Chapitre 3 : Une nouvelle intéressante

Le ciel ne s'était pas encore défait de sa couleur sombre lorsqu'Ichigo se réveilla. L'appareil électronique posé sur sa table de nuit, à une distance raisonnable, brillait d'une teinte verdâtre en affichant 5h30. L'adolescent grogna. Ses sens en éveil le forcèrent à se lever et descendre dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Prêt à se rendre au lycée bien avant l'heure, il décida tout de même de profiter de l'air frais en prenant tout son temps pour arriver jusqu'à son établissement scolaire. Il laissa son esprit vagabonder, ses pensées suivaient le fil du vent glacé qui lui réchauffait les joues. Ce n'était que l'automne, mais les matinées étaient incroyablement fraîches. Ce n'était pourtant pas un fait qui dérangeait le garçon. Paré d'une écharpe, d'un pull léger et d'un blouson en plus de son uniforme, il ne craignait pas le froid, bien au contraire. Il adorait déambuler ainsi, ballotté par les éléments. Ses pas inconscients l'entraînèrent tranquillement près de la rivière Onose, son chemin habituel, et il s'arrêta quelques instants. Le regard perdu dans le ciel, il ne vit pas le temps défiler. Lorsqu'enfin il redevint maître de son esprit, il se mit à courir pour ne pas arriver en retard.

Ainsi il parvint en classe à l'heure et essoufflé. Sa course n'avait pas été si éreintante en fin de compte, mais il n'avait toujours pas récupéré la totalité de ses capacités physiques. Qui plus est, il était en train de perdre ses facultés de shinigami, ce qui n'arrangeait en rien sa convalescence. Ce fait le frappa plus qu'il ne l'aurait avoué, c'était la première fois qu'il se rendait compte d'un changement dans son potentiel. Arriverait bientôt le jour où il deviendrait un lycéen tout à fait normal, incapable de discerner un seul esprit. Il se demandait quel effet ça ferait, d'être coupé de cet autre monde. Allait-il se sentir seul ? Il y avait pourtant Orihime, Chad et Ishida, mais c'était différent. Il n'y avait pas Rukia. Rukia ! Il avait complètement oublié. Toute l'histoire lui revint clairement en mémoire.

A la pause de midi, il sortit de la salle avec empressement. Il n'avait pas beaucoup de temps pour se rendre à la boutique d'Urahara et joindre la Soul Society, et plus spécifiquement la petite shinigami. Néanmoins ses amis le rattrapèrent avant qu'il ne parte. Il croisa le regard soucieux d'Orihime, qui ne semblait pas avoir disparu depuis la veille lorsqu'ils s'étaient quittés. Il savait qu'elle s'inquiétait beaucoup pour lui, par rapport à toute cette histoire avec Aizen et la perte de ses pouvoirs. Il réalisait à quel point elle avait incroyablement mûri depuis sa captivité au Hueco Mundo. Elle devinait facilement lorsqu'il était troublé désormais. Mais elle s'inquiétait toujours trop. Seulement Ichigo ne savait pas quoi dire de plus pour la rassurer. Voyant qu'il l'observait avec une certaine gêne, elle demanda :

« Tout va bien Kurosaki-kun ? »

Il ne marqua aucune hésitation afin de laisser nulle place au doute dans l'esprit des autres. De toute façon c'était la vérité, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter à son sujet.

« Oui pourquoi ? »

Il avait réussi à la déstabiliser avec une réponse si hâtive et naturelle à la fois. Elle chercha ses mots, peinant à trouver une raison valable pour justifier son anxiété qui relevait plus d'une intuition.

« Heu… Tu semblais penser à autre chose en cours. »

« Kurosaki est toujours en train de rêvasser en cours de toute façon. » Coupa Ishida, avec ce ton qui paraissait plus sec et cassant qu'il ne l'était réellement.

Ichigo remercia silencieusement le Quincy, qui lui évitait toute bataille visuelle avec la jeune fille. Mais piqué par la remarque du garçon, il ajouta quand même en plissant les yeux, le défiant :

« Même pas vrai. »

Ishida l'ignora complètement. Et alors qu'ils se dirigeaient vers le réfectoire, Ichigo bifurqua à droite, vers la sortie, déclarant qu'il devait aller voir Urahara pour quérir des informations sur sa condition. Personne ne l'interrogea davantage.

-X-

Arrivé au magasin, Ichigo salua avec sa nonchalance usuelle les deux enfants qui nettoyaient l'intérieur, sans manquer de s'attirer une remarque désagréable du garçon à la tignasse rouge. Il vint à l'encontre du géant à la peau tannée qui travaillait également ici, et lui demanda où se trouvait le tenancier. Dans l'arrière boutique fut la réponse qu'on lui donna, comme toujours. L'adolescent s'avança, s'enfonçant plus amplement dans l'antre de l'homme au bob. Il s'apprêta à frapper le panneau coulissant, pour signaler sa présence, lorsqu'il entendit une voix féminine de l'autre côté, qui lui était d'ailleurs familière. C'était la pièce où Urahara recevait ses invités habituellement. Il hésita à déranger l'homme et son amie, soucieux d'interrompre une conversation qui semblait sérieusement officielle. Avant qu'il ne puisse se décider les voix se turent et il fut interpellé :

« Allons Kurosaki-san, ne fais pas ton timide, entre ! »

Ichigo s'exécuta, quelque peu surpris. Il allait saluer le propriétaire des lieux mais ses mots se mélangèrent lorsqu'il distingua à ses côtés la féline Yoruichi.

