JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil. Sherlock étant dans la série un ex-junkie, j'avais envie d'imaginer sa vie à cette époque, et comment une rencontre avec John aurait pu être possible. Ayant déjà écrit sur le sujet de la drogue, j'ai fini par le faire.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Un grand merci à Loow, Yumi-chan et Butterflyellow pour leurs adorables reviews.

Sherlock frappant Anderson a fait l'unanimité, mais pour ceux qui se posent la question, Donovan sera épargnée – oui, dommage, en effet, mais j'aurais l'impression d'abuser un peu. (Je ferais une fic sur la boxe plus tard, peut-être, si vous y tenez.)


Chapitre 4


Sarah Sawyer ne fut qu'à peine surprise de voir John au centre en fin d'après-midi alors qu'il travaillait de nuit cette semaine-là. Les horaires réguliers n'étaient pas son truc. S'il était inquiet à propos d'un patient, il n'hésitait pas à passer au centre – et c'était déjà arrivé alors qu'il était en congé. John était comme ça. Ce qu'il faisait, il le faisait à fond. On pouvait compter sur lui en toutes circonstances. Sarah adorait ce trait de sa personnalité.

En fait, Sarah adorait beaucoup de choses quand il s'agissait de John Watson.

La jeune femme aurait aimé être plus qu'une amie pour lui. Elle n'avait jamais su ce que lui en pensait vraiment, malgré les sorties au cinéma, au théâtre, les dîners chez elle, et elle avait fini par s'y résigner. John la considérait comme sa meilleure amie, et elle savait que même si le médecin était très social et apprécié, peu de gens comptaient réellement pour lui. Suite à des embrouilles avec sa famille, son entourage proche se réduisait à Sarah elle-même et Greg Lestrade.

John salua Babeth à l'accueil et sourit en voyant Sarah sortir de son bureau.

-John ? Il y a un problème ? s'enquit-elle en claquant une bise rapide sur sa joue.

-Non, tout va bien. On t'a parlé du nouveau squat que les flics ont visité aujourd'hui ?

-Oui, je crois.

-Le junkie qui y était resté hier s'est fait prendre par les flics-

-Et Greg te l'a envoyé, je vois. Qui est-ce ?

John prit la fiche que Babeth lui tendit en la remerciant. Il avait déjà traversé le hall d'entrée quand il répondit à Sarah, légèrement pressé mais avec sa gentillesse habituelle.

-Sherlock Holmes. Babeth a cherché dans nos dossiers communs mais elle ne l'a pas trouvé.

-Un nouveau, donc.

-Apparemment. Je m'occupe de sa fiche, tu peux lui trouver des vêtements et noter un repas supplémentaire pour ce soir ? ajouta-t-il en commençant à monter les escaliers.

Sarah le suivit des yeux, amusée.

-Bien sûr. Quelle taille ?

-Grand et maigre comme un clou, indiqua-t-il avant de disparaître au premier étage.


Sherlock était assis en tailleur sur un lit de camp du dortoir, son trench jeté en travers de ses jambes. Il entendit des bruits de pas dans les escaliers et darda sur John un regard fixe et froid, légèrement méfiant. Le médecin tenait un stylo bic dans une main, et une feuille de papier dans l'autre qu'il posa sur le bord du lit le plus proche du junkie en s'y asseyant.

-Il y a un système de fiches qui circulent entre les centres et les professionnels de la ville, expliqua-t-il. Ça nous permet de suivre le parcours des patients, d'adapter nos soins. J'ai vérifié, tu n'y figures pas. Alors soit tu m'as donné un faux nom-

-Soit je n'ai jamais mis les pieds ici ou dans toute autre structure de ce type, acheva-t-il rapidement. Ce qui est le cas.

Sherlock se foutait royalement de ces fiches à la con et commençait à avoir sommeil. Le lit de camp où il était assis semblait confortable, il était épuisé et n'attendait que le départ de John pour se shooter à l'héro et dormir douze heures d'affilée. Mais ça, il refusait de l'avouer.

-Tu es à la rue depuis peu de temps, alors ? continua John en griffonnant Sherlock Holmes en haut de la feuille.

-Je ne sais plus. On est le combien ?

John le dévisagea un instant, pourtant habitué à ce genre de choses – ses patients perdaient souvent la notion du temps et se retrouvaient incapables de donner le mois ou même l'année.

-Le dix février.

-Dans ce cas, je dirais… deux ans et onze mois.

John nota Depuis mars deux mille huit. sous son nom.

-Quoi d'autre ?

