Chapitre I: Anciennes machines.

L'espace se déchira. La quiétude sombre, piquetée d'étoile, laissa la place à un chaos de lumière ténébreuse, qui entra en expansion, jusqu'à laisser passer le profil sombre et élancé d'une corvette, se laissant alors aussitôt mourir après.

Sur le flanc du vaisseau, une pyramide bicolore, à côté de la laquelle était inscrit, en lettre blanche ''UNSC Longest day''. C'était un prowler. Une corvette furtive, détachée par la marine du Commandement Spatial des Nations Unies, auprès de l'ONI, le très secret Office du Renseignement Naval.

Installé confortablement dans le siège du timonier, le lieutenant Jeff Moreau, Joker pour les intimes, poussa un petit sourire satisfait, croisant ses doigts derrière son dos.

-Pas mal... commenta une femme derrière lui.

Il fronça les sourcils et grogna. ''Pas mal''. Pas mal, c'est quand on allait pisser et qu'on pensait à remonter sa braguette. Lui, il venait de balayer un trajet de plusieurs années lumières en quelques heures, en traversant une dimension parallèle, où les lois de la physiques s'appliquaient différemment. C'était un moyen de voyage PRL particulièrement complexe, qui demandait de nombreux calculs particulièrement sophistiqués, généralement confiés à une IA. Sauf que si ils avaient suivit les indications de celle-ci, ils leur aurait fallu cinq heures supplémentaires.

''Pas mal''. Clairement, elle n'avait pas conscience de son génie. Il s'apprêta à ouvrir la bouche, pour corriger l'insolente, avant de remarquer les trois bandes dorées sur les manches de la femme. Il déglutit. Elle lui lança un petit regard amusé.

-Quelque chose à ajouter, Joker?

Il s'éclaircit la gorge, zieutant vite-fait sa console, à la recherche de quoique ce soit à lui jeter en pâture.

-Arrivée dans trente minutes, commandant.

Ouais, c'était bien rattrapé.

C'est là qu'elle lui tapota sur l'épaule, le faisant sursauter.

-Détendez vous, Joker. C'était du bon boulot, le capitaine sera ravis.

Elle lui sourit. Joker relâcha une goulée d'air.

Ruby Shepard avait toujours cet effet sur les gens. Une présence intimidante, mais particulièrement bienveillante, une fois qu'on grattait la surface. Il fallait dire qu'elle n'était pas n'importe qui. Elle était Ruby Shepard, la grimace d'Elysia, la tête d'affiche de la nouvelle génération d'officier navals de l'UNSC. C'était pour ça qu'elle avait été bombardée commandante en second, bien qu'étant encore au milieu de sa troisième décennie.

Le lieutenant-commandant, Pressly, navigateur et numéro trois du Day, s'approcha de Ruby. C'était un homme d'un âge mur, ainsi qu'un contraste certain avec la jeune femme. C'était un vieux de la vieille, qui avait vu le début de la grande guerre, en tant que simple matelot, pour la finir avec une commission. Il aurait pu, depuis longtemps, prendre sa retraite, avec une coquette pension à la clef, assez pour se dorer la pilule sur Terre jusqu'à la fin de ses jours. Mais trente années de guerre avaient fait de l'UNSC sa seule véritable maison.

-Commandant. Le capitaine vous réclame dans son bureau.

Elle hocha la tête, souriant au vieux mustang. Pressly avait toujours une attitude assez sévère, fermée et professionnelle. Elle savait toutefois que derrière se trouvait un homme passionné et loyal. Plus d'un aurait été jaloux de se retrouver sous les ordres d'une gamine dont il aurait pu être le père. Surtout après avoir stoppé le plus grand génocide que l'humanité ait jamais connu. Mais pas Pressly.

Pour lui, c'était dans la logique des choses. Il avait démarré au plus bas de l'échelle et survécu assez longtemps, pour arriver là où il était. En temps normal, il n'aurait jamais été officier... et Ruby non plus, n'avait pas vécu des temps normaux.

-Prenez la passerelle Pressly, je descend le voir.

Il hocha la tête, s'installant sur le siège du commandant. Ruby, elle, se dirigeait déjà vers l'écoutille.

Elle quitta la passerelle, descendant jusqu'au pont principal. C'était là que se trouvait le véritable cœur du vaisseau: la cellule de renseignement, qui semblait bien plus active que d'ordinaire. Les prowlers de l'UNSC n'étaient pas des vaisseaux de combat, mais des navires espions. Ils sillonnaient le grand noir, profitant de leur furtivité et de leurs instruments pour collecter, compiler et recouper toute information pertinente pour les forces armées de l'UNSC. Ils étaient véritablement les yeux et les oreilles de la flotte.

Bien entendu, cela ne signifiait pas que le Longest day était sans défense. Loin de là. Ils disposait de missiles shiva et de tourelles de défense laser. Les premiers, pour frapper à distance, les secondes, pour le corps à corps et la défense anti-missile. Et, comme tout les prowlers, il transportait également des mines hornets. Pendant la guerre, les prowlers en avaient semés des millions, pour piéger les flottes adverses.

Le bureau du capitaine, toutefois, se situait au pont encore en dessous. Ruby emprunta une échelle d'accès et se laissa glisser. Elle tomba alors nez à nez avec le lieutenant Kaiden Alenko, le commandant du détachement d'astro-commando, ou ODST. Il resta figé quelques instants, surpris par l'apparition soudaine de l'officier. Il se fendit néanmoins d'un salut réglementaire.

-Commandant.

-Lieutenant. Répondit-elle sur le même ton. Comment allez vous?

Il se détendit.

-Bien. Merci madame.

Il se fendit alors d'un petit sourire en coin.

-Dites moi, vous portez quoi comme taille?

Elle fronça les sourcils, pas franchement certaine qu'il soit approprié de poser ce genre de question.

-Excusez moi?

Son sourire s'élargit.

-Le capitaine m'a ordonné de vous préparer un kit. C'est histoire que vous ne vous retrouviez pas avec un plastron qui vous serre le kiki, ou un casque qui se ballade quand vous courrez.

Ruby croisa les bras. Vraiment? Qu'est-ce que le capitaine mijotait encore?

-Vous savez que j'ai mon propre équipement, lieutenant?

Alenko haussa les épaules, un air faussement innocent sur le visage.

-Ah? Vraiment? Au temps pour moi, madame.

Il la salua avec deux doigts.

-On se retrouve tout à l'heure...

Et il prit congé sans demander son reste.

Ruby posa ses mains sur ses hanches et secoua la tête, en soupirant. Ces ODST... quand même de sacrés numéros! Si elle était mauvaise langue, elle dirait qu'Alenko se pensait irrésistible parce qu'on lui a tatoué un crâne enflammé sur l'épaule. Mais, en vérité, il venait simplement de l'informer que leur mission venait de prendre une tournure très intéressante... d'une façon fort particulière, il fallait le reconnaître.

Elle continua son chemin, traversant le mess, avant de rejoindre la cabine du capitaine, dans l'aile des officiers. Elle appuya sur la sonnette. Quelques secondes plus tard, l'écoutille s'ouvrait dans un chuintement. Un homme du même âge que Pressly, à la peau sombre et arborant l'aigle d'un capitaine naval sur le col de son uniforme, était assit derrière un bureau en métal. Le capitaine David Anderson. Un homme mystérieux qui l'avait prit sous son aile après Elysia. Il était, très certainement, ce qui s'apparentait le plus à un mentor pour elle. C'était lui qui lui avait tout apprit en matière de guerre furtive.

-Entrez Ruby.

Sur le mur à droite, un écran géant avait été déployé. Une vidéo satellite montrait la surface d'Eden Prime.

La guerre avait fait beaucoup de dégâts. L'humanité, autrefois, comptait plus de huit-cent colonies. La plupart sont désormais enterrées sous une épaisse couche de verre et plus rien n'y vit. Eden Prime fut parmi les premières colonies fondées après la guerre, sur de nouveaux mondes fraîchement découverts.

C'était là que le Longest day se rendait. Une mission ordinaire de récupération. Une cargaison top-secrète, que le prowler devait ensuite déposer sur une station top secrète de l'ONI. Ruby n'avait pas été informée de la nature du mystérieux colis. C'était au delà de ses accréditations.

-Il y a eu une évolution.

Il pointa l'écran. La vidéo se mis en marche. Le ciel d'Eden Prime était paisible. Seuls quelques cargos venaient troubler la lente dérive des nuages.

Soudain, un long rayon de lumière frappa de plein fouet un des cargos, le découpant en deux. Un vaisseau, à la forme vaguement insectoïde, apparu alors à l'écran, rapidement suivit par bien d'autres. Tel des sauterelles sur un champs de blé, ils fondirent sur Eden Prime. Ruby serra ses poings.