« Salut Ichigo. » Dit-elle avec plus de sérieux qu'habituellement, son sourire provocateur et son regard malicieux ayant disparus.

« Ah salut Yoruichi-san, qu'est-ce que tu fais ici ? » Demanda-t-il avec un naturel parfaitement retrouvé une fois la surprise passée.

« Je partais. » Dit-elle en se levant et en s'étirant.

Une expression rendue volontairement mystérieuse était peinte sur son visage. Elle sortit de la pièce de sa démarche incroyablement gracieuse et légère, sans quitter des yeux le jeune garçon. Lorsqu'elle fût partie, il esquissa un sourire. Frappé par son air troublé, il avait cru un instant qu'elle avait un problème, mais voilà qu'il était rassuré. Ce regard d'ambre rempli de promesses et de tentations plus subtiles et plus trompeuses les unes que les autres, non, tout semblait aller à merveille chez cette magnifique femme. Pour une fois que ses mimiques aguicheuses ne l'énervaient pas, il fallait en profiter. Peut-être était-ce parce qu'il devenait de plus en plus conscient que son quotidien allait changer. Que se passerait-il une fois qu'il aurait perdu ses pouvoirs ? Avec le temps, n'allait-il pas s'éloigner des personnes qu'il avait connu grâce à ses capacités de shinigami ? Alors il savourait ces instants, qu'il trouvait soudainement précieux.

Urahara l'invita à s'asseoir à sa gauche et lui demanda ensuite, coupant ainsi toute possibilité de question concernant la discussion précédente :

« Alors, comment vas-tu ? »

Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à s'inquiéter pour lui ? Il allait parfaitement bien. Sous le regard particulièrement insistant de l'homme aux cheveux d'un blond très clair, il se sentit oppressé et douta de la réponse à apporter.

« Heu ça va, pourquoi...? » Déclara-t-il finalement d'un ton suspicieux.

« Très bien ! Qu'est-ce qui t'amène ici dans ce cas, dis-moi ? »

« Je voulais savoir si je pouvais emprunter votre terminal pour contacter Rukia. »

« Oui bien sûr, c'est à quel propos ? »

L'adolescent hésita une nouvelle fois à parler de la scène à laquelle il avait assisté et surtout de la sensation qui l'avait envahi.

« Oh heu…c'est pour un renseignement, et aussi pour qu'elle demande à son capitaine si je devrais lui rendre son badge ou non. » Inventa-t-il sur le moment.

Après tout ce n'était peut-être rien, juste à cause de la fatigue. Ou alors ses pouvoirs déclinants avaient des effets secondaires. Sentant que le silence s'éternisait, Ichigo changea de sujet, trouvant même une faille pour assouvir sa fausse curiosité :

« Vous parliez de quoi avec Yoruichi-san ? »

« Oh, tu sais, du bon vieux temps, des affaires de la Soul Society, elle aime bien avoir mon avis parfois, et j'aime bien qu'elle me tienne au courant. » Déclara l'homme sur le même ton, avec cet air lui aussi mystérieux qui lui collait inlassablement à la peau.

Mais ce nouveau regard appuyé qu'il lança mit Ichigo mal à l'aise. L'atmosphère devint subitement lourde, dérangeante. Il détourna la tête et se dirigea vers le terminal. Il attendit qu'Urahara sorte de la pièce pour l'allumer et joindre directement celui de la treizième division, normalement placé sous la responsabilité du lieutenant ou du troisième siège.

« Ohé ? Rukia ? »

« Hé ! T'es qui toi ? »

C'était une voix masculine, pas du tout ce à quoi il s'attendait. Il ne distinguait rien, l'écran montrait une pièce éclairée par la lumière du soleil et remplie de plusieurs meubles, mais il n'y avait personne. Ichigo se pencha et se tortilla dans tous les sens, comme si cela allait lui permettre d'agrandir la vision et de découvrir l'individu à qui appartenait cette voix bourrue. Un homme apparut enfin devant l'écran, et le garçon se redressa. Il était brun, avec une barbichette, et sa tête était cernée d'un bandeau tressé. Il semblait faire son possible pour paraître professionnel, voire menaçant.

« Heu…Je cherche Rukia. »

« Ouais ben… »

« Sentarō pousse toi ! » Retentit une voix derrière lui, avant de laisser Rukia apparaître sur l'écran et pousser l'individu sans douceur.

