JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil. Sherlock étant dans la série un ex-junkie, j'avais envie d'imaginer sa vie à cette époque, et comment une rencontre avec John aurait pu être possible. Ayant déjà écrit sur le sujet de la drogue, j'ai fini par le faire.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Butterflyellow, encore merci pour ta review. Quant à l'intrigue, franchement, je ne sais même pas s'il y en a une. Et il faut que j'aille lire la fin de Psychanalyse crânienne.
Très chère Ruize, je suis toujours aussi impressionnée par tes reviews de trois kilomètres aussi utiles qu'agréables. Réponses prévues en début de semaine.
Chapitre 3
Greg Lestrade avait dû interrogé Henry Knight dans la matinée, quand le jeune homme avait repris un peu contenance et cessé de s'excuser en sanglotant. Il n'apprit rien de nouveau et, en demandant à Anderson de le ramener à sa cellule, songea que l'issue de l'affaire était prévisible. Henry allait être jugé irresponsable et interné en hôpital psychiatrique pour un bon moment, que le docteur Mortimer porte plainte ou non.
Greg rejoignit John Watson à treize heure passée, le saluant d'un sourire en s'asseyant à la table. Le temps était radieux et Angelo – le patron du restaurant – les avait installés en terrasse.
-La nuit a été longue ?
John passa une main dans ses cheveux blonds, l'air mal réveillé.
-Ouais. Tu as vu Henry ?
Greg acquiesça en jetant un coup d'œil au menu.
-La procédure est en cours.
-Les contacts du centre-
-Je sais, je leur ai parlé aussi, coupa-t-il avec un léger sourire. Je comprends que cette affaire te touche, John, mais ça fait un bail qu'on a pas déjeuné ensemble, alors si on pouvait éviter de parler boulot.
Le médecin lui rendit son sourire.
-Excuse-moi, c'est vrai. Angelo dit que le poisson est extra, ajouta-t-il en désignant le menu.
Greg leva les yeux au ciel.
-Il dit ça de chacun de ses plats.
Ils mangèrent en discutant de tout et de rien, de météo, de politique, des embouteillages, du prix de l'essence qui augmentait, du mariage de l'ami de sa soeur qui approchait, des soupçons que l'inspecteur commençait à avoir sur la fidélité de sa femme, de ce qu'ils avaient en tête et sur le cœur, profitant de la chaleur tiède du soleil et d'une pause entre deux galères au travail.
Quand John paya la note – il insista longuement et Greg finit par laisser tomber – il ne put s'empêcher de demander si les flics étaient descendus au nouveau squat.
-Bon sang, tu es irrécupérable.
-Je suis sérieux, Greg.
-Tu n'y es pas encore allé, alors ?
L'inspecteur semblait surpris par l'idée.
-Oh, si, bien sûr.
-Pourquoi cette question, dans ce cas ? Les junkies n'ont pas voulu quitter les lieux ?
John soupira.
-Tous sauf un. Un type assez… particulier.
-Je croyais que tu avais tout vu.
Le médecin haussa les épaules.
-Je lui ai donné une carte du centre, mais je ne pense pas qu'il l'ait gardé. Si tes gars le mettent en cellule, appelle-moi, d'accord ?
-Comme d'habitude.
-Ce type-là n'avait rien d'habituel, remarqua-t-il vaguement.
Greg ne trouva rien à répondre. Il était toujours un peu inquiet quand John s'attachait à un patient, ce qui arrivait fréquemment. Étant un bon médecin et un homme bien, il avait aidé au moins une vingtaine de junkies à arrêter la drogue et presque tous avaient aujourd'hui un appart, un job et un avenir. Mais parfois, le patient était plus fragile. L'an dernier, une gamine dont John avait la charge s'était suicidée dans les douches du centre.
C'était lui qui avait trouvé son corps froid et décharné sur le carrelage, le sang qui coagulait sur ses poignets tailladés.
