Rating : PG-13 pour ce chapitre, NC-17 pour la fic.

Disclaimer : Masami Kurumada, Toei Animation.

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Chapitre 6 : Pallas, ton univers impitoyable

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Le matin qui suivit apporta de nouveau un repas chaud et préparé soigneusement sur la tablette de la caravane du Phénix. Le chevalier de bronze avait l'impression d'être de retour au pays en dégustant les savoureux onigiri que son frère lui avait préparés (du moins c'est ce qu'il pensait), assis sur le marche-pied en ferraille de sa maison roulante. À cette heure, seul le pépiement des oiseaux et le ricanement des Italiens animaient la tranquillité du lieu.

« Alors, Face-de-lune, on mange son sushi quotidien ? »

Ikki n'eut pas besoin de lever les yeux pour reconnaître la voix du Cancer.

« Pff… Les Japonais ne se nourrissent pas que de sushis... »

Nullement gêné par la présence de Deathmask, Ikki ne fit que deux bouchées de son dernier onigiri, le mâchant avec ce que certains auraient perçu comme de « mignonnes petites joues de hamster ».

« T'as raison, je vois qu'ils mangent aussi des boulettes de riz… »

« Bon... Qu'est-ce qui t'amène ? »

« Moi ? Rien. C'est juste que… »

« Par la poussière de diamant ! »

« Chaîne nébulaire ! »

En moins de temps qu'il en faut pour kidnapper Saori, Ikki se retrouva saucissonné par la chaîne de son frère, les poings qui lui servaient pour lancer ses attaques étaient gelés, et le chevalier du Cancer le retenait par son pantalon rouge.

Hyoga et Shun sortirent de derrière les arbres.

« C'est bon, on le tient ! »

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Une demi-heure plus tard, un Phénix penaud comme un chien mouillé barbotait dans un bac rempli d'eau chaude ayant perdu sa transparence initiale.

« Pouah… L'eau est noire, Ikki t'es pire qu'un chat… », se moqua Hyoga en lançant un savon à Shun.

« Encore heureux qu'il n'ait pas de poux ! », railla Deathmask en laissant chuter sur la tête sombre une nouvelle jarre pleine d'eau fumante.

« Foutez-vous de moi… »

« Non, je vais te shampouiner mon frère. »

« Je peux le faire tout seul ! »

« Tu en profiterais pour t'enfuir Ikki ! Il faut que tu sois propre pour ton rendez-vous avec Shina ce soir. »

« C'est quoi cette histoire encore ? Depuis quand j'ai un rendez-vous avec Shina ? »

« Depuis que je t'ai arrangé un coup avec elle », annonça fièrement Deathmask.

Ikki le dévisagea avec des yeux emplis d'horreur.

« Alors, c'est qui qu'on remercie ? Merci Tonton Deathmask ! »

Le Masque de Mort désignait de l'index la joue qu'il avait tendue.

« Arrête, tu fais peur comme ça », murmura Hyoga.

« Cinglé », grogna Ikki. « J'ai aucune envie de sortir avec Shina ! »

Puis il aperçut dans l'encadrement de la porte le chevalier de la Vierge marchant à travers le péristyle, un carton plein de statues dans les bras.

« Non en fait si ! J'ai très envie de sortir avec Shina ! »

Il se laissa shampouiner sans histoire.

« Bon, maintenant qu'on a lavé tes cheveux, on va passer au reste Ikki. »

« Au reste ? »

« Au reste du corps. »

« Ça va pas ? Je suis capable de me laver tout seul. »

Ikki se mit debout dans le bac, arracha des mains de Shun le savon à l'huile d'olive, puis commença à se frotter énergiquement avec le cube brun, le regard sérieux.

« Il pue vraiment, votre savon… »

« Tu préférerais un pain moussant à l'huile de rose, ma biche ? Je peux aller demander à Aphrodite, si tu veux… »

« Très drôle… »

Il se retourna pour continuer à se frotter en cachant aux autres sa partie frontale.

« En fait, je ne suis pas si sale que ça… C'est vous qui êtes des espèces de minets. »

« Mais bien sûr, mais bien sûr… »

« N'oublie pas entre les orteils, Ikki. »

« Et derrière les genoux. »

« Les femmes apprécient les hommes qui s'entretiennent. »

Il faut voir le bon côté des choses, bougonna Ikki intérieurement. Mieux vaut un rendez-vous arrangé avec Shina que devoir affronter l'Autr…

Une voix triste et pacifique s'éleva, comme un courant glacé dans son dos.