« Hé Kuchiki te prends pas pour une chef maintenant que t'es lieutenant ! » S'écria l'homme, qui s'éloignait en massant son épaule, alors que l'irritation le gagnait.

Le jeune homme l'entendit pester même une fois qu'il eût disparu de son champ de vision. Il revint à lui quand la petite shinigami lui adressa la parole.

« Ichigo ! Il y a un problème ? Tu vas bien ? » S'empressa-t-elle de demander avec une pointe d'inquiétude.

« Oui oui ça va. Non pas de problème, enfin je crois. Je voulais juste te parler d'un truc. »

Il se gratta l'arrière du crâne, ne sachant par où commencer. Devait-il relater toute la scène ou juste la sensation qu'il avait ressentie ? Et le trou qu'il avait aperçu l'espace d'un millième de seconde sur la poitrine de la jeune femme ? Il était en train de douter de ce qu'il avait vu. Et si c'était juste ses pouvoirs qui déraillaient ? A cette pensée l'inquiétude l'envahit lui aussi, et son visage s'assombrit.

« Ichigo… » Commença la jeune femme, sans savoir comment interpréter ses propos.

Le sourire tendre qu'elle afficha déstabilisa le garçon. Il l'observa, comme s'il pouvait lire ses pensées rien qu'en la regardant, puis fronça les sourcils et opta pour un rictus déçu sous l'échec. Cette mimique peu sérieuse fit réaliser à la brune que son ami n'allait pas parler d'un sujet sensible, comme elle l'avait espéré.

« Hier, en fin d'après-midi, j'ai ressenti quelque chose de spécial. » Commença le rouquin, qui regardait le sol en face de lui, espérant y trouver les mots les plus justes pour décrire l'évènement.

Les traits de la jeune fille se teintèrent d'une ombre sceptique. La formulation était plus qu'intrigante et elle ne voyait absolument pas où il voulait en venir. Mais calme et patiente, elle attendit qu'il développe son propos.

« Je prenais un thé avec Inoue, et j'étais en train de regarder ces deux filles, enfin l'une était une jeune femme. Elles se ressemblaient beaucoup, l'autre devait être sa sœur. Et…Heu…pendant une seconde on aurait dit que la femme avait un problème. Elle s'est mise à suffoquer et j'ai vu une sorte de trou sur sa poitrine, comme un hollow tu sais. Enfin je ne suis pas sûr, ça n'a duré qu'un instant. Mais elle ne dégageait aucun reiatsu. Sauf que j'ai ressenti quelque chose qui émanait d'elle, comme si elle irradiait l'atmosphère d'une aura particulière. Quelque chose de sombre, d'oppressant et de menaçant. Ça m'a fait penser à mon propre hollow. »

« Tu crois que cette femme est un Arrancar ? »

« Je ne sais pas, c'était si brusque, ça n'a même pas duré une seconde. »

La shinigami adopta une position plus propice à la réflexion. Sa main gauche vint encadrer son menton tandis que l'autre soutint son coude. Cette histoire était véritablement intrigante, mais à part la proposition qu'elle venait de faire, elle ne voyait aucune autre réponse. Elle fit appel à sa mémoire, cherchant des évènements similaires dont la Soul Society aurait pu être témoin, mais rien ne lui vint. Ce ne devait pas être grand-chose de toute façon. Perplexe, Ichigo attendait qu'elle trouve une explication moins confuse que la sienne, mais il vit très bien que ses recherches étaient infructueuses. Il posa alors la question qu'il redoutait :

« Rukia, tu crois que le fait de perdre mes pouvoirs peut altérer mes sens ? »

Elle perçut le trouble dans la voix du garçon, ce qui lui provoqua un pincement au cœur, puis un deuxième car elle n'avait aucune réponse rassurante à lui offrir.

« Je ne sais pas, ça n'est jamais arrivé avant. Mais je ne crois pas que ce soit impossible. Tu devrais demander à Urahara-san. »

« … »

« Ne t'inquiète pas, si c'est le cas, ça disparaîtra avec tes pouvoirs. » Tenta-t-elle dans un effort chaleureux.

« Ouais t'as raison. Et sinon quand est-ce que tu revi… »

« Hé Rukia ! Le capitaine est revenu de sa réunion ! Ramène tes fesses pour le débriefing, on t'attend là ! » S'écria la même voix bourrue que précédemment.

« Désolée Ichigo, il faut que j'y aille ! »

« Attends qu'est-ce qui se passe ? »

« Un prisonnier s'est échappé du Nid de Vers la nuit d'avant-hier. Il faut absolument qu'on le retrouve. Je te laisse, on se voit plus tard ! Fais attention à toi. »

La transmission se coupa avant qu'il ait pu dire quoique ce soit. Interloqué par tant de précipitation il mit plusieurs secondes avant de reprendre contact avec la réalité. Derrière lui, la silhouette d'un homme avec un étrange chapeau en profita pour s'éclipser. Elle délaissa le rouquin à ses pensées pour regagner la boutique. L'homme au bob était loin de trouver cette nouvelle inintéressante. Et si cela avait un écho avec la conversation qu'il venait d'avoir en compagnie de son amie ?

