Caroline resta immobile pendant une minute.
"Ok...Quoi?"
"Je viens avec toi. Allez, Blondie. Ce sera beaucoup plus marrant ainsi."
Elle souleva un sourcil. "Marrant pour qui?"
Il soupira et déposa son sac sur le sol. "Ok, manifestement je vais devoir te convaincre."
Elle rit. "Et ca t'étonne? Tu as vécu comme un ermite ces derniers mois, et soudain te voilà tout excité de partir à New York...avec moi ?"
Il lui fit un sourire en coin, le genre de sourire qui faisait toujours son petit effet sur elle.
Elle ne bougea pas, le regardant avec un air interrogateur.
Bon à savoir : le sourire super charmant ne marchait plus avec Caroline. Bien noté.
"Bon, écoute...j'en ai marre de cette ville. J'ai besoin de quelque chose de nouveau. Puisque tu pars à New York, j'ai pensé que c'était la parfaite opportunité."
"Et que feras-tu une fois là-bas?"
Il haussa les épaules. "Je n'ai pas encore décidé."
Elle hocha la tête. "Donc en fait, tu as juste besoin que je t'emmène, et une fois sur place on ira chacun de notre côté?"
"Si c'est ce que tu veux," dit-il avec un sourire ironique.
Elle n'avait pas vraiment été très enthousiaste à la perspective de voyager toute seule jusque New York, alors ce serait sympa d'avoir de la compagnie. Même s'il s'agissait de Damon Salvatore et qu'elle aurait probablement envie de lui planter un pieu dans le coeur avant qu'ils ne rejoignent l'Etat voisin.
"Ok. Mais on part tout de suite."
Il ouvrit les bras. "Je suis prêt."
Elle sortit de la maison, ouvrant le coffre pour qu'il puisse y déposer son sac. Quelques minutes plus tard ils étaient sur la route.
Caroline avait décidé de rouler d'une traite jusque New York, et maintenant qu'ils étaient deux ils pouvaient se relayer derrière le volant.
L'atmosphère était un peu guindée. Elle n'avait plus l'habitude de se retrouver si près de Damon. Quand elle se rendait à la pension c'était juste pour vérifier qu'il était encore 'en vie' et lui apporter du sang, et elle ne s'attardait la plupart du temps que quelques minutes. A ce moment-là il était d'une perpétuelle humeur sombre et elle n'avait pas envie d'y être entraînée.
Elle le regarda discrètement, admirant son profil (bien qu'involontairement bien sûr). Il était habillé tout en noir, comme d'habitude, propre et frais. Il sentit son regard et se tourna vers elle, son regard bleu rencontrant le sien.
"Quelque chose te préoccupe, Blondie?"
"As-tu dit à quelqu'un que tu partais?"
Il secoua la tête. "Non."
Elle le regarda, incrédule. "Vraiment? Alors personne ne va te manquer?" Elle pensait à quelqu'un en particulier, bien sûr, et il comprit visiblement de qui elle parlait, mais il préféra l'ignorer.
"Personne. Et toi?"
"Bonnie va me manquer, et Elena aussi, probablement. Mais je me passerai très bien de tout le mélodrame de l'année dernière." Elle lui jeta un coup d'oeil."Stefan me manque."
Il regardait par la vitre, et pendant un instant crut qu'il ne l'avait pas entendue, mais il murmura, "Moi aussi."
Il s'éclaircit la gorge et se tourna à nouveau vers elle. "Alors, où as-tu prévu de loger?" lui demanda-t-il dans l'intention évidente de changer de sujet.
"J'ai réservé un hôtel pas cher pour les premiers jours et je vais essayer de trouver un appartement dans le Village...peut-être trouver un colocataire, je verrai quand les cours commencent si quelqu'un cherche comme moi."
"Avec quel argent?"
"J'ai quelques économies, et ma mère m'en a donné un peu. Je devrai aussi trouver un job, évidemment."
Damon lui lança un regard interrogateur. "Tu crois vraiment que tu pourrais partager un appartement avec une autre fille sans qu'elle découvre que tu es un vampire?"
Elle sourit. "Pourquoi tu pense automatiquement que ce sera une fille? Je pourrais partager avec un garçon."
Il leva les yeux au ciel. "Voyons, Caroline, si tu partages un appartement avec un type, il va forcément vouloir te sauter dessus à un moment ou à un autre."
"Et alors? S'il est mignon, c'est pas grave."
"Vraiment? Tu t'enverrais en l'air avec un type que tu connais à peine juste parce qu'il est mignon?"
Elle le regarda innocemment. "C'est ce que j'ai fait avec toi."
"Oui, mais je t'avais hypno..." il ne termina pas la phrase, comprenant qu'elle l'avait eu. "Laisse tomber," dit-il rapidement, et il eut même la bonne grâce de paraître vaguement gêné. "Tu n'as pas vraiment répondu à ma question."
"C'est parce que je n'y pas encore vraiment réfléchi," confessa-t-elle. "Tout ce que je voulais c'est partir de Mystic Falls et je n'ai pas tout préparé en détail, c'est vrai. Mais je suis une fille débrouillarde et je trouverai quelque chose," finit-elle d'un ton confiant qu'elle avait visiblement répété devant son miroir.