« Shun, hum, tu m'avais demandé des serviettes, je crois… »

Par réflexe Ikki se retourna ; Shaka venait d'entrer dans la pièce, il ne portait plus son carton mais une pile de serviettes de bain. Et ses yeux étaient grand ouverts, bleus, brillants comme des pierres précieuses. Mais ce regard d'ordinaire si perçant et assuré, à ce moment-là, papillonnait.

« Euh… Excuse… Excusez-moi, je… »

Les yeux d'azur étaient pris de spasmes nerveux à la vue du Phénix tel qu'en lui-même, trempé comme après une longue nage ou une épreuve sportive qui l'aurait laissé en sueur.

Mais Shaka pensait-il à une épreuve sportive ? Rien n'est moins sûr, et son regard, tout choqué qu'il était par cette vision surprise d'un Ikki nu dans son temple, ne parvenait à se détacher de la peau tannée et lisse constellée de gouttes, de ces reliefs fermes et musclés, et même de ce qui sous le nombril et le ventre plat, plus sombre… Un savon ?

Rouge comme une tomate, Ikki se mit de dos, retenant toujours le savon de Marseille à l'endroit stratégique.

« Mais c'est qu'il est pudique ! », s'exclama Deathmask. « Hé, relax ! On est entre hommes ! »

« C'est parce que c'est Shaka », dit Hyoga.

Ikki tressaillit à ces mots, croyant qu'on le soupçonnait de l'innommable. Mais Shaka ne réagit pas, ses grands yeux en amandes fixés à présent sur le verso du chevalier de bronze.

« C'est un peu le même genre de personnes qu'Athéna… », poursuivit Hyoga. « Je me vois mal me mettre à poil devant Saori. »

Il est pourtant fort à parier que Saori n'aurait pas bu du regard avec une telle impudence les épaules et la chute de reins du Phénix.

« Qu'il est beau… », pensa Shaka, tout allumé.


Au centre d'animation culturelle du Sanctuaire, le niveau de décibels était monté de deux crans depuis que la pause des apprentis avait commencé.

« Franchement Kiki, ton look, c'est vraiment plus possible », décréta un gamin aux cheveux d'un blond presque blanc, perché sur le sofa.

« Quoi qu'est-ce qu'il a mon look ? », se plaignit l'apprenti du Bélier, qui avait maintenant onze ans.

Le disciple d'Aphrodite écarquilla ses grands yeux vert pâle et tendit son bras maigre, dans un geste d'évidence.

« Réfléchis, un chevalier est une sorte de héros, même de demi-dieu. On peut pas s'habiller et ressembler au commun des mortels, encore moins à un gardien de chèvres afghan. »

« C'est quoi un Afghan ? », demanda Kiki.

« Hé les mômes, un peu moins fort la musique ! », cria Ichi derrière son parloir.

« Ouais ouais, c'bon c'bon… », répondit mollement Coco en faisant semblant de baisser le volume de son disque de The Cure. « Quel abruti celui-là », murmura-t-il à Kiki. « Et puis t'as vu sa tête ? On dirait un vieux serpent. »

« C'est vrai qu'il est pas franchement beau », acquiesça Kiki un peu gêné. « Mais mon look, qu'est-ce qu'il a mon look ? »

« Ben déjà je voudrais pas te vexer… mais t'es roux. Ça craint d'être roux. Et puis regarde ton espèce de tignasse qui fait une pointe au-dessus de la tête… Complètement ringard. Je te parle même pas de cet espèce de maillot en toile de jute. Et de tes bottines du Moyen âge… Mais le pire, c'est les gommettes à la place des sourcils. C'est vraiment trop moisi. »

« Ben tu peux parler toi, avec ta gommette sur le menton ! C'est trop naze la New Wave ! »

« Quoi ? La New Wave c'est trop bien ! »

« Coco, mon chou, tu peux être gentil et aller m'acheter cette liste chez Démoclès ? »

Le chevalier d'or des Poissons venait de faire son entrée dans le Centre ; on aurait dit qu'il avait des problèmes pour marcher tant il s'accrochait au chevalier du Cancer à chaque pas. Celui-ci lui insufflait de la force par ses lèvres, avec de petits bruits humides. Coco prit la liste que lui tendait la main aux longs ongles vernis, l'air écoeuré.