« Donc, je présume que tu viens me voir à propos de cette histoire d'évasion, tu as appris quelque chose de nouveau ? »

« J'ai été voir Soifon hier soir. Elle devait faire un rapport ce matin même, mais elle connaissait déjà le nom du prisonnier manquant : Serah Farron. »

« Oh, intéressant. »

La jeune femme à la peau tannée était troublée, c'était évident, surtout pour lui. Cela leur rappelait de vieux souvenirs, et elle n'allait se dévoiler que s'il l'y invitait.

« Et tu penses que sa sœur pourrait avoir un rapport avec ça ? »

« Oui. »

« Mais je croyais qu'elle était… »

« Je sais, mais j'en suis certaine. Je le sens. » Le coupa-t-elle brusquement.

« Tu as eu des nouvelles d'Elle ? » Demanda-t-il après un certain temps.

Un soupir se dessina sur ses lèvres et elle répondit par un signe de tête négatif. C'est alors qu'ils aperçurent tous deux une silhouette masculine à travers le panneau coulissant. Ichigo ne tombait guère à pic.

Adossé à la devanture du magasin, Urahara se remémorait la scène une deuxième fois, plongé dans ses réflexions, en attendant que le garçon sorte. Le regard tantôt fixé sur le sol, tantôt vers les cieux, le tenancier appréciait de plus en plus la situation, sans se déloger lui aussi d'une pointe d'inquiétude, surtout si les hypothèses de Yoruichi étaient fondées. Le soleil était au plus haut, illuminant les habitants de la ville d'une chaleur illusoire. Un vent léger parcourait les rues à la recherche de quelques feuilles ou autres papiers à déranger. En somme il n'y avait rien à craindre, c'était une journée comme les autres. Lorsque qu'Ichigo le dépassa en le saluant, il l'interpella brièvement :

« Tu as eu ce qu'il te fallait ? »

« Oh, heu oui merci. A la prochaine. » Répondit-il rapidement, alors que le regard pesant du marchand ne le quitta que lorsqu'il eut tourné au bout de la ruelle.

« Tu es sûre d'avoir bien tout retenu ? »

« Mais oui, arrête de t'inquiéter. »

« Tu ne veux pas qu'on recommence une dernière fois ? »

« Claire ! »

C'était davantage un cri de lassitude qu'un véritable reproche. Toute la matinée elles avaient traité du même sujet, que Serah connaissait désormais par cœur, comme espéré. Ainsi elle avait réalisé que sa sœur avait tout prévu avant de venir la chercher : leur nouveau foyer, leur intégration, et presque leur quotidien. Cela avait grandement rassuré la jeune fille que de tels appuis soient fixés. Une nouvelle vie sans points de repère, une vraie galère. Prévoir les choses jusqu'au moindre détail, elle la reconnaissait bien là. Mais elles partageaient toutes deux cette tendance, bien qu'elle-même soit plus souple sur le sujet que son aînée.

« Bon, si ça peut te rassurer. » Ajouta-t-elle au bout d'un moment.

« Comment tu t'appelles ? »

« Serah Aj…Pourquoi est-ce que je dois changer mon nom de toute façon ? » Demanda-t-elle en soupirant.

« Simple précaution. Alors ? »

« Serah Ajima. »

« Bien. Ton histoire ? »

« Ma famille vient de déménager à Karakura à cause de la promotion de ma mère. Elle n'est quasiment jamais là à cause de son travail et mon père est parti quand j'étais petite. Ça sonne terriblement triste tu sais ? Je n'ai pas envie que les gens s'apitoient sur ma vie. »

« Serah ! »

« Oui, oui j'ai compris. Notre maison se situe non loin du centre ville et… »

« Ta maison. »

« Mais comment veux-tu que je fasse comme si tu n'existais pas ? »

« Repense au siècle que tu viens de passer, ça devrait t'aider. »

« Très drôle. Bon, ma maison se situe non loin du centre ville et je marche jusqu'au lycée. Heureusement qu'il n'est pas très loin. Tu sais que c'est franchement frustrant de me retrouver avec des lycéens ? »

« Il faut qu'on s'adapte si on veut se fondre dans la vie des humains. »

La future lycéenne imita son aînée en répétant ses propos avec une mimique ridicule, causant un air blasé sur le visage de celle-ci. Serah ne put retenir son rire et déclencha finalement celui de sa sœur. Ces instants leur avaient tendrement manqué. Claire ébouriffa les cheveux de sa cadette en lui offrant un malin sourire.

« Tu penses vraiment qu'ils vont croire que j'ai 16 ans ? » Reprit-elle un peu plus sérieusement.

« Serah, physiquement tu n'as pas l'air d'en avoir beaucoup plus, 18 peut-être, et mentalement… » Répliqua l'autre en affichant à son tour une grimace moqueuse.

