomadaire...
Republication d'une fic que j'avais postée en 2015
Evidemment je tire mon titre de la chanson du groupe Guns N' Roses : November Rain!
Je déteste le mois de novembre.
Les vacances sont loin, la pluie tombe abondement... Le mois de décembre, lui au moins, a le mérite d'apporter un peu de réconfort avec l'approche des fêtes, la décoration des maisons, le rire des enfants. C'est vrai que je déteste les gosses, mais faut avouer que c'est nostalgique. Je ne me voile pas la face, j'attendais moi aussi impatiemment la venue du gros monsieur rouge et blanc.
Le mois de novembre par contre... Tout le monde fait la gueule, moi le premier : le paysage est moche, les gens sont moches, la vie est moche, et la pluie, toujours au rendez-vous, m'aigrit un peu plus encore.
Je descends du bus et je constate que, par miracle, l'averse s'est arrêtée. Je garde néanmoins la capuche de mon sweat sur la tête alors que je commence à trottiner, direction le parc. A cette saison, le rare espace vert de la ville remplace sa verdure par d'horribles feuilles mortes qui craquent sous les chaussures.
C'est vraiment un mois de merde. Les gens se pressent pour ne pas se prendre une nouvelle saucée tandis que je passe le portail forgé. Au loin, on peut entendre les aboiements d'un chien et les pleurs stridents d'un jeune bébé. Je tire des écouteurs de ma poche et je sélectionne la première musique afin d'échapper aux bruits extérieurs et me concentrer plus aisément sur ma foulée, constatant en même temps que le vent et les nuages gris n'annoncent rien de très avenant.
"When I look into your eyes
I can see a love restrained
But darlin' when I hold you
Don't you know I feel the same"
Ma journée risque d'être définitivement gâchée, mais les chansons de Guns N' Roses sont les meilleures, alors j'accepte de laisser courir les paroles dans mes oreilles. J'accélère ma foulée quand je vois le virage après le chêne imposant, très reconnaissable. C'est le virage.
Je souris, impatient, quand mes pas me mènent sur la partie arrière du parc. Ma montre me confirme l'heure avancée de l'après-midi. Je prie pour que le temps ne change rien, mais mes doutes se dissipent quand j'aperçois les mèches blondes un peu plus loin.
C'est con de penser que juste la vision du jeune homme pouvait faire fléchir ma course. Je n'ai pas de nom à mettre sur ce visage. Cela m'importe peu de toute façon, le voir suffit amplement. Mais j'étais trop coincé pour l'approcher.
Comme la première fois qu'il était venu s'installer sur ce banc, il est plongé dans des notes dont je ne connais pas l'utilité. Et il est tellement concentré dans ses écrits que jamais je n'avais eu l'audace de le déranger.
Je le perds de vue après être passé plusieurs mètres devant lui.
"If we could take the time
to lay it on the lineI
could rest my headJust knowin' that you were mine"
Avant, je changeais régulièrement d'endroit pour faire mon jogging, mais depuis qu'il prenait l'habitude de s'asseoir sur ce banc, je ne pouvais m'empêcher de revenir chaque jour, en fin de journée, quand je terminais de bosser.
Je ne sais même pas pourquoi je me casse la tête, car il n'y a aucune chance, même infime, qu'il ne s'intéresse à ma personne. Sûr qu'il serait dégoûté.
Je soupire découragé alors que j'aperçois le portail de l'entrée arrière du parc, signe que j'avais fait la moitié du premier tour et que j'allais accélérer. Je cours tous les jours, sauf rares exceptions, pour m'entretenir un minimum. Il n'y a que ça qui compte.
J'ai froid malgré l'épais habit gris qui me recouvre. Ce sweat est ce que j'ai de plus chaud, mais ne permet pas de couvrir mes joues gelées. Je repense à la cagoule noire qui gratte que ma mère m'a fait porter à mes 8 ans, pour aller à l'école. Je n'avais jamais eu aussi honte de ma vie et l'idée de porter le vêtement chaud sur mon visage me rappelle le froid extérieur.
Je pars pour un deuxième tour, toujours perdu dans mes pensées. Quand je serai de retour à mon appartement, je resterai sous la couette à boire un thé, devant un bon film d'horreur. Demain, c'est samedi, alors je n'aurai pas à me lever pour aller au taf. Je souris à cette pensée avant que quelque chose s'écrase sur mon visage.
Je sursaute, surpris, et j'attrape l'objet en vol. Je regarde, étonné, la feuille froissée remplie de phrases raillées, réécrites, et j'essaie de reconnaître des mots entourés en rouge.
Une recette de cuisine?
Je retourne, à la recherche d'un nom mais ne trouve rien qui si rapporte.
-Excuse-moi?
Je me retourne et je fais un pas en arrière quand je tombe nez à nez avec des yeux bleus que je connaissais trop bien.
Trop près!
-Ça, dit-il en désignant la feuille que je tiens, c'est la mienne.
-Ah ... tiens!
Je lui tend la feuille noire de rature et il me sourit en tentant de ranger un tas de fiches chiffonnées, après lesquelles il avait sûrement dû courir. Je sens mon cœur s'affoler dangereusement. C'est pas bon..pas bon du tout!
