Pendant une journée, tout un tas de choses pouvait se passer.
Un jeune homme pouvait fuir ses démons en se réfugiant dans l'alcool et les femmes, deux filles pouvaient passer du temps ensemble après avoir bien travaillé pendant le matin, trois amis pouvaient célébrer un événement qui avait failli être gâché par l'arrivée impromptue de visiteurs indésirables, l'un d'entre eux pouvait même se voir rappeler qu'il vivait dans l'ombre de son frère, enfin, un duo de criminels pouvait ignorer être passés à côté du pouvoir de mettre le monde à leurs pieds...
Ténèbres et lumières entamaient leur combat, pendant que tous ces événements se préparaient, quelques semaines avant cette fin de semaine, sous la lumière de la lune, une créature de l'ombre qui observait un étrange animal déclamait les paroles d'une chanson écrite par son bien-aimé, essayant tant bien que mal de marier l'expression théâtrale d'un récit à la musicalité d'un chant. Dans cette forêt tropicale, l'entité de l'obscurité venait d'assister un spectacle qui même pour quelqu'un de son essence n'était pas banal: l'animal venait de remplacer un serpent géant. Elle avait bien compris que la couleuvre titanesque n'était qu'un mirage!
«Ah nous ne sommes que votre souhait,
Indécents mortels, voyez qu'il est exaucé !
Non, vous attisez néanmoins le désir,
C'est sans doute parce qu'il est plaisir!»
Étrange... Perdu. La personne qui écoutait le poème essayait de faire le point, de remettre ses idées en place. Il savait qui il était et ce qu'il était. Un frisson foudroya l'esprit toujours sonné instantanément, l'animal de rendit compte de l'esprit assis sur une branche d'arbre, la créature de l'ombre se présenta :
- Salut, Ninki-Nanka, moi, c'est Mare!
Tout d'abord, le cryptide renonça à sa forme humaine, pendant sa métamorphose, son pouvoir personnel se chargeait de l'entité ténébreuse. Une rafale verte sortit du sol. Ce long tentacule aurait pu broyer la mystérieuse ombre, aidée par de nombreuses ronces et lianes, malheureusement un éclair noir réduisit la verdure offensive en cendres. L'index encore fumant de Mare se dirigea vers son agressif interlocuteur. Il lui conseilla de ne pas la chercher, lui rappelant qu'il avait faim.
Juste avait visé l'entité des ombres, pendant qu'il traversait la forêt tropicale, elle ne savait pas comment annoncer à l'homme-serpent que sa forêt avait grandement diminué et que le Mali avait bien changé depuis sa mort. D'ailleurs, Ninki-Nanka ne semblait pas plus perdu, ne se rendait-il pas compte qu'il revenait de loin? Ne sentait-il pas de venin sur son visage ?
Un peu engourdi, l'animal cherchait des odeurs. Il se rendait compte qu'une puanteur se répandait. Il écarquilla les yeux en découvrant la silhouette blanche ailée qui parcourait le ciel. Mare ne savait pas par où commencer. Le monde avait changé, les mortels le gouvernaient.
S'en remettant au croque-mitaine, l'homme-animal traversa les arbres et les herbes. Qu'était-il arrivé à sa forêt ?
Trop faim pour se servir de son cerveau... Il lui fallait de la viande, une fois repu, l'homme-serpent pourrait réfléchir et écouter l'entité élémentaire qui le poursuivait.
Évitant les immondes effluves de l'inconnu, Ninki-Nanka finit par sentir quelques fragrances d'origine humaine. Il se cacha derrière les fourrés et put observer la clairière.
Un rectangle lumineux portatif ? L'homme-animal ne comprenait pas ce qu'il voyait, un guide local montait un campement avec quelques touristes. Les vêtements de ces mortels étaient plutôt sophistiqués, la dernière fois qu'il avait vu des Européens, ils n'arboraient pas de telles étoffes.
