Deuxième victime : Kanon
Couples de ce chapitre : cela va de soi ;)
Rating : PG -13 pour l'instant
Disclaimer : Saint Seiya est la propriété de Masami Kurumada. Et c'est de sa faute !
Avertissements : yaoi, nawak, bondage, Depardiou Aldé, Sawyer Kanon, béruriérismes.
Remarques : fic pour Mab202, un peu dans la même veine que « Chocogrenouilles et sorbet citron », ce chapitre a été écrit comme lointaine réponse à une demande sur un meme de kink sur Live Journal, à savoir du Aldébaran/Kanon bdsm. Ce chapitre se passe à peu près deux semaines après le chapitre 1.
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Chapitre 2 : Un dîner presque parfait
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« J'aimerais bien que Bob l'éponge se dépêche ! », avait lancé Deathmask à la cantonade.
Réquisitionné pour faire la plonge en raison de son passif sous-marin, Kanon des Gémeaux, environné par la vapeur et les bulles de savon, empilait assiette sur assiette. Il était cependant difficile de dire si la vapeur venait des bassins d'eau chaude, ou du crâne fumant d'un homme brisé et exténué. S'il avait solennellement déclaré vouloir expier ses fautes (déluge bis et trucage d'urnes, souvenons nous), l'expiation commençait à prendre une drôle de tournure, à savoir être le larbin officiel de la princesse, ou plutôt… de ses chevaliers.
« Tu travailles bien », reconnut Aldébaran en lui posant une main sur l'épaule, paternel.
Le grand jeune homme pâlit de rage et se dit en son coeur : - Branquignol… Je rêve ou il me prend pour son commis de cuisine, le cuistot ? J'ai huit ans de plus que toi je te rappelle... Et mon frère était grand pope… Mon frère c'était NERON !
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien. »
À ce stade de l'histoire, l'ex marina n'imaginait pas un instant que derrière le géant affable connu de tous puisse se cacher le "meilleur coup" de tout le Sanctuaire.
Ses dons en matière culinaire auraient néanmoins dû lui faire soupçonner d'autres talents, plus intimes… Car les soupers d'Aldébaran méritaient largement toute une constellation au guide Michelin.
Il fallait le voir, de ses grosses mains de bûcheron, émincer avec finesse et doigté les herbes fraîches, couper en rondelles, tel un maître japonais, concombres et carottes qu'il dépliait en de fabuleux accordéons ! Mitonner d'un regard caressant les sauces qu'il relevait d'ingrédients inédits, sauces si onctueuses qu'elles provoquaient chez le goûteur un affaissement de tout le corps... Kanon avait d'ailleurs fini par s'apercevoir d'un phénomène intéressant. Excepté Shaka, lors de ces grands banquets, tous les riants convives avaient le feu aux joues ; passée la tarte aux cerises, l'ascète droit comme un pic devait ramasser les hommes devenus larves et les accompagner jusqu'à la sortie.
Quoiqu'il en soit de tout cela, l'ancien général de Poséidon, peu porté à la générosité dans ses opinions sur autrui, avait toujours conçu Aldébaran comme un bon gaillard un peu simplet, ce que prouvait notamment sa camaraderie avec le terne Mû, donneur de leçons ennuyeux au possible, sans parler du petit monstre qu'il traînait perpétuellement dans ses jupes. Pour Kanon, gentillesse équivalait à niaiserie et intelligence à calcul. Il ne fallait pas oublier après tout qu'il était un ex futur maître du monde.
Il leva le poing au-dessus de l'antique évier de marbre.
« Oui je suis l'Éminence Grise, l'Homme Derrière le Rideau, le Magicien d'Oz dans le Magicien d'Oz ! »
Ah ah ah, ce nain d'Albérich n'était qu'un vil copieur, et c'était bien vrai que les Nibelungen étaient tous des nains, à la base.
Une nouvelle main paternelle se posa sur son front.
« Tu es sûr que tu vas bien Kanon ? On dirait que tu te parles à toi-même ? »
L'ancien Marina soupira. Ainsi c'était cela l'Expiation. Être entouré de gens qui étaient tout votre contraire. Peut-être qu'il était mort en réalité, et que cette vaisselle titanesque était une sorte de supplice éternel inventé par Zeus pour le punir d'avoir essayé de baiser Poséidon.
Démesure, démesure.
« Bien sûr qu'il va bien, c'est juste son état habituel », intervint Ikki en déposant une pile d'assiettes à dessert au fond de l'évier. « Au fait, tu ne m'as toujours pas rendu mon numéro spécial de Moto Magazine. »
« Quel magazine ? »
« Pff… Celui que tu as égaré dans le triangle des Bermudes, je suppose. »
« Ça ça m'étonnerait tu vois… »
« Je parie que tu l'as revendu. »
« Et quoi encore ? »
« Ikki, laisse-le tranquille. Il a du travail. »
Le dragon des mers réfréna ses envies de corrida et se remit à ses assiettes.