« Il est pas quatre heures. Je suis encore en pause. »

« C'est moi qui décide quand il est quatre heures, Colibri, » répliqua Aphrodite le visage sévère, et sa voix semblait d'un coup absolument masculine.

« Pauvre gosse, laisse-le souffler un peu », plaisanta Deathmask.

« Je te rappelle que Shina a un rendez-vous avec le Romanichel ce soir, et que tu m'as engagé pour transformer Cruella en Cendrillon. »

Kiki leva brusquement la tête, l'air étonné.


« Dis-moi Kanon, tu ne trouves pas que Shaka avait l'air songeur, tout à l'heure ? »

« Si, même qu'il a mal dosé son bouillon. Il avait les yeux mi-clos, tout en amandes… Enfin, plus en amandes que d'habitude. »

« C'est fâcheux… Plus j'y réfléchis, et plus je crois qu'il n'est pas encore prêt pour la poule-au-pot. »

« Il y met beaucoup de volonté et de cosmos pourtant… Mais tu as raison, je crois qu'il est encore loin de ce stade, malgré toute sa puissance. »

« Et il a l'air tracassé, aussi. Quand je lui expliquais comment faire prendre les sauces, il m'a confié qu'il pensait qu'Ikki le méprisait. »

« Ah oui ? »

« Il l'a invité à prendre le thé avec son frère et le Cygne, cet après-midi, mais Ikki l'a envoyé paître. »

« Je crois que c'est parce qu'il est devenu bouddhiste. Du coup il doit devenir aussi "détaché" et imbécile que l'était Shaka auparavant. »

Le Dragon des mers ponctua cette réflexion d'un baiser sur la longue mèche brune qu'il tenait dans la main droite, mais non de manière naturelle – il avait cru entendre un bruit métallique dans son cerveau.

« Qu'y a-t-il ? »

« Rien... J'ai juste eu l'impression que j'allais penser quelque chose, mais c'est juste que je ne l'ai pas pensé. C'est étrange comme sensation. »

« Moi ce que je trouve étrange », opina Aldébaran, « c'est d'imaginer Ikki en bouddhiste. »

« Hé bien tu vois… Là, ça recommence ! »


Semblant encore une fois dégoûté de l'existence, Colibri des Poissons quitta le Centre prestement, sans s'apercevoir (ou faisant semblant de ne pas s'apercevoir) que l'apprenti de Mû était sur ses talons.

« Hey hey j'peux venir avec toi ? », s'enquit la voix un peu nasillarde émise par les tâches de rousseur.

« Tu n'as pas entraînement ? », demanda Coco.

« Si mais… »

Kiki sembla hésiter quelques instants, puis fit un geste du bras.

« Bof, on s'en fiche ! »

« C'est toi qui vois », répondit le blondinet d'une voix impassible.

Ils prirent la direction de Rodorio, sans se parler. L'apprenti des Poissons s'amusait à ramasser des épis d'orge qu'il dépiautait, Kiki semblait réfléchir à quelque chose, et observait son camarade par à-coups. Quand le premier eut fini de délester son deuxième épi et commença à se frotter les mains pour les débarrasser des restes, le rouquin lui posa une question.

« Hé Coco, c'est qui le Romanichel ? »

« J'sais pas… Peut-être celui qui vit dans une caravane. »

« Tu veux dire Ikki du Phénix ? »

« Oui, ça doit être ça. »

« Mais ils ont dit qu'il avait un rendez-vous avec Shina tu vois ! »

« Et alors ? ça les regarde… Si tu avais eu un maître comme le mien... »

« Ben c'est pas ça… C'est juste que j'croyais que Shina elle était avec quelqu'un d'autre. »

« Ouais, c'est toujours comme ça mon pauvre Kiki. On croit toujours qu'ils sont avec quelqu'un d'autre. T'as de l'argent sur toi ? »

« Non. »

« Dommage. »

« Et ton maître t'a d'mandé d'acheter quoi au juste ? », reprit Kiki avec vivacité, comme s'il craignait que le silence s'installe à nouveau.

« Du maquillage et du tissu. »

« T'en... T'en essayeras sur moi ? »

« Si tu veux. »


à suivre