Ne sachant pas qu'ils étaient en danger, les campeurs étaient réunis autour d'une grosse boîte métallique pourvue de roues à la fois flexibles et rigides.
Étirant ses bras, l'entité spirituelle de la nuit réfléchit à tout ce que son nouvel ami devait apprendre. Mare aurait bien voulu expliquer le concept de "mobile-home" à son compagnon de route, mais préférait qu'il se concentre sur la surprise qu'il allait avoir. Ninki-Nanka ne parlait pas la langue des touristes, il se concentrait surtout sur une adolescente et son petit ami.
Aguiché par un besoin hormonal, le couple prétexta aller chercher du bois, l'homme-serpent et l'ombre magique savaient très bien ce que les deux touristes comptaient faire une fois éloignés de leurs amis.
Roi de la végétation, Ninki-Nanka concentra ses pensées autour de lui.
Ne rencontrant aucune difficulté pour dresser la flore de la forêt, il s'arma.
Assez rapidement, le furtif homme-animal se saisit se l'opportunité, reprenant son apparence ophidienne, sortant ses cornes et ses griffes, la bête glissa jusqu'aux deux amoureux qui s'embrassaient, ouvrant sa gueule béante, Ninki-Nanka aurait pu en finir d'un seul coup de crocs quand il réalisa qu'il n'arrivait pas à les mordre...
Quel était ce maléfice ? Le couple s'enfuit en hurlant.
Un ricanement diabolique échappa à l'esprit qui s'était allongé sur la branche d'un arbre:
- Et oui... C'est triste, mais c'est comme ça! Nous ne pouvons pas nous en prendre aux innocents. Tu ne tarderas pas à comprendre pourquoi. Enfin, suis-moi jusqu'à la ville, Ninki-Nanka, je connais un bon restau! jubila Mare.
La plus profonde déception emplit l'homme-animal. L'entité obscure jouait avec son appétit.
Elle était diabolique avec Ninki-Nanka. Il accepta donc de suivre l'entité qui traversait les airs.
Prudemment, l'ombre volante mena son nouvel ami jusqu'à un hôtel privé situé à la lisière de la forêt, en bordure d'une ville.
Eh! C'étaient quoi, ces bruits? Ninki-Nanka ne les avait jamais entendus ! Combien de temps était-il passé entre le dernier souvenir de Ninki-Nanka et cette nuit?
Maisons de pierre et panneaux de métal envahissaient la terre et le sable. Comment le Mali avait-il pu changer à ce point ?
Attisé par quelques odeurs de nourritures inconnues, le besoin primaire du serpent cornu lui indiqua qu'il trouverait des mets de choix. La villa semblait très surveillée, ce bâtiment était gardé par des personnes vêtues de noir et armées d'objets métalliques que l'homme-serpent ne reconnaissait pas. Mare lâcha un râle, qui se transforma rapidement en grognement, puis se plaignit :
- Nahhaaargrlfrgfllllrrllgrrrkrrr! Enfin, qu'y puis-je ? Tu le remarqueras rapidement, mais les mortels nous ont complètement oubliés. Bon, toi, tu es humain, donc, tu peux passer inaperçu, mais, moi, comme je suis une monstresse, je suis obligée de rester invisible à leurs yeux... Ah oui, tu le sais pas: nous, les monstres, on doit rester invisibles aux yeux des mortels... Et l'un des trois pouvoirs imaginaires qu'ils ont osé préféré à nous est justement le "dieu" de cette charmante maison.
Instinctivement , Ninki-Nanka attaqua, suivi par les puissantes lances et queues de fouets que représentaient les différents éléments de la flore de cette forêt, l'homme-serpent cornu prit d'assaut ce bâtiment.
Pak! Clak! Clak!
Ussshhh... Shhhh...
Laaerekkk! C'était tellement facile, il pouvait lacérer les gardes sans effort, les lames de ses tentacules botaniques ne leur laissaient pas le moindre temps.