« Eh ! » S'exclama la plus jeune en poussant légèrement l'épaule de sa sœur, non sans réprimer un air faussement choqué.

Claire se remit à rire sous l'œil ravi de sa complice. Puis elle retrouva son silence et l'expression inquiète qui allait de pair. Serah retint un soupir en voyant son aînée se faire autant de soucis. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Mais à bien y réfléchir, c'était aussi réciproque.

« Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer, même si je préfèrerai que tu sois là. »

« Tu sais bien que je ne peux pas. Moi, je fais assurément trop vieille pour une lycéenne ! Navrée. »

« Et en tant que professeur ? »

« Figure-toi qu'un faux CV est beaucoup plus difficile à réaliser qu'un dossier d'inscription. Et puis sincèrement, tu crois que je pourrais tenir une journée entière face à une vingtaine de gamins en pleine croissance hormonale ? Non merci, je passe mon tour. »

Le sourire de Serah s'élargit à cette pensée. La scène qui se jouait dans son esprit illustrant sa sœur comme enseignante était des plus amusantes. Connaissant la patience et la sociabilité de cette dernière, il serait étonnant que les élèves les plus turbulents ne quittent pas le cours par la fenêtre. Sans compter les plus entreprenants, qui repartiraient certainement avec un organe bien amoché. Elle ferait sans doute régner une discipline de fer dans sa classe, une autorité tyrannique au plus haut degré. Ou bien elle n'en ficherait pas une, absolument désintéressée de l'avenir d'une « vingtaine de gamins en pleine croissance hormonale ». Mais elle ne tarderait pas à se faire renvoyer, peu amusant. Bon sang, elle donnerait tout pour assister à un cours de sa sœur.

« Ne t'avise même pas de m'imaginer en tant qu'enseignante Serah. »

« De toute façon tu n'aurais plus d'élèves au bout d'une semaine. »

« Une semaine ? Tu es bien gentille. » Répliqua-t-elle malicieusement.

Elles restèrent plusieurs secondes à se contempler en silence, avant que la plus jeune, jetant un coup d'œil à l'horloge accrochée au mur de leur cuisine, ne déclare avec regret :

« Il faut que j'y aille. Tu vas en avoir pour longtemps toi ? »

« Je te l'ai déjà dit, j'ai plusieurs affaires à régler, alors je ne sais pas exactement. »

Elle observa sa grande sœur avec anxiété, puis se contint suite au regard appuyé qu'elle lui renvoya comme une réprimande. Elles en avaient déjà discuté c'est vrai. Claire avait été forcée de donner plus de précisions pour qu'elle cesse de la harceler, terriblement soucieuse de ce genre d'entreprise risquée qui, elle en était sûre, se répèterait fréquemment. Pourtant la jeune femme était restée très vague, mentionnant quelque vieille relation qu'elle devait absolument retrouver. Pas rassurée le moins du monde, elle avait pourtant abandonné la poursuite. Elle savait parfaitement que son aînée ne cesserait pas ses petites affaires, ses « précautions » qu'elle prenait pour la protéger. Elle savait aussi qu'elle faisait de son mieux, qu'elle se donnait corps et âme pour veiller sur elle. Elle se contentait donc de l'inciter à la plus extrême prudence. Serah craignait tellement que malgré tout ce qu'elle affirmait, sa sœur cède à la vengeance. C'est avec cette idée en tête qu'elle parcourait les rues de Karakura. Une raison de plus pour la pousser à s'intégrer le plus rapidement possible. Plus vite elles auraient d'attaches, moins le désir d'aller titiller la Soul Society ne démangerait Claire.

-X-

Serah retint son souffle. Elle sentit toute son assurance l'abandonner. 120 ans qu'elle croupissait dans les geôles du Nid de Vers. 120 ans sans vie sociale, si l'on excepte les contacts fragiles et méfiants avec les autres prisonniers, du moins ceux qui ne lui avaient pas semblé trop louches. Elle frémit à cette pensée. Elle avait attendu tout ce temps de voir à nouveau la lumière du jour, de toucher un autre être purement vivant, de retrouver une forme de chaleur corporelle, de l'étreindre pour ne plus jamais s'en défaire. Enfin, la liste était longue. Mais surtout, 120 ans qu'elle avait attendu de revoir sa sœur, maintenant au plus profond de son cœur l'espoir idyllique de revoir une seule fois son visage, de l'entendre murmurer des paroles réconfortantes et de pouvoir se réfugier dans ses bras. Bien sûr qu'elle avait vu son visage et entendu ses mots, mais ils n'étaient que le fruit de son esprit, faisant appel à son imaginaire pour repousser la folie. Et pourtant elle était revenue pour elle, sa source de lumière. Et elle avait confiance en elle. La jeune fille ne pouvait pas la décevoir, elle ne pouvait pas se dégonfler et rebrousser chemin. Néanmoins elle était toujours bloquée devant cette fichue porte. C'était ridicule. Elle pouvait entendre la voix du professeur faire son cours de l'autre côté. Il n'y avait pas d'autres bruits, la classe semblait paisible, ou en profonde léthargie. Délicatement, elle appuya sa tête contre l'obstacle et prit une grande bouffée d'air.

