Chapitre 11 – Poste vacant à combler temporairement
Le samedi matin suivant le bal, Severus resta allongé dans son lit. Il n'avait pas le goût de se lever ni l'envie de voir qui que ce soit. Il se maudissait intérieurement d'avoir eu la faiblesse de croire qu'il pouvait avoir droit à un peu de bonheur. Sa vie, déjà bien triste et fade, lui semblait encore plus sombre et morose.
La matinée était déjà bien avancée, comblée seulement par de noires pensées, quand un hibou lui apporta une missive de la part de McGonagall.
"Severus, j'ai un problème de logistique. Je te prierais de venir me voir dans mon bureau pour que nous puissions en discuter.
Minerva"
Pourquoi fallait-il que tout le monde se fie sur lui? La vieille sorcière était amplement apte à résoudre ses propres problèmes. Définitivement, quand cette mission sera terminée, il quittera l'école, chose qu'il aurait dû faire tout de suite après la défaite de Lord Je-veux-que-tout-le-monde-ait-peur-de-moi.
Il quitta donc à regret son pyjama de satin, sa seule source de réconfort du moment, pour remettre l'affreux uniforme Serpentard.
Sur le chemin du bureau de Minerva, il croisa Millicent et son Poufsouffle né-moldu se promener main dans la main. En voyant "Steven", celle-ci mima le mot "merci" de ses lèvres pour ensuite lui adresser un sourire radieux. Severus lui fit un léger signe de tête et continua son chemin. Il devrait être heureux pour Millicent, mais son cœur avait trop sombré pour ressentir une émotion positive.
Il alla donc retrouver Minerva, assise derrière son bureau. Il referma la porte derrière lui pour aller se laisser tomber sur la chaise devant la sorcière.
- Que me voulez-vous encore une fois? N'ai-je pas déjà assez donné de même?
- Bonjour à toi aussi Severus. Oui, je vais bien, merci de t'en informer. Et toi?
Seul un regard lourd de menaces répondit à la question de Minerva.
- Avances-tu au niveau de ta mission?
- J'ai pu rayer hors de tout doute raisonnable un de mes principaux suspects. Je suis presque certain maintenant que c'est Malefoy notre futur tyran.
- Tu sais que nous ne pouvons l'accuser sans une preuve irréfutable. N'oublie pas l'adage qui dit qu'il faut garder ses amis proches, mais ses ennemis encore plus près.
- Pensez-vous réellement que j'aurais déjà oublié ce stupide adage? Il me croit bien que j'ai passé mes vingt dernières années à le mettre en pratique. Mais vous ne m'avez pas fait venir ici pour parler de proverbes et de maximes?
- Non. En réalité, la grande tante Hortence du professeur Slughorn est décédée et l'avait nommé exécuteur testamentaire. Pour cela, il doit se rendre en Birmanie pour organiser les funérailles et léguer les biens de la succession. Il quittera le château cet après-midi pour revenir seulement la semaine prochaine, me laissant sans professeur de potions. Je te demanderais donc de cesser de prendre tes doses quotidiennes d'élixir pour assurer les cours de potions cette semaine.
- Mais les étudiants trouveront suspect que "Steven" ne soit pas en classe.
- Avise Malefoy que tu te rends au chevet de ta "grand-mère malade". En tant que préfet en chef des Serpentards, il pourra justifier ton "absence" à tes camarades et aux professeurs. De plus, peut-être que ça te permettra de prendre un peu de recul et de considérer tes suspects sous un autre angle.
Severus acquiesça en soupirant. Encore une fois, il sentait qu'il n'avait pas le contrôle de sa vie, qu'il n'était qu'un pantin aux mains des autres.
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Severus se rendit aux appartements privés des préfets en chef pour aller aviser Malefoy de son "absence". Par chance, Hermione n'était pas là car il n'aurait su comment réagir après son amère déception de la veille.
Drago le rassura qu'il justifierait son absence auprès des étudiants et professeurs et souhaita un prompt rétablissement à sa grand-mère.
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La soirée était bien avancée. Severus se tenait assis dans son fauteuil, dans ses propres appartements privés, à regarder autour de lui. Cela faisait maintenant presque deux mois qu'il n'y avait mis les pieds. Toutes ces choses lui semblaient maintenant appartenir à un autre. Au moins, les elfes de maison avaient fait régulièrement le ménage. Aucune poussière ne trahissait son absence.
Presque deux mois qu'il prenait sa dose d'élixir chaque soir. Il appréhendait de retrouver sa forme originelle. Il put enfin sentir les effets s'escompter. De légers picotements lui traversèrent le corps et la transformation dura à peine une dizaine de minutes.