Étant un peu en train de s'ennuyer, les habitants de l'hôtel particulier entendirent rapidement le bruit d'une mitraillette s'activer.
Trop tard!
«Oh! Mon dieu...» Ni les femmes en robes de soirée, ni les hommes en costume ne pouvaient résister.
Une rafale Les éclairs verts, jaunes et noirs se répandaient dans le bâtiment.
Traversant les fenêtres, le serpent humanoïde en prenait possession et engendrait un océan de sang et de morceaux de corps découpés.
Terrassée par l'hilarité, incapable de la contenir, Mare céda et se mit à ricaner.
Observant la performance, elle lévitait pendant que l'envahisseur du salon d'or et d'ébène dégustait les différents morceaux de ses victimes baignant dans leur propre sang.
Une petite minute... Ninki-Nanka ne comprenait pas.
Tres étrange... Il pouvait faire un festin de ce bâtiment, pourtant les mortels de la forêt semblaient protégés...
Ni les mitraillettes, ni les tasses n'avaient eu d'effet ! Le serpent avait réussi à dépecer un homme d'affaires, sa poule et l'un des employés de ce club privé, ça avait été plus que simple!
Embêté, Ninki-Nanka comprit qu'une force invisible avait protégé les campeurs. L'obscurité volante expliqua:
- Sois pas surpris... Tu apprendras rapidement que nous ne pouvons nous en prendre qu'aux gens qui sont au moins aussi mauvais que nous.
Tripotant le bout de ses doigts, se frottant les mains, Mare imagina tout ce que son interlocuteur pouvait faire :
- Quand tu iras te régaler à la cave, tu remarqueras que de nombreuses personnes qui échapperont à tes crocs seront enfermées.
Un fléau s'était abattu sur la villa. Ne prêtant aucune attention aux mortels qu'il "sauvait", Ninki-Nanka suivit le conseil de son accompagnatrice et découvrit le buffet à volonté que représentait le sous-sol de cette maison, on entendait des cris de douleur.
Un mélange d'odeurs parvint au nez du dragon.
Nerveusement, il exprima sa joie. C'était le parfum du dessert !
Mare aurait bien voulu lui expliquer que ce club était un établissement où de puissants personnages échangeaient de grosses sommes d'argent contre le droit de s'en prendre à des personnes enfermées lors de chasses à l'homme ou de célébrations morbides, mais Ninki-Nanka s'en fichait pas mal.
Il ignorait qu'il sauvait une femme en train de se faire torturer quand il égorgea l'homme perché au-dessus d'elle.
Riant de bon cœur, Mare absorba la peur et la souffrance des proies de son nouvel ami.
Après s'être bien rassasié, le maître de la forêt accepta de se renseigner auprès d'autres entités mythologiques.
Gaver Ninki-Nanka était un jeu assez amusant aux yeux de Mare. Pendant que la police trouvait les victimes traumatisés et leurs bourreaux dans un état méconnaissable, ils étaient obligés de croire les prisonniers quand ils déclaraient qu'un "monstre ressemblant à un dragon" avait taillé en pièces les clients de club, jamais un humain normal n'aurait pu empaler une homme sur le javelot en bois qui était planté dans le jardin, ni broyé le torse d'une employée au point de la couper en deux, Ninki-Nanka découvrait pourquoi il ne pouvait pas blesser d'innocents.
Évidemment, l'affaire fut étouffée.
Rien ne protégea celles et ceux qui voulaient faire taire les témoins... Ces derniers purent donc tout révéler.
Inévitablement, la presse fut mise au courant !
En écoutant un podcast sur l'affaire, Mare expliqua à l'homme-animal que quelqu'un l'avait ramené à la vie.
Ninki-Nanka apprit qu'on avait une idée de l'identité du coupable. Tous les témoignages récoltes convergeaient.
