Chapitre 6 - Rapprochements et ronronnements
Le lendemain matin, Severus se réveilla comme à l'accoutumé. Avec son livre sur le coin de l'oreiller et la fameuse bosse matinale dans son lit. Il se fit un petit ridiculus mental sur l'image d'Hagrid et il put se lever frais et dispos quelques instants après.
Il commençait sa journée avec le cours de Soins aux Créatures Magiques. Il en profiterait pour faire le plein d'images du garde chasse pour les matins à venir.
Au moins, puisqu'il s'y rendait avec Malefoy, Parkinson et Zabini, il n'avait pas besoin d'être affublé de ses deux molosses. Bullstrode était aussi avec eux, mais elle tenait Parkinson un peu à l'écart et chuchotait pour que Severus ne puisse entendre.
Rendu à la cabane du garde chasse, il vit que le trio d'or était déjà aux côtés du professeur. Hermione fit un signe de main à Severus. Ron et Harry le toisèrent du regard pour qu'ensuite, Hermione leur fasse de gros yeux de remontrances. Les deux garçons penauds regardèrent leurs pieds.
Severus en fut ébahi! Elle avait vraiment réussi à dompter ces deux véracrasses. Bien qu'il se sentait important de se promener avec des gardes du corps, il serait quand même plus libre de ses mouvements sans eux.
Durant le cours, il put constater qu'Hagrid était des plus déstructuré comme professeur. Il demandait aux étudiants de nourrir des strangulots en omettant de leur mentionner que ces bestioles pouvaient vous bouffer un bras si vous ne faisiez pas attention. De plus, presqu'aucun étudiants ne participaient au cours. Mis à part le trio d'or dont Hagrid ne portait attention qu'à eux, les autres étudiants se tenaient en retrait. Il examinait Granger qui se complaisait à répondre aux questions d'Hagrid. Elle pouvait bien rafler les points de ce cours, il n'avait aucunement l'intention ni l'envie d'y participer.
Quand il se retourna vers ses camarades serpentards, ceux-ci cessèrent leur messe basse pour prendre une attitude plus décontractée. Seule Millicent avait l'air d'être tenue à l'écart du groupe et semblait être en froid avec eux.
Severus avait maintenant deux principaux suspects pour être le conspirateur d'une nouvelle aire de terreur. Malefoy était son choix numéro 1, son père ayant été le bras droit de Voldemort, sinon Bullstrode était candidate numéro 2 puisqu'elle semblait regretter l'ancien règne.
Il se tint donc près d'eux le reste du cours dans l'espoir d'entendre une bribe de conversation compromettante, mais mis à part des commentaires déplacés sur Granger la Sang-de-bourbe, il ne put tirer rien de concluant.
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Le cours d'après-midi était Arithmancie. Il se rendit donc seul vers la classe, Malefoy ayant dégagé de leurs fonctions les deux gardes du corps. Au détour du couloir, il vit Harry et Ron qui quittaient Hermione devant la salle de classe. En les croisant, Ron lui tira la langue mais Harry le dévisagea. Severus regarda ses pieds, non pas qu'il se sente intimidé, mais pour éviter qu'Harry puisse se rappeler où il avait vu son visage.
La porte de la classe était encore fermée et Hermione attendait patiemment devant.
- Tu sais, tu n'as plus rien à craindre de la part de Ron, il m'a promis qu'il ne te ferait plus rien.
- Euh, faut-il que je te remercie d'empêcher ton petit ami de me défigurer…
- En fait, moi aussi je voulais te remercier. J'ai bien vu que tu m'as laissé répondre ce matin au cours. Aussi, j'aimerais bien suivre ton conseil et innover, mais je ne sais pas quoi je pourrais bien innover ou inventer?
Il avait le goût de lui répondre qu'elle pourrait inventer un soin capillaire pour sa tignasse broussailleuse, mais ç'aurait été trop facile et encore une fois, trop mesquin. Il lui trouva une autre idée.