-Quel temps de merde, me confit-il en classant la dernière fiche, je déteste ce mois.
C'est la première fois que j'entends sa voix, et que j'ai l'occasion de le voir de si près.
-C'est le pire.
Comme pour confirmer ces paroles, une goutte s'écrase sur son classeur et on lève simultanément les yeux vers le ciel.
-Et merde! s'exclame-t-il.
Je baisse les yeux sur son visage blanc. J'ai le cœur qui bat à tout rompre.
Il est beau.
Cette pensée se répète en boucle dans mon crâne alors que je continue d'observer ce visage qui me hante depuis des semaines et que j'ai l'occasion de voir proche, et peut-être pour la seule et unique fois.
-Ça vous fatigue pas de venir courir tous les jours? marmonne-t-il pour faire le discussion, remettant une veste sur son dos.
-Et vous? Pas trop crevant d'écrire tous les jours? répliquais-je en rigolant et notant dans un coin de ma tête qu'il m'avait déjà remarqué auparavant.
Il rigole doucement et range son classeur de fiches entre son corps et son cuir, refermant la fermeture par dessus, alors que la pluie commence à se faire furieuse, et que le vent fait voler en tout sens les cheveux or en face de moi.
-Peut-être à une prochaine fois, me lance-t-il en repartant, levant la main en signe de salut.
Je lui retourne le geste et je pars me réfugier sous l'arbre le plus proche, souriant comme un idiot. Je m'appuie contre le tronc brun, sentant l'écorce me gratter le dos. Je soupire comme une gamine et la pluie arrive à se faufiler entre les branches, venant caresser mon visage. Je sursaute involontairement quand un grondement sourd, précédé d'un éclair, déchire le ciel.
Merde, ça se gâte!
Je sors de dessous le chêne, aillant bien trop souvent entendu que rester sous un arbre en plein orage n'était pas l'idée la plus brillante. Je me retrouve à marcher comme un idiot sous la pluie, rentre dans mon champs de vision et se dirige vers moi. Je reconnais effectivement aisément le blond qui m'attrape par le bras.
-VENEZ AVEC MOI! crit-il pour couvrir le bruit de la tempête. JE SUIS GARÉ À DEUX PAS D'ICI.
Je cligne des yeux, pensant avoir mal compris.
-DÉPÊCHEZ-VOUS! VOUS VOULEZ FINIR COMPLÉTEMENT TREMPÉ OU QUOI?
Il me tire et je le suis docilement, avant qu'on ne se mette à courir sous la tempête. On sort rapidement du parc aux arbres déchaînés et il nous fait traverser la rue jusqu'au parking d'une supérette en face. J'entrevois brièvement des phares s'allumer à quelques mètres et il me criT de faire le tour et de monter.
Je ne me fais pas prier et je grimpe en vitesse sur le siège passager. On referme simultanément nos portières qui coupent légèrement le son de la tempête, devenu plus sourd à l'extérieur.
On reprend légèrement notre souffle et je regarde le siège se gorger d'eau ainsi que la flaque se former sur le sol noir.
-Désolé.
-C'est toujours mieux que d'être dehors. Tu habites où?
Je tourne la tête pour observer le conducteur de la voiture qui vient de démarrer le moteur.
- Quartier Sud.
On sort du parking direction les quartiers opposés.
...
Cela fait quelques minutes que l'on roule et j'ose enfin lui adresser la parole.
-Je vous vois souvent au parc. C'est toujours pour écrire des recettes?
-Oui. Je suis passionné de cuisine depuis que je suis gosse, alors après mon travail, je viens écrire de nouvelles recettes que je prépare ensuite pour des amis, de la famille ou des collègues.
-Vous n'avez jamais pensé à devenir cuisinier?
-Tu peux me tutoyer. Et bien sûr que je suis cuisinier. Je travaille sous les ordres de mon grand-père. Et vous? Courir est une passion? rigole-t-il.
-En quelque sorte. Je fais pas mal de sport quotidiennement.
Je vais répliquer mais il fronce les sourcils. Je tourne la tête vers la route barrée et les voitures de police en face, dont le conducteur équipé de k-way et de bottes vient à notre rencontre. Le blond abaisse de quelques centimètres sa vitre et on nous informe que le fleuve est sorti de son lit, et que par conséquent la route était fermée momentanément.
Nous le remercions brièvement et faisons demi-tour.
-Il n'y a pas d'autre moyen de sortir du Quartier Nord que de traverser le fleuve. Tu veux rester dormir?
-Non, ça ira. Tu en as déjà fais beaucoup, je vais aller à l'hôtel.
-Déconne pas, la nourriture sera bien meilleure chez moi. Puis ce n'était pas vraiment une question.
Je n'ai pas beaucoup d'autre choix que d'accepter alors qu'il fait demi tour pour retourner au cœur de la ville.
...
Merci d'avoir lu, n'hésiter pas à laisser un petit commentaire pour motiver les troupes (c'est à dire moi 👧 )
À très bientôt pour la suite.
