Chapitre 1 : Crépuscule

« Kurosaki-kun ? »

Le jeune garçon ne l'écoutait plus depuis déjà un certain temps. Son esprit avait dérivé malgré lui. Il était concentré sur une autre table, non loin de la leur. Une magnifique jeune femme y était installée. Il nota plusieurs détails qui sortaient de l'ordinaire, comme sa chevelure. D'un blond apparent, elle était en réalité d'une subtile teinte rose. Ses yeux également, même s'il n'était pas assez près pour apporter plus de précisions, il pouvait très bien d'ici voir ce bleu incroyablement profond. Sa peau pâle transmettait une impression de froideur, mais aussi de douceur, semblable à de la porcelaine. Ceci dit, ce n'était pas son physique qui avait attiré l'œil du rouquin, c'était la curieuse aura qui émanait d'elle. Il lui était tout bonnement impossible de la définir, sinon qu'elle lui semblait étrangement familière et qu'il avait du mal à s'en défaire. La jeune femme discutait avec une fille qui lui ressemblait étonnamment, mais qui semblait plus jeune. Probablement sa sœur cadette. Elle avait l'air fragile, son corps semblait fatigué, épuisé même. Pourtant elle souriait et discutait gaiement avec sa compagne. Ichigo sourit devant cette agréable scène de famille. Il imaginait parfaitement Yuzu et Karin discuter tranquillement de la sorte en dégustant un bon thé, comme elles.

En cette fin d'après-midi, le soleil commençait à décliner, las de briller toute la journée. Il laissa son regard dériver davantage, observant les reflets dessinés par la lumière solaire et l'ombre de leur tasse et de leur silhouette. Subitement, les sens du garçon s'affolèrent et son regard se centra à nouveau sur la jeune femme, qui porta la main à son cœur, où se trouvait désormais une faille béante, similaire à celle d'un hollow. Ichigo cligna des yeux et cette vision disparut, de même pour la sensation oppressante qui l'avait saisi et avait paralysé tout son corps une fraction de seconde. Il crut avoir rêvé. La jeune femme portait bien une main à son cœur, en haletant. Seulement il n'y avait aucun trou dans sa poitrine. La demoiselle en face d'elle affichait une mine inquiète, et même s'il n'entendait rien de leur conversation, il pouvait parfaitement voir son agitation. Lorsque son attention se focalisa encore une fois sur l'intrigante femme aux cheveux roses, il croisa son regard et se sentit immédiatement chuter au fond un océan tumultueux.

« Kurosaki-kun ? »

« Quoi ? »

Le garçon aux cheveux flamboyants se retourna vers son amie en se redressant et en clignant des yeux. La rouquine en face de lui l'observa avec inquiétude.

« Est-ce que tout va bien ? »

« Ou…oui ça va. Ne t'inquiète pas Inoue, je pensais juste à autre chose. »

Il se retourna vers l'autre table, mais ses occupantes n'y étaient plus. L'idée de partir à leur recherche pour s'assurer que tout allait bien lui traversa l'esprit, mais il récria son instinct protecteur. Il n'allait pas laisser son amie seule, alors qu'elle l'avait gentiment invité à boire un thé dans ce salon à la mode. Et puis cela aurait été assez rude de les importuner de la sorte, elles pouvaient certainement très bien gérer leurs soucis seules.

« Tu es sûre que tout va bien ? »

La jeune fille peinait à masquer la pointe de panique qui se mêlait à son inquiétude. Sa sœur venait encore d'être victime d'un genre de crise, c'était la deuxième fois aujourd'hui. Elles venaient de quitter la terrasse d'un agréable salon de thé très prisé et remontaient calmement l'allée adjacente, le temps que son aînée se stabilise. Elles n'avaient même pas fini leur boisson.

« Je t'ai dit que j'allais bien. Il va juste falloir que je me trouve un autre Gigai, celui-là ne va plus tenir longtemps on dirait. Encore quelques jours et je devrais sûrement changer. »