- Je vois que tu as toujours le nez dans tes livres. Pourquoi ne pas essayer d'inventer un nouveau sort qui ferait en sorte que le livre soit lu automatiquement à voix haute pour te permettre de faire d'autres choses simultanément, ce qui te ferait gagner du temps. (Comme dompter sa tignasse, mais encore une fois, il garda ce commentaire pour lui).
- C'est une excellente idée et un nouveau projet dont je vais m'investir à fond! dit-elle toute excitée.
Severus remarqua qu'elle avait un sourire éblouissant et le regard éclatant, mais ne put la contempler que quelques instants puisque Malefoy et Parkinson tournaient le coin au même moment.
- Hé Steven! Qu'est-ce qui te prend de causer à une Sang-de-bourbe? À moins que ce ne soit pour l'insulter ?
Severus avait beau être directeur des serpentards, il n'approuvait aucunement l'attitude de ses élèves et ces insinuations sur les sang-mêlés et les nés-moldus. Il avait jadis regretté très amèrement d'avoir traité une amie de sang-de-bourbe, mais il fallait bien qu'aujourd'hui il joue le jeu. Sans se compromettre et sans être trop odieux, il répondit tout simplement à Pansy :
- Voyons, tu te doutes bien qu'elle me demandait des conseils sur la potion de Negaveleno.
Par chance, la porte de la classe s'ouvrit, empêchant une réplique quelconque. Malefoy entraîna encore une fois Severus à un bureau dans le fond de la classe.
Le cours lui parut long et fastidieux. La professeur Vector donnait énormément de matière à retenir, ne faisant nullement participer les étudiants et demanda un devoir exigeant d'au moins trois longueurs de parchemin. Ce coup-ci, Malefoy n'engagea aucune conversation, trop occupé à prendre des notes. Severus, pour sa part, jetait souvent des regards vers une tête bouclée située à l'avant de la classe. Il ne se comprenait pas lui-même, mais il espérait qu'elle était aussi brillante qu'elle le prétendait et qu'elle ait compris qu'il n'avait pas voulu l'insulter.
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Au repas du soir, Severus ne se sentait pas trop dans son assiette. Jusqu'à maintenant, il nourrissait bien quelques soupçons, mais cette mission permettait bien plus à ses mauvais souvenirs d'adolescent de refaire surface. Il devait admettre à contrecœur que dans le cours de la vieille folle de Trewlaney avec ses tasses de thé, Pansy avait interprété que les douleurs du passé viendraient le hanter. S'il se fiait à la suite, il vivrait un échec. Autant abandonner la mission tout de suite, enfin, si on croyait à tout ce que cette vieille folle déblatérait. Par chance, durant sa conversation avec Malefoy, Pansy parla un peu trop fort.
- Je crois que notre conspiration est sur la bonne voie. AIE! Pourquoi m'as-tu donné un coup de pied Drago?
- De quelle conspiration parlez-vous? se permit de demander Severus puisque Pansy lui avait ouvert la porte.
Drago fusilla méchamment Pansy du regard et celle-ci se recroquevilla sur son banc, le rouge lui montant aux joues. Ensuite, il se tourna vers Severus.
- Elle ne parle de rien de bien particulier et ça ne te concerne pas. Viens avec moi Rodrigue, on va aller faire notre devoir d'arithmancie dans ma chambre de préfet.
Severus suivit docilement Drago. Maintenant, il en était certain, Malefoy et Parkinson faisaient partie de la nouvelle conspiration. Ne restait qu'à découvrir ce qu'ils complotaient. Pansy avait l'air beaucoup plus encline à s'échapper. Elle était maintenant sur ses gardes, mais en laissant le temps un peu s'écouler, elle la baisserait et il pourrait en profiter pour lui tirer subtilement les vers du nez.
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La salle commune des appartements des préfets en chef était décorée de tons neutres de beige, après que Dumbledore eut tranché sur la décoration, les deux occupants ne pouvant s'entendre sur les couleurs de cette pièce. Trois divans étaient placés en demi-lune devant le foyer. À chaque extrémité de la pièce se trouvaient des portes menant aux chambres privées des préfets et une autre porte au fond donnait sur la salle de bain.