John avait passé les trois mois suivants à travailler sans cesse au centre, dormant à peine, mangeant peu, refusant de rentrer chez lui. Sarah Sawyer, sa collègue, à bout de nerfs, avait appelé Lestrade en pleine nuit pour le supplier de venir le chercher, quitte à le traîner de force. Greg était venu aussitôt – il avait été occupé par une affaire d'enlèvement d'enfants et ne savait pas grand-chose de l'état du médecin.
Quand il était entré dans l'infirmerie où John soignait la blessure d'un clochard, il lui avait ordonné d'aller se reposer. John avait protesté, Greg aussi, et au final le médecin avait éclaté en sanglots dans les bras de son ami, murmurant que tout s'était passé normalement et qu'il ne comprenait pas pourquoi la gamine s'était suicidée. Qu'il sentait encore l'odeur aigre du sang, que ses yeux morts ne lâchaient plus et qu'il s'en voulait tellement, tellement, tellement.
-Mes gars iront sûrement cette après-midi, je t'appelle s'ils tombent sur ton junkie.
John le remercia silencieusement. Greg chercha quelque chose sur son visage, ne trouva qu'une très vague inquiétude et un peu de perplexité, soupira de soulagement. Est-ce que John pensait encore à cette gamine ? L'inspecteur n'osa pas lui poser la question, craignant de réveiller des souvenirs douloureux. Mais la réponse était oui, sans aucun doute.
Sherlock ne garda qu'un souvenir flou de la descente de flics au nouveau squat. Il s'était piqué juste avant et l'héroïne coulait dans ses veines – brûlante, glacée, ardente. C'était bon, oh putain c'était tellement bon. Alors les flics, il s'en foutait royalement. Le monde qui l'entourait, si ennuyeux, si morne, n'existait plus. Ses propres pensés, ce fourmillement d'informations, ses réflexions incessantes se turent. Sherlock profita.
On le tira de force jusqu'à un véhicule, il se débattit, on le frappa, il frappa en retour, on claqua la portière. La cellule où on le jeta sentait la pisse, la sueur et l'alcool. Le junkie s'allongea sur le sol dur et froid, ramena les pans de son trench sur son torse et croisa ses longues jambes. Il fixa le plafond, euphorique et sourd aux bruits qui courraient près de lui, aux gens tout autour, à l'agitation du commissariat.
Sherlock eut un sourire ravi. En cet instant, il se foutait de tout. Il se sentait bien, vraiment bien, et peu importait le reste.
Greg Lestrade traversa le hall d'entrée et jeta un coup d'œil au junkie allongé dans la cellule.
-C'est lui ? demanda-t-il à Anderson.
Anderson suivit son regard et grimaça.
-Ouais.
Greg se tourna vers son subordonné. Il avait la joue droite légèrement rouge, une égratignure sous l'œil et une mauvaise humeur palpable.
-Il vous a vraiment frappé, alors ? s'enquit-il en retenant un sourire.
-Ce connard de junkie refusait de nous suivre, justifia-t-il.
-Donc vous l'avez cogné et il vous a cogné en retour. Évitez de vous plaindre, Anderson, ou je vous suspends pour abus de pouvoir.
Greg sortit son portable de la poche de sa veste et s'approcha de la cellule en cherchant le numéro de John dans son répertoire.
-On va venir vous chercher, annonça-t-il au junkie.
Le type ne bougea pas. Greg l'observa un instant, son téléphone dans la main.
-Il est là depuis combien de temps ?
Anderson leva les yeux.
-Quatre heures, maximum.
-Vous ne pouviez pas me prévenir avant ?
Son subordonné ne daigna pas lui répondre.
-Hé, appela-t-il en fixant le junkie. Hé, ça va ?
Le type décroisa les bras, se redressa un peu et s'assit. Ses épaules tremblaient légèrement et il semblait de plus en plus anxieux, les traits secs de son visage étaient crispés et ses lèvres pincées.
-Vous auriez une cigarette ? demanda-t-il d'une voix rauque et éraillée.
Greg se souvint de ce que John disait à propos des junkies.
-Non, désolé. J'ai arrêté.
Il arqua un sourcil.
-Qui va venir me chercher ?
-Un médecin du centre. Vous l'avez peut-être déjà rencontré, hier.