Nimbée d'éclairs d'énergie, une couleuvre blanche géante apparaissait dans le ciel prenait forme humaine en descendant sur le sol et en disparaissant, laissait derrière elle un mort, revenu à la vie. Le "Résurrecteur" pratiquait son jeu pervers depuis bientôt deux ans, personne ne pouvait l'arrêter !
Et une grosse migraine attendait celui qui essaierait de compter le nombre de vie perdues à cause des créatures revenues du Styx ou des Limbes, le "Résurrecteur" semblait agir à la manière d'un justicier bien violent, pour ne pas dire tyrannique, si monsieur et madame Tout-le-monde ne craignaient généralement pas de voir un esprit ou une fée débarquer dans leur vie, les personnes qui connaissaient l'existence des êtres paranormaux savaient à quoi s'en tenir...
Si vous vous ennuyez, essayez de vous en prendre à une pauvre femme qui répétait qu'elle ne voulait pas coucher avec vous et qu'elle vous rejetait et vous pouviez être certain de vous faire dévorer par un dragon.
Trois étudiants qui avaient brûlé une synagogue et failli tuer les invités d'un mariage n'avaient pas pu assister à la réunion de leur groupuscule néo-nazi, Mare avait envoyé les momies déshydratées qu'il restait de leurs corps à leurs amis.
Réputé pour sa violence, le voleur qui avait menacé de tuer un couple de retraités pendant qu'il les cambriolait s'était fait vidé de son sang par un mystérieux cadavre qui avait disparu derrière une volée de chauves-souris.
Estelle Wara, la jeune mariée qui avait versé un poison dans le champagne du vieil homme avec lequel elle devait passer la nuit de noces s'était fait broyer entre les ronces et les fougères que Ninki-Nanka domptait.
Éviscérés... Carbonisées... Gelés... Foudroyés... Pressés... Dévorés..
Lapidés...
Sept hommes d'affaires avaient été retrouvés pendus, suicidés alors qu'ils étaient au sommet de leur succès...
Trois prisonniers avaient été retrouvés à moitié dévorés dans leur cellule.
Riant des révolutionnaires qui voulaient le renverser, un certain chef d'état avait été décapité par une flèche de glace.
Espérant ne pas se faire prendre alors qu'il abusait de sa famille, un homme avait été trouvé à la frontière des États-Unis vidé de toute sa graisse...
Niant tous les chefs d'accusation, le principal suspect d'un procès eut un infarctus en plein témoignage.
Une autopsie suffit pour qu'on découvre qu'il avait été grignoté de l'intérieur.
Aucune force ne pouvait abattre le "Résurrecteur"!
Malheureusement pour chacun, ses pions étaient partout, chacun les redoutait.
Or, gloire et puissance sociale ne protégeaient personne! Ni les harceleurs, ni les assassins, ni les agresseurs ne leur échappaient.
Divinement, si le "Résurrecteur" considérait que vous n'étiez pas pardonnables, vous finissiez dans l'assiette de ses petites merveilles.
Indépendamment de la volonté des créatures, la couleuvre blanche avait bien compris que sa solution n'était que temporaire, il savait qu'il ne pourrait pas éternellement empêcher ses serviteurs d'épargner les innocents...
Finalement uniquement motivé par la faim et sa propre survie, Ninki-Nanka finit par ne plus se soucier de ces histoires de mort et de résurrection.
Il ne pensait pas que la solitude lui pesait. Mare venait parfois à sa rencontre.
Elle lui expliquait avoir formé une alliance avec plusieurs autres creatures du "Résurrecteur", leur objectif était de renverser cette mystérieuse couleuvre.
Le serpent se fichait de sa présence. Si l'homme-animal avait accepté de prêter la moindre oreille aux propositions de recrutement de l'esprit des ténèbres, il aurait connu la raison de ce regroupement.
Agacée par l'insolence du maître de la forêt, l'esprit des ténèbres choisit de le punir en ne le prévenant pas du danger qui pesait sur lui.
