Rating : PG-13 pour ce chapitre, NC-17 pour la fic.
Disclaimer : Masami Kurumada, Maïté.
Bon, je me marre toujours autant à écrire ce truc (et c'est de plus en plus du gros délire, mais que voulez-vous il faut bien s'évader du morne quotidien :p)
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Chapitre 5 : La Cuisine des Chevaliers
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(première partie)
Ce fut tout songeur que Kanon arriva aux arènes ; son expédition vengeresse n'avait pas encore trouvé son achèvement. Il était parvenu à fausser compagnie aux deux Vierges mais la question de savoir pourquoi Ikki s'était mis au bouddhisme le tarabustait toujours.
« Shun m'a dit qu'il n'allait pas bien… Peut-être est-il à la recherche d'une forme de paix intérieure ? »
Pour ce qui est de la paix intérieure, Kanon en tout cas ne la connaissait pas depuis qu'il avait embrassé le phénix. Non pas que ce baiser ait ébranlé ses plus intimes convictions, mais il avait été un tel ratage comparé à… Comparé à quoi au juste ?
Le Dragon des mers chercha des yeux Aldébaran mais ne le vit pas immédiatement, car il y avait foule ce jour. Gardes, simples serviteurs, nombreux étaient ceux venus voir les progrès de Kiki. Son maître, assis aux côtés d'Aiolos et Saga, ne le quittait pas des yeux.
« Tiens ! Encore un sacré numéro celui-là », pensa Kanon. « Il se la joue l'ermite des montagnes et on retrouve une nana en nuisette dans son temple à une heure trop matinale pour être honnête ! C'est comme le père Aldébaran. Qui imaginerait devant cette armoire normande un amant si doué ? »
Kanon s'arrêta en plein mouvement : c'était de famille, son subconscient avait encore pensé plus vite que son surmoi.
« Kanon, tu cherches quelqu'un ? », demanda Saga.
« Je cherche Aldébaran. Tu l'aurais pas vu ? »
« Il est dans les tribunes en face », intervint Aiolos. « À gauche de la Famille Addams. »
Kanon suivit la direction indiquée par le doigt du Sagittaire, grand spécialiste des signalisations en tout genre. À l'emplacement indiqué, Masque de mort était en train de baiser consciencieusement la main et le bras du chevalier d'or des Poissons, qui portait ce jour-là un rouge à lèvres violet du plus bel effet. À sa droite, on trouvait aussi son apprenti, un gamin de douze ans avec une grosse mouche sur la joue, dont les cheveux blancs mi-longs avaient été dressés sur la tête avec du gel selon la dernière mode « Olympe », et qui promenait un regard des plus blasés sur le combat qui avait lieu en ce moment.
Mais ce n'était pas ce trio étrange qui intéressait l'ancien marina. À gauche de Masque de mort, et le dépassant d'une tête – en hauteur –, et de deux épaules en largeur, se tenait le chevalier du Taureau, ses longs cheveux lisses encadrant son visage plein de force et de tranquillité. Dans sa longue tunique noire et bleu ornée de motifs dorés, il avait tant de prestance qu'il ressemblait à quelque empereur amérindien. Kanon eut tout simplement l'impression qu'il regardait le futur grand pope.
Quoiqu'il en soit il n'attendit pas que le combat soit terminé pour parcourir un demi-cercle de gradins et rejoindre le chevalier d'or, dont le visage s'illumina. Mais sa recette favorite ne lui laissa pas le temps de prononcer des paroles compromettantes (simple mesure de survie quand Aphrodite se trouvait à moins d'un mètre) et lui enjoignit de le retrouver dans les cachots.
Ce lieu, initialement destiné à enfermer les bêtes sauvages puis les chevaliers rebelles, avait vu maintes gladiateurs ou conducteurs de char partager des étreintes furtives. Il était temps pour Kanon de mettre les points sur les i, et de remettre Aldébaran à sa place, celle qu'il n'aurait jamais dû quitter : le bon ours de service, le side-kick au grand cœur, et non pas cet étrange mélange de Vatel et Casanova !
« Kanon… Je ne t'ai quitté que depuis deux heures, et pourtant tu me manques déjà », furent les paroles émues que le Taureau prononça spontanément, tendant les bras vers son aimé.