-Merde... on sait ce que c'est?

Ce n'était pas la première fois qu'une colonie était attaquée depuis la fin de la guerre. Ruby était bien placée pour le savoir. Les nostalgiques des covenants, tentant de revivre leurs gloires passées, les bannis, un groupe de mercenaires brutes sans foi ni loi, sans oublier les divers pirates jackals et les insurrectionnistes...

-Ils ne correspondent à rien de connu. Nos capteurs ont néanmoins relevé la présence d'élément zéro.

-Donc des conciliens?

C'était surprenant. L'UNSC ne s'était battu qu'une fois contre eux, il y a quatre ans, sur Shanxi, suite à un premier contact désastreux. Toutefois, contrairement aux covenants, ils s'étaient montrés bien plus enclin à parlementer. On pouvait, certes, difficilement décrire les relations actuelles entre l'UEG et le Conseil comme amicale... mais elles restaient néanmoins cordiales et pacifiques.

Par ailleurs, les conciliens étaient particulièrement limités dans leur déplacements plus rapides que la lumière. Ils dépendaient presque complètement d'un réseaux de relais. Hors, à la connaissance de Ruby, aucun relais ne se trouvait assez prêt d'Eden Prime pour permettre une telle attaque, pas sans rameuter toute la flotte frontalière de l'amiral Hackett.

-Le design de ces vaisseaux n'a rien à voir avec ce qu'on a vu à Shanxi. Répondit Anderson.

Il fit un arrêt sur image, avant de zoomer sur un point précis. Un vaisseau en forme de poulpe envahissait désormais l'écran. Il était bien plus gros que le reste et l'IA du vaisseau l'avait déjà marqué comme cible prioritaire.

-La flotte ne sera pas là avant une dizaine d'heures. En attendant, nous devons sécuriser le colis.

-Et la colonie?

-Malheureusement secondaire, Ruby.

Elle sentit la colère monter en elle.

-On ne peut pas...

-On ne peut pas affronter cette flotte, Ruby. Coupa Anderson. Ce qu'on peut faire, c'est profiter des capacités furtives du Longest day et accomplir notre mission.

Il la regarda droit dans les yeux, lui laissant clairement entendre que ça n'était pas le moment de discuter.

Ruby soupira. Cela la rendait malade de devoir abandonner tout ces gens, pour sauver un énième projet de l'ONI. Mais le capitaine avait raison. Le Longest day n'était pas le Pillar of Autumn, ni l'In Amber Clad, ou le Forward Unto Dawn. Des navires mythiques qui avaient joué un rôle clef dans la survie de l'humanité. Ils avaient tous quelques chose que Longest day n'avait pas: la capacité à prendre et à distribuer l'enfer. Par ailleurs, tout les trois avaient été détruits. Quelque chose que Ruby aimerait éviter.

Voyant qu'elle s'était résignée, Anderson poursuivit.

-Vous partirez avec Alenko dans le pélican. Le site de l'ONI se trouve à quelques kilomètres, dans la jungle, de Hope-ville. Votre mission: sécuriser le colis et le ramener à bord. Dans le cas où la base serait compromise et son personnel n'aurait pas eu le temps de le faire, c'est à vous qu'il incombera la responsabilité de lancer le protocole Cole.

Ashley Williams passait une mauvaise journée. Une très mauvaise journée. C'était pourtant ce genre de mauvaise journée qu'on recherchait, quand on s'engageait dans les marines. Mais Ash n'était plus une moquette. Ça faisait longtemps qu'elle avait apprit la leçon la plus élémentaire, que tout les fantassins apprenaient le jour de leur baptême du feu: au combat, il n'y avait qu'une seule loi, celle de Murphy.

À la base, ça devait être une simple patrouille de routine. Une opération de police classique, menée en coopération avec l'administration coloniale, pour lutter contre l'exploitation illégale du bois et de des métaux précieux. Un gros dispositif, qui était loin d'être injustifié, les trafiquant pouvant parfois se montrer lourdement armés et particulièrement déterminés.

Mais à peine étaient-ils sortis de Hope-ville que l'attaque avait commencé. Covenants? Innies? Pirates? On ne leur avait pas dit. Leur capitaine les avaient simplement rappelé, pour leur ordonner de venir en renfort à une installation de l'ONI, perdue dans la jungle. Il site très sensible, qu'il fallait protéger à tout prix.

La piste, s'était toutefois avérée impraticable. Non pas que les warthogs, ces gros tout-terrains que l'UNSC utilisait depuis plus de trente ans, étaient incapable d'emprunter la route. Non. Le problème, c'est que ce qui attaquait Eden Prime tenait fermement le ciel.

Ashley l'avait apprit à la dure, quand les bombes étaient tombés sur son convoi, envoyant sa plaque de beurre au tas, ainsi que la moitié du peloton. Maintenant, c'était elle qui devait rattraper tout ce gâchis, en crapahutant dans les kékés, appréciant toute la fourberie des racines apparente et les pentes bien raides.

-Sergente! Le QG répond plus! Lança un caporal, transbahutant une grosse radio.

Elle grogna. Déjà que la partie était mal engagée, si en plus ils commençaient à couper leurs communications, ils allaient passer un très mauvais quart d'heure. Et en plus, le pauvre caporal devait toujours se trimballer la radio à présent inutile, qui pesait un âne mort.

Elle vérifia ses ondes courtes portée.

-Bravo, Charlie, ici Alpha, vous me recevez?

Elle ne reçu que de la friture en guise de réponse. Elle réprima un jurons et se résigna.

-On continue.

Elle avait une quinzaine de marines sous ordres, qu'elle avait divisé en trois groupes de cinq. Son propre groupe avait prit le centre, tandis que les deux autres prenaient les ailes. La densité de la jungle, malheureusement, les empêchaient de garder le contact visuel. Si ses chefs d'équipes savaient ce qu'ils avaient à faire, ne pas pouvoir communiquer avec eux restait une énorme tuile: son dispositif venait de perdre en souplesse et en réactivité.

Des tirs retentirent du côté de l'aile droite. D'abord le bruit d'une arme qu'Ashley ne connaissait pas, suivit du bruit caractéristique d'un fusil à plasma. Une nouveauté, obtenue après des années de dur travail de rétro-ingénierie, qui commençait à apparaître comme arme collective, au sein des unités. Il n'y avait rien de mieux pour découper un bouclier ennemi. Puis le plasma se tut, probablement réduit au silence par la dernière salve inconnue. Elle entendit un des hommes hurler quelque chose, puis, cette fois, ce fut une rafale caractéristique d'un BR55, le fusil d'assaut standard du corps des marines. Le silence retomba alors.

Soudain, l'arme inconnue se remis en branle, arrachant deux ultimes cris de douleurs. Lorsque le silence retomba, Ashley su que c'en était finit de Charlie et de l'aile droite. En silence, elle fit signe à ses hommes de se préparer. Toutes les armes furent braquée vers la droite et on se planqua comme on pu dans des fourrés, derrières les troncs et les rochers les plus gros possibles.

Deux machines surgirent alors. Ashley n'avait jamais rien vu de tel. Des sortes de drones, qui flottaient dans les airs. Ils étaient constitués d'une sorte de grosse unité centrale, qui ressemblait vaguement à une soucoupe allongée, terminée par un gros projecteurs encastré. Dessous, le profil reconnaissable d'un arme se faisait voir. Elle n'eut même pas besoin de donner l'ordre. Son grenadier lança une grenade à impulsion électromagnétique, qui neutralisa les drones, avant d'une salve de rafale ne les cloues définitivement au sol.

Elle désigna silencieusement deux marines pour appuyer les deux drones, tandis que les deux autres, eux, se chargeaient de la couverture. Elle bondit alors jusqu'au drone le plus proche, afin de l'observer de plus près. Mais il n'y avait rien à exploiter sur ces boites de conserve. Et si c'était le cas, ça n'était pas de son niveau.

Elle décida de se voir ce qu'il était advenu de son aile droite. Elle déplaça donc ses hommes dans la direction des coups de feu de toute à l'heure, progressant en sécurité, plaçant soigneusement ses appuis avant de faire bouger qui que ce soit.

Ils arrivèrent devant un spectacle macabre: l'aile droite avait été massacrée. L'homme de tête, qui gisait un peu devant, n'avait même pas eu le temps de mettre en œuvre son armement. Non loin derrière, le tireur plasma, qui, si Ashley en jugeait par la carcasse calcinée qui gisait à une vingtaine de mètre devant lui, avait pu neutraliser un des drones pendant l'affrontement. Le caporal qui menait le groupe, lui, gisait à plat-ventre, dos au front. Ils avaient dû tenter de se replier, derrière un gros rocher, avant d'être simplement fauché par un second drone. Ce dernier, au sol, troué comme une passoire, avait probablement été abattu par les deux derniers marines, qui avaient pu se réfugier derrière le rocher. Et si elle en jugeait par les impacts, les deux drones que sa propre équipe avait descendu, en avaient certainement profité pour les contourner et les tuer.

