« A vrai dire, Ziva, elle en a fait une. Juste dans le genou, j'ai retrouvé un minuscule trou. Une aiguille, qui a injecté un produit que j'ai retrouvé sur les bords du trou. C'est un produit qui est filtré par cerveau, ce qui le rend indétectable dans le sang au bout de douze heures, et au bout de treize heures, il y a un affaiblissement général et une impossibilité de coordination des mouvements. Donc, l'agresseur n'a pas eu de mal à lui asséner quelques coups et à le mettre à genoux pour l'étrangler. Car, tout compte fait, c'est bien la strangulation et non pas la coupure du couteau suisse la cause du décès. La femme de la victime peut très bien être le meurtrier, comme n'importe qui.

-Non, pas n'importe qui .

-Qu'est ce que tu as, Abby ?

-Sur le couteau que tu m'as donné, il n'y a que les empreintes de Malachi.

-Je le savais !

-Attend une seconde, Ziva ! C'est son couteau, c'est normal qu'il y ait ses empreintes. Mais je pense que Malachi n'est pas du genre à utiliser du gel pour cheveux pour cheveux blonds « senteur muguet ».

-Blond ?

-Oui, c'est un gel avec un tout petit peu de …

-Abby .

-Si Malachi s'en mettait, il aurait des cheveux d'une couleur indéfinissable, entre le blond et le brun.

-La mère aussi est brune. En revanche, le gamin, lui... »

Tout le monde part. Je reste, et je retourne en salle d'interrogatoire. Malachi tourne la tête.

« Tu peux partir.

-Tu as vraiment cru que je l'avais tué ?

-Oui. »

Il rit, l'air mauvais.

« Tu as oublié quelque chose, Ziva. Je ne suis pas toi . Je ne tue pas pour mes sentiments.

-Je n'ai jamais...

-Non. Mais tu serais prête à le faire.

-Vraiment ? Tu me connais mal, Malachi. Je ne tuerais pas une femme pour pouvoir avoir son mari pour moi.

-Je sais. Mais tu serais capable de tuer si , l'homme que tu aimes, était en danger, Ziva.

-Si n'importe qui de mon entourage était en danger, je tuerais. Tout comme toi. Tu as déjà tué pour me sauver, et inversement.

-D'accord. Mais imagine que...

-Malachi. Je suis toujours la même.

-Non. Maintenant, tu es américaine. »

Américaine. Dans sa bouche, c'est presque une insulte.

« Tu as un problème avec ça ?

-Si j'ai un problème avec le fait que mon ancienne coéquipière ait fui et se soit installée aux états-unis ? Si j'ai un problème avec le fait que celle qui m'a sauvé la peau maintes et maintes fois ait maintenant un *mot pas très positif en hébreux* qui lui serve de coéquipier ? Oui, j'ai un problème avec ça, Ziva. Tu es l'une des seules à qui j'ai fait confiance, et toi tu te barre à l'autre bout du monde. »

Ah. De mieux en mieux . Il est jaloux de Tony. Il me considère comme une traîtresse et une fuyante. Ou est-ce fuyeuse ? Fugueuse ? Bref. Fu-quelque-chose. Mais surtout, il est jaloux de Tony. Il fait toujours ça : pour qu'on fasse moins attention à une information, il en donne trois d'un coup et il place celle qu'il veut atténuer au milieu.

« Je n'ai pas fui. On m'a donné une mission , et je me suis plu ici.

-Tu as fui .

-Non ! Je...

-Admettons. Et pour ma confiance ?

-Tu aurais voulu que je fasse quoi ? Que je reste en Israël, au milieu des bombes, des cadavres et des fantômes pour toi ?

-Tu reste bien ici pour lui. »

Nous y voilà. Tony. Arg. Pourquoi il se complique la vie ? Je sais qu'il me considérait comme sa meilleure amie. Il devrait vouloir mon bonheur ! Quoi que, si Tony m'annonçait qu'il allait à Rota parce qu'ici il y a son père et qu'il ne veut plus le voir, je risquerais de le prendre assez mal .