Lorsqu'il s'attaqua aux verres, tout le monde était parti depuis une bonne demi-heure. Il faisait maintenant tout à fait nuit, et il entendait Aldébaran s'affairer dans la nef transformée en salle de banquet.
« Hé Aldébaran… Je ne pourrais pas finir demain ? Je suis vraiment crevé, là… »
Aucune réponse audible. Mais il sentit une silhouette imposante se glisser dans la pièce, derrière lui…
« Alors, je p… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Une poitrine massive se plaqua contre son dos lui-même large, tandis que deux bras puissants maintenaient ses mains au fond de l'évier rempli d'eau mousseuse. Une bouche sentant bon le champagne (il faut bien se donner du courage…) se mit à parcourir son cou, en lui chuchotant des mots doux, comme… « Tu es tellement irrésistible avec ta spatule et ton tablier… »
Kanon demeura figé une demi-seconde, mais pas plus. Il en fallait davantage pour désarçonner ce vieux routard du Crime.
« Qu'est-ce qui te prends, Aldébaran, bon sang ? On n'est pas en prison ! Et c'est pas le moment de me faire le coup de la savonnette ! »
Mais le Taureau ne répondit pas et se mit à lui lécher l'oreille droite.
« Hey, déconne pas vieux, ça s'appelle du harcèlement sexuel ! »
Aldébaran continua. Kanon tenta de se dégager, et réussissant à se retourner, il dit :
« Non mais ! Tu crois que j'en ai pas fréquenté suffisamment, des gus dans ton genre ? Fallait se les farcir les tantes à écailles, au fin fond de l'aquarium ! Entre le maboul de la flûte à bec, le borgne, le changeur de forme pervers, le gamin de la haute avec ses vêtements d'époque ! Franchement, tu crois que ça a été facile pour un mec comme moi, de passer treize ans là-dedans en en ressortant la rondelle intacte ? On les appelait pas les "marina shogun" pour rien les oiseaux ! Un obsédé du tatami avait certainement fondé cet ordre ! »
Aldébaran avait relâché son emprise, écouté silencieusement, plein d'étonnement, le discours de l'ancien dragon des mers. Puis il le saisit par les épaules et le tourna face à lui.
« Kanon… Je ne te plais pas ? »
« Mais bien sûr que tu m'plais pas ! J'suis pas du bâtiment, t'as pas encore pigé ? »
« Mais… il m'avait dit que tu étais gay… »
« Qui ça ? »
« Ikki... »
« L'enfoiré ! »
« S'il te plaît Kanon… »
« Quoi s'il te plaît ? »
« Tu ne le regretteras pas ! Aucun de ceux qui ont passé une nuit avec moi ne l'ont regretté. »
« Non mais je rêve ! Je suis un homme, un vrai moi ! Pas comme mon frère qui passe son temps à mater Aphrodite ! »
« Mais… n'avons-nous pas tous une part de féminité en nous ? », tenta vainement d'argumenter le Taureau.
« Pas moi. Je suis un homme, un vrai, un authentique. »
La déception d'Aldébaran fut à la mesure de ses espoirs. Et pourtant c'est parfois quand la situation est la plus désespérée que nous viennent nos meilleures idées.
« Ah oui ? », grogna le géant dont l'œil avait accroché les petites bouteilles d'ouzo souvenir offertes par Milo. « Un homme, un vrai ? …Plus que moi ? Alors prouve-le ! »
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Plusieurs bouteilles de la fameuse liqueur de l'Attique étaient à présent alignées sur le plan de travail en marbre – Kanon, plus viril que jamais, mais le visage plus bas de vingt centimètres, veillait à ce qu'il en soit bien ainsi.
« C'est le Parthénon », expliqua le Gémeaux.
« Je vois ça », aquiesça Aldébaran en leur servant un nouveau round.
Kanon but coup sec. Aldébaran sirota ; il ne montrait aucun signe d'ivresse.
Le dragon des mers ébouriffa une partie de sa chevelure qu'il avait singulièrement longue pour un homme, puis joignant ses deux mains s'étira en faisant saillir les muscles de ses bras.
Le Taureau avala sa gorgée de travers ; si les bouteilles d'ouzo étaient un portique, le sublime corps qui se donnait en spectacle devant lui rappelait par ses proportions parfaites les sculptures des maîtres antiques. Il n'y avait pas à ouvrir des discussions d'experts : il était aussi bien bâti que son frère Saga.