Le ton était doux et la réponse se voulait rassurante, même si elle manquait légèrement de conviction. Ce fut néanmoins suffisant pour que la jeune fille se jette sur cette sécurité qu'elle lui offrait. Le silence les envahit, révélant une certaine tension que la demoiselle détestait. Mais c'était plus fort qu'elle, et parfaitement compréhensible. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'être inquiète. Elle avait peur même, peur que tout redevienne comme avant, mais surtout peur de perdre sa sœur. Sans elle tout n'était que noirceur, plus rien n'avait de sens, elle serait à nouveau prisonnière d'une forme de non-existence, sans pour autant avoir la chance de disparaître. Non, c'était hors de question. L'adulte dût percevoir son trouble, car elle enserra les épaules de sa cadette dans un geste chaleureux et réconfortant. Et la tension retomba peu à peu, laissant les deux demoiselles déambuler dans les rues du centre de Karakura. La plus jeune d'entre elles laissa son regard et son esprit divaguer et se réjouir de choses simples et futiles, comme la beauté d'un arbre dont les feuilles sont rougies par la couleur de l'automne ou la caresse joueuse du vent sur son visage et au travers de ses vêtements. Elle prit une immense bouffée d'un air pur, régénérateur. Elle le sentit emplir ses poumons, se frottant contre les parois avec le désir d'occuper tout l'espace possible. Elle savourait ce contact brûlant, dû à la fraîcheur du souffle. C'était si bon. Toutes ces sensations, elles ne les avaient pas ressenties avec autant d'intensité depuis si longtemps. Un sourire s'étira sur ses traits, elle était heureuse. Et ses lèvres renfermaient l'innocent espoir de l'être à jamais.

« Claire ? »

Elle voulait savoir si c'était possible, si cet espoir n'était pas qu'une illusion fébrile. A nouveau envahie par le doute, elle cherchait un autre moyen d'être rassurée. Ladite Claire plongea son regard tendre dans le sien, signe qu'elle avait toute son attention.

« Tu crois que tout redeviendra comme avant ? »

L'interrogée laissa alors son regard se porter au loin. Le soleil déclinait à vue d'œil. Pleine de nostalgie, elle refoula cependant ce sentiment avant d'offrir sa réponse, toujours en contemplant l'horizon.

« Non. Ce sera mieux. »

Puis elle offrit un doux sourire à sa partenaire, lui transmettant une nouvelle vague de chaleur et d'apaisement. C'était exactement ce dont elle avait besoin. Claire resserra son étreinte et déposa un baiser sur la tête de sa cadette. Elle savourait cet instant de pur bonheur en compagnie de l'être qu'elle chérissait plus que tout. L'univers entier pouvait être condamné à s'éteindre d'ici une heure, elle ferait tout pour profiter de sa compagnie ne serait-ce qu'une seconde supplémentaire, une seconde à la serrer contre elle, à profiter de ce contact qui n'était plus qu'un souvenir avant aujourd'hui. Depuis combien de temps ne s'étaient-elles pas vues ? Depuis combien de temps ne s'étaient-elles pas assises face à face, dans un parfait silence où le regard était le maître mot ? Beaucoup trop de temps évidemment, elle en avait même perdu le compte. Il était hors de question qu'elle laisse cela se reproduire. Elle ne supporterait pas une nouvelle absence. Elle ne l'abandonnerait jamais. Elle ne les laisserait pas l'enfermer une nouvelle fois dans ce trou à rats qu'était le Nid de Vers. Elle énonça cette farouche vérité, d'une voix où se lisait une détermination féroce et intransigeante, tout en conservant un ton bienveillant :

« Je te protégerai Serah, ne t'inquiète pas. »

La jeune fille sourit. Elle aussi aurait tout donné pour que cet instant dure à jamais. Elle ne voulait plus quitter les bras de sa sœur, elle ne voulait plus se retrouver seule. Plus jamais. Elles restèrent silencieuses plusieurs minutes avant que Claire ne lui attrape subitement la main et l'entraîne avec elle, accélérant le pas jusqu'à trottiner.

« Claire qu'est-ce que tu fais ? Où est-ce que tu m'emmènes ? » S'écria la jeune fille avec une dose de surprise et d'inquiétude mal dissimulée devant cette impulsion.

« J'ai quelque chose à te montrer. »

Elle bifurqua à droite, traversant la route avec précipitation et sans grande attention, attirant l'indignation d'un ou deux klaxons. Serah ressentit une excitation intrépide envahir tout son corps et la chatouiller. Elle se mit à rire sous cette bouffée de chaleur et de joie inattendue, la fougue dont son aînée faisait preuve était contagieuse. En entendant ce merveilleux éclat cristallin sortir si naturellement des lèvres de sa sœur, Claire se sentit pousser des ailes, elle tourna la tête vers celle-ci et tomba sur un visage ravi auquel elle offrit en retour un immense sourire.

« Allez dépêche-toi ! » Reprit-elle d'une voix enjouée en intensifiant la course.

