Chapitre 7 - Confusion et confessions
Le lendemain matin, Severus se sentait en pleine forme et, rarement pour lui, de bonne humeur. L'ombre d'un sourire vint même agrémenter son visage quand il vit qu'il avait Défense contre les forces du mal en tandem avec les gryffondors.
Cette année, c'était McGonagall qui assurait le poste de professeur en attendant qu'un candidat digne se présente. Malheureusement, les postulants étaient rares à cause de la supposée malédiction qui régnait sur le poste de professeur de DCFM et les quelques hardis qui envoyaient leur parchemin de qualifications n'avaient pas la trempe d'un bon professeur. Minerva avait refusé que Severus comble le poste. Pas qu'elle était superstitieuse, mais elle trouvait qu'il avait eu sa dose de malheurs et ne voulait pas attirer encore plus le mauvais sort sur lui.
Dans la grande salle, il s'assit à côté de Malefoy pour prendre son petit déjeuner.
- Hé Rodrigue, je m'excuse pour hier soir. Je me suis endormi dans mon bain. La Sang-de-bourbe t'a pas trop dérangé j'espère?
- Juste assez pour venir foutre son nez dans mes devoirs.
- T'en fait pas, on se reprendra. C'est pas comme si on n'allait jamais avoir d'autres devoirs!
Les deux hommes se dirigèrent ensuite vers la salle de classe. Comme à l'accoutumée, Hermione était déjà installée au premier bureau devant sa directrice de maison. Quand le reste de la classe arriva, McGonagall expliqua que ce cours allait être consacré aux duels et aux lancements de sorts fourbes, mais inoffensifs, tel que le sort de confusion.
Severus se régalait déjà. C'est qu'il était passé maître dans l'art de l'attaque magique. Il avait l'intention de se mettre en binôme avec Weasley pour lui faire regretter son coup de poing. Malheureusement, sa réjouissance fut de courte durée puisque Minerva exigea que les binômes se forment par paire de la même maison.
- Je sais que les tensions sont encore grandes entre vos deux maisons et je ne veux donner à aucun d'entre vous l'occasion de les raviver.
- Hé Rodrigue, on se met ensemble? demanda Drago.
Severus acquiesça, appréciant de se mesurer à un partenaire de haut niveau. Après que tous les bureaux soient allignés le long des murs, dégageant ainsi le centre de la classe, les duels purent débuter.
Finalement, Severus fut déçu d'avoir Drago comme partenaire puisqu'il était effectivement un adversaire redoutable et qu'il ne pouvait relâcher sa concentration. Il n'aurait osé l'avouer tout haut, mais il aurait bien aimé voir comment Granger se débrouillait de son côté. Elle était en binôme avec Neville et les deux semblaient se battre farouchement. Il fut une fois de plus impressionné par les capacités de Londubat. Il leur lançait parfois des regards en coin quand soudainement, il fut frappé traîtreusement dans le dos par un sort informulé de confusion.
Pendant qu'il était confus, il tentait de se retourner pour voir son assaillant. Ça pouvait être aussi bien Potter que Weasley qui se battaient en duel non loin de lui. Les hypocrites faisaient comme s'ils n'avaient rien fait. À moins que ce ne soit un serpentard? Drago, profitant de la faille dans l'attention de son adversaire, lui lança un sort inconnu de Severus, le Bisogno di affidarsi.
Minerva, qui se tenait non loin de Severus, vit le sort de Malefoy le frapper. Elle se précipita sur lui pour voir comment il se portait. Bien qu'il lui répétait bêtement qu'il allait bien, elle exigea qu'il se rende immédiatement à l'infirmerie. Elle lui chuchota à l'oreille que des effets secondaires ou des complications dus à la combinaison des sorts reçus et de l'élixir étaient toujours possibles et tenait absolument à ce qu'il reste sous observation. Elle griffonna une note à l'infirmière et demanda à un étudiant de bien vouloir escorter Monsieur Rodrigue à l'infirmerie. Malefoy se proposa sans hésiter.