« Alors petite vachette, on commence à faiblir ? » Kanon ferma les yeux et prit un air qu'il voulait magnanime. « Ah ah ! Mais je te pardonne ton vice. Je suis tellement irrésistible... Si tu savais le nombre de fois que cet efféminé de Sorrento m'a fait les yeux doux ! Et Kazaa qui se changeait en Thétis en croyant que ça allait marcher… Pff ! Mais le pire de tous, crois-moi, c'était Isaac, qui ne cessait d'admirer mon corps magnifique du coin de l'oeil. Mais comme il ne lui en restait plus qu'un seul, forcément ça se voyait. »
Aldébaran ne buvait plus du tout, il se contentait de le regarder la bouche ouverte. De la buée descendait le long de son front et de ses tempes. Il était déjà en marcel. Il s'essuya.
Par Athéna… c'est vraiment comme ça que je les aime ! Assez grands et robustes pour moi, mais avec une musculature harmonieuse, et quelque chose d'insoupçonnablement féminin et sensuel qui se dégage de l'attitude globale, la chevelure par exemple, le regard…
Kanon donna un grand coup de poing sur la table.
« Aldéb' ! »
« Hein ? »
« Tu sais où on fabrique l'ouzo, vieux ? »
Il le montrait du doigt.
« Non. »
« Dans l'île de Lesbos », répondit-il comme s'il venait de faire une bonne blague.
« Ah… »
« Tu dois bien connaître cette île, toi. »
« Lesbos c'est pour les femmes », corrigea Aldébaran, néanmoins toujours fasciné par le relâchement que connaissait actuellement Kanon et son port de chef.
« Mais l'anis… Tu connais ça non ? »
Kanon avait prononcé cette dernière phrase d'un air tout à fait sérieux, qui faisait ressortir la finesse des traits de son visage de renard.
La résistance du géant atteignit alors sa limite.
« Kanon, tu as perdu le pari. Tu est ivre. »
« Non. »
« Si. Et moi pas. »
« Mon Pauvre Ami ! Tu prends vraiment tes désirs pour des réalités », dit l'éminence grise.
« Je ne fais que dire ce que je vois. Et non seulement tu es ivre, mais Ikki avait raison. Tu es gay. »
« Non ! »
« Si. »
« Non ! »
« J'ai chaud. »
Aldébaran enleva son maillot devant un Kanon éberlué et s'en servit pour éponger la sueur sur son torse… Son torse… Les yeux du Gémeaux étaient totalement envoûtés par cette vision du colosse nu jusqu'à la ceinture, cet exemplaire d'humain produit à une échelle supérieure, presque irréelle, mais de chair bien vivante.
Kanon était le Grec classique tout d'équerre et de mesure, posant pour la postérité ; Aldébaran était le colosse des temps anciens, tout juste sorti de la terre à l'âge du bronze.
Le cadet des Gémeaux, déjà très grand lui-même, ne s'était jamais senti dépassé et surplombé à ce point. Sa peau se mit à lui piquer. Ses joues et son abdomen s'enflammèrent.
« Hé bien Kanon, on dirait que tu n'es pas tout à fait insensible aux charmes des hommes… », déclara Aldébaran en souriant.
« La ferme… », bredouilla-t-il, mais le chevalier d'or était déjà derrière lui.
« Un pari est un pari…. Ne t'inquiète pas, tu n'auras rien à faire pour ta première fois », poursuivit le Taureau avec bienveillance. « Je t'attacherai comme ça tu seras plus à l'aise. »
« QUOI ?! »
Kanon avait à peine compris ce qui lui arrivait qu'il se trouvait dans la chambre du Taureau, ligoté au lit avec de la ficelle de cuisine.
« J'te préviens, si tu me mets une pomme dans la bouche, je porte plainte auprès d'Athéna ! »
« Quelle idée… », vint lui susurrer son futur partenaire au creux de l'oreille. « J'ai bien l'intention d'entendre chacune de tes réactions. »
Il baissa les yeux pour contempler sa gorge, et caressa du bout des doigts la ligne bosselée de son cou.
Kanon avait beau être un peu vaseux à cause de son petit digestif, il n'était pas rassuré. Aldébaran n'avait pas allumé de lumière, et seul la lune éclairait son visage amérindien, ses longs cheveux raides qui tombaient sur une partie de sa joue, le relief imposant de ses épaules et de son torse.
« Kanon… Cela fait des semaines que je t'observe… Ton physique superbe, ton visage mélancolique… »
Le Brésilien se pencha pour dénouer le nœud du tablier derrière son cou.
« Tu es si beau et attirant, tu ne t'imagines pas à quel point… ! »
Il souleva sa taille pour défaire le nœud du dos et retira le tablier.
« Hum… Il ne se débat pas beaucoup pour un hétérosexuel sur le point d'être outragé… », songea Aldébaran en son for intérieur. « Ce qui confirme mes premiers sentiments : un type qui voit des gays partout et qui repousse une superbe blonde… »
à suivre