"Et bien," dit-il avec un sourire suffisant, "Grâce à moi tu vas faire des économies. J'ai un appartement à Manhattan, et tu peux y rester aussi longtemps que tu veux. Pas besoin de me remercier."
Un peu choquée, elle demanda, "Tu veux dire, vivre avec toi?"
"Tu viens de dire que tu voulais bien partager avec un garçon."
Elle lui jeta un regard entendu. "Je ne sais pas, Damon. Est-ce que tu ne va pas vouloir me sauter dessus à un moment ou à un autre?"
Il eut un sourire narquois. "Très drôle, Barbie, vraiment très drôle. Alors, qu'est-ce que tu en dit?"
"C'est où?"
"Au coin de la Cinquième et la 63ème rue. En face de Central Park. A proximité de pleins de magasins."
Elle ne put s'empêcher de rire. "Tu sais quels mots employer pour atteindre le coeur d'une fille, Damon Salvatore. Ok, c'est bon. Mais seulement jusqu'à ce que je trouve quelque chose."
"Evidemment. Une fois que tu seras installée, ce sera chacun pour soi."
Mais il avait l'air très content de lui, et elle se demanda s'il la laisserait se débarrasser de lui aussi facilement. Elle aurait donné une bonne partie de ses économies pour savoir exactement ce qu'il se tramait dans sa jolie petite tête.
Il était tard lorsqu'ils arrivèrent à l'appartement de Damon. Il était situé dans un des étages les plus élevés, et malgré qu'il fasse trop sombre pour admirer la vue sur Central Park, Caroline était déjà fort impressionnée par la décoration élégante et l'atmosphère confortable qui y régnait. L'appartement avait deux grandes chambres et Caroline était impatiente de s'allonger dans le grand lit douillet.
"C'est génial," dit-elle à Damon et il la regarda avec un sourire taquin.
"Tu te prends déjà pour Blair Waldorf, je parie."
Elle lui lança un regard impertinent. "Je le pourrais, mais tu n'es pas vraiment Chuck Bass, Damon."
Il posa une main sur sa poitrine, l'air faussement offensé avant de disparaître dans la salle de bain.
30 minutes plus tard ils étaient assis sur le divan, buvant un peu de sang. Caroline ne put s'empêcher de sourire. Elle était enfin à NYC, dans un magnifique appart', prête à entamer l'université de ses rêves. Bien sûr, lorsqu'elle avait imaginé cela dans sa tête, Damon Salvatore n'était pas vraiment sur la photo. Mais il s'était montré de bonne compagnie jusqu'à présent, et elle ne vit aucune raison de se plaindre. Et puis elle devait bien admettre qu'elle était contente de ne pas être seule pendant ses premiers jours ici.
Elle bailla et se leva.
"Je vais au lit. Merci de me laisser crécher ici."
Il sourit. "Mais de rien, Blondie. A demain."
Elle déposa son verre sur le comptoir de la cuisine et était sur le point de rentrer dans sa chambre lorsqu'il la rappela.
"Caroline?"
L'utilisation de son prénom semblait toujours étrange dans sa bouche. Et cela ne manquait jamais de provoquer des petits papillonnements dans son estomac.
Elle se tourna vers lui. Il la contemplait avec un air sérieux.
"Merci de ne pas avoir laissé tomber," dit-il et bien que son ton soit neutre, elle savait qu'il avait été blessé par le désintérêt des autres après le départ de Stefan.
"De rien, Damon," répondit-elle doucement avant de fermer la porte.
Damon éteignit la télévision mais resta dans le divan quelques minutes. Il se demandait un peu ce qu'il faisait là. Il se demandait surtout ce qu'il faisait là avec Caroline Forbes.
Sa décision avait été impulsive. Lorsqu'elle avait mentionné son départ pour NYC, il avait pensé, pourquoi pas? Stefan parti, rien ni personne ne le retenait à Mystic Falls. Et il avait bien besoin de changer d'air.
Partager son appartement avec Vampire Barbie, ne faisait pas vraiment partie de son plan initial, c'était juste venu spontanément lorsqu'elle lui avait parlé de loger dans un hôtel. Après tout, c'était une amie (en quelque sorte...)et il n'aimait pas trop l'idée de la savoir arpenter les rues ne New York toute seule. Elle venait d'une petite ville, et le fait d'être un vampire ne la rendait pas invulnérable. Qui sait ce qui se tramait dans ces grandes villes ?
Et puis elle s'était montrée plutôt amusante en venant ici, avec ses idées farfelues et son rire contagieux. Aussi choquant que cela puisse paraître, il avait apprécié sa compagnie.
Mais maintenant il fallait qu'il trouve quelque chose à faire.
Il jeta un regard à la porte de Caroline, et sourit lorsqu'une idée lui vint à l'esprit.