Le junkie dévisagea l'inspecteur. Greg se sentit étrangement mal à l'aise, comme fouillé par ce regard vide. Il se racla la gorge, recula de quelques pas et colla son téléphone à son oreille.
-Docteur Watson, répondit la voix assurée du médecin.
-C'est Greg. J'ai le type dont tu m'as parlé.
Léger soupir.
-Merci, mon vieux. Tes gars l'ont malmenés ?
-Ouais, avoua-t-il à contrecœur en fusillant Anderson du regard. Mais il est entier. Tu passes le prendre ?
-J'arrive dans un quart d'heure.
Greg raccrocha et, après un dernier regard au junkie, retourna dans son bureau.
Sherlock était à nouveau lucide quand John entra dans le commissariat. Le junkie se tourna vers lui, pivotant d'un mouvement brusque. Le médecin était un peu plus âgé que lui, plus petit aussi. L'expression de son visage aux traits simples était d'un calme patient, attentif et professionnel. Il avait des cheveux blonds coupés courts et des yeux acajou qui lancèrent un regard au junkie. En jean, blouson de cuir noir et baskets, il semblait aussi ordinaire que normal.
Et pourtant, il travaillait dans un centre pour clochards, adolescents fugueurs et drogués.
John intrigua Sherlock au premier coup d'œil.
-Salut, dit-il en s'approchant.
-Avant que tu ne le demandes, oui, je me souviens de toi.
John fut un peu surpris, se souvint du comportement du junkie la veille et choisit de ne pas en tenir compte.
-Tu es blessé, non ?
Sherlock pencha la tête sur le côté, dans une attitude enfantine et spontanée.
-Poignet droit foulé, deux côtes fêlées, plaie superficielle à la tempe et douleur à l'omoplate non expliquée, énuméra-t-il platement.
Ok, surtout, ne pas y prêter attention.
Greg revint au même instant et adressa un hochement de tête à John.
-Tu vas l'adorer, celui-là.
-Ah ?
-Il a frappé Anderson.
John eut un regard amusé pour le junkie.
-En effet.
Il y eut un bref silence, puis Sherlock se leva brusquement.
-Bien. Voyons si tu arrives à me convaincre d'arrêter la drogue.
Sherlock monta à l'avant de la camionnette avec John. Le médecin laissa passer un instant, observant le junkie à ses côtés.
-Tu as frappé un flic, donc.
-Visiblement.
John haussa un sourcil.
-J'étais complètement défoncé, indiqua-t-il. Je ne savais pas que la police travaillait avec le centre.
-…Oh, c'est juste un arrangement.
-Et je dois faire quelque chose en contrepartie ?
John marqua une pause.
-Bon sang, je sais de quoi j'ai l'air mais je ne suis stupide en aucun cas. Un arrangement n'est jamais à sens unique.
-…Une nuit au centre, c'est tout.
-Ensuite, je suis libre ?
-Le centre n'est pas une prison, remarqua-t-il.
-Pour moi si.
John ne trouva rien à dire et le trajet se fit dans un silence pesant. Il songea à réciter son baratin habituel mais, avisant le visage impassible du junkie – malgré la fatigue évidente, malgré l'ecchymose sur sa joue, malgré la drogue, malgré tout –, il se dit qu'il allait avoir besoin de beaucoup plus que ça pour le convaincre.
-Tu n'y arriveras pas, dit-il en descendant de la camionnette, comme s'il avait lu dans ses pensés.
-J'ai connu des patients plus récalcitrants.
-Vraiment ?
Sherlock esquissa un sourire et John prit conscience qu'il ne connaissait même pas son nom.
-John Watson, annonça-t-il en tendant une main que l'autre serra aussitôt.
-Sherlock Holmes.
Et il s'éloigna vers le centre, les mains dans les poches de son trench. Ça ressemblait à un pari, à un jeu. John songea que ce type-là sortait décidément de l'ordinaire, et qu'un peu de nouveauté serait bienvenue dans sa vie routinière.
Voilà. J'espère que vous avez bien profité de la présence de Lestrade, il risque d'effacer un peu pour les prochains chapitres.