Elle se pinça l'arrête du nez.

-Mendoza, prends le plasma. Kalinsky, les plaques. Les autres, couvrez les.

Le radio et le grenadier grimpèrent sur un talus, sur la gauche, pour s'y placer.

Un tir retentit et Mendoza s'effondra sur le défunt tireur plasma. Un second tir manqua de peu Kalinsky, qui, heureusement pour lui, avait eu la bonne idée de commencer par les morts du rocher, lui permettant de se mettre rapidement à couvert.

-Là haut! Sur la crête! Lança le grenadier en pointant son arme.

Ashley les vit, elle aussi. Quatre point lumineux, brillant entre les feuilles.

Grossière erreur. Rapidement repérés, ces assaillant attirèrent les tirs des marines comme une tartine de miel attire les mouches. Le groupe d'Ashley fut, d'ailleurs, rapidement rejoint par l'aile gauche qui, attirée par les coups de feu, s'étaient porté à leur secours, plaçant la M247, une mitrailleuse légère, suffisamment en hauteur pour arroser la crête.

Profitant de la situation, Ashley fit la jonction avec Bravo. Elle trouva le sergent Mc Oloch, occupé à donner ses ordres pour adapter le placement de ses hommes, qui venaient d'attirer le feu adverse.

-Charlie est au tas! Lança Ash. On est coincé sur la droite. Vous pouvez flanquer sur la gauche?

Mc Oloch grogna, pas vraiment sûr de lui. Avec les tirs qu'ils essuyaient, c'était trop risqué.

-Peut-être il y a cinq minutes, mais, maintenant, ça va être compliqué...

Un tir de grenade provenant d'Alpha fit taire les tirs adversaires pendant un court moment. Mc Oloch releva la tête, n'osant croire à un timing aussi convenant.

-Oui sergente!

Il interpella alors deux de ses gars, leur faisant signe de le suivre. Ashley, elle, s'allongea contre un arbre mort, pour les couvrir.

La M247 se joignit à la partie, permettant à Mc Oloch et ses hommes de progresser rapidement. Puis, soudain, le flanc gauche fut secoué d'une série d'explosions. Quelque chose en fut alors projeté, décrivant un arc dans les airs, pour atterrir aux pieds d'Ashley. C'était un casque, calciné, sur lequel on avait imprimé le grade de sergent.

-Et merde...

Un véritable béhémoth surgit alors de derrière la crête. Une énorme machine à l'air vaguement humanoïde, dont la tête ressemblait étrangement à une lampe torche. Elle était rouge et armée jusqu'aux dents. Ashley su qu'elle n'avait pas d'autre choix, celui de donner l'ordre qu'elle s'était toujours jurée de ne jamais donner.

-Repliez vous!

Des geths. Des putain de geths! Des siècles que ces boites de conserves n'étaient pas sorties du Voile! Des siècles qu'elles se contentaient de dézinguer tout ce qui entrait dans leur région de l'espace, laissant tranquille le reste du monde. Et c'était aujourd'hui, de tout les jours, qu'ils avaient, subitement, décidé de traverser la galaxie, pour aller chercher des noises à l'espèce la plus belliqueuse depuis les krogans!

Nihlus Kryik était dans un beau merdier. Dire qu'à la base, ce n'était qu'une simple mission clandestine en territoire primate. Et là, paf! Ces fichus geths qui débarquaient pour dézinguer tout ce qui bougeait. Le turien regarda un geth prime massacrer ce qui restait d'un peloton d'humain. Les pauvres, ils n'avaient aucune chance.

Les humains avaient la guerre dans le sang. C'était comme les krogans, mais en plus dangereux, car, eux, ils savaient utiliser leurs cerveaux. Ils avaient une fascinante capacité d'adaptation qui leur permettait, rapidement, de trouver d'ingénieuses solutions, même quand ils étaient dépassés technologiquement. Lors de l'incident du relais 314, ses congénères l'avaient apprit à la dure. Mais face aux geths, sans doutes les créatures les plus avancées de la galaxie, même l'ingéniosité avait ses limites, surtout à court terme.

Un geth prime était une machine conçu pour donner la mort et recevoir la foudre. Les meilleurs barrières cinétiques à l'échelon infanterie, une puissance de feu suffisante pour raser une petite ville... ce n'était pas une quinzaine de primates, avec de primitives armes chimiques, qui neutraliseraient un tel monstre. Même lui, agent de la force SPECiale Tactique et de REconnaissance, ou spectre, l'un des meilleurs parmi les meilleurs des meilleurs, ne pouvait rien contre ça.

Aussi se contenta-t-il d'abandonner les humains à leur sort, poursuivant sa mission. Il se fraya donc un chemin dans la jungle, s'arrêtant de temps à autre, pour écouter. Autour de lui, le crépitement lointain des armes, le grondement de l'artillerie, le cris des chasseurs. Il devait tirer tout ces sons, les classer, les analyser, pour en tirer quelque chose de cohérent qu'il pourrait exploiter. De quel côté? Était-ce lointain? Est-ce que ça se rapprochait? Combien? Quelle taille?

Autant de question, qu'il devait parfois laisser sans réponses, dans un risque plus ou moins calculé, ne pouvant se permettre de perdre trop de temps. Ce n'était pas un hasard si les geths étaient là, aujourd'hui. Il en avait l'intime conviction. Lui même était là pour une raison. Une raison qui pouvait changer la face de la galaxie.

Cette raison, elle était enfermée derrière ces portes, épaisses d'un mètre de titane, autrefois gardée par des humains vêtus d'armures noires, armés jusqu'aux dents qui, désormais, gisaient, mort, aux pieds d'un trou béant, laissant libre accès à une sorte de garage.

Sous son casque, Nihlus fit claquer ses mandibules. Parfois, il détestait avoir raison. Les coïncidences s'accumulaient bien trop pour que le hasard soit impliqué. Il déplia son fusil d'assaut, avant de passer par le trou, pénétrant dans la base. À l'intérieur, le même spectacle que dehors. Des humains morts, partout, des impacts sur presque tout les murs, des pièces d'équipement en feu.

Il suivit les traces de combat, arrivant jusqu'à une autre porte, elle aussi attaquée à l'explosif, laissant accès à une grand cour intérieur. Nihlus y trouva les premières carcasses geth, le torse criblé de projectiles perforant, ou bien fondu par un de ces fusils à plasma.

Un frisson parcouru l'échine de Nihlus. Des armes à plasma. Quelque chose que seul les geths avaient réussit à développer... une technologie trop complexe et instable, malgré sa puissance dévastatrice. Les humains avaient réussit à s'en bricoler depuis l'incident du relais 314. Une autre raison de se méfier de ces primates. Le plasma ignorait complètement les barrières cinétiques et brûlait tout sur son passage. Sur une machine, comme un geth, cela réduisait le complexe ensemble de circuit et de plaque de protection en une flaque de métal fondu. Il n'osait imaginer ce que cela donnait sur un être organique!

Il traversa la cour, arrivant jusqu'à une nouvelle porte défoncée. À l'intérieur, une large pièce, une sorte rampe de chargement, menant sur une grande cage d'ascenseur, dont la seule source de lumière était une lampe rouge qui clignotait, tandis qu'une voix synthétique s'égosillait calmement, répétant encore et toujours:

-Alerte. Alerte. Intrus dans la section Bravo-14. Sécurité compromise. Sécurité compromise. Protocole Cole enclenché! Evacuation générale de tout le personnel de l'UNSC!

Bien entendu, la cabine était au fond, sans doute bloquée par les geths. De toute façon, Nihlus n'avait pas prévu de l'utiliser. Cela aurait attiré trop d'attention sur lui.

Il déploya, de son armure, un long câble, qu'il accrocha solidement à une poutre d'acier soutenant la structure. Il se laissa alors tomber, son armure déroulant automatiquement le câble, à une vitesse qu'il avait laissé au bon soin d'une des nombreuses Intelligences Virtuelles la faisant fonctionner.

Il fut alors bloqué, dans sa descente, par la cabine. Il chercha quelques secondes, avant de faire sauter la trappe d'accès. Il glissa prudemment à l'intérieur de la cabine, qui avait été laissée ouverte sur ce qui ressemblait, fortement, à un poste de sécurité. À l'intérieur, d'autres soldats humains, morts, gisaient aux pieds d'un de ses congénères, bien vivant. Nihlus le braqua immédiatement. Il ne devait y avoir qu'un seul turien sur cette planète. Qui qu'il soit, il n'avait aucune raison d'être là.