Râlant, Mare savait de toute façon que tôt ou tard, Ninki-Nanka aurait à se renseigner sur ce que le "Résurrecteur" allait mettre sur son chemin. La bête reptilienne ne pouvait pas continuer de chercher du gibier. Pour certains, c'était un crime qui ne pouvait pas rester impuni!
Évidemment arrivé à cette semaine, l'homme-ophidien cornu traînait comme à son habitude dans la forêt.
Ayant son estomac pour cerveau, ne voyageant que pour se nourrir, Ninki-Nanka avait quitté le Mali. Il souhaitait tout de même rester dans les bois.
L'homme-animal venait donc de dévorer quelques appétissants contrebandiers. Il trembla. Sursautant, le maître des plantes, dérangé en plein repas, réagit, réalisant qu'il avait perçu une étrange énergie. Ninki-Nanka regarda en direction de sa gauche, tournant son long cou vers la source de cette mystérieuse énergie.
Il n'eut pas le temps de se défendre...
Tremblements et ombragés agitaient le champ de vision du serpent du Mali... Ninki-Nanka eut à peine le temps de remarquer la silhouette rose aux ailes de papillon qu'elle fit exploser les ombres et les rayons de soleil qui parcouraient son corps. L'entité spectrale étendit son bras, allongeant la queue d'un fouet.
Éclairs et obscurité furent les dernières choses que Ninki-Nanka virent sur cette terre... Terrassé par le coup de fouet qui fit gicler son sang, l'homme-serpent tomba dans les pommes, découvrant l'objet cubique dans lequel son assaillante l'enfermait... Une voix résonna alors dans les pensées du dragon, lui indiquant qu'il avait une nouvelle maîtresse...
À suivre...
SAALUA*
16 novembre:
La créature démoniaque était donc en train de dévorer sa victime. Le pauvre homme était étendu sur la table. Les longs tentacules en lesquels s'étaient mués les fragments du visage de la femme possédée s'étaient plantés dans le torse de la victime, arrachant les organes qu'ils envoyaient vers la gueule emplie de crocs.
- Tu pourrais manger plus proprement, la table est toute dégueu, maintenant.
Pour toute réponse, mon amie tendit son bras toujours humain vers moi et me présenta son majeur. Je me téléportai donc hors de la salle à manger.
J'étais retournée à cette fête si peu palpitante. De toute façon, j'étais uniquement rentrée au manoir pour pouvoir aller déposer au frigo les petits gâteaux que j'avais volés.
La salle de fête était magnifique. Les Langdon possédaient une vue sur la mer grâce à la baie vitrée. Une lumière jaune éclairait cette pièce, l'emplissant d'auréoles dorées, ces différents meubles affichaient les portraits et les récompenses que nous étions tous censés envier.
Dès que je fus sortie des toilettes, je retrouvais ces délicats parfums. J'évitais les Langdon. Un anniversaire de mariage, ils en auraient plein, la mort, ça n'arrive qu'une fois.
J'avais trouvé Karl Simons. Parmi tous les mortels qui grouillaient sur ces terres, je l'avais choisi.
Pourquoi ? Aucune idée ! J'avais faim, et puis m*rde!
Il me fit un signe de la main. Nous reprîmes notre conversation, il papota avec moi le verre à la main... Comment pouvait-il croire que le sujet était intéressant ?
- Finalement, la banque m'appartient aussi, subséquemment, on peur dire que je possède cette ville.
- Et ça vous sert à quoi? demandai-je.
- De quoi parlez-vous? lâcha le mortel confus.
- Vous possédez plusieurs propriétés dans une ville parmi tant d'autres en Colombie. Vous êtes fier de votre vie, du sens que vous lui donnez?
Ma proie afficha un sourire gêné:
- Je ne comprends pas.