« Mais où est-ce qu'on va ! » Articula la plus jeune entre deux éclats de rire, sans obtenir une réponse.

Elles étaient sorties du centre et se dirigeaient vers une immense colline dont le sentier d'accès sinuait parmi quelques vieux arbres robustes qui luttaient avec acharnement pour conserver leurs feuilles. L'ouest de Karakura était nettement visible. Elles continuèrent sur plusieurs mètres avant que l'environnement ne change légèrement d'aspect. Elles s'engouffrèrent au sein d'une véritable petite forêt, la population de végétaux s'intensifiant considérablement, et poursuivirent la même route. La montée s'avéra difficile comparée à leur course en ville, et éprouva leur endurance et leur souffle à plusieurs reprises. Ayant atteint un point moins pentu, Claire s'arrêta, sans relâcher sa prise, afin que sa sœur puisse reprendre sa respiration. Un coup d'œil alentour lui permit de vérifier qu'elle était sur la bonne voie. Un court sentier à sa droite menait à un cimetière, mais c'était le sommet qu'elle voulait atteindre, du moins la fin du chemin. Progressant plus lentement, elles finirent par déboucher sur une aire parfaitement dégagée qui dominait toute la ville. Le plus impressionnant était sans conteste le soleil couchant, dont les derniers rayons se reflétaient en cet endroit précis. Il était au même niveau que le sommet de la colline, permettant aux deux filles de le contempler d'égal à égal. Claire lâcha doucement la main de sa cadette et s'avança lentement vers le bord. Elle franchit la barrière de bois et s'assit, laissant ses jambes pendre dans le vide. Sa sœur ne tarda pas à la rejoindre. Déjà qu'elle avait du mal à respirer après leur course effrénée, cette vue tout bonnement à couper le souffle ne l'aidait pas. Parant toute la ville d'une teinte rouge-orangée, le soleil diffusait ses dernières vagues de lumière et de chaleur, créant une forme de havre paisible. Il semblait étendre ses bras jusqu'à l'infini, et en même temps disparaissait peu à peu sous une montagne de nuages évanescents. Ces derniers se mouvaient curieusement, adoptant différentes couleurs et formes suivant leur maître solaire, jouant avec les rayons et créant d'autres reflets. Le silence qui à cette altitude les isolait de toute agitation urbaine contribuait parfaitement à cet aspect serein. Serah réussit à en détourner son regard pour le poser sur son aînée. Les yeux fermés, gênés par un reflet trop lumineux, elle paraissait s'imprégner de cet instant éphémère. La jeune fille vint se coller à elle, cherchant son étreinte, qu'elle trouva sans difficulté. La tête posée sur son épaule, une main enfermée dans la sienne, l'autre enserrant sa taille, Serah aurait voulu entrer dans une stase éternelle, ici même.

« C'est magnifique. »

« Je sais. »

Claire était déjà venue il y a peu, lorsqu'il lui avait fallu savoir si Karakura était l'endroit idéal pour elles. Elle n'avait alors pas pu s'empêcher de venir ici, non seulement l'un des meilleurs points d'observation, mais sans doute le plus agréable. Il ne faisait pas froid malgré l'heure déclinante, au contraire, toute la chaleur diffusée par l'astre royal semblait se concentrer en cet endroit.

« Cela faisait si longtemps que je n'avais pas vu d'aussi merveilleux coucher de soleil. Même à la Soul Society ils ne sont pas aussi beaux. »

Une exclamation moqueuse s'échappa de l'aînée, faisant légèrement bouger la tête de Serah qui s'interrogea sur cette réaction.

« Tu dis ça parce que tu n'en as pas vu depuis longtemps. »

« Non, je sais que celui-là est spécial. » Répliqua la plus jeune, faisant naître un sourire sur les lèvres de sa sœur.

Elles restèrent ainsi, immobiles et silencieuses, les yeux tantôt clos, tantôt admirant l'horizon, jusqu'à ce que seule une infime partie du soleil ne soit visible. Mais même enseveli sous les quelques nuages restants, prêt à céder au manteau de la nuit, il continuait, dans un dernier souffle, de briller ardemment dans le ciel d'automne.