« Allez ma vieille, dis-toi que c'est la porte de la liberté. » Murmura-t-elle pour se donner force et courage.

Déterminée, elle frappa et attendit la phrase ultime qui démarrerait sa nouvelle vie.

« Entrez ! Ah, laissez-moi vous présenter votre nouvelle camarade, Serah Ajima. Merci de l'accueillir avec la plus grande gentillesse. »

Elle s'inclina dans un salut général et s'installa à l'endroit indiqué par l'homme, au fond de la salle. Elle se contenta de sourire aux regards curieux que certains lui lançaient et se tut, faisant mine d'accorder toute son attention au professeur qui attendait qu'elle soit à son aise pour que le cours puisse reprendre. Son regard fixé sur le tableau ne la trahissait pas, mais si l'on avait pu sonder son esprit, on aurait pu voir qu'elle était complètement ailleurs. Elle était extrêmement tendue et avait du mal à se concentrer sur autre chose que sa sœur et leur situation de fuyardes. Et si elle était en danger ? S'ils l'avaient trouvé ? D'ailleurs quand est-ce qu'il la trouverait à elle ? Serah savait très bien que ce n'était qu'une question de temps. Pourtant Claire sembler penser le contraire, à moins que ce ne soit seulement ce qu'elle voulait lui faire croire, ce qui lui ressemblait parfaitement, de vouloir la rassurer et l'envelopper dans un cocon, quelle que soit la situation. Alors combien de temps durerait cette mascarade qu'était la vie humaine à laquelle elle aspirait ? Qu'elle dure un jour ou une semaine, voire un mois, Serah avait décidé qu'elle la vivrait à fond. Un immense sourire s'étira sur ses lèvres, qu'elle dissimula partiellement derrière sa main, et son souffle, dans un élan naturel, sembla repousser les limites de sa cage thoracique. L'air de la liberté.

Un bruit sourd et un peu d'agitation attirèrent son attention. La porte venait de s'ouvrir brusquement, laissant apparaître un adolescent plutôt grand, aux cheveux flamboyants, et légèrement essoufflé.

« Vraiment désolé pour le retard. »

Même si le ton était sincère, elle le trouva bien nonchalant pour un élève en tort. L'enseignant ne lui accorda guère plus de quelques secondes d'attention. Visiblement il avait l'habitude. Le garçon prit place à son bureau usuel, près de la fenêtre, plusieurs rangs devant elle. Plus elle l'observait et plus elle lui trouvait quelque chose de familier. Une once de peur s'accrocha férocement à son estomac à l'idée qu'il puisse être un shinigami. Mais il n'y avait aucun moyen d'en être sûre tant qu'elle n'avait pas recouvré sa propre force spirituelle, que son emprisonnement avait sérieusement affaibli. Elle jura intérieurement contre sa faiblesse, elle était quasiment incapable de discerner un reiatsu.

Le cours s'acheva sans autre perturbation, et Serah fut l'une des premières à sortir de la classe. Mal à l'aise au milieu de tant de monde, elle préférait s'isoler et ne pas se faire remarquer. Dommage, car lorsqu'elle quitta la salle avec empressement, une main se posa sur son épaule. Elle frémit à ce contact, se crispa et recula instinctivement, presque en un bond, balayant d'un geste brusque l'importune. Elle se retourna et fit face à la jeune fille qui avait tenté de la retenir. Son expression surprise la convainquit qu'en effet, sa réaction avait été un peu trop hostile. Elle mit plusieurs secondes à détendre sa mâchoire alors que l'autre n'osait plus esquisser le moindre de mouvement.

« Vous m'avez fait peur, pardonnez-moi de cette réaction brutale. »

La rouquine qui se tenait devant elle tiqua sans qu'elle sache pourquoi, puis lui offrit un grand sourire.

« Oh ce n'est pas grave, c'est même à moi de m'excuser ! Je m'appelle Inoue Orihime. Je voulais juste te dire que si tu as besoin de quoique ce soit, n'hésite pas à me demander ! »

Prise au dépourvu par tant d'amabilité et d'énergie, ses muscles se relâchèrent. Et elle s'étonna même à engager la conversation avec la jeune fille, qui, il faut dire, lui facilitait la tâche tant elle semblait bavarde. Et puis, il fallait bien s'intégrer. Serah fit taire la méfiance qui guettait ses moindres réflexes quand une autre fille apostropha sa nouvelle camarade.