«Je ne reste pas ici uniquement pour lui.

-Mais il est une des raisons.

-Oui. »

Il me fixe lourdement.

« Qu'est ce que tu veux que je te dise, Malachi ? Que non, je ne peux définitivement pas le voir en peinture ? Je suis désolée, mais il fait partie de ma vie. Pas comme tu t'obstines à croire, mais il est mon partenaire, mon coéquipier, mon ami.

-Ziva, tu ne t'es jamais comportée comme ça avec moi.

-Comme quoi, à la fin ? Qu'est ce que je fais avec lui qui te perturbe autant ?

-Tu te confies à lui.

-Je le faisais avec toi aussi !

-Pas autant. Et vous avez un truc, un regard. Quand il bouge, tu bouge. Vous vous frôlez constamment, il vient chez toi.

-Tu...

-Ziva, je te surveille depuis six mois . Et je ne venais pas si souvent que lui.

-TU QUOI ?

-Ne fais pas comme si tu n'étais pas au courant. Tu t'es retournée, tu a vu mon reflet dans une vitrine plus d'une fois. Tu as fouillé ton appartement plus d'une fois, pour chercher une caméra. Tu avais tout le temps l'impression d'être suivie, surveillée. Tu le savais. Et ne t'en prends pas à moi. Je fais ce qu'on m'a dit de faire.

-Ce que mon père t'a dit de faire. »

Il baisse la tête. Je n'y crois pas ! Je le fixe quelques secondes, puis je m'en vais en claquant la porte.

« Tu peux partir. »

J'ai besoin d'être seule. Je vais dans l'observatoire. Je m'assoie par terre, je relève mes jambes et mets ma tête entre mes genoux.

« Ziva ? »

Tony.

« Alors t'es là. Je te cherche partout depuis deux heures.

-Deux heures ? Mais, ça fait à peine cinq minutes que je suis là. »

Il sourit, s'assoit à côté de moi et replace une mèche de mes cheveux.

« C'était quand la dernière fois que tu as dormi ? »

Je me suis endormie ? De mieux en mieux. Je me mords la lèvre, ce qui ne fait qu'agrandir son sourire.

« Pourquoi tu ne m'as pas appelé ?

-Je l'ai fait. »

Je vérifie. Trois appels manqués de DiNozzo, un texto et un message vocal. Portable en silencieux. Ah.

« C'est en silencieux. »

Il se relève.

« Viens. »

Je me relève.

« On fait quoi maintenant?

-Malachi et Liat restent au NCIS encore toute la journée et repartent en Israël. »

Allégresse, quand tu nous tiens. Grognant entre mes dents, je m'installe donc assise à mon bureau, en face du sien. Les deux larbins de mon père font les cent pas appréhendant la réaction qu'il aura quand ils seront rentrés et qu'ils leur auront annoncé qu'ils s'étaient fait repérés.

Je souris à cette pensée, ah, ça , ils allaient se prendre une de ces beuglantes.

Malachi m'attire dehors.

« Ziva, je...

-Ne jamais s'excuser, c'est un signe de faiblesse. Mais j'ai compris. Tu restes important à mes yeux, Malachi. »

Il m'embrasse sur le front.

« Pour me faire pardonner, ce soir je te paie un verre.

-Eh bien, ce soir, je devais passer chez Tony mais il comprendra. »

Il me sourit . Je remonte à mon bureau. Tiens, Tony n'est pas là. Sûrement au distributeur de bonbons. Je vais aux toilettes, et je croise Liat qui en sort. Elle est décoiffée et finit de se rhabiller elle doit avoir fait son baptême avec un américain. Ou une américaine, on ne sait jamais. Je pousse la porte, et là, en plein milieu de l'allée, je vois Tony, finissant de boutonner sa chemise.