« Minute papillon », commença Kanon en se disant ensuite, à la vue de cette charpente musclée, que l'appellation n'était pas des plus appropriées. « Toi et moi, ce fut une erreur… Ou plutôt un regrettable concours de circonstances. Un bon repas, une vaisselle, quelques verres de trop… Une longue abstinence sexuelle… euh je veux dire une fringale sexuelle… Ajoute à cela un peu de ficelle de cuisine, mon irrésistible plastique, et ton… ton machin. »
Le regard du Grec descendit le long de la haute et large silhouette. Il avait sans doute essayé de se faire beau pour lui, aujourd'hui. Ses épais sourcils semblaient moins épais et les puissantes lignes de son visages paraissaient descendre dans son cou, ses épaules et son torse, d'une manière tout à fait… « machin ».
« Mon machin ? », dit le Taureau d'une voix glacée. « Qu'est-ce que tu es en train de me dire ? Ce n'est pas moi qui mordait l'oreiller hier soir et qui réclamait du rab. »
Surpris, Kanon rosit du bas du cou à la racine de ses cheveux. Oh, il s'en rappelait maintenant. Il ne lui restait plus qu'à nier. Sauf qu'Aldébaran avait profité de cet intervalle pour saisir son menton de sa grande paluche et l'embrasser avec la fougue du désespoir.
En fait… C'était à ça que le Dragon des mers avait pensé après avoir embrassé Ikki : avec Aldébaran, c'était drôlement mieux tout de même. Il avait l'art de vous embraser les papilles de deux manières différentes, et celle-ci n'était qu'un avant-goût des réjouissances à venir. Le contraste entre sa carrure brute et la finesse d'action de sa langue était appuyé par la douceur de sa bouche et de ses joues légèrement piquantes. Les lèves masculines disparaissaient l'une dans l'autre, soulevant la ligne de leurs gorges. Et quand il sentit les mains du chevalier d'or le peloter intégralement, Kanon oublia toutes ses résolutions et renversant les rôles, lui dévora la bouche sauvagement.
Ils finirent par se séparer. Aldébaran s'essuya la bouche, son regard brun luisait d'une lueur tout à fait spéciale. Kanon n'eut qu'une conclusion, qui était plutôt un ordre : - On va chez toi !
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Au même moment, non loin de là, Ikki avait fini par sortir de sa caravane, et se faisait soigner par son frère, qui pressait une escalope sur l'œil meurtri.
- Je ne sais pas si cela va suffire. Tu risques d'avoir tout de même un cocard.
- Et alors ? C'est bien le cadet de mes soucis, Shun. …Tu es sûr que Shaka est parti ?
- Mais oui, il doit essayer son nouveau tapis de clous.
Ikki eut un petit rire moqueur, puis dit en souriant de travers :
- C'est quoi, son nouveau matelas ? Ne me dis pas qu'il dort sur des clous tout de même ?
- C'est toujours moins pire que de dormir dans une caravane toute pourrie, répondit Shun les yeux mi-clos.
- On en a déjà parlé Shun, je me plais ici. C'est ma maison, et je ne supporte pas de rester au même endroit trop longtemps.
- Je m'inquiète pour toi, c'est tout. Tu es bizarre depuis que tu es revenu ici. Je ne comprends pas, après notre affrontement avec l'armée d'Hadès, tu avais fini par te réconcilier avec tout le monde. Et là… Je sais pas si c'est le climat… Mais tu es redevenu colérique et tu restes tout le temps seul. Tu t'es brouillé avec Hyoga, quand il y a une fête tu restes dans ton coin les bras croisés… Mais le pire c'est que tu ne manges plus correctement, tu ne te changes pas, tu te laisses aller…
- Tu as raison, je devrais essayer une de ces jolies djellabah, ironisa Ikki.
- Je ne trouve pas ça drôle, répliqua Shun. Grand frère, tu ne trouveras jamais de fiancée si tu ne te laves pas. Et regarde-toi, on dirait que tu as perdu cinq kilos à force de te nourrir de boîtes de sardines.
- Blabla blablabla…, se contenta de répondre Ikki en tenant lui-même son escalope.
Mais Shaka se tenait juste de l'autre côté des premiers arbustes en fleurs qui tapissaient le flanc de la colline, immobile, n'ayant pas perdu un seul mot de toute la conversation. Des étoiles de pollen flottaient autour de sa silhouette virginale tandis qu'il semblait plongé dans des pensées secrètes.