Serah attrapa un bout de l'écharpe bleu ciel de sa sœur, l'enroulant et la déroulant successivement autour de sa main. Son regard était rivé sur les mouvements que ses mains orchestraient en un petit jeu. Son attention avait délaissé le spectacle devant elle pour la simple et bonne raison qu'elle sentait la fin de ce dernier approcher, et qu'elle ne voulait pas la voir, préférant garder l'illusion d'une continuité infinie en mémoire. Mais elle n'était pas si naïve. Elle percevait la fin des évènements sans aucune échappatoire possible, elle avait l'impression d'être prise au piège d'une voie sans issue. Quoiqu'elles en disent, elles seraient condamnées à fuir. Ils en avaient après elles. Elle se sentait abattue. Et si leur existence n'avait plus de sens ? Alors pourquoi continuer cette lutte vaine ? Pourquoi s'acharner à tenter l'impossible ? Claire tiqua face à ce changement d'attitude, mais ne dit pas un mot. Elle attendit patiemment que sa cadette traduise son trouble, ce qu'elle fit quelques secondes plus tard.

« Dis Claire, qu'est-ce qu'on va faire ? »

C'était donc cela. Elle avait peur de l'avenir, peur de cet horizon incertain. Tendrement, elle passa une main dans ses longs cheveux roses, les caressant avec affection. Elle appuya sa tête contre la sienne répondit avec une confiance rassurante :

« Et bien, nous allons vivre une vie normale, comme de vrais humains. »

« Mais... »

Serah se redressa. Comment pouvait-elle dire ça ? Elles n'étaient plus humaines, depuis très longtemps à présent. Et ils ne les laisseraient pas faire ! Et puis… Elle porta une main soudainement tremblante vers le côté gauche de la poitrine de sa sœur.

« Ne t'inquiète pas pour ça. »

Claire attrapa délicatement sa main avant qu'elle n'atteigne sa destination, et l'amena à sa propre joue.

« Tout va s'arranger. »

Même si le doute se tapissait dans l'esprit de la jeune fille, l'espoir que cette journée lui avait apporté avait réchauffé son corps frêle. Même si elle n'était pas convaincue, elle voulait y croire. Elle essaierait, elle ferait des efforts, pour Claire. Elle acquiesça silencieusement, et resserra son étreinte. L'aînée raffermit également sa prise, savourant cet enlacement qui aurait serré son cœur. Elle aussi, elle voulait y croire. Pour Serah, elle ferait taire tous ses doutes. Elle eut une pensée fugace pour le garçon dont elle avait croisé le regard au salon de thé. A en juger par l'expression de surprise qui figurait sur son visage, il avait dû assister à sa crise. Peu importait, elle ne le reverrait pas. Elle n'avait pas besoin de s'en soucier, ce n'était qu'un simple humain. Elle déposa un baiser sur le front de sa sœur et se tourna vers la suite des évènements non sans une pointe d'amertume.

« Ichi-nii ? Ichi-nii ? »

« Insiste pas Yuzu. Tu vois bien qu'il est en train de réfléchir, laisse-le, ça ne lui arrive pas souvent. »

« Karin ! »

« Quoi ? De toute façon il entend même pas. »

La brunette jeta un coup d'œil indifférent à son frère, qui, le regard perdu au milieu des couverts et autres objets parsemant la table, n'avait quasiment pas touché à son assiette. Il fallait toujours que Yuzu s'inquiète, pourtant ce n'était pas la première fois que ça arrivait à son aîné. Et lui, il ne ratait pas la moindre occasion, involontairement, d'inquiéter sa plus jeune sœur. Elle croisa ensuite le regard de son père, et lâcha un soupir las face à l'air malicieux qu'il revêtit. Isshin Kurosaki tendit son bras en arrière et arma son poing, prêt à frapper la tête de son fils, espérant le prendre par surprise. Seulement lorsqu'il relâcha son coup, il se surprit -enfin, pas tant que ça- à embrasser brutalement le plancher la seconde suivante.

« Idiot. » Lâcha Ichigo, de nouveau focalisé sur la réalité.

Ce genre d'attaques ultra-prévisibles ne constituait en rien une menace pour lui. Il était convaincu que même en dormant, la démarche éléphantine de son géniteur et ses propres instincts le réveilleraient largement à temps pour parer son assaut. C'était d'une facilité enfantine, et pourtant ce dernier s'acharnait malgré le nombre de défaites. En soi, c'était une belle leçon à retenir. Mais c'en était devenu presque désespérant pour le jeune garçon.

« Merci pour le repas Yuzu, c'était très bon. » Déclara l'adolescent en se levant, assiette et couverts en main.