L'inconnu se retourna, révélant un visage lourdement cybernétisé, que le spectre mis quelques secondes à reconnaître.

-Saren? S'exclama-t-il en baissant son arme.

Saren Arterius. Un camarade spectre, un ami et un mentor, qui gratifia son ancien protégé d'un bref signe de tête.

-Nihlus...

-Ce n'est pas ta mission, Saren, qu'est-ce que tu fais là?

Le turien cybernétisé s'approcha, posant une main bienveillante sur l'épaule de Nihlus, lançant un regard vers la cage d'ascenseur.

-Le conseil pensait que tu aurais besoin d'aide, pour une fois.

Nihlus s'autorisa à souffler un instant. Oui, c'était logique. Aussi compétent les spectres puissent-être, il y avait des limites à ce qu'il pouvait faire, surtout face aux humains. Vu ce qu'il était censé récupérer, des renforts n'étaient pas de trop. Et puis...

-Je ne m'attendais pas à trouver des geths ici. Commenta Nihlus. On est vraiment dans un beau merdier.

Saren déplia lentement son arme de poing, faisant passer le canon du pistolet derrière la barrière cinétique de son camarade.

-Ne t'inquiète pas. Je m'occupe de tout.

Et il pressa les détente.

Un pélican fonçait dans le ciel d'Eden Prime. Le Longest day les avait largué aussi près de possible, leur laissant le soin d'effectuer l'entrée atmosphérique. Sanglée dans son siège, Ruby n'en menait pas large. L'appareil tremblait de tout les côtés, menaçant de se disloquer à la moindre manœuvre hasardeuse.

Les ODST d'Alenko, eux, affichaient un masque d'impassibilité. Ce qui n'était pas spécialement compliqué, quand on portait un casque intégral à visière polarisée. Fort heureusement, Ruby disposait d'un casque similaire, lui permettant de cacher son visage et son inconfort.

-Vous vous souvenez de ce qu'on a dit sur les jump-jet, commandant? Lança Alenko.

Elle hocha la tête.

-Ralentir la chute en me mettant à plat, puis présenter le cul vers le bas, avant de déclencher les réacteurs.

Alenko hocha la tête, satisfait. Elle était peut-être la plus gradée, mais, sur cette partie de l'opération, c'était lui le patron. Et il était vital qu'elle fasse exactement ce qu'il lui disait de faire. Sinon, elle finirait à l'état de flaque rougeâtre, quelque part dans la jungle.

-Et surtout, pensez à replier vos pieds et à surveiller l'altimètre. Laissez vos communications ouvertes. Signalez le moindre problème. Tout devrait bien se passer.

Le voix du pilote crépita sur le réseaux radio interne du pélican.

-On arrive à 50km! Nos gars ont toujours pas récupéré le ciel. Il va falloir sauter!

Ruby peina à appuyer sur le bouton pour répondre.

-Bien reçu. Procédez lieutenant!

Dehors, les flammes de l'entrée atmosphérique s'étaient éteinte. L'appareil s'était stabilisé. Le mécanicien débarqua dans la soute et se sangla à l'un des câbles courant au plafond.

-Tout le monde en position! Vérifiez vos jump-jet!

Presque à l'unisson, les ODST se levèrent, formant deux lignes. Ceux de derrière vérifièrent alors l'équipement de leurs camarade de devant, s'assurant que l'appareil était bien opérationnel, ainsi que correctement sanglé.

Puis, chacun, de l'arrière vers l'avant, dans un ordre bien précis, annonça que celui qu'il avait vérifié était paré à sauter. Lorsque le sergent derrière elle lança une grande claque sur son épaule, avant de gueuler qu'elle était prête, Ruby sursauta légèrement, avant de regarder le mécanicien, qui hocha la tête, avant d'ouvrir la soute.

Sans les bottes magnétiques et les sangles qui les retenaient aux câbles de sécurité, tout le monde aurait été aspiré dans le ciel d'Eden Prime.

-45Km. Annonça le pilote.

La loupiote, à côté de la rampe, passa du rouge au vert. Le mécanicien leva le pouce.

Sous son casque, les lèvres d'Alenko s'étirèrent pour former un large sourire.

-Comment est-ce qu'on descend?

-Les pieds devant! Hurlèrent les ODST d'une seule voix.

Les sauteurs de l'enfer. C'était comme ça qu'on les surnommait. Des marines complètement fous, qui, pour quelques centaines de crédits en plus par mois, acceptaient de sauter depuis l'orbite, dans une cercueil en titane, pour débarquer avec perte et fracas sur leurs objectifs. Et même si, aujourd'hui, ils étaient privés de pods d'insertion orbitale, il n'en restaient pas moins des paras.

-Go! Go! Go!

Ruby cessa de réfléchir. Elle mis un pied devant l'autre, répétant l'opération, jusqu'à qu'il n'y ait plus rien en dessous.

La sensation fut d'abord terrifiante. Elle tombait. Elle n'avait plus d'appui sur le sol et fonçait droit vers une mort certaine. Mais, très vite, la peur fut remplacée par l'euphorie. Pendant un court moment, la gravité n'existait plus. Eden Prime n'existait plus. La mission n'existait plus. Il n'y avait plus qu'elle, le ciel et le vent, frappant frénétiquement son casque et son uniforme. Grisée par la chute, elle se laissa aller à un fou-rire incontrôlé.

-Pas mal madame! Lança Alenko.

Vaincre la peur du vide, afin de l'embrasser. Tel était l'état d'esprit des ODST. Le vertige n'était pas toléré chez eux.

Les ODST manœuvrèrent dans le ciel, essayant d'optimiser leur descente, pour atteindre une clairière, repérée par les senseurs du Longest day, bien avant le saut. C'était un travail de haute précision. Une dizaine d'hommes et de femmes, qui devaient essayer d'atterrir sur un espace d'une centaine de mètres carré.

Il ne fallait pas allumer les réacteurs trop tôt, sous peine de brûler tout le carburant et de reprendre ensuite de la vitesse, ni trop tard, sous peine d'avoir trop d'inertie pour pouvoir ralentir. Fort heureusement, l'altimètre était là pour ça, couplé à un sympathique programme, qui fit briller l'ATH de Ruby en vert. Elle bascula aussitôt ses fesses vers le sol, avant d'allumer les réacteurs. Le choc du ralentissement soudain lui coupa le souffle, mais la chaleur des flammes la rappela à l'ordre. Elle replia légèrement ses jambes, pour ne pas se briser les rotules à l'impact.

À environ deux mètres du sol, elle coupa le jump-jet et se laissa rouler sur le côté, répartissant le choc de la chute dans tout son corps, pour éviter de se blesser. Elle attrapa aussitôt sa gaine d'armement, pour en tirer un pistolet-mitrailleur M7, qu'elle chambra et pointa en direction des bois. Derrière elle, le lieutenant Alenko fit un atterrissage tout en douceur, parvenant même à rester debout, avant de poser un genoux à terre, non loin d'elle, pointant son propre fusil, un BR-55, vers les bois.

-Pas mal pour un calamar. Lança discrètement le lieutenant.

Elle leva les yeux au ciel, ne pouvant toutefois s'empêcher de réprimer un petit sourire.

Le reste des ODST atterrirent à leur tour, se posant avec plus ou moins de grâce. Alenko vérifia que tout le monde était présent, puis ils se débarrassèrent des jump-jet, devenus plus encombrant qu'autre chose, avant de se mettre en route.

C'est une caporale assez petite, armée d'un fusil à pompe M90, qui prit la tête de la colonne, tandis qu'un sergent équipé d'un BR-55 fermait la marche. Ils suivirent les indications de leur ATH, qui avait enregistré la position de la base de l'ONI et, à présent, leur donnait une direction générale à suivre.

Cela, toutefois, ne prenait pas en compte les multiples obstacles, raison pour laquelle un itinéraire avait été établit à l'avance, lui aussi affiché sur l'ATH. Au bout de quelques minutes, la colonne se figea. Des sortes de créature venaient de surgir de derrière un rocher. Elles ressemblaient vaguement à des montgolfières organiques.

-Des poches de gaz. Commenta le première classe Jenkins. C'est pas méchant, mais si on leur tire dessus, ça risque de nous péter au nez.

La caporale Duriand écarta prudemment le canon de son M90 des poches de gaz. Le sniper de l'équipe, un vice-caporal répondant au nom de Barrieaud ricana.

-T'aimes les animaux le bleu?

-Ma sœur travaille ici. Répondit Jenkins.