- Désolée Monsieur Malefoy, mais je ne peux me permettre de vous laisser partir. Je dois vous questionner sur le sort que vous avez lancé. Miss Granger, veuillez s'il vous plaît escorter Monsieur Rodrigue.
- Mais Madame, je vais manquer le reste du cours.
- Ne vous en faites pas, ce n'était qu'un cours pratique. Mais j'ai su que Monsieur Rodrigue avait la fâcheuse tendance à fuir les infirmières. Je veux quelqu'un de fiable sur qui je peux compter et qui veillera à ce qu'il reste à l'infirmerie, sans vouloir vous offenser Monsieur Rodrigue.
Severus était outré. Mais qu'est-ce qui lui passait par la tête à la vieille chouette! Elle savait pertinemment qu'il était bien plus apte que l'infirmière à contrer des effets secondaires, s'il y en avait. En plus, elle n'avait aucune logique puisque c'était Malefoy qui était le mieux placé pour expliquer le sort à l'infirmière. Mais la mine sévère que lui adressa Minerva ne laissa aucune place à la contestation. Offusqué, il prit ses affaires et quitta la classe sans attendre son accompagnatrice.
Quelques couloirs plus loin, il ralentit la cadence quand il entendit des pas de course venir dans sa direction. Hermione le rejoignit quelques instants plus tard, avec dans ses mains une enveloppe cachetée adressée à Pomfresh de la part de McGonagall.
- Désolée Steven, mais le professeur McGonagall ne m'a pas laissé le choix. Tu sais, moi aussi je déteste les infirmeries, trop de mauvais souvenirs s'y sont accumulés. En plus, même si elle a l'air sympathique aux premiers abords, notre infirmière est une véritable despote dans son infirmerie.
Severus se retourna vers Hermione. Comme il avait le goût de lui dire qu'il partageait son point de vue, qu'elle avait entièrement raison, ça lui brûlait sur le bout des lèvres.
Rendus à l'infirmerie, Pomfresh grogna en voyant arriver les deux étudiants qui troublaient la quiétude de ses lieux. Hermione s'empressa de remettre la note de McGonagall à l'infirmière. Celle-ci décacheta l'enveloppe et se mit à lire. Son visage exprimait une franche incrédulité au début de sa lecture et elle scruta minutieusement Severus. En poursuivant sa lecture, un sourire se dessina sur son visage, s'agrandissant au fur et à mesure qu'elle avançait dans la note. En terminant, elle dû se retenir de ne pas pouffer de rire.
- Hé bien jeune homme, dit-elle la voix tremblotante, sur le bord d'exploser de rire, je dois vous placer sous observation pour la matinée pour être certaine qu'aucun signe de complication ne surgisse. Nous devons nous assurer que vous ne vous endormez pas ni ne montrez une quelconque confusion. Je n'ai pas le temps de m'occuper de vous personnellement, mais Miss Granger pourra vous tenir compagnie dans un coin de l'infirmerie et venir m'avertir au moindre signe de problème.
- Mais Madame Pomfresh, vous avez le temps de vous en occuper, l'infirmerie est vide! contesta Hermione.
- J'ai peut-être du classement à faire, ou bien un inventaire à dresser, lui lança, offusquée, la vieille infirmière.
Et Pomfresh parti d'un air froissé pour s'enfermer dans son bureau.
- Je vais me plaindre à McGonagall du manque de professionnalisme de Mme Pomfresh, se plaignit Hermione.
- Tu sais, je ne me plaindrais pas trop car avoir à choisir entre passer les prochaines heures avec toi ou la vieille infirmière, ta compagnie est bien plus agréable.
Pourquoi c'était sorti? Il le pensait, ça c'est sûr car n'importe qui serait de meilleure compagnie que Pomfresh, mais pourquoi avait-il eu le besoin de lui dire? Serait-ce les effets du sort fourbe de Malefoy, une sorte de sort de vérité ?
- Connais-tu quel sort a utilisé Malefoy sur moi? demanda Severus.
- Non, mais j'ai cru entendre "Bisogno di affidarsi". Je ferais des recherches pour trouver.