Il se leva et alla se regarder dans un miroir. Le bâtard graisseux des cachots était de retour.
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Severus était d'une humeur exécrable. Il avait très mal dormi. Et pour tourner le fer dans la plaie, le premier cours de potions était le tandem Gryffondors-Serpentards de septième année.
Il sauta son petit déjeuner et se rendit directement à sa salle de classe, pour constater que le professeur Slughorn avait foutu un vilain fouillis dans ses parchemins et ingrédients. Un peu plus tard, après avoir fait un peu de ménage dans sa réserve, chose que les élèves en retenu doivent habituellement faire, il put entendre le brouhaha des étudiants qui arrivaient. Des éclats de rire transpercèrent le silence de sa classe jusqu'à ce que les étudiants remarquèrent que ce n'était pas le sympathique professeur Slughorn qui leur enseignerait aujourd'hui. Cela coupa sèchement le ricanement des étudiants, qui prirent place dans un silence religieux.
Malgré lui, son cœur manqua un battement quand il vit Hermione pénétrer dans la classe. Une douce chaleur l'envahit quand, en voyant qui enseignerait la matière aujourd'hui, Hermione lui adressa un franc sourire. Il put même l'entendre dire qu'ils allaient enfin apprendre quelque chose de constructif à un Londubat livide.
Mal à l'aise, Severus se retourna et commença à écrire au tableau les pages du manuel où se trouvaient les instructions de la potion de la journée. Les étudiants, connaissant la mauvaise humeur légendaire de leur professeur, se mirent immédiatement à feuilleter leur manuel.
Voulant évaluer l'étendue de l'incompétence d'enseignement de son collègue, Severus se retourna à nouveau vers les étudiants.
- J'ose espérer que vous avez utilisé vos capacités cérébrales dans ce cours autrement que pour retenir les potins du babillant professeur Slughorn. Qui peut me dire ce qu'est un bidistillat?
Bien sûr, une seule main était levée.
- Personne d'autre que Miss Granger n'est capable de faire fonctionner la masse gluante qui est entre vos deux oreilles? Vous devriez prendre exemple sur elle et vous mettre un peu plus dans vos devoirs au lieu de perdre votre temps à flâner dans vos salles communes ou sur le terrain de quidditch.
Pourquoi est-ce que tous les étudiants le fixaient bizarrement? Il les avaient insulté certes, mais ça, il le faisait toujours et d'habitude, les étudiants le regardaient d'un air craintif. Ils devaient en avoir perdu l'habitude à cause d'Horace le poltron. Autant rectifier les choses immédiatement et les insulter un peu plus.
- Hermione, voudrais-tu, s'il te plaît, éclairer tes camarades plus incultes et ignares que des véracrasses?
Un hoquet de stupeur s'échappa de toute la classe.
Hermione, abasourdie qu'après sept ans, son professeur daigne enfin remarquer son bras levé et lui laisser la parole, mais encore plus sous le choc de son tutoiement et de l'usage inattendu de son prénom, bégaya tant bien que mal sa réponse.
- Un bibi, dibi, bidistillat, sert à un potioniste qui a besoin d'une eau la plus pure possible. L'eau est distillée deux fois afin d'en éliminer toutes les impuretés.
Évidemment, aucun étudiant n'enregistra l'information, trop occupés à se demander qui était l'imposteur qui se prenait pour leur professeur. Neville Londubat se mit à rire et applaudir.
- Bravo professeur Slughorn! Vous nous avez bien eus! Dire que vous nous aviez averti la semaine passée que nous allions étudier le polynectar, quelle idée géniale d'introduction que de prendre l'apparence de la chauve-souris des cachots! Même le gras dans les cheveux y est!
Tous les autres étudiants suivirent l'exemple de Neville et se mirent à applaudir leur professeur, sauf Hermione qui croisa ses bras sur sa poitrine et qui semblait bouder.
C'est là que Severus compris son erreur. Il avait :
1- dit aux étudiants de prendre exemple sur Hermione (ce qui était indirectement un compliment)
2- tutoyé son élève
3- appelé par son prénom cette élève
Et dire qu'il était sur le point d'accorder 5 points à Gryffondor! Il fallait qu'il se ressaisisse, il n'était plus dans la peau de Steven. Par Salazar! En temps normal, il était le meilleur espion aux réflexes aiguisés. Comment avait-il pu faire pour se laisser aller si facilement? Très en colère d'avoir perdu la face devant sa classe, il vociféra sur ce pauvre Neville.
- MONSIEUR LONDUBAT. Sachez que vous avez devant vous, comme vous le dites si bien, LA VRAIE CHAUVE-SOURIS DES CACHOTS! 100 POINTS seront retirés de Gryffondor pour avoir insulté un professeur!