Le silence retomba. Le vice caporal Labreaux, le spécialiste en arme lourde, envoya un coup de coude dans les côtes du sniper, tandis que le médecin, le chef Lefranc, tapota amicalement l'épaule du bleu.

Tous avaient été briefés sur l'attaque. L'ennemi ne semblait pas s'embarrasser de la distinction entre civil et militaire. Les centres urbains avaient été durement bombardés pendant les premières heures de l'attaque. Le calcul était facile.

-En route. Ordonna calmement Alenko.

Ils poursuivirent leur progression, arrivant alors sur un large découvert.

Alenko fit immédiatement placer Labreaux et son MA5B en appui. Ce fusil d'assaut était une antiquité, qu'on avait remplacé à partir de 2552 par le BR55, qui était bien plus précis et légers. Toutefois, le chargeur de 60 coups du MA5B en faisait un outil assez intéressant pour qu'on puisse considérer son usage en tant que fusil-mitrailleur chez les ODST. Après tout, c'était toujours moins encombrant qu'une M247.

Ensuite, il plaça son sniper, équipé d'un DMR, un peu plus loin, dans le même esprit. Appuyer la progression de ceux qu'il enverrait traverser. Une fois tout le monde en place, il désigna Duriand et Jenkins, pour progresser.

Les deux marines s'avancèrent rapidement, ne tenant pas spécialement à s'éterniser là où on pourrait les abattre. C'est justement à ce moment là que surgirent deux sortes de drones. Des machines qui flottaient dans les airs et qui était un peu plus métalliques et armées que les poches de gaz.

Une rafale de Labreaux s'écrasa sur les barrières cinétiques d'une des deux, les surchargeant rapidement. Barrieaux n'eut alors qu'à tirer qu'une fois, pour transpercer de part en part le drone, qu'il s'écrasa aussitôt sur le sol, tel un jouet qu'on aurait laissé tomber.

Le second drone, lui, réussit à avoir un angle sur Duriand et Jenkins. La caporale, toutefois, fut assez réactive pour envoyer une volée de grenaille. Un tel nombre de plomb s'écrasèrent sur la barrière qu'elle fut immédiatement surchargée, permettant au sniper de finir le travail sans trop de difficulté.

-Tout le monde va bien?

Jenkins leva le pouce en l'air.

-Le bleu, appuie un de ces bidules. Ordonna le lieutenant. On va regarder ça de plus prêt.

Alenko fit alors signe à Ruby de le suivre. Les deux officiers s'approchèrent de la carcasse. Jenkins reporta son tir une fois qu'ils furent assez près.

C'était clairement un drone. Rien que Ruby ou Alenko ne connaissent. Ruby utilisa la caméra sur son casque pour photographier la machine sous différents angles. Les gars de la cellule renseignement du Longest day allaient s'amuser pendant des jours avec ça!

Des tirs retentirent au loin. D'abord des bruits qui ressemblaient vaguement à des armes à effets cosmodésique, puis, ensuite, le son caractéristique d'une rafale de BR55.

-On bouge! Coquelet, appuie nous. Futée, devant!

Le sniper se posta derrière un rocher et braqua son arme sur la colline d'où venaient les drones. Duriand reprit la tête, après avoir actionné la pompe de son fusil.

Une fois en haut de la colline, ils virent alors une marine régulière, poursuivie par un autre de ces drones, ainsi que deux machines vaguement humanoïde, blanche, avec des sortes de lampes torches à la place de la tête.

La marine trébucha sur un cailloux, tombant sur le sol, roulant immédiatement sur son dos, dégainant son arme de poing, qu'elle utilisa contre le drone. En vain. Le calibre était trop petit et la cadence trop lente pour surcharger la barrière cinétique de la machine.

-Javert!

-Tout de suite patron!

Un ODST armé d'un fusil à plasma se mit immédiatement en position, visant le drone, avant de presser la détente. Une décharge de plasma frappa la machine de plein fouet, grillant ses projecteurs de boucliers, puis faisant fondre son blindage et ses circuits. Le drone tomba au sol, encore fumant, les deux robots, eux, se détournèrent de la marine, pour se focaliser sur les ODST en haut de la crête.

-Feu à volonté!

Un déluge de balles et de plasma s'abattit sur les malheureuses machines. Malgré leur boucliers avancés, elles ne pouvaient rien faire, la puissance de feu des humains les dépassant bien trop. En quelques secondes, tout était finit. Alenko établit un périmètre, tandis que Ruby et le Doc, allaient à la rencontre de la marine.

Celle-ci, se mis immédiatement au garde à vous, mais ne gratifia pas Ruby du salut réglementaire. En zone de combat, ça relevait du bon sens.

-Sergente-artilleur Williams, 212e bataillon, deuxième compagnie, premier peloton. Mes respects commandant.

Ruby hocha la tête, le Doc commença à s'affairer autour de Williams, s'assurant qu'elle allait bien.

-Vous êtes blessées Williams?

Elle secoua la tête.

-Rien de sérieux, madame. Mes gars n'ont pas été si chanceux.

Son regard sembla se voiler un instant.

-On devait rejoindre la base de l'ONI. Mais notre convoi a été bombardé. J'ai pris les survivants pour compléter la mission, mais on est tombé dans un embuscade, il y a une demi-heure. Les communications ont été brouillés et on a été séparé pendant les combats. Je...

Elle se pinça l'arrête du nez, avant d'essuyer un peu de sueur sur son visage.

-Je crois que je suis la dernière encore en vie...

Ruby posa une main ferme sur son épaule. Elle savait ce qu'elle ressentait, dans une certaine mesure. Mais aucune d'elle n'avait le luxe de se laisser abattre, pour le moment.

-C'est pas votre faute, Williams.

Elle marqua une bref moment, pour la laisser se remettre, avant de retourner aux affaires.

-Qu'est-ce qui vous a attaqué?

Williams pointa les carcasses fumantes des drones et des robots.

-Ça... et des modèles plus gros aussi, avec de l'armement lourd. Si quelqu'un sait qui ils sont et pourquoi ils sont là, on n'a pas jugé utile de m'en informer.

Et il y avait peu de chance que qui que ce soit, sur cette planète, connaisse la nature de ces mystérieuses machines.

-Est-ce vous pouvez nous conduire sur le site de l'ONI? Demanda Ruby.

Williams hocha la tête.

-Ouais. Je... je devrais pouvoir faire ça, commandant.

Elle prit une profonde inspiration.

-J'ai un compte à régler avec ces boites de conserve.

Ils trouvèrent un trou béant dans le portail blindé en titane de la base. Plaqués de chaque côtés de l'ouverture, les ODST attendirent le signal d'Alenko, avant de bondir, deux par deux, à l'intérieur. Ils découvrirent alors le garage sans dessus-dessous, les gardes massacrés, les véhicules détruits, l'essentiel des équipements de sécurité en miette.

Un carnage. La cour intérieure, n'était pas mieux logée. Ruby y découvrit le même spectacle que dans le garage. Il y avait fort à parier que toute la base soit comme ça.

-Toujours aucune réponse? Demanda-t-elle à Alenko.

-Si quelqu'un est encore en vie, soit il ne peut pas, soit il ne veux pas.

-C'est étrange, on a pas croisé une seule de ces machines... commenta Williams.

-Tant mieux... lâcha Ruby.

Elle ne tenait pas spécialement à en affronter plus que nécessaire. Même si elle aurait adoré les chasser personnellement d'Eden-Prime, ces créatures restaient coriaces et croiser le fer avec eux compliquait la mission.

D'après le briefing, sa cible se trouvait dans la section souterraine Bravo-14. Elle suivit les plans qu'on lui avait fournit, guidant les ODST et la sergente-artilleur Williams dans la salle de chargement, où le même constat, tristement familier, s'imposa.

-Alerte. Alerte. Intrus dans la section Bravo-14. Sécurité compromise. Sécurité compromise. Protocole Cole enclenché! Évacuation générale de tout le personnel de l'UNSC!

Ruby soupira. Au moins, elle n'avait pas à s'occuper de ça. Visiblement, l'IA s'en était déjà chargée.

Ses yeux se posèrent alors sur la cage d'ascenseur. Section Bravo-14. C'était là où elle devait récupérer le colis. Elle commença à se demander si l'objectif de l'ennemi n'était pas le même que le sien.

-Il faut descendre. Lança-t-elle aux autres.

Le sergent Nero s'approcha du rebord, se retrouvant face au vide. Il inspecta quelques secondes la cage d'ascenseur, avant d'appuyer sur le bouton. Aucune réponse. Il soupira, enlever son sac, pour le poser à ses pieds, avant d'y piocher plusieurs longues cordes.