(deuxième partie)
L'après-midi était déjà bien avancé quand Aldébaran et Kanon mirent un terme à leur séance de pancrace privée. Le Grec avait fini par s'endormir la tête dans son cou – Aldébaran passa sa main dans ses boucles, prenant plaisir à se rappeler leur arrivée dans le temple, la façon dont Kanon l'avait dévêtu… Sa main descendit le long du large dos bronzé, se souvenant avec précision… Le colmatage rythmé de son désir contre le premier mur venu, le concours de voix graves qui l'avait accompagné, Kanon agrippant ses fesses, le plaisir immense qui l'avait submergé, et quand ils avaient recommencé, encore et encore…
La main taurine fini par glisser sur le postérieur musclé de cette Pasiphaé au féminin. Kanon ouvrit les yeux.
« Qu'est-ce qu'il y a, gros coquin, tu veux remettre ça ? »
Le pseudo-dormeur se hissa au-dessus de son compagnon.
« Sincèrement, j'ai l'impression d'avoir un pneu à la place des fesses », fit-il observer d'une voix douce. « Mais… ce n'est pas la seule partie intéressante chez moi. »
Les réactions du cadet de Saga étaient souvent imprévisibles, et ces revirements soudains constituaient un des charmes de sa personnalité. Aldébaran n'en crut pas ses oreilles, et encore moins ses yeux lorsque Kanon plongea la tête sous le drap… Et encore moins tous ses capteurs tactiles lorsqu'il sentit une main s'activer sur son organe déjà imposant au repos.
Une heure plus tard, les deux tourtereaux avaient fini leurs diverses ablutions et dissolutions ; sereins et propres comme des drachmes neufs, ils prenaient l'apéritif dans l'atrium. Mais ils avaient à peine entamé un bol d'olives, qu'un de leurs confrères, qui remontait jusqu'à sa maison, vint les saluer.
- Shaka !, s'exclama Aldébaran. Quelle bonne surprise !
- Bonsoir à toi, Aldébaran. C'est un plaisir. Quant à toi Kanon, c'est un deuxième bonjour.
- Oui, nous nous sommes vus ce matin.
- Tu es allé te promener au bord de la mer ?
- Pas exactement, Aldébaran… En fait je descends de mon temple... Et je suis parvenu à destination.
- Tu es le bienvenu. Qu'est-ce qui t'amène ?
- Hé bien, vois-tu, si je suis là… C'est un peu gênant, mais c'est parce que j'ai un service à te demander. Malgré mon immense savoir, hé bien, il y a quelque chose que je ne sais pas faire. Aldébaran, moi le puissant chevalier d'or de la Vierge, je suis totalement incapable de faire la cuisine !
« Zut », pensa Kanon, qui s'attendait à quelque chose de plus croustillant.
Shaka plissa ses fins sourcils, serra délicatement le poing, faisant ressortir le bleu de ses veines sur son avant-bras pâle.
- Je ne sais que faire du thé, gémit le britannique Indien, même pas cuire du riz, on l'a toujours fait pour moi. Alors j'aimerais apprendre… Apprendre les nobles techniques de la cuisson. Connaître l'art du mijotage, de la friture, et du bain-marie. Savoir fabriquer un Jésus (1). Marier les spiritueux. Comprendre enfin de quoi l'on parle lorsqu'est prononcé l'énigmatique et mystérieux terme d'« andouillette ».
Aldébaran se dressa d'un coup, et posant une main apaisante sur cette épaule frêle et distinguée qui n'avait jamais manié un batteur, il proclama :
- Shaka, tu as frappé à la bonne porte. Je t'enseignerai, non pas tous mes secrets, car un grand chef doit savoir les conserver, mais tous les classiques qui te permettront de développer ton art propre. Tu sauras tout des rôtis, des épices, de la saucisse de Strasbourg et du bouddha. Euh je veux dire du boudin. Je t'apprendrai également à distinguer les vins, à présenter une assiette. Bientôt les plaisirs de la bonne chère te seront dévoilés dans toute leur splendeur !
- Bravo Shaka !, approuva Kanon. Ça c'est de la révolution karmique !
- Merci Aldébaran, merci !
Shaka allait pour baiser les mains du colosse, mais le Taureau recula et Kanon lui jeta des regards plus noirs que ceux d'un yorkshire jaloux.
- Quand puis-je commencer ?
- Hé bien… Ce soir je voulais préparer du poulet farci, que dirais-tu de me prêter main forte ?
- Cela me convient tout à fait.
- Je suis des vôtres moi aussi, dit Kanon.