- C'est vrai que tu as toujours le nez fourré dans les livres.
- Hé! En passant, je suis en train de travailler sur le nouveau sort d'auto-lecture que tu m'avais proposé.
- Puis? Es-tu arrivé à un résultat?
- Hélas non, répondit-elle bredouille. J'ai fouillé dans tous les livres de la bibliothèque et je n'ai rien trouvé là-dessus.
- Mais c'est certain voyons! Le but est d'inventer un nouveau sort qui n'existe pas, donc qui n'apparaît dans aucun livre! Il faut que tu utilises ton imagination.
- Est-ce que tu voudrais m'aider à y arriver ? demanda-t-elle, mal à l'aise.
Malgré lui, Severus soupira. Il ne se comprenait pas lui-même, il avait étrangement le goût de l'aider à se dépasser, mais en même temps, il devait se concentrer sur sa mission, s'intégrer parmi les serpentard, ce qui incluait de dénigrer les nés-moldus.
- Je comprendrais si tu ne veux pas, répondit Hermione suite au soupir de Severus. J'imagine que traîner avec quelqu'un qui n'est pas de sang pur ne t'aidera pas à te faire des nouveaux amis prétentieux et arrogants.
- Mais je ne suis pas comme eux.
- Je l'ai constaté que tu n'es pas comme eux. Mais je ne comprends pas pourquoi tu traînes avec le vaniteux de Malefoy. Méfie-toi de lui. Surtout que sa famille et lui faisaient parti du cercle intime de Voldemort. Je crains qu'il veuille perpétuer les convictions de son ancien maître. À moins que tu ne crois en ces imbécillités de sang pur ?
- Tu sais, je ne suis même pas un Sang pur mais un sang mêlé. J'ai menti sur ce fait aux serpentards pour mieux m'intégrer à eux.
Hermione se mit à rire.
- Qu'y a-t-il de drôle?
- Je crois que tu t'intègres parfaitement aux serpentards. Toujours en train de mentir pour obtenir ce qu'ils veulent. Ou bien manigancer, manipuler…
- Contrairement aux gryffondors qui disent toutes les vérités mêmes si elles ne sont pas toutes bonnes à dire, répliqua Severus.
Hermione, mutine, lui tira la langue. Geste qui, quoi qu'enfantin, fit manquer un battement de cœur à Severus.
- Steven? Si je "cachais" la vérité aux gryffondors (dit-elle tout en faisant des guillemets avec ses doigts) et que tu "mentais" aux serpentards, penserais-tu être capable d'être ami avec une née-moldue?
Pourquoi sentait-il son cœur battre plus vite en voyant le sourire qu'elle lui offrait? Pourquoi ressentait-il soudainement le besoin de se confier? Surtout lui qui était maître des secrets. Surtout à elle.
- J'ai déjà eu une amie qui était une née-moldue. Ma meilleure amie. Ma seule véritable amie, dit-il dans un long soupir. Un jour, voulant impressionner des camarades, je l'ai traitée de sang-de-bourbe. Notre amitié se brisa dès que les mots furent sortis de ma bouche. Il n'y a pas un jour que je ne regrette pas de lui avoir dit ces paroles si blessantes.
- As-tu tenté de t'excuser?
- Non, je ne savais pas comment.
- C'est facile, tu n'as qu'à lui dire que tu t'excuses et que tu demandes son pardon. Veux-tu essayer de la contacter pour lui dire?
- Ça serait difficile puisque la guerre l'a emportée.
- Oh Steven, je suis tellement désolée.
Hermione alla donc serrer Severus dans ses bras dans une tentative de le consoler. Il se raidit sur le coup, n'ayant jamais eu de contact physique d'aussi proche, mais petit à petit, il se mit à apprécier l'accolade. Le doux parfum des cheveux, les battements de cœur près du sien, la chaleur du corps contre le sien, les somptueuses courbes féminines. Son cerveau ne répondant plus de ses actes, ses bras vinrent entourer instinctivement la taille d'Hermione, pour la rapprocher encore plus de lui. La tête lui tournait et il sentait des fourmillements dans son estomac.