Les postillons qui s'accumulaient sur le visage verdâtre de Neville convainquirent la classe que la véritable identité du professeur qui se tenait devant eux était bien le sévère Severus Rogue.
- PAGE 147 DU MANUEL! Je ne veux plus entendre un seul son mis à part ceux du découpage et du touillage!
Tous les étudiants prirent une teinte similaire à celle de Neville tout en se penchant au-dessus de leur manuel ou de leur chaudron. Seule Hermione arborait un sourire.
Severus aurait bien aimé savoir ce qui ravissait la jolie Gryffondor, elle qui semblait bouder il y a seulement quelques secondes de cela. S'il avait utilisé la legilimencie, il aurait lu dans son esprit qu'elle était fière d'avoir enfin attiré l'attention du professeur qu'elle respectait le plus, d'avoir subi une amère déception en croyant que ce n'était que le bouffon de Slughorn, mais que finalement elle retrouvait une grande joie à voir qu'elle avait réellement reçu l'attention et, cerise sur le gâteau, un compliment du professeur à qui elle désirait le plus ardemment démontrer ses mérites.
Mais Severus n'utilisa pas la legilimencie, puisqu'il respectait la jeune femme et ne voulait en aucun cas violer son intimité. De plus, ç'aurait été de la psychologie féminine, difficile à décrypter même pour un grand sorcier comme Severus. Il se contenta de la voir sourire.
Leur regard se connecta. Imperceptiblement, un coin de sa bouche pris un angle positif de quelques degrés. Mais Hermione, qui avait le regard acéré à force d'étudier les runes antiques, perçu le mouvement et n'en sourit elle-même que plus franchement.
Le pouls de Severus s'accéléra, ses mains devinrent moites et le même fourmillement qu'il avait ressenti à l'infirmerie reprit l'assaut dans son estomac. Le contact visuel se brisa quand Lavande Brown échappa un cri en se coupant avec son couteau.
Il fustigea la pauvre du regard avant de s'invectiver contre elle.
- Ce que vous manipulez, ce sont des instruments de précision, et non vos vulgaires pinceaux de maquillage. Mais je peux constater que la dextérité ne fait pas partie de vos talents, puisque vous êtes barbouillée comme un clown grotesque. Vous aurez une retenue avec Rusard ce soir à sept heures, et vous faîtes mieux d'être ponctuelle, il est plus âcre que jamais.
Hé voilà! Une crise de larme. Ouf, il n'avait pas perdu son talent.
Severus se mit à arpenter les rangées, songeur. Ces sensations qu'il venait de ressentir il y a quelques instants, c'était les mêmes qu'il avait expérimentés à l'infirmerie. Par contre, il n'était plus sous l'effet de l'élixir. À moins que des traces subsistaient encore dans son organisme?
Ou était-ce la proximité d'Hermione?
En la détaillant du coin de l'œil, il put constater qu'elle avait remarqué la place vide que son "soi" plus jeune occupait habituellement aux côtés de Malefoy. Elle se retournait souvent pour lancer des regards inquiets. Drago, agacé au début, devina l'inquiétude de la Gryffondor et pour une des rares fois de sa vie, fit preuve d'empathie. Il se pencha par-dessus son chaudron pour chuchoter à Hermione la supposé raison de l'absence de Steven. Celle-ci parut soulagée et remercia Malefoy.
Même si Severus avait demandé le silence complet dans sa classe, il ne pouvait les pénaliser. Pas qu'il faisait du favoritisme, mais c'était son filleul après tout. Et Hermione qui s'inquiétait pour lui, il en était très flatté. Mais il réalisa soudainement que ce n'était pas pour lui, le vieux professeur, qu'elle s'en faisait, mais plutôt pour le jeune étudiant.
De la bile d'amertume lui monta à la gorge. Et comble de malheur pour le pauvre Ronald, ce fut à cet instant qu'il posa une question d'une débilité déconcertante à Hermione, à savoir si découper une tige en lamelles voulait dire en cubes ou en tétraèdres, ce n'était pas bien précisé dans le manuel... Severus explosa.