« Orihime qu'est-ce que tu fais ? Ah, t'es la nouvelle toi. Salut, moi c'est Arisawa Tatsuki. »

Elle lui tendit une main amicale, et Serah mit plusieurs secondes avant de réaliser qu'il serait impoli de ne pas la saisir. Elle frissonna de nouveau au contact de la poigne incroyablement ferme de la brune, qui lui offrit également un sourire confiant. Elle lui fit penser à Claire. La demoiselle aux cheveux roses se demanda si elle était tombée dans une école pour individus extra-sociables ou s'ils étaient ici naturellement avenants et chaleureux. En parlant de chaleur, bien qu'elle ait rompu le bref échange physique depuis plusieurs secondes, elle ressentait encore le contact brûlant au creux de sa paume. Son visage s'assombrit imperceptiblement. Claire ne recelait pas autant de chaleur, et encore, elle en dégageait seulement grâce à son Gigai. Eux étaient de vrais humains. La différence pinça le cœur de la jeune fille et elle sentit une vague de haine à l'égard de ceux qui avait privé sa sœur de cette autre trace d'humanité.

Après avoir dû longuement justifier son retard auprès de son professeur, encore une fois, Ichigo sortit le dernier de la classe. Son regard tomba sur la petite bouille d'Orihime et le visage décontracté de Tatsuki. Dos à lui se tenait une autre fille qu'il n'avait même pas remarquée jusqu'alors. A croire qu'Ishida avait raison, et qu'il avait la tête perchée sacrément haut dans les nuages parfois. Mais cette chevelure à la teinte si particulière lui fit l'effet d'un électrochoc. Sans égard pour la politesse ou autre décence, il bondit sur la demoiselle et, une main sur son épaule, l'obligea à se tourner vers lui. Serah ressentit un poids inconnu enserrer son épaule droite avant de virevolter contre son gré. Elle contempla avec effroi le garçon qui venait l'agresser. Elle retint immédiatement sa respiration. Ça y est, ils l'avaient trouvé. Elle avait nettement ressenti son reiatsu au moment où il l'avait touché et elle pouvait affirmer qu'il était semblable à celui d'un shinigami, différent certes, mais suffisamment similaire pour qu'elle prenne ses jambes à son cou sans se poser d'autres questions. Pourtant, toujours sous l'emprise du jeune homme, elle ne bougea pas, paralysée par la terreur.

« Ah merde, c'est pas la bonne. » Murmura le garçon pour lui-même, surpris.

Il se recula et gratta l'arrière de son crâne d'un air pensif. Mince alors, il était persuadé qu'il allait revoir la femme de l'autre jour, et pourtant ce n'était que la fille qui l'accompagnait. Au même moment où il éprouva de l'embarras pour lui avoir sauté dessus comme un sauvage et voulut s'excuser, un poing s'écrasa brutalement sur sa joue droite. L'impact fut si puissant qu'il recula de plusieurs pas maladroits, trébucha, et s'étala au sol. La jeune fille brune qui avait bousculé Serah pour se placer entre elle et le garçon se rapprocha de celui qu'elle avait envoyé au sol, alors qu'il se relevait, non sans masser sa joue furieusement.

« Bordel Tatsuki mais qu'est-ce que… »

« Non mais tu te crois où pour sauter sur les gens comme ça Ichigo ! Ça va pas ou quoi ! Dépêche-toi d'aller t'excuser sale brute ! »

« Mais c'est ce que j'allais faire ! » Grogna l'adolescent une fois sur pied.

Un second coup vint le cueillir en plein dans l'estomac.

« Et en plus tu réponds ? Arrête de marmonner ! »

Plié en deux, il articula une réplique avec toutes les difficultés possibles, ce qui eut pour effet de raviver le courroux de la combattante. S'ensuivit alors une joute verbale, violente et bruyante à en faire trembler les murs de tout le bâtiment. Serah, dont le cœur avait cessé toute activité l'espace d'un instant, souhaitait toujours fuir, mais le torrent d'émotions qui ravageait son cerveau l'en empêchait. La peur s'accrochait encore à son estomac, la surprise et la confusion se battait pour le contrôle de son esprit. Adieu tout raisonnement logique. Un murmure doux perça soudainement ce tohu-bohu.

« Je sais que tu dois penser le contraire, mais il n'est pas si méchant qu'il en a l'air… Et puis ne t'inquiète pas Ajima-san, c'est toujours comme ça entre eux. »

C'était la jeune rousse qui tentait de la rassurer. Elle ne sut pas vraiment comment prendre l'information, mais elle apprécia l'initiative. Elle commença à douter de l'attitude à adopter. Sa méfiance remontée à l'extrême, elle luttait intérieurement pour calmer les battements de son cœur affolé. Elle devait retrouver son calme et la raison qui allait avec au plus vite pour tirer ça au clair et éviter toute erreur.

« Cesse d'effrayer les gens ! T'as fait peur à la nouvelle idiot ! »

L'adolescent s'immobilisa instantanément, il l'avait complètement oublié. Il croisa alors l'air particulièrement choqué de la jeune fille qu'il avait un peu brusqué, et celui confus d'Inoue, qui hésitait entre s'enquérir de l'état d'Ichigo, calmer son amie, et continuer à rassurer la jeune fille. Il se dirigea vers cette dernière, lentement lorsqu'il vit à quel point elle était crispée.