Les semaines suivantes furent assez occupées. Ils consacrèrent les premiers jours au courses, alimentaires et autres, et faire visiter la ville à Caroline. Elle avait été surprise quand Damon lui avait proposé de l'emmener , et avait accepté avec plaisir. Il était venu à New York à plusieurs reprise depuis un siècle, et avait plein d'anecdotes amusantes à raconter.
Elle ne s'était pas attendue à passer un aussi bon moment avec lui. Tellement d'ailleurs qu'elle était de moins en moins motivée de trouver un endroit à elle.
Elle en avait visité quelques-uns mais aucun ne lui avait plu. Elle était consciente qu'elle ne pouvait s'empêcher de les comparer à celui de Damon, et ce n'était pas la chose raisonnable à faire. Mais elle ne se voyait pas vivre toute seule dans un de ces endroits.
Allez, soyons honnête. Elle s'était déjà habituée à vivre avec cet arrogant, insupportable emmerdeur égoïste aux yeux bleus.
Damon et son appartement chic de la Cinquième avenue avaient ruiné tous les autres.
10 jours avant le commencement des cours, elle se rendit au FIT pour vérifier que tout était en ordre avec son inscription et mettre une requête pour un colocataire sur le tableau des messages. Damon l'accompagna et disparu quelques minutes pendant qu'elle punaisait sa demande. Elle le vit ensuite revenir avec un tas de papier dans les mains.
"C'est quoi?"
"Mon inscription. Je vais suivre des cours ici," répondit-il avec un air satisfait qui disparut dès qu'elle éclata de rire.
"Toi? Tu va suivre des cours ici?"
"Qu'est-ce que cela a de si drôle?" demanda-t-il un peu vexé. "Ce n'est quand même pas à toi que je dois rappeler que certains des plus grand stylistes sont des hommes? Comme ce Français qui dessine ces chaussures que tu adores?"
Elle sourit. "Christian Louboutin."
"C'est un homme, non? Ces chaussures ont l'air super inconfortables, d'ailleurs."
"Ok, tu marques un point. Quel branche as-tu choisi?"
Il regarda son papier. "Vente et Marketing International pour les Industries de la Mode. Impressionnant, hein? Ne t'en fais pas, je n'ai pas l'intention de dessiner de la lingerie fine . Je me contenterai du côté financier."
"Pourtant je suis sûre qu'ils n'acceptent plus d'inscription. J'ai envoyé la mienne il y a un an au moins," dit-elle avec un sourire entendu car elle connaissait déjà sa réponse.
Il sourit. "Avec un peu de 'persuasion', il y a toujours de la place pour un de plus."
Elle se mit à rire, mais sans se moquer cette fois-ci, étrangement excitée à l'idée de partager l'année scolaire avec lui, même s'ils n'auraient pas de cours en commun. Elle le regarda avec tendresse pendant qu'il parcourait ses papiers, apparemment très satisfait de lui-même.
Une pensée lui traversa l'esprit. "Attends...tu n'es jamais allé à l'université?"
Il secoua la tête. "Non, c'était plutôt le truc de Stefan. Mais il n'est jamais trop tard, juste?"
"Allez avoue, tu le fais pour pouvoir draguer des filles, non?"lui demanda-t-elle avec un sourire taquin.
Il haussa les épaules et sourit. "Ça fait partie de l'apprentissage, non?"
Il sortirent sur la 7ème avenue, se dirigeant vers la station de métro la plus proche.
"Tu sais," dit-elle soudain, "C'est dommage pour la lingerie fine. Je t'aurais fait un petit défilé."
Elle descendit les escaliers et il s'arrêta, ébahi. Il la regarda alors qu'elle se retournait pour l'attendre, le même sourire taquin toujours planté sur ses lèvres.
Mince. Depuis quand Caroline Forbes était-elle devenue si...séduisante?
C'était la fin de l'été et le début des cours, et Caroline n'avait toujours rien trouvé. Elle s'était fait quelques amis mais aucun d'eux ne cherchaient une colocataire. Et elle ne pouvait se permettre de louer seule les appartements qu'elle avait visité.
Damon ne lui demandait rien, et elle lui en était reconnaissante. Un matin elle aborda le sujet au petit déjeuner.
"Ecoute, si tu me laisses encore quelques semaines, je pourrai trouver un boulot et aurai de quoi payer un appartement correct. C'est ok pour toi?"
Il posa son journal sur la table. "Est-ce que je t'ai demandé de déménager?" dit-il en soulevant un sourcil.
"Non, mais c'est ton appart, Damon, et je comprendrais que..."
"C'est bon, Blondie," l'interrompit-il, "Tu sais que tu préférerais rester ici. Et tu sais quoi ? J'aime bien t'avoir ici. J'espère que tu as bien entendu parce que je ne le répéterai pas. Jamais."
Elle sourit. "J'aime être ici."
Il lui lança un regard entendu. "Très bien, alors c'est réglé."
Il reprit son journal et Caroline masque son sourire derrière sa tasse de café. Effectivement, c'était réglé. Elle allait à l'université avec Damon Salvatore. Elle allait vivre de façon permanente avec Damon Salvatore.
Elle n'arrivait pas à décider si c'était fantastique ou catastrophique.
Probablement un peu des deux.