- Depuis, une heure, vous semblez vous enorgueillir de votre fortune, mais je vous rappelle que la plupart de vos collègues se sont fait bouffer par les bêtes du "Résurrecteur". Vous connaissiez Marco Watti? Ben, il a passé toute sa vie à collecter du fric, à collectionner les objets luxueux et finalement, il s'est fait bouffer par Saalua et on n'a retrouvé que ses os. Du coup, ben, que reste-t-il de lui? Toutes ses propriétés sont revenues à son fils et personne ne se souviendra qu'il a un jour existé.
Mon interlocuteur ne corrigea pas ma faute de français, on dit "se souvenir de" et "se rappeler que", il me proposa son hypothèse :
- Vous vous intéressez à la philosophie ?
- Ben quoi? À quoi ça sert de gagner autant d'argent et d'être aussi puissant s'il suffit d'un coup de la "Beauté Fatale de l'Iraq" pour que tout disparaisse?
- Qui? m'insulta le mortel.
- Je parle de Saalua, vous savez, la goule qui dévore vos collègues les uns après les autres.
- Ah... Comment faîtes-vous pour retenir ce nom? nota Karl Simons.
Pardon? Cet abruti ne savait même pas qui j'étais... Vivement le repas! J'allais tellement le démolir...
- Sally... me fit une voix masculine trop suave à mon goût résonnant dans mon esprit.
L'idiot ne remarqua pas que je recevais un message télépathique :
- On se réunit dans la base, à Adéphagie.
- Je chasse! répondis-je au télépathe.
- MAINTENANT, ordonna une voix féminine qui me vrilla les tympans, même si ce n'était pas un vrai son.
Karl se rendit compte de mon état et eut l'audace de s'inquiéter pour moi. Il croisa mon regard. La lueur rouge sortant de ce dernier le figea.
Ma proie me suivit jusqu'au placard où il avait mis son manteau.
Une fois que nous fûmes dans l'obscurité, nous echangeâmes notre baiser. L'instant d'après, il avait le regard vide, il se tenait droit comme un "I". Son énergie vitale n'avait aucun goût !
Je nous téléportai. Mes pouvoirs ténébreux nous transportèrent au manoir. Je laissai l'homme au cerveau lavé rejoindre les autres dans leur coin: le garde-manger.
Je retournai dans la salle à manger, il y avait mes amis: Melalo, Kochtchei, Psipolnitsa, Raum, Mare et notre cheffe.
Tout le monde était à table. Raum boudait parce quelle n'avait plus de proie. Les serviteurs de Kochtchei nettoyaient la table:
J'embrassais Psipolnitsa sur la joue et m'assis à ses côtés.
- Tu tires une de ces tronches! nota Mare.
- Je viens de rapporter à bouffer et le "à bouffer" en question ne me connaissait même pas! J'ai quand même décimé ses partenaires commerciaux ! dis-je en plantant mes griffes dans la table.
- Eh bien, justement, Mare propose une distraction. Elle a découvert ce que nous cherchions depuis longtemps... annonça Psi.
- Par contre, je ne vous dirai pas de quoi il s'agit tant que nous ne serons pas à destination, je vous promets que ça vaut le coup. En tout cas plus que l'autre débris de Ninki-Nanka.
FIN DE P.O.V SAALUA*
P.O.V ZOMBI*
Au-delà du temps et de l'espace :
Repaire secret des vampires, Pyramide de la Peur, désert des démons de la tribu Martienne, Île de Hyperborée:
Mare avait donc convaincu plusieurs de ses amis à la rejoindre. Kochtchei, Melalo et Saalua s'étaient portés volontaires.
Le groupe d'intrus avait relâché ses sbires dans ce qui leur apparaissait comme une pyramide décorée à l'Égyptienne.
Du sable couvrait le sol, les murs de briques étaient dorés, plusieurs sarcophages arborant un masque rappelant celui de Toutânkhamon étaient accrochés à leur paroi couverte de hiéroglyphes.
Le noir et le jaune dominaient. Seules quelques torches éclairaient ce tombeau.