-Futée, Mitraille. Attachez ça là bas.

Il pointa une poutre, à proximité. Duriand et Labreaux, respectivement, les récupérèrent et partirent les attacher. Coquelet pointa alors une autre poutre, sur laquelle se trouvait une corde déjà installée.

-On pourrait prendre celle là aussi sergent?

Nero secoua la tête. C'était sa règle: ne jamais prendre une longe qui n'était pas la sienne. On ne savait jamais qui l'avait installée, pourquoi et comment.

Quelques minutes plus tard, Nero avait distribué et accroché des huit sur tout le monde. Il s'assura que tout le monde les ait bien placé sur la corde, avant de les faire descendre trois par trois, un sur chaque longe. Futée, Jenkins et Javert furent les premiers en bas. Ils découvrirent la cabine de l'ascenseur, trappe d'accès ouverte. Visiblement, celui qui avait installé l'autre corde était déjà passé par là. Futée se laissa tomber au fond de la cabine, roulant immédiatement sur le côté, avant de pointer son arme droit vers le poste de sécurité devant elle.

C'est là que la caporale remarqua un cadavre qui tranchait singulièrement avec le reste. De sa position, elle était incapable de l'identifier clairement, mais, en tout cas, la forme globale laissait clairement penser que ça n'était pas humain.

-Clair! J'ai quelque chose ici!

Quelques minutes plus tard, l'équipe avait sécurisé les lieux. Futée et Jenkins couvraient le reste du couloir, tandis que Ruby et Alenko s'approchaient du cadavre.

Le commandant s'agenouilla. La créature ressemblait à un élite, mais son torse était bien plus large, ressemblant vaguement à un mug. Elle portait une armure intégrale, un casque masquant sa tête, que Ruby soupçonnait fortement d'arborer une bouche normale, complétée d'une paire de mandibule sur les joues, ainsi que de protubérances sur le crane. Un turien, à n'en pas douter.

Le lieutenant Alenko grogna. Les turiens. Il avait reconnu la créature presque à l'instant où il était entré. Il y a quatre ans, quand l'humanité avait affronté les forces de la Citadelle, sur Shanxi, c'était des turien qu'il a avait affronté. Disciplinés et lourdement équipés. Leurs boucliers, à eux seuls, étaient un véritable casse-tête pour les fantassins de l'UNSC, demandant une importante concentration de feu.

C'était du tout cuit. On avait détecté de l'élément zéro chez l'ennemi, les technologies étaient similaires et, maintenant, ils avaient un turien mort. La Citadelle était forcément derrière tout ça!

-Au moins on a pu en avoir un... grogna-t-il.

Son regard se posa sur les quelques cadavres des agents de l'ONI. Celui qui l'avait eu était probablement déjà mort.

Ruby examina l'unique blessure visible sur le turien. Un tir, à la base du crane, qui était ressortit de l'autre côté, laissant deux petits trous à peine plus gros qu'une épingle à nourrice, dégoulinant de sang bleu. Elle pouvait même voir des petites traces de brûlure sur le point d'entrée.

Quelque chose clochait. Déjà, ça ne correspondait pas à l'armement de l'UNSC. Il y aurait eu plusieurs impacts. La doctrine de l'UNSC demandait une haute intensité dans le tir, face à ce genre de cible et, dans feu de l'action, personne ne contrôlait exactement sa cadence, surtout après la rupture d'un bouclier énergétique. Par ailleurs, le trou était trop petit. L'armement de l'UNSC était d'un calibre bien plus gros. Elle aurait dû pouvoir passer au moins un doigt par le point d'entrée. Enfin, les traces de brûlures voulaient dire qu'on lui avait tiré dessus à bout portant.

C'était une arme concilienne qu'on avait utilisé. Elle ne voyait pas d'autre possibilité. Il n'y avait qu'eux qui avaient un calibre aussi fin, capable d'un tel pouvoir de destruction. Est-ce qu'un des agents aurait réussit à voler une arme et à l'utiliser contre les turien?

Elle se redressa, observant la pièce. Tout les cadavres humains étaient trop éloignés pour avoir permis un tir à bout portant, et aucun n'avait d'arme concilienne avec lui. Peut-être cet agent avait-il survécu et quitté les lieux? Non... ça ne collait pas. Le turien gisait sur son ventre, comme si il était tombé en avant, après un unique tir. L'agent aurait eu à trouver l'arme, s'approcher sans se faire repérer, réussir à passer outre le bouclier du turien, puis le tuer. C'était trop complexe pour un simple agent de la sécurité de l'ONI, face à un ennemi aux abois.

Peut-être que c'était un autre concilien qui l'avait tué? Non, c'était encore plus ridicule. Quel serait l'intérêt d'exécuter un des leurs et de laisser ici? Quelqu'un s'était donné beaucoup de mal pour ça. Alenko l'interpella.

-Vous avez ce qu'il vous faut?

Elle hocha la tête.

-Il va nous faudra sans doute l'ascenseur, pour...

-Attention! Attention! Explosifs détectés dans la salle du réacteur. Détonation estimée dans cinq minutes. Tout le personnel UNSC doit immédiatement évacuer! Je répète, évacuation immédiate.

Une alarme retentit, annonçant le compte à rebours. Tout le monde se figea, prenant bien le temps d'enregistrer le message et de le décortiquer, pour être sûr d'avoir bien comprit.

Ruby consultât immédiatement les plans de la base. La salle du réacteur se situait au dernier sous-sol. Elle transféra immédiatement à Alenko.

-Sergent! Lança-t-il à Nero. Prenez tout le monde et neutralisez ces explosifs. Le commandant, Jenkins, la reg et moi, on s'occupe du colis.

-Carte blanche, mon lieutenant?

-Carte blanche Nero. Vous avez trois minutes.

Sous son casque, le sous-officier eut un rictus.

-Mitraille! Charges explosives, maintenant!

Les ODST retournèrent dans la cage d'ascenseur, laissant les autres poursuivre.

Jenkins avait prit la tête, suivit par Ruby, puis Williams, Alenko fermant la marche. Derrière eux, ils entendirent une explosion, suivie, quelques secondes plus tard, d'un grand fracas étouffé.

-Qu'est-ce qu'ils foutent? Grogna Williams.

-Ils viennent de couper le câble. Répondit Alenko.

-Comment on va...

-On improvisera.

Ils progressèrent quelques instants dans un mince corridor, sur les côtés, de nombreuses portes, solidement verrouillées, auxquelles personne ne semblait avoir touché. Ou presque. Ils finirent par arriver devant deux panneaux de métal carbonisés et pliés. Du titane, de très haute qualité. L'ONI ne lésinait jamais sur les moyens, quand il s'agissait de protéger ses petits secrets. Ils fallait de sacrés explosifs pour percer ce genre de chambre forte.

Une lumière verte en émanait. Jenkins pénétra le premier, balayant la pièce de son arme, pour se retrouver nez à nez avec une sorte de structure, qui brillait d'un éclat verdâtre. Alenko lui tapota sur l'épaule, avant de l'envoyer surveiller le couloir, avec la sergente-artilleur Williams.

Ruby, elle, s'approcha de la structure. Elle nota que quelqu'un avait eu la présence d'esprit de la mettre sur un diable, pour faciliter le transport.

-On va en chier pour le remonter. Grommela Alenko.

Il ne l'avait pas imaginé aussi gros. Le machin devait bien mesurer quatre ou cinq mètres de haut. Il en regrettait presque d'avoir donné carte blanche à Nero. Presque. Après tout, si le réacteur explosait, sortir le colis serait le cadet de leurs soucis.

Ruby s'avança pour attraper les poignées du diable. Elle se sentit d'un coup très légère. Elle se retrouva suspendue, à quelques centimètres du sol, impuissante. La structure se mis à luire encore plus. Des images commencèrent à couler dans son cerveau. D'abord des flash, incompréhensibles, qui lui arrachèrent un cris de douleur.

-Shepard! Hurla Alenko en tentant de s'approcher.

-Reculez! Ordonna-t-elle.

Rapidement, des images d'amalgames grotesques de chair et d'acier lui montèrent aux yeux. Des cris strident, presque métalliques, attaquèrent ses oreilles. La mort. L'horreur. La destruction.

Alenko, était fou de rage. Il crevait d'envie de l'aider, mais il savait qu'elle avait raison. Le colis lui faisait quelque chose. Si il venait l'aider, il serait certainement la prochaine victime. Il ordonna à Williams et Jenkins de reculer. Ils ne pouvaient rien pour elle.

Les images accélérèrent, les cris devinrent de plus en plus strident, comme si l'artefact perdait patience et tentait, à présent, de les marteler de force dans son crane. La lumière verte devint alors blanche. Alenko et les autres entendaient, à présent, un sifflement émaner de la structure, qui, brusquement, éclata.