- MONSIEUR WEASLEY! QU'EST-CE QUE VOUS NE COMPRENEZ PAS DANS L'EXPRESSION "SILENCE COMPLET"? VOUS N'ÊTES QU'UN VÉRACRASSE STUPIDE, IGNARE, PARESSEUX, PROFITEUR, SANS AMBITION. JE NE PEUX PAS COMPRENDRE QUE VOUS PUISSIEZ ATTIRER UNE FILLE AUSSI BRILLANTE QU'HERMIONE, À MOINS DE LUI MENTIR, DE LA SOUDOYER, DE LUI FAIRE MIROITER UN AVENIR QUE VOUS NE POURREZ JAMAIS LUI OFFRIR. VOUS NE FAITES QUE PROFITER D'ELLE, DE SON TALENT. VOUS ÉTOUFFER SON POTENTIEL PAR VOTRE PRÉSENCE POURRIE!
Ron était maintenant lui aussi affublé de postillons dans le visage, n'ayant pas bougé, mort de peur. Finalement, il pourra partager la même phobie que Neville, ayant trouvé pire que les accromentules.
Tous les élèves, la bouche grande ouverte, fixaient Severus. Il se rendit compte qu'il avait dépassé les bornes, pété les plombs. Il n'avait plus le contrôle de lui-même. Mais qu'est-ce qui lui arrivait?
À court de souffle d'avoir tant crié, c'est dans un murmure qu'il dit aux étudiants que le reste du cours était cancellé. Cela eut quand même l'effet similaire qu'un coup de sifflet de Madame Bibine marquant le début d'un match de quidditch pour se précipiter après le souaffle. Avant même d'avoir eu le temps de dire "hypogriffe", tous les élèves avaient ramassé leurs effets et quitté la classe.
Severus, abattu, s'effondra sur une chaise près de lui, la tête entre les mains. Ce n'est que quand il sentit une main sur son épaule qu'il réalisa qu'une certaine étudiante n'avait pas quitté sa classe. Il devrait, pour le principe, s'écarter brusquement de cette main, mais il aimait trop le contact, le réconfort que cela lui donnait.
- Est-ce que ça va professeur? lui demanda doucement Hermione.
Il dodelina négativement de la tête.
Hermione le contourna pour se placer devant lui. Il ressentit un grand vide froid sur son épaule où la main de la douce lionne s'était posée quelques instants auparavant. Il voulait tant qu'elle le retouche, qu'elle le prenne dans ses bras comme elle le faisait avec Steven. Il leva un regard suppliant vers elle.
Elle sembla sous le choc avant de reprendre contenance.
- Est-ce que vous voulez en parler professeur? Vous savez que vous pouvez tout me dire.
Severus la jaugea du regard. Est-ce qu'elle savait qu'il était Steven? Nourrissait-elle des doutes? Mais si elle ne se doutait de rien et qu'il lui disait son secret, le rejetterait-elle? Il n'osait prendre le risque de la perdre. Et c'est avec cette constatation qu'il réalisa abruptement qu'il était amoureux de la jeune femme, compliquant encore plus les méandres de son esprit torturé. Elle ne voudrait jamais d'un homme qui a le double de son âge. Mais elle voudrait probablement Steven, un étudiant de son âge. Il fallait qu'il recommence à prendre son élixir.
Il lui demanda, dans un murmure, d'aller chercher la professeure McGonagall.
Déçue, la jeune femme obtempéra quand même, laissant derrière elle son professeur dans la froideur des cachots.
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Quand Minerva arriva, Severus était encore avachi sur la chaise, la tête entre les mains, essayant tant bien que mal de remettre ses idées et son esprit en ordre. Il s'était pourtant juré de ne plus s'attacher à quelqu'un. Il en avait déjà que trop souffert.
- Tu voulais me voir Severus ? demanda gentiment la vieille sorcière. Miss Granger avait l'air tellement bouleversée quand elle est venue me chercher.
Severus, à bout de nerfs, explosa de nouveau.
- J'en ai plus qu'assez d'enseigner à des adolescents stupides, boutonnants, écervelés et pleins d'hormones ! J'en ai déjà plein les bras de cette foutue mission ! Votre problème de logistique, vous allez vous le mettre où je pense !
En temps normal, McGonagall ne se serait jamais laissée parler de la sorte. Mais elle sentait que son collègue avait besoin de laisser échapper un peu de pression. Elle attendit donc que le teint de Severus soit moins cramoisi pour lui demander ce qu'il comptait faire.
Que voulait-il faire au juste? S'il avait été honnête avec lui-même, il aurait répondu "retrouver Hermione et tout lui avouer". Mais même son esprit agissait en Serpentard et il choisit la solution qui lui semblait la plus simple. Reprendre l'élixir, sa routine d'étudiant et ses soirées passées auprès d'Hermione.
Donc comme tout bon Serpentard, manipulateur et fourbe, il répondit à Minerva qu'il sentait qu'il était sur le point de démasquer le conspirateur et devait immédiatement reprendre sa forme jeune pour continuer sa mission.