Le mystérieux groupe s'étant aventuré dans la cave la plus profonde, il visitait une grande salle funéraire, tout trahissait sa nature de théâtre servant à une sorte d'épreuve rituelle. Derrière le chef de la troupe, on pouvait voir un dessin, c'était un grand plan de la pyramide dessiné sur un mur. Derrière son amie à la longue chevelure bouclée, on apercevait quatre zones séparées par des murs transparents.
La beauté aux cheveux de nuit contemplait ce qui l'empêchait d'accéder à ces quatre serres, à savoir le néant et la pénombre, un pont enjambant l'obscur vide de cet abîme permettait de rejoindre une plateforme cubique sur laquelle s'étendait une zone d'un kilomètre.
La première chose qui frappa l'aventurière fut la neige. La première salle présentait en effet un décor, celui d'une montagne sur laquelle trônait un manoir en ruines.
Quand on passait le pont, on pouvait découvrir qu'en-dessous du mur invisible protégeant cette salle enneigée, la séductrice ayant découvert le bon angle de vue, elle découvrit le sous-sol de ce manoir.
Ça ne la surprenait pas de découvrir une sorte de complexe sous-marin trônant autour des algues et des récifs, mais envahi par la glace et la neige. Elle se rendit alors compte de la nature des pièges et des énigmes dissimulés dans ce tombeau... Et accessoirement qu'elle devait se trouver à mille-cent-quatre-vingt kilomètres de profondeur sous la terre...
Chacune des quatre zones placées à l'intérieur d'un des vivariums situés de l'autre côté du pont, d'après le plan, représentait un des quatre éléments. La zone de l'eau, c'était bien évidemment, le manoir de la montagne avec un espace abyssal en son sous-sol, les autres éléments étaient donc symbolisés par des grottes volcaniques dissimulées sous une usine prisonnière d'un incendie, une savane trônant au-dessus de grottes emplies de plantes et de cristaux et un marécage perpétuellement à la merci de tempêtes et d'éclairs. L'aventurière aux longs cheveux se demanda si découvrir ces quatre donjons dans la tombe d'une pyramide était une expérience insolite. Elle se tourna vers ses amis qui étudiaient les lieux.
- Je vais m'installer dans le volcan! déclara Saalua en pointant du doigt le cube désigné.
La goule entortilla une mèche de ses longs cheveux.
- Je prends le marécage. annonça son ami en costume-cravate.
- Moi, la savane! réfléchit à haute voix Mare qui dansait avec ce dernier.
Le chef du groupe sourit et haussa les épaules.
- Pourquoi pas? Ma place est dans un palais, mais faute de mieux, un manoir représente une belle résidence de fortune!
Les serviteurs des aventuriers se dépêchèrent donc de placer les bagages de leurs maîtres dans les endroits que ces derniers leur indiquaient. Les pièges de cette pyramide ne faisait pas le poids contre les talents de sabotage du pilleur de tombe en costume-cravate et du chef de l'expédition. Les quatre sorciers eurent envie de se détendre, leur chef regarda donc le sol, les pierres le composant tremblèrent, quatre fauteuils se modelant à partir d'elles, Saalua posa un gros plaid touffu sur chacun d'entre eux.
Koko commençait à se plaindre:
- Dis, Sally, tu veux pas avoir une conversation avec ta copine ?
- Pour la dernière fois, ce qui compte, c'est que ses méthodes sont efficaces ! rétorqua la Beauté Fatale de l'Iraq.
- Pendant qu'on conclut des pactes, qu'on s'empare de propriétés et qu'on élabore des tactiques bidons, y en a qui s'amusent. grommela le nécromancien vieux de plusieurs millénaires.
- Pourtant ça te plaît bien, les concerts, les spectacles et les conventions. rappela son meilleur ami Transylvanien.
- Ne confonds pas mon art et les transactions alambiquées de Psi! réagit le maître des maléfices.