Ruby fut projetée de l'autre côté de la chambre forte, dans un nuage de débris, qui martelèrent sa combinaison. La dernière chose qu'elle vit fut Kaiden Alenko, qui se ruait vers elle, sa visière dépolarisée laissant voir un visage paniqué et horrifié.

Donnel Udina pénétra dans son bureau, passablement contrarié. Il passait une semaine rudement difficile: d'abord l'affaire d'Eden Prime, puis le meurtre d'une de ses administrées. Deux problèmes de taille qui venaient s'ajouter à son épineux poste d'ambassadeur de l'humanité sur la Citadelle. Officiellement, sa mission était de maintenir le dialogue avec le Conseil, faire en sorte qu'ils se tiennent à carreau de leur côté de la frontière, sans que l'on en vienne aux armes. Officieusement, il n'était rien de plus qu'un pied dans la porte.

Celui qui exploitait cette faille était vautré dans son propre fauteuil, derrière son bureau, buvant son whisky, une clope à la main. Les deux yeux bioniques de l'amiral Harper se posèrent sur le diplomate, brillant de concert avec le bout rougeoyant du bâton de la mort qui pendait au bout de ses lèvres.

-Faites comme chez vous...

Harper tapota nonchalamment le bout de sa cigarette, laissant tomber les cendres à même le bureau. Un sourire froid s'étira sur ses lèvres.

-Comment avancent nos affaires?

Udina fronça les sourcils, se retenant presque de grogner.

Comment allaient leurs affaires? Mal. Eden Prime était une catastrophe. Le public se souvenait de Shanxi comme d'un triomphe où l'humanité avait réussi à faire plier une nouvelle alliance extra-terrestre arrogante. Dans la réalité, le premier contact avec les conciliens avait bien faillit les briser. Quand les covenants avaient été vaincu, il y a huit ans, de multiples factions en avaient émergé. Beaucoup trop d'entre elles restaient encore hostile à l'UEG... et celui-ci n'avait pas gagné la guerre, il y avait simplement survécu. La plupart de ses mondes n'étaient plus que des cendres vitrifiés, les trois quart de sa population avaient été massacrés et son bras armé, l'UNSC, en était réduit à une poignée de vaisseaux bien dépassés par le reste de la galaxie.

Ils n'arrivaient plus à tenir leur territoire. Chaque jour, les rapports de raids de pirates et de sectes covenantes s'entassaient sur les bureaux de leurs dirigeants. Et chacun de ces rapports était un signe de faiblesse de l'UNSC, un aveu qu'une humanité unie ne pouvait se protéger. Et ça, c'était la porte ouverte aux indépendantistes. Depuis la fin de la guerre, ils n'avaient cessé de monter en puissance, enhardi et motivé par l'incapacité de l'UNSC de suivre la cadence avec le reste de la galaxie.

C'était une mort lente, par milliers de petites coupure, qui attendait l'union de l'humanité. Et Eden Prime était le coup de trop. Comme si les covenants et les rebelles ne suffisaient pas, voilà que les conciliens s'y mettaient. L'UEG voulait frapper fort sur la table, ses éléments les plus belliqueux demandaient même la guerre, pure et simple, contre la Citadelle, qu'on jugeait responsable de l'attaque. Mais tout ceux ayant regardé l'état de la flotte savaient pertinemment que l'humanité n'était pas en capacité d'assumer une telle entreprise.

Udina avait la lourde tâche de sauver la face tout en évitant la guerre. Comment? Des excuses, des réparations, un responsable écartelé en place publique, peu importe. Il lui fallait quelque chose à jeter en pâture à l'opinion publique! Mais le conseil n'entendait pas lui faciliter la tâche. Leur réaction, jusqu'ici, avait été de feindre l'outrage, puis la sympathie, tout en se contentant, en substance, de promptement ignorer ses demandes.

-Ils accusent les geths.

Harper hocha la tête. Il en avait entendu parler. Une race de machine s'étant rebellée contre ses créateurs. Ils étaient la raison pour laquelle les quariens étaient condamnés à l'exil dans le grand noir.

-Plausible. Nos informations semblent concorder avec ce que l'on a retrouvé dans leurs bases de données. Mais cela n'explique toujours pas le turien.

Udina renifla. Comme si il ne leur en avait pas parlé de celui-là!

-Ils ne l'expliquent pas... mais ils nient toute connaissance à son sujet.

Les yeux de Harper se mirent à luire dans la pénombre du bureau.

-Ils vous mentent.

Il claqua des doigts. Un écran s'alluma dans la pièce. La photographie d'un turien mort apparu, à côté d'une autre, du même turien, bien vivant. Udina savait de qui il s'agissait. Il avait eu une copie du rapport de l'attaque. C'était la seule créature organique que l'on avait retrouvé parmi les attaquants.

-Je vous présente Nyhlus Kryik. Spectre.

Udina grogna, son visage s'empourprant, devinant très bien où Harper avait récupéré tout ça.

-Bordel! Jack! On est déjà en pleine tempête de merde diplomatique! Je ne peux pas utiliser ça!

Même si une partie d'Udina aurait adoré forcer la main des trois empaffés du conseil en leur mettant la preuve de leur implication dans l'attaque d'Eden Prime, les dossiers des spectres étaient le secret le mieux gardé de la Citadelle. Le conseil n'était pas idiot. Si quelqu'un parvenait à accéder à des informations aussi sensibles, ce n'était pas un hasard. L'ambassade pouvait fermer dans l'heure et la guerre suivre dans la semaine. Or, c'était précisément qu'Udina cherchait à éviter.

Harper tira une longue bouffée sur sa cigarette, avant de recracher un peu de fumée.

-Détendez vous Donnel. Je ne vous demande rien de la sorte.

Il écrasa sa cigarette sur le bureau.

-La mort de Kryik est suspecte. Tout les rapports le confirment, ce n'est pas un des nôtres qui l'a tué. Une arme concilienne, à bout portant, sous le bouclier. Il connaissait son assassin.

-Ça nous fait une belle jambe!

-Au contraire.

Il jeta le mégot à l'autre bout de la pièce.

-Il y a deux façons de le voir. Eden Prime était effectivement une opération concillienne et Kryik a eu des remords, ce pourquoi on l'a assassiné. Mais je n'y crois pas. Quelqu'un s'est donné beaucoup de mal pour que des geths nous attaquent. Leur territoire est à l'autre bout de la galaxie, Donnel, et ces machines tirent sur tout ce qui approche. Des pirates des systèmes terminus auraient été plus accessibles, mais si ils voulaient des geths, c'était dans un but précis, qui excluait certainement de laisser le cadavre d'un spectre sur place.

Il termina le whisky. Un léger silence plana. Udina arqua un sourcil attendant la suite.

-Et la deuxième?

Harper sourit.

-Nous avons un troisième joueur. Kryik était au mauvais endroit, au mauvais moment, et cette tierce partie à saisi l'opportunité pour brouiller encore plus les pistes.

Udina hocha la tête. Il ne chercha pas à discuter la logique de l'amiral. Il savait très bien que ce n'était pas un jeu qu'il pouvait gagner.

Néanmoins, il y avait un hic de taille dans toute cette histoire.

-Et qu'est-ce que je fais de tout cela?

Un sourire mauvais s'étira sur les lèvres de Harper.

-Pour le moment, rien. Néanmoins, si j'étais vous, je m'intéresserait très fortement à l'homicide du docteur Michel.

Le diplomate cligna des yeux, confus. Qu'est-ce qu'un médecin humain assassinée sur la Citadelle avait avoir avec Eden Prime? Harper leva les yeux au ciel. Udina mis quelques secondes avant de se rappeler que l'amiral avait toujours quatre coups d'avances et en savait bien plus encore.

-Vous savez déjà qui est derrière tout ça, n'est-ce pas?

Un sourire franc se dessina sur le visage de l'amiral. Il gratifia l'ambassadeur d'un bref signe de l'index.

La chair et le métal s'accouplent pour ne faire qu'un, dans une chimère macabre, que chevauche la mort, à travers la galaxie. Des civilisations entières, réduites aux limbes et à l'oubli. Une destruction lente, méthodique, implacable, inévitable.

Ruby ouvrit les yeux. Sa peau était pale, luisante de sueur, ses traits tirés. Sa tête n'était que douleur, une violente migraine perçant sa cervelle au marteau-piqueur.

-Doucement.

Elle cligna des yeux. La lumière était aveuglante, elle lui brûlait presque la rétine. Elle sentait quelque chose vouloir s'échapper de son estomac, mais rien n'en sortait.