- Si tu juges que c'est la meilleure chose à faire, vas-y. Et ne t'en fait pas pour ton poste de professeur. L'école de Beauxbâtons fait affaires avec plusieurs suppléants spécialisés dans les potions. Je leur demanderai qu'un de ces suppléants vienne te remplacer.
McGonagall se dépêcha à quitter la classe, en voyant les narines de son collègue se mettre à palpiter sous la colère.
La vieille chipie! Elle savait qu'elle aurait pu faire appel à quelqu'un de Beauxbâtons depuis le début!
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Dans ses appartements privés, Severus se regardait dans le miroir. Il avait repris son apparence jeune, celle qu'il était maintenant habitué. Il colla son front contre la fraîcheur du miroir. Il ne savait plus où il en était avec sa vie. Autant qu'il désirait Hermione, il savait que ce n'était qu'un mensonge qu'il avait à lui offrir. Il ne pourrait prendre cet élixir éternellement. Il faudra bien qu'il lui révèle la vérité un jour. Mais il ne pourrait le supporter si elle le rejetait. Ressentir son cœur battre à nouveau lui avait rappelé combien il était douloureux de se le faire briser, une douleur bien plus lancinante qu'un doloris. Cet impardonnable avait au moins l'avantage que d'infliger des souffrances momentanés, non comme les blessures du cœur qui perdurent. À moins qu'il ne quitte le château et laisse tout derrière lui, chose qu'il aurait dû faire immédiatement après la guerre. Confus dans ses idées, c'est avec un soupir las qu'il revêtit l'uniforme Serpentard pour ensuite se diriger vers la grande salle.
En chemin, il croisa Hermione. Celle-ci avait les yeux gonflés et rougis. En voyant Steven, elle se précipita sur lui.
- Oh Steven, tu es déjà de retour! Comment se porte ta grand-mère?
- Hein? Ma grand-mère?..?..?
- Malefoy m'a dit que tu étais au chevet de ta grand-mère malade.
Comment avait-il fait pour oublier cette stupide excuse? Définitivement, il avait perdu ses réflexes d'espion. Mais il était bien trop préoccupé de voir que sa lionne venait de pleurer.
- Fausse alerte, mentit-il. Elle va bien finalement. Mais toi, ça ne va pas, ça se voit. Qu'est-ce qu'il y a?
Hermione pris une grande inspiration avant de répondre.
- Dans le cours de potions de ce matin, le professeur Rogue m'a fait réaliser que je n'avais pas un avenir sérieux avec Ron.
(Tiens, tiens! pensa Severus, finalement, ç'eut du bon de s'emporter contre Weasmoche!)
- Par la suite, j'ai voulu avoir une discussion avec Ron sur notre avenir, mais il était déjà en colère car il avait très mal pris les commentaires du professeur Rogue.
(Que voulez-vous, la vérité choque!)
- On s'est engueulé et il m'a dit que je serais probablement bien mieux avec quelqu'un comme toi.
(Pour une seule fois dans sa vie, il aura eu une étincelle d'intelligence.)
- Quand je lui ai dit que toi au moins tu me comprenais, il m'a demandé de choisir entre lui et toi et …. je lui ai dit que c'était fini entre lui et moi.
Severus, abasourdi, tentait de comprendre ce qu'impliquaient les dires de la belle lionne. Au moment où la Gryffondor avançait significativement vers lui, Malefoy tourna le coin du corridor.
- Hé Rodrigue! T'es déjà de retour? Ça tombe bien!
Malefoy pris Severus par la manche et le tira à l'écart d'Hermione pour lui chuchoter tout bas.
- Nous organisons ce soir une rencontre secrète avec d'autres Serpentards. Ça fait déjà un certain temps que nous avons créé un nouveau groupe, et je te fais maintenant assez confiance pour te présenter aux membres et si possible, t'y inclure. Faudrait juste que t'envoie promener la sang-de-bourbe avant.
Severus était maintenant pris dans un dilemme dont les deux choix affectaient sa moralité. Soit qu'il insultait une née-moldue, chose qu'il s'était promis de ne plus jamais faire, soit qu'il perdait sa chance d'enfin démasquer le nouveau conspirateur ainsi que ses partisans. Toute la communauté magique avait déjà trop souffert du joug de feu face-de-serpent-mégalomane. En regardant Hermione, il se dit qu'elle avait déjà bien assez donné à la guerre et méritait maintenant de vivre dans un monde de paix, loin de tout maniaque aux idées de génocide. C'est en prenant cette dure, mais selon lui, malheureusement sage décision, qu'il lança à Hermione.
- Dégage la sang-de-bourbe!
Et partit avec Malefoy.