-Ton âge, ta consommation de drogues, ton état psychologique et physique, énuméra-t-il platement.

-Vingt neuf ans. Héroïne et LSD en général, sinon ecstasy ou morphine. Aucun trouble, normalement constitué – deux bras et deux jambes, tu vois ?

Le médecin recopia soigneusement le nom des drogues et s'autorisa un sourire.

-Je verrais avec la psy pour cette partie-là.

-Non merci.

-Je ne t'ai pas demandé ton avis.

C'était clair, un peu abrupt, mais sans aucune colère. John plia la feuille et la glissa dans la poche de son jean.

-Et puis, ça peut t'aider te parler avec elle. C'est une femme très attentive, elle sait écouter.

Sherlock arqua un sourcil dédaigneux.

-Je n'ai pas besoin de parler à un psy, je vais très bien.

-Tu as passé trois ans dans la rue-

-Je l'ai voulu, coupa-t-il sèchement.

John le considéra un instant.

-Je suis parti en sachant très bien où j'allais, et je n'ai pas l'intention de changer. Ni de parler à ta conne de psy, ni de t'obéir, et encore moins d'arrêter de me droguer.

-Je ne vais pas te donner d'ordres, répliqua-t-il calmement.

-Ah oui ?

-Oui. Si tu ne veux pas rester au centre cette nuit, j'appelle l'inspecteur Lestrade et tu retourneras en cellule pour une durée indéterminée. Tu as le choix.

Sherlock marqua une pause.

-J'aurais la paix, ici ?

-Dans la mesure du possible. Il est encore tôt, mais d'autres patients vont arriver. Sauf qu'il faut que je voie tes blessures, admit-il avec un demi-sourire.

Sherlock marmonna quelque chose d'intelligible à propos des idiots bornés et se leva brusquement.

-Bon, très bien. Mais vite.

-Une douche ne te ferait pas de mal, aussi.

-Bon sang, tu es une vraie plaie, lâcha-t-il en le suivant jusqu'à l'infirmerie.


L'infirmerie était une petite pièce impersonnelle aux murs peints en vert. Il n'y avait aucune affiche, aucun tableau, aucun poster. Un bureau en bois faisait l'angle, et une table métallique au centre était recouverte de l'habituel papier blanc qu'on trouvait dans les cabinets de médecin généraliste. Sherlock s'assit sur le bord en songeant qu'il n'avait pas reçu le moindre soin depuis trois ans.

Il s'était souvent blessé de mille manières différentes – vraiment, le LSD lui faisait faire des trucs bizarres – mais il attendait que ça se soigne tout seul ou au moins que ça arrête de saigner. John commença par examiner son poignet, légèrement enflé et rouge.

-Il est bel et bien foulé. Casse-couilles numéro 1 n'y est pas allé de main morte.

-Qui ça ?

-Le flic avec la tête d'abruti, Anderson, répondit-il distraitement en cherchant de quoi faire une attelle dans le placard de l'infirmerie.

Sherlock le regarda faire et esquissa un sourire narquois quand le médecin termina.

-Je vais la retirer et m'en débarrasser dans moins d'une heure.

-Super. Je vais donc te la refaire dans moins d'une heure, répliqua-t-il en désinfectant la plaie sur la tempe du junkie.

Sherlock grimaça. John pansa la blessure et jeta un coup d'œil à l'ecchymose sur sa joue.

-C'est trop vieux pour que ce soit Anderson.

-Un salopard de dealer qui m'a foutu en rogne, indiqua-t-il.

-Et l'omoplate ?

-Hm ?

-Je cite : douleur non expliquée à l'omoplate.

-Je n'ai pas dit ça dans cet ordre.

John lui dédia un regard agacé et Sherlock céda. Il retira doucement son sweat, essayant de ne pas utiliser son poignet blessé, et le médecin finit par l'aider en soupirant.

Sa maigreur était si évidente qu'elle en devint crue, presque nauséabonde. Sa peau était pâle mais en aucun cas d'une blancheur immaculée. Les marques des piqûres étaient bien visibles sur son avant-bras, noires sur le bleu éthéré de ses veines. De fines cicatrices plus ou moins récentes courraient sur son dos, griffant la ligne maladroite de sa colonne vertébrale, esquissant des formes informes sur ses côtes saillantes et faisant de son torse un tableau exécuté de la main tremblante d'un artiste indécis.