- Malheureusement, je suis d'accord avec les autres, Koko. Eeqidi... Le Dragon de Niort... La Tarasque... Ravanā... El Charron Negro... Rangda... Surtr... S'ils ne s'étaient pas mis sur les devants de la scène, les sorcières ne les auraient pas capturés... Et puis il y a Malphas...
Pendant que Saalua se mordait les lèvres, le chef du groupe réagit :
- Attends... Attends... Depuis quand le Dragon de Niort s'est fait choper?!
- T'es pas au courant ? Mammon et Raum ont échappé à Madar-i-al, malheureusement le reptile n'a pas eu cette chance. s'étonna Melalo
- Raum et Mammon ont des dossiers à gérer, j'ignorais que jouer les fonctionnaires empêchait de partager les ragots. plaisanta Koko.
Le "Prince des Démons et des Fées" se tourna vers son ami, prenant un air sombre:
- Tu rigolerais moins si tu apprenais quel est le nouveau familier de la vieille Madar! À savoir un vampire presque inarrêtable qui tire des lasers avec ses yeux et fait sortir des pics de n'importe quelle partie de son corps.
Les deux tentatrices et le nécromancien se figèrent, tremblant presque, Kochtchei bafouilla et réagit:
- C'est impossible... Je sais que notre ennemi s'appelle littéralement le "Résurrecteur", mais dans son cas, j'aurais certes pu faire quelque-chose, mais là...
- En même temps, je m'en doutais un peu, je me suis concentré sur les "Gardiens", mais j'aurais dû deviner que notre vampire préfère habitait à la surface... avoua l'initiatrice de l'expédition.
- Le fait que la surprise concernait les "Gardiens" était couru d'avance, suffit de voir le dessin au plafond, je reconnais le style de "Murderwitch" et de "Wizard Meri". avoua Melalo en pointant du doigt le plafond.
- Ça représente quoi? demanda Sally.
- Je sais pas, un genre de démon qui étend ses tentacules sur les habitants de cette île. proposa Koko.
- Bon, Mare, Mili, vous avez qu'à dissimuler notre présence, je vais aller en ville pour voir si les habitants de la ville à côté nous connaissent. annonça Sally en disparaissant, s'enfonçant dans sa propre ombre.
- Quant à moi, j'ai un cobaye qui m'attend, je l'ai trouvé au sanatorium de Waverly Hills. salua le nécromancien avant de s'éclipser en un tourbillon.
- Enfin seuls! éclata de joie le sorcier Transylvanien qui bondit de son fauteuil pour poser son coude sur le dossier de celui de son amie.
L'entité psychique esquiva l'approche de son comparse en ricanant. Elle tendit sa main, Melalo accepta donc de danser le tango avec elle:
- Sally n'a pas besoin de s'inquiéter, les péquenauds ce trou perdu ont entendu parler de notre brochette de malfaiteurs.
Mare la "Première Peur de l'Humanité". Saalua la "Beauté Fatale de l'Iraq". Melalo le "Prince des Démons et des Fées". Kochtchei "l'Immortel". Quatre noms qui avaient su marquer leur époque. Même si de nombreux mortels leur refusait la renommée qui leur était due, les quatre entités savaient que leur gloire passée ne pouvait revenir.
Après tout, Melalo et Mare étaient bien placés pour savoir que les mortels retenaient plus le mal que le bien, lui, dont les ailes rougeoyaient pour rappeler à l'être humain qu'il n'était qu'un animal s'inventant une morale pour freiner ses instincts primaires, elle, qui avait toujours poussé les mortels à accepter la tristesse de la réalité.
Il était la Méchanceté, elle était la Peur, les légendes les concernant permettaient aux mortels de fuir la cruauté de l'existence même de ces deux notions. Le Corbeau à Deux Têtes et l'Esprit de la Paralysie du Sommeil ne pouvaient qu'aimer l'hypocrisie dont faisaient preuve leurs proies, une fois confrontées au constat de leur essence, elle ne faisait que donner du goût au repas.
FIN DE P.O.V ZOMBI*