« Ecoute je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je suis Kurosaki Ichigo. »

Elle le contempla en silence, cherchant à savoir s'il représentait une quelconque menace. Mais il semblait sincère, et si elle persistait à se montrer ouvertement hostile, elle allait attirer plus d'attention que nécessaire de la part de ses nouveaux camarades.

« Serah Ajima. » Répondit-elle prudemment, toujours sur la défensive.

« Désolée pour ça Ajima-san, ce grand garçon a encore besoin d'éducation. » Déclara Tatsuki alors qu'elle se plaçait aux côté du rouquin et enserrait son épaule de sa poigne particulièrement ferme, le faisant gémir de douleur.

Ichigo se dégagea avec un nouveau grognement et changea de sujet pour détendre la jeune fille, qui ne le quittait pas des yeux. Il ne pouvait l'en blâmer après tout. Il lui demanda subitement si elle souhaitait déjeuner avec eux, déclenchant la surprise de ses deux amies, lui qui se montrait rarement aussi sociable. Elle accepta timidement, et Orihime relança la conversation avec enthousiasme. Il retint un soupir de soulagement et laissa son regard dériver alors qu'il songeait encore à la scène à laquelle il avait assisté hier. Il avait besoin de cette fille pour pouvoir se renseigner sur la jeune femme avec qui elle était.

Serah sentit une pointe de fierté monter en elle. L'histoire que sa sœur avait inventé semblait marcher à la perfection. Et même si elle s'attirait un peu trop de compassion à son goût de la part de la rouquine, elle était satisfaite. Elle était toujours sur ses gardes quant au jeune homme, mais elle se disait qu'au moins, s'il tentait de l'attraper, la brune l'en empêcherait suffisamment longtemps pour qu'elle puisse s'enfuir. De nouveau sereine, elle se laissait aller et redécouvrait les joies d'une conversation simple et légère avec d'autres individus. La dénommée Orihime ne cessait de l'interroger sur ses préférences, ses goûts alimentaires surtout. Elle semblait particulièrement expressive et réussit à la mettre à l'aise sans problème. Serah se sentait reconnaissante envers elle rien que pour ça et commençait à éprouver un réel intérêt à son sujet. L'autre jeune fille, quelque peu intimidante et brusque dans ses répliques, dégageait malgré cela une certaine sympathie, elle ressemblait vraiment à sa sœur. Elle semblait plus à l'écoute et se contentait d'ajouter quelques mots à leur dialogue, en réprimandant parfois son amie sur le fait qu'elle parlait beaucoup trop et qu'elle ne laissait pas le temps à Serah d'en placer une. Ce qui n'était pas faux, mais qui arrangeait parfaitement la lycéenne, qui allait tomber à court d'idées si la conversation s'ensuivait avec autant d'entrain. Elle se basait sur ses souvenirs pour répondre à son interlocutrice, mais avec le temps beaucoup s'étaient évaporés.

« Alors, Serah, c'est ça ? Tu vis juste avec ta mère ? Tu n'as pas de frères ou de sœurs ? » Demanda Ichigo, avec un air et un ton faussement distraits, profitant d'un rare instant de silence.

La demoiselle se sentit rougir face à la familiarité du garçon, mais répondit avec naturel :

« Non, je n'en ai pas. »

« Oh. Et tu n'as pas de cousins dans le coin ?» Ajouta-t-il avec nonchalance, sans laisser paraître sa curiosité.

« Non plus. Ils habitent loin d'ici, et nous ne sommes pas très proches d'eux de toute façon. Ma mère est tout pour moi. »

Soit elle mentait et la femme qu'il avait vu avec elle n'était pas de sa famille, soit ce n'était pas la même fille qu'hier. Dans les deux cas, vu la ressemblance, il en doutait fortement. Il ne restait plus qu'une option : la jeune fille dissimulait intentionnellement son existence. Peut-être un drame familial, ou quelque chose du genre. Cette femme était peut-être une criminelle… Ichigo se reprit, chassant cette idée fantaisiste en se traitant mentalement d'idiot, mais ne réprima pas le sourire qui lui vint. Il n'avait même pas remarqué le regard suspicieux que la nouvelle lui avait lancé suite à sa demande. En effet, Serah avait pertinemment entendu le murmure du garçon, auparavant. Il l'avait certainement confondu avec sa sœur. Mais pourquoi la cherchait-il dans ce cas ? Impossible que la Soul Society puisse s'intéresser uniquement à Claire et pas à elle, si seulement ils avaient découvert qu'elle était derrière l'évasion. Et puis où avait-il rencontré sa sœur d'abord ? Elle ressentit presque une pointe de jalousie à l'idée qu'ils puissent s'être rencontrés et qu'elle ne se soit pas donné la peine de lui en parler. A moins qu'il ne l'ait vu à son insu. Autant dire qu'elle allait garder un œil sur l'adolescent afin de découvrir ses motivations.


Chapitre nettement plus long, c'est que ça commence à devenir sérieux tout ça… Promis, enfin de l'action et un peu de révélations au chapitre suivant !