John parvint à contenir en lui toutes les questions qui lui brûlaient les lèvres, remarquant la tension dans la posture légèrement courbée du junkie, comme si son regard le mettait mal à l'aise – et putain c'était forcément le cas et John le regrettait sincèrement. Le médecin avait vu nombre d'écorchés dans sa vie, mais la peinture décharnée sous ses yeux lui fit mal au cœur.

-La gauche.

-Hein ? souffla-t-il, surpris.

-C'est l'omoplate gauche qui me fait mal.

John évita les yeux gris qui le fixaient et examina ladite omoplate. La peau commençait à bleuir, et Sherlock grimaça quand le médecin la toucha.

-Tu es tombé ?

-Peut-être, répondit-il prudemment.

-Bon, rien de cassé. Tu vas avoir un superbe bleu, par contre. Je vais te donner des anti-inflammatoires pour ton poignet, indiqua-t-il en fouillant l'armoire. Tu peux te rhabiller.

Il y eut un demi silence à peine troublé par le bruit mat des boites de médicaments. John se retourna vers Sherlock qui n'avait pas bougé, toujours assis sur le bord de la table en fer. Son regard gris s'abîmait à la contemplation du mur vide devant lui, mais quand il parla, d'une voix un peu hésitante, ce fut pour John.

-Je te dégoûte tant que ça ?

John ne trouva rien à répondre, abasourdi par la tristesse soudaine du junkie. Elle suintait pourtant de tout son corps maigre et froid, mais comme un con il n'avait rien vu.

-Je suis horrible, hein ? Laid comme la mort. Je le sais très bien. Je me trouve dégoûtant moi-même, je ne supporte même pas de croiser mon reflet dans un miroir.

John posa doucement la boite d'anti-inflammatoires sur le bureau.

-Tu… Sherlock, tu n'as rien de repoussant, je t'assure.

Le junkie le considéra avec dédain.

-Vous dites ça à tout le monde, docteur, cingla-t-il.

-Tu devrais manger un peu, déjà, continua-t-il sans relever la remarque. Tu es très beau, Sherlock. Époustouflant.

Et c'était vrai. John en prit conscience en s'approchant du junkie, ignorant la crasse et le rouge sale de ses blessures. Ses boucles brunes tombaient sur son front, effleurant sa nuque gracile. Ses pommettes aiguisées, ses yeux aux reflets bleus, sa bouche finement sculptée, tout dégageait un charme magnétique, bien qu'étrange et déconcertant au premier abord. Si l'artiste avait hésité en traçant les angles de son torse, il savait ce qu'il faisait en dessinant son visage.

John lui tendit son sweat.

-Rhabille toi avant de choper un rhume.

Sherlock le considéra un instant puis lui sourit maladroitement en prenant le vêtement.


La douche lui fit un bien fou.

Sherlock savait qu'il ne resterait pas longtemps au centre, seulement cette nuit-là, et qu'ensuite il ne pourrait pas y retourner. C'était exclu, tout simplement. Il se déshabilla lentement, ravi d'être seul. Il y avait plusieurs cabines de douche, séparées par des battants opaques, mais bon sang ce qu'il détestait les gens. Il ouvrit le robinet et frissonna sous l'eau déjà chaude.

Le junkie sourit un peu en voyant sa peau reprendre sa couleur d'origine. Il se lava les cheveux trois fois, pestant contre son poignet foulé dont il avait retiré l'attelle sous le regard consterné de John. Son esprit buta sur le nom. John. Le médecin se montrait vraiment gentil avec lui, c'était la première fois depuis longtemps, et si d'ordinaire il s'en foutait, il dut admettre que c'était agréable d'être traité en être humain.

Sherlock régla le thermostat au maximum et soupira de plaisir au contact de l'eau presque brûlante. Le gel douche que lui avait donné le médecin dégageait une forte odeur de menthe, et le parfum remplit la pièce entière. Il profitait de la chaleur quand la sensation de manque revint, si brutale et intense qu'elle lui coupa le souffle. Il avait commencé à le sentir en sortant de l'infirmerie, mais la présence de John l'avait distrait.

Voilà, ça reprenait. Il posa une main sur le carrelage de la douche, crispant ses doigts sur la surface lisse. Est-ce qu'il allait réussir à se shooter avec son poignet foulé ? Oui, sans doute, il pouvait supporter toute la douleur du monde pour avoir sa dose d'héro. Et si son geste automatique était altéré ?

Oh, merde, quoi, il prendrait le risque. Il s'en foutait, et tant pis pour John. Qu'il aille se faire foutre, lui et sa connerie de sevrage.


(Il ne se passe absolument rien dans ce chapitre ou c'est moi... ?)