« Mais…tu as à peine touché à ta nourriture ! »

« Désolé, je n'ai pas très faim. »

« Issigo, i' faut qu'tu te nurrisses ! » Tenta d'articuler son père, le nez et la bouche quelque peu écrasés au sol, mais en vain, sa réplique s'évanouit comme si elle n'avait jamais existé.

Ne rencontrant pas d'opposition, Ichigo déposa ce qu'il tenait dans le lavabo et entreprit de gravir les marches de l'escalier. Yuzu, toujours aussi inquiète par l'attitude du rouquin, allait essayer de le convaincre d'avaler au moins un autre morceau quand sa sœur, qui se leva à son tour, s'y opposa.

« Laisse, c'est son problème. »

« Tu ne t'inquiètes pas pour lui ? »

« Si c'est vraiment important il nous en parlera, sinon il réglera ça tout seul, comme d'habitude. »

Sur ce, elle sortit de table et annonça, avant de filer dans sa chambre :

« Ohé papa, t'es officiellement de corvée de vaisselle. Et n'essaie pas d'amadouer Yuzu, elle a déjà préparé le repas. »

« QUOI ? C'est pas juste ! » Répondit le concerné en se relevant brusquement.

Il protesta du mieux qu'il put, mais encore une fois ses paroles tombèrent dans le vide et il n'obtint que le réconfort de sa plus jeune fille, l'autre étant déjà partie.

Ichigo était allongé sur son lit, les bras croisés sous sa tête et le genou gauche replié, vacillant de droite à gauche au gré de ses pensées. Cette sensation lui collait désagréablement à la peau depuis qu'il l'avait ressenti pour la première fois, il y avait de cela quelques heures en croisant le regard de cette femme aux cheveux roses. Il était toujours incapable de la définir, et c'était sans doute ça qui l'empêchait de quitter définitivement son esprit. Si seulement il arrivait à mettre un mot dessus… Mais il n'y avait rien à faire. Il avait beau retourner cette sensation dans tous les sens, la promener de réflexion en réflexion, il n'arrivait pas à déterminer d'où lui venait cette impression familière, voire personnelle. Il était vraiment obsédé par cela, et non par la femme aux cheveux roses elle-même. Il n'allait jamais parvenir à s'endormir sans avoir trouvé la réponse.

Cela faisait un mois qu'il avait pleinement remis les pieds dans son quotidien strictement humain -à part terrasser une dizaine de monstres- depuis la défaite d'Aizen. Rukia était restée à ses côtés, puis elle avait été rappelée hier par Ukitake, pour une mission, ou un rapport, il ne s'en souvenait plus précisément. Il n'était pas allé en cours durant cette période. Ainsi la reprise aujourd'hui avait été un peu difficile, aussi bien pour lui que pour Orihime, Chad, et même Ishida. Mais il pouvait compter sur eux et ses autres amis pour l'aider à rattraper son retard. Aizen. Il n'était pas certain de réaliser pleinement ce qui s'était passé. Il était en train de perdre ses pouvoirs. Non, il ne réalisait pas. Certes il percevait qu'une puissance l'avait quitté depuis ce combat, mais n'ayant pas eu à forcer ses pouvoirs de shinigami depuis, il ne s'était rendu compte d'aucun changement. Et qu'en était-il de ses pouvoirs de hollow ? Voilà bien longtemps qu'il n'avait pas eu à s'en soucier.

« Hollow. » Murmura-t-il avec lenteur.

Il se redressa. C'était ça. Cette sensation intense ne lui évoquait pas la créature de base, mais plutôt une sombre puissance, étrangement semblable à la sienne. Et ce trou alors, qu'il avait aperçu l'espace d'une seconde, était-il possible que cette femme soit un Arrancar ? Un fragment de l'Espada d'Aizen ? L'autre fille en était-elle aussi un ? Ou était-ce un puissant hollow ayant dévoré un humain pour prendre possession de son corps ? Il ne pouvait tout simplement pas l'avoir imaginé, pourtant il en doutait encore. Ichigo lâcha un soupir, de toute façon il n'était pas près de revoir ces deux individus, alors à quoi bon s'épuiser à chercher une explication ? Néanmoins le garçon fronça les sourcils. Si elles étaient des Arrancars, il lui fallait connaître leurs intentions. Mais comment les retrouver ? Curieusement, il n'avait ressenti aucun de leur reiatsu, alors qu'il était seulement à cinq ou six mètres d'elles. Il fallait qu'il en parle à Rukia, elle saurait probablement quelles directives prendre.