Elle tenta de se relever. La douleur lui vrilla un peu plus le crane. Une main se posa sur son épaule.

-Ne forcez pas, Ruby.

Cette voix. Elle la connaissait. Une voix féminine, chaleureuse. Elle n'arrivait pas à se souvenir.

-Elle va s'en remettre?

-Elle a subit un trauma crânien, capitaine... et la perte de connaissance qui a suivit ne s'est pas limité à quelques secondes. Les séquelles pourraient être graves et irréversibles et c'est sans parler de son encéphalogramme...

Son rythme cardiaque s'accéléra. Elle ne comprenait pas la moitié de ce qui venait d'être dit, mais elle savait que c'était mauvais. Elle n'allait bien. Vraiment pas bien. Allait-elle mourir? Allait-elle devenir folle?

Ses nerfs se brisèrent comme des brindilles face à ce flot de pensées. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle voulait protester, hurler, mais aucun son ne sorti de sa bouche, si ce ne fut un gémissement plaintif.

Le docteur Chakwas, médecin chef du Longest day, fut la première à entendre les sanglots du commandant Shepard. Elle se tourna immédiatement vers le capitaine Anderson et le lieutenant Alenko, qui étaient venu lui rendre visite.

-Sortez d'ici, immédiatement.

Elle interpella un infirmier aussitôt derrière et se jeta au chevet de la jeune femme, qui retomba dans les limbes.

Il fallut plusieurs jours avant que Ruby n'arrive à retrouver ses capacités cognitives. Un véritable calvaire où le commandant Ruby Shepard, héroïne de le l'UNSC, n'existait plus, remplacée par une femme méconnaissable, à peine capable de comprendre ce qu'il se passait autour d'elle. Comprendre, manger, se souvenir, parler... autant d'actes élémentaires qui lui fallut réapprendre au fil des jours.

Alenko rendait visite chaque soir. Au début, elle ne comprenait pas qui il était, pourquoi et de quoi il lui parlait. Mais il fut une présence réconfortante et rassurante, mais chaque fois qu'il devait repartir, c'était une torture, car cela signifiait qu'elle devait retourner dans les limbes. Là, elle n'y trouvait que la mort, ne carnage et la désolation. Des visions cryptiques qu'elle ne pouvait comprendre.

Leur régularité et leur précision inquiétait Chakwas. Elle n'avait rien vu de tel. C'était comme si quelque chose avait été imprimé au fer rouge, quelque part dans le subconscient de l'officier. Cela expliquait sans doute son activité cérébrale lors de ses nuits agités, mais le docteur craignait que cela ne dégénère en quelque chose de plus sinistre.

-Vous avez eu beaucoup de chance Shepard, mais ce n'est pas un simple traumatisme crânien que vous avez subit.

Elle lui tendit un tube d'aspirine.

-Cela devrait vous aider à calmer les maux de tête. Mais si cela persiste, appelez moi immédiatement.

Il fallut encore une semaine avant que Ruby ne soit à nouveau déclarée apte au service. qu'elle parvint enfin à quitter l'infirmerie, une ordonnance à rallonge sous la main et des rendez-vous de suivi programmés jusqu'à la fin du mois. Quitter l'atmosphère aseptisée de l'infirmerie fut une libération. L'air conditionné et recyclé du Longest day ne lui avait jamais semblé aussi pur.

-Madame...

Elle se tourna légèrement. Kaiden Alenko l'attendait, adossé contre les parois de la coursive. Son visage, si confiant d'habitude, était quelque peu livide, de grosses cernes pochant sous ses yeux. Une pensée coupable l'assaillie, au souvenir des nuits blanches que le marine avait passé à son chevet.

-Kaiden.

Il hocha la tête, en silence, avant de soupirer.

-Le capitaine veut vous voir. Il a pas mal de choses à vous expliquer.

Ruby pénétra dans le bureau d'Anderson, flanquée d'Alenko. Son mentor avait une mine grave et sérieuse. Elle ne manqua pas de remarquer le verre à whisky, posé sur le rebord du bureau.

-Asseyez vous Shepard.

Il lui désigna un siège, dans lequel elle s'installa. Kaiden, lui, se contenta de rester debout, s'appuyant contre un mur. Un court silence s'installa dans la pièce.

-Commandant, la mission sur Eden Prime fut un échec. Le colis que vous étiez sensée récupérer a été détruit.

-Capitaine...

Il leva un doigt pour l'interrompre.

-Ce n'est pas votre faute Ruby et personne, ici, ne vous en tient rigueur. Ce n'est, par ailleurs, plus à l'ordre du jour.

Il appuya sur un bouton. La silhouette bleutée d'un humain vêtu d'une armure de chevalier du XIe siècle fit son apparition sur le bureau. C'était l'intelligence artificielle du navire, probablement l'élément le plus important du vaisseau. En moins d'une seconde, il était capable de calculer un passage dans le sous-espace, préparer de multiples solutions de tirs et tirer la chasse que le vice-caporal Barrieaud avait oublié après son passage aux latrines.

-Guillaume...

Le chevalier hocha la tête, avant de se tourner vers Ruby. Un hologramme grandeur nature fut projeté au milieu de la pièce. Elle reconnu immédiatement l'une des machines qu'ils avaient combattu sur Eden Prime.

-Ceci est un geth. Expliqua l'IA. Il s'agit d'un vaste réseaux d'intelligences artificielles contrôlant divers drones. À l'origine conçu comme main d'œuvre par les quariens, ils se sont rebellés contre leurs maîtres et occupent à présent une zone de l'espace que les conciliens appellent le voile. Officiellement, ces machines sont responsables de l'attaque d'Eden Prime.

Ruby tiqua.

-Et le turien?

Anderson hocha la tête, satisfait de voir que sa protégée était encore capable de suivre.

-La Citadelle nie le connaître, mais nous savons qu'il s'agit d'un de leurs agents.

Ruby réfléchit. De ce qu'elle avait vu sur le cadavre qu'ils avaient trouvé, rien ne semblait indiquer qu'il soit complice des geths.

-Ils ne sont pas derrière ça.

Anderson arqua brièvement un sourcil. C'était une affirmation, pas une question. Alenko sourit. Il avait été briefé sur le sujet il y a quelques jours. Il avait lu les rapports d'autopsie. Nul doute que Ruby, en quelques minutes d'examen, en était parvenu aux même conclusion préliminaires.

-En effet. L'ONI estime que ce « spectre » s'est retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

-Qu'est-ce qu'il faisait là?

-Il venait chercher notre colis. Répondit Alenko.

Anderso acquiesça, avant de se tourner vers Ruby.

-Shepard, êtes vous familière de la méthode de transport PRL des conciliens ?

Elle arqua un sourcil.

-Le réseau cosmodésique?

Qu'est-ce qu'une espèce de balise explosive avait à voir avec de gigantesques accélérateur de matière?

-Oui, mais plus précisément, ses origines?

Elle haussa les épaules. La plupart des informations à ce sujet étaient encore classifiées au delà de son niveau d'habilitation.

-Une antique civilisation les aurait laissé là, un peu comme l'arche de 2552.

Guillaume s'éclaircit la gorge.

-Il s'agit des prothéens, commandant. Du moins, en ce qui concerne les relais cosmodésiques. Les conciliens pensent qu'il s'agissait d'un très vaste empire, ayant disparu plusieurs millénaires avant notre ère. Leurs vestiges seraient à l'origine de la très grande uniformité technologique que nous avons observé de leur côté de la frontière. La Citadelle aurait même été construite par eux.

-Le colis était une de leurs machine. Coupa Alenko.

Ruby comprenait mieux à présent. Les relais cosmodésiques avaient constitué l'une des découvertes majeurs de la précédente décennie et cela devait encore pire pour la Citadelle. Les artefacts prothéens étaient des objets d'une immense valeur culturelle et scientifique. Nul doute que dès que la Citadelle avait eu vent de l'existence du colis, ils avaient dépêché quelqu'un pour surveiller la situation.

-Mauvais endroit, mauvais moment...

Anderson hocha la tête.

Une carte de la galaxie, en trois dimension, fit son apparition au milieu de la pièce. Courtoisie de Guillaume, qui progressait dans son briefing.

-Nos sondes en territoire conciliens ont rapporté la présence d'activité geth dans cette zone.

L'endroit en question se mis à clignoter en rouge, pour illustrer le propos de l'IA. Anderson prit le relais.

-L'ONI nous a réaffecté. Nous devons enquêter sur toute activité geth, afin de comprendre les raisons de l'attaque et identifier les responsables.

Une mission de reconnaissance longue, au plus profond du territoire des conciliens, coupés de leurs lignes habituelles. Le genre de mission pour laquelle on avait conçu le Longest day.