Severus paniqua. Était-ce cela les effets secondaires du sort combinés à l'élixir? À contrecœur, il se dégagea de l'étreinte et demanda à Hermione d'aller chercher l'infirmière.
Les deux femmes revinrent quelques instants plus tard. Hermione affichait un air inquiet tandis que la vieille infirmière avait plutôt l'air fâchée d'être dérangée.
- Hé bien, que ce passe-t-il jeune homme?
- J'ai ressenti des étourdissements et une sensation étrange dans le creux du ventre, mais ils ont disparu.
- Et pouvez-vous m'expliquer ce que vous faisiez quand vous avez ressenti vos symptômes?
- Je, heu…
Severus regarda Hermione et se mit à rougir. Un splendide sourire vint éclairer le visage ridé de l'infirmière.
- Vous n'avez aucune inquiétude à avoir. C'était tout simplement les vestiges du sort qui s'estompaient. Vous pouvez maintenant quitter l'infirmerie. C'est que j'ai beaucoup d'ouvrage à rattraper.
Quand Pomfresh eut tourné les talons, Hermione aida Severus à ramasser ses effets.
- Vieille chipie! Je l'ai trouvée en train de remplir un stupide questionnaire dans Hebdo Sorcière pour connaître son "potentiel amoureux". C'est certain que je vais aller me plaindre!
Severus ne fit qu'hausser les épaules. Bien qu'il estimait que la vieille infirmière avait un certain laisser-aller, il trouvait qu'il n'avait pas à se plaindre aujourd'hui. Moins qu'il la voyait, mieux qu'il s'en portait.
- Je m'en vais de ce pas voir McGonagall. Est-ce que tu m'accompagnes? Peut-être qu'elle aura réussi à tirer les vers du nez de Malefoy.
Severus consentit à suivre Hermione. Il était curieux de savoir quel sort lui avait jeté Malefoy. Surtout qu'il ne comprenait pas comment un élève puisse utiliser un sort qu'il ne connaisse pas lui-même, étant un grand sorcier d'expérience.
Rendus devant la classe, ils trouvèrent Minerva qui semblait les attendre. Elle pria Severus d'entrer dans la classe et demanda à Hermione d'attendre à l'extérieur. Elle lança même un silencio autour d'eux pour s'assurer de la confidentialité de leur conversation.
- Tu ferais mieux de te méfier de Malefoy. Je ne crois pas qu'il ait des doutes sur ta mission, mais c'est clair qu'il ne te fait pas confiance.
- J'aurais pensé le contraire. Mais qu'est-ce qui vous fait croire ça?
- Je connaissais le sort qu'il t'a lancé et c'est pourquoi j'ai refusé catégoriquement qu'il t'accompagne. C'est un sort de confidence. La personne atteinte ressent le besoin de se confier. Contrairement au véritaserum, on ne peut soutirer de force la vérité, c'est pourquoi ce sort n'est pas interdit. Mais ça délie quelque peu les langues, comme le font certains étudiants après un excès de bièraubeurre.
- Ou certains mangemorts après une bonne cuite au whisky pur feu. Je comprends le principe.
- J'espère que tu n'as rien dit de compromettant à Miss Granger?
- Mis à part que je lui ai étalé les plus grands malheurs de ma vie et qu'elle me prenne maintenant en pitié, non, vraiment rien! Et puis je n'ai aucune idée de ce que vous avez écrit à Pomfresh, mais c'est clair qu'elle se foutait de ma gueule. Sur ce point, je vais laisser Hermione vous décrire son manque de professionnalisme… Pourquoi souriez-vous?
- Pour rien Severus. Tu peux faire entrer Miss Granger.
Severus sorti de la classe. Avant qu'Hermione ne rentre à son tour, il lui dit un simple merci. Elle lui sourit et referma la porte derrière elle.
Il se demanda pourquoi il avait eu le goût de lui dire merci. Ce mot n'était même pas supposé faire partie de son vocabulaire. Et pourquoi les fourmillements dans son ventre étaient-ils revenus en voyant son sourire?