En entrant, les deux serpentards virent Hermione déjà installée sur le divan de gauche, celui attenant à sa chambre, concentrée sur son devoir d'arithmancie.
- Granger, t'invite toujours Weasmoche à venir polluer l'air ici, je me suis donc permis d'inviter mon ami Rodrigue à faire ses devoirs avec moi.
Hermione leva les yeux de son devoir, pour y retourner un instant après sans avoir dit un mot.
- Installe-toi confortablement, dit Drago à Severus tout en s'étendant lui-même de tout son long sur le divan situé à droite, laissant à Severus celui du milieu, face au foyer.
Pendant les trente minutes qui suivirent, les seuls bruits qui comblèrent le silence furent les grattements de plumes sur les parchemins. Severus, pour sa part, essayait de suivre le premier conseil de Minerva, c'est-à-dire de glisser quelques erreurs dans ses devoirs. Il s'était déjà fait démasquer par Trewlaney et fait remarquer par Chourave, il ne voulait surtout pas attirer l'attention de ses autres collègues sur lui. Il s'efforçait donc à trouver des âneries à glisser dans son devoir d'arithmancie quand un bruit bizarre vint troubler le silence.
Hermione remarqua aussi le bruit et leva ses yeux de son devoir.
- Malefoy! Lâche mon chat immédiatement!
Drago, qui était concentré sur son devoir, n'avait pas remarqué que sa main gauche caressait le pelage roux de Pattenrond qui avait élu domicile à côté du propriétaire de cette main et qui ronronnait de contentement.
Drago se leva précipitamment en secouant sa main.
- Beurk! J'ai touché à ton affreux chat. On dirait un Weasley poilu en miniature dont la face aurait été écrasée dans un accident de balai. Je vais prendre un bain pour me décontaminer.
Hermione roula des yeux en entendant Malefoy se plaindre et Pattenrond vint nonchalamment se rouler en boule près du foyer, déçu de ne plus recevoir de caresses.
Après que Malefoy se fut enfermé dans la salle de bain, Severus, mal à l'aise, commença à ramasser ses effets.
- Tu peux rester si tu veux Steven. Tu ne me déranges pas du tout.
- En passant, pour cet après-midi…, bredouilla-t-il confus.
- Ne t'en fait pas pour ça. J'ai clairement compris que tu essais de te faire des amis, mais je te suis très reconnaissante de ne pas m'avoir traité de "Sang-de-bourbe". Tu n'as pas idée à quel point ça peut être blessant.
Severus, sans comprendre pourquoi, fut rassuré qu'elle ne lui tienne pas rigueur est qu'elle ait bien interprété son intention.
Les deux étudiants continuèrent leurs devoirs. Pattenrond, s'ennuyant, vint se blottir contre la cuisse de Severus et réclamait d'autres caresses. Severus, intrigué, tenta l'expérience de passer sa main sur le dos du chat. Il trouva le pelage très doux sous ses doigts et apprécia la chaleur que l'animal irradiait contre sa cuisse. Quand Pattenrond se mit à ronronner sous l'agilité des caresses, Severus s'étonna lui-même de trouver si agréable le son et la vibration des ronronnements. Il se dit qu'il pourrait bien acquérir un animal de compagnie quand il aurait terminé sa mission pour agrémenter ses soirées solitaires. Après qu'il eut pensé cela, il se gifla mentalement. Voyons! Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire à s'emmerder d'un chat? Il se trouva stupide d'avoir pu penser cela.
- Stupide chat!
- Pardon?, demanda étonné Severus.
- J'ai dit : "Stupide chat!". Pattenrond déteste mon petit ami, lui crache dessus et va se cacher mais s'acoquine rapidement des serpentards.
- Gentil minou! C'est qu'il est aussi brillant que sa propriétaire.
Trop tard, c'était sorti tout seul sans qu'il s'en rende compte. Un compliment! Mais qu'est-ce qu'il lui arrivait? Son cerveau ne contrôlait plus sa parole! Fichue mission, fichu élixir, ça lui chamboulait tout le système.