Shaka fut bientôt revêtu d'un tablier à volants, et accompagné d'un Kanon à spatule, suivit Aldébaran partout dans la cuisine, en apprenti studieux.
« Alors, il faut d'abord empoigner la volaille. Ensuite, on la plume. Dans la basse-cour, il faut bien faire attention à ne pas lui faire peur, car elle est très revêche de nature. Je conseille donc de s'approcher d'elle par derrière. »
« Et une fois plumée », s'enquit Shaka, « que faut-il faire ? »
« Vous la faites bouillir comme ceci, gentiment. Vous ajoutez une pincée de sel. C'est très important, le sel. »
« Je comprends. Surtout que le goût de ce poulet est très prononcé. »
« Alors expliquez-nous », poursuivit Kanon, « une fois le poulet à point, que nous reste-t-il à faire ? »
« Vous le retournez, comme cela… »
« Oui… »
« Très bien… »
« Et ensuite Shaka, quand tu l'as retourné, que fais-tu ?
« Je le remplis ? »
« Exact. »
(troisième partie)
Créé par Saori Kido en 1989, le Centre d'Activités et d'Animations Culturelles du Sanctuaire était le lieu où, pour peu que vous n'ayez ni entraînement au combat, ni corvée de lessivage de marbre, et fini vos trois mille pompes et abdominaux, le jeune chevalier à l'âge d'être en quatrième que vous étiez pouvait trouver des distractions en relation avec ses 13 ans, dans un lieu convivial, "propice à la fraternité".
C'est ainsi qu'un bâtiment avait été dressé en quelques semaines. L'architecte en titre du Sanctuaire, Phidias Sirtakis, avait fait couler un élégant cube de béton au milieu du maquis, ajouté deux colonnes doriques à l'entrée pour faire classique et deux cariatides mâles sur les côtés pour faire viril.
La porte était en contre-plaqué suédois, la bibliothèque en teck thaï et le canapé recouvert de trois housses. Il y avait un parloir pour le trésorier, une télévision, un lecteur cd et ld, un billard, une table de ping-pong, des toilettes avec l'eau courante, un jeu d'arcade dernier cri, un distributeur de canettes, des lavabos avec du savon.
En résumé, le tout dernier luxe pour les chevaliers qui la nuit tombée venaient ici chercher quelque loisir.
Ce mois-ci le trésorier du Centre était Ichi de l'Hydre, et il prenait son rôle un peu trop à cœur.
« Allez, sois sympa, donne-moi juste quelques jetons, je te revaudrai ça… »
Hyoga était penché contre la vitre et prenait son air le plus charmeur, celui qui lui servait à emballer les petites blondes.
« Tu rêves Hyoga, t'avais pas qu'à tous les utiliser d'un coup. Chacun a ses jetons pour le mois, si je t'en donnais de nouveaux ça serait injuste envers les autres. Tu joueras à Donkey-Kong le mois prochain, notre majesté la Princesse a limité l'accès aux jeux vidéos pour éviter que ses chevaliers soient atteints par le terrible mal de l'otakisme. »
« Qu'est-ce que tu me racontes ? J'ai l'air accro peut-ête ? Je voulais faire une partie avec Shun, c'est tout. »
« Mais oui, Hyoga, ils disent tous ça, si ton maître… »
« Hé ! mais… »
Shun le tira par la manche.
« Hyoga, ce n'est pas grave, on a qu'à jouer au billard. »
« Ok. »
Ils s'éloignèrent. Mis à part Ikki qui était venu en Grèce spécialement pour accompagner Shun, ils étaient les seuls de la bande des cinq bronzes à être en entraînement ici – Shun avec Shaka, lui avec Milo. Shiryu était retourné en Chine auprès de Shun-rei et Seiya était au Japon avec sa sœur. Par conséquent leur complicité s'était accrue et ils étaient devenus inséparables, ce qui n'était pas pour plaire à Ikki.
« Dis, ton frère s'est calmé depuis jeudi ? », demanda Hyoga en défaisant le triangle.
« Pas vraiment. Il s'est battu avec Kanon. »
« Il est vraiment bizarre depuis qu'il est ici. Tu crois qu'il a une aventure avec quelqu'un ? »
« Ça c'est sûr que non. Il faudrait déjà qu'il se lave et qu'il arrête d'aboyer dès que quelqu'un l'approche. »
« Faudrait lui trouver une copine, comme ça il arrêterait de nous prendre la tête. »
« Mais qui ? Il faudrait qu'elle puisse lui tenir tête. Mon frère est pire que le schtroumpf grognon quand il s'y met. »
« Hé ! Je crois que Shina soupirait après Seiya ! Mais elle a dû l'oublier avec le temps… Elle n'a donc rien contre les Asiatiques et en plus elle a du caractère, c'est la femme parfaite pour Ikki ! »
« C'est vrai ! », s'exclama Shun enthousiaste. « On pourrait essayer d'arranger quelque chose entre eux. »
Mais ils se turent immédiatement car un sillage de basson annonça le loup, ou plutôt le Phénix, qui venait de faire son entrée. Le visage sombre, il se dirigea tout droit vers le distributeur de canettes.
« Ça va Ikki ? », lança Hyoga.
Pour toute réponse un œil d'un bleu gris glacial sous un épais sourcil marine se posa sur lui.
« Je crois qu'il vaut mieux ne pas lui parler », murmura Shun.
Ikki introduit une pièce puis ramassa sa canette d'Oasis, qu'il commença à boire dans son coin.
Hyoga chuchota à l'oreille de Shun d'un air drôle : « T'as vu il a pris de l'Oasis… J'aurais imaginé quelque chose de plus sauvage… Du genre de l'huile de moto au Whisky… »
Shun rougit et se retint pour ne pas rire. Ce que vit Ikki et son visage se figea.
« Ça vous amuse de vous payer ma tête ? Toi aussi tu es contre moi maintenant ? »
Il s'adressait à Shun.
« On ne se moquait pas de toi Ikki », répondit Shun très sincèrement.
« Peu m'importe, de toute façon. »
Il se dirigea vers la bibliothèque, mais entre le Courrier d'Athènes, un dictionnaire d'espagnol et un guide de cueillette des champignons, il n'avait pas énormément de choix.
« Depuis quand il lit des livres ? », chuchota à nouveau Hyoga.
Shun lui fit signe de se taire. Ichi tricotait derrière le parloir.
« Le dictionnaire c'est un don de Shura », expliqua Shun.
« Et les champignons ? »
« C'est Aphrodite. »
« Ah oui, il cueille les vénéneux, les masques-de-mort. »
« Hyoga ce n'est pas drôle. »
« Ah bon je croyais… »
Ils ne s'aperçurent pas qu'Ikki était sorti pendant leur petite discussion. L'air toujours impénétrable, il rejoignit sa demeure de gitan, mais l'on sentait l'accablement sur ses épaules. Si Shun aussi venait à le quitter et s'il perdait son innocence pour devenir aussi corrompu qu'Aphrodite… Une des raisons pour lesquelles il était parvenu à supporter bien des choses c'était parce qu'il savait que des êtres tels que Shun existaient. Mais si cela aussi disparaissait…
Il resta plusieurs heures allongé dans l'obscurité avant de s'endormir, pour ne s'éveiller qu'à midi le lendemain, l'esprit réanimé par un délicieux fumet.
Se redressant sur le matelas militaire, il se frotta les yeux et les cheveux. Cette odeur, ça devait être un rêve… Il allait de toute façon déjeuner d'une tartine de salami en plastique, et à la limite cela ne l'embarrassait pas, le but étant de caler son estomac.
Mais pourtant, cette douce odeur d'oseille avait quelque chose d'enchanteur. Et elle semblait bien réelle.
Ikki se redressa complètement, tira un store, faisant entrer la lumière dans son capharnaüm.
Ça venait de l'intérieur de la caravane… Et alors il les vit. Sur le comptoir, il y avait une bouteille et une boîte. La bouteille était remplie de jus d'oranges pressées, et sur la boîte un mot en anglais était épinglé.
FOR THE LUNCH
Alléché contre son gré, Ikki, ouvrit le bentô. Il y avait un filet de saumon à l'oseille avec du riz, mais ce n'était pas un simple filet de saumon. Il était cuit à point, rose, tendre. Et le riz était fin, blanc, pas sec ou trop hydraté, juste parfait comme un fragment de rizière céleste.
De chaque bouchée transpirait cette évidence : ce repas avait été fait avec amour.
« Shun est toujours aussi mauvais en anglais », pensa Ikki en se régalant. « Mais je veux bien lui pardonner ses idioties d'hier soir après ça ! Finalement, j'avais tort en pensant qu'il avait changé... Il est toujours aussi sensible. »
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à suivre
(1) le saucisson !