- Merci! Hé, ça te dit qu'on s'aide pour ce devoir?
Severus n'avait surtout pas besoin d'aide, mais avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Hermione avait chassé Pattenrond du divan et avait pris sa place.
- Hé, mais c'est que je m'y étais attaché à cette bête!
Mais bizarrement, il appréciait la proximité de la jeune femme. Il pouvait humer son parfum quand elle se pencha pour examiner son devoir.
- Oh Steven! Comment as-tu fait pour laisser passer une erreur aussi flagrante! Tu as complètement décalé ton alphabet de Tripoli d'une case, faussant ton interprétation. Il faut que tu recommences cette section de ton devoir.
Par Salazar, ce qu'elle pouvait être harassante! Comment faisaient ses amis pour la supporter?
- Non, je ne recommencerai pas mon devoir. C'est mon erreur et il faut que je l'assume. Ça serait complètement injuste si quelqu'un me donnait les bonnes réponses.
- Mais tes notes Steven! Elles risquent de baisser!
- Je t'avouerais qu'en ce moment, les notes scolaires ne m'intéressent pas.
- Moi, au contraire, j'y tiens particulièrement. Jusqu'à maintenant, j'ai un bulletin scolaire parfait avec que des Optimals et quelques Efforts Exceptionnels. Si je continue ainsi, je détiendrai le record des meilleures notes, battant ainsi Lucinda Serdaigle qui n'a jamais été détrônée depuis plus de 450. Et avec un tel bulletin, toutes les portes me seront ouvertes, ce qui me laissera le libre choix de mon avenir.
Secrètement, Severus enviait Hermione. Elle avait réussi à placer les douleurs de la guerre derrière elle et à se trouver un nouveau but à atteindre. Lui-même n'avait jamais évolué ni quitté les murs de Poudlard depuis sa nomination au poste de professeur de potions. Il aurait tellement aimé quitter le château, qui abritait tant de mauvais souvenirs, mais il craignait d'affronter le monde extérieur.
Ils continuèrent chacun leur devoir, celui d'Hermione étant impeccable et celui de Severus truffé d'erreurs.
- Non, ce n'est pas le nombre d'expression qu'il faut rechercher ici mais le nombre de réalisation.
(Fatigante, harassante, énervante), pensa Severus pour finalement répliquer :
- Comment fais-tu pour te concentrer sur ton devoir tout en voyant mes erreurs?
- Et toi, comment as-tu fait pour voir mes erreurs sur ma potion tout en préparant la tienne?
- Euh… Touché!
Ça lui faisait mal de l'admettre, mais ils avaient l'air d'être pareils sur ce point. Mais Severus ne put s'éterniser sur le sujet, il sentait que les effets de son élixir allaient bientôt prendre fin. Il fallait qu'il se dépêche de se rendre à son dortoir, où il avait laissé la caisse de fioles préparées par Albus et Minerva, pour prendre sa dose quotidienne. Il se leva et ramassa ses parchemins.
- Je dois me sauver, je suis très fatigué. Je ne sais pas ce que Drago fout encore dans la salle de bain, mais s'il me cherche, pourrais-tu lui dire que je suis retourné à mon dortoir?
- S'il consent à m'adresser la parole, je lui ferai le message. J'ai passé une agréable soirée. Bonne nuit Steven.
- Bonne nuit.
Il referma la porte, encore abasourdi d'avoir souhaité une bonne nuit à quelqu'un. La dernière fois qu'il l'avait fait, c'était à sa mère quand il n'était qu'un enfant. Il piqua un sprint aux travers des couloirs et des escaliers pour se rendre à son dortoir, voulant être certain de ne pas arriver trop tard. Il arriva devant sa table de nuit juste à temps pour prendre une fiole et en boire le contenu.
En se couchant, il se dit qu'il devrait maintenant apporter toujours sur lui une autre fiole d'élixir, juste au cas où…
