JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil. Sherlock étant dans la série un ex-junkie, j'avais envie d'imaginer sa vie à cette époque, et comment une rencontre avec John aurait pu être possible. Ayant déjà écrit sur le sujet de la drogue, j'ai fini par le faire.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Un grand merci à Chou et Butty pour leurs reviews, et à ceux à qui je n'ai pas encore eu le temps de répondre, et à ceux à qui j'ai eu le temps, et à ceux qui ont laissé un tas de compliments adorables sur Ce soir je dors chez toi – je vous aime tous.
Tesco est une chaine de supermarchés présente au Royaume-Uni.
Chapitre 6
Le reste de la nuit fut plutôt calme. John passa régulièrement à l'infirmerie pour voir Carol, mais l'adolescente dormit jusqu'au lever du soleil et Christie se proposa pour veiller sur elle et son enfant, alors le médecin les lui confia et revint aux autres patients. John alterna entre le dortoir, où il soigna le traumatisme crânien d'un clochard ivre qui était tombé dans les escaliers du centre et les multiples plaies d'une prostituée qui avait été battue par un client, et l'accueil où il remplaça Christie.
Un peu avant sept heures du matin, il envoya par mail les dernières informations sur Henry Knight au psychiatre qui avait prit l'affaire.
John quitta le centre à huit heures et s'endormit dans le métro. Il faillit rater sa station et, en se réveillant, fut certain d'avoir rêvé de Sherlock.
Ce fut la voix lointaine de son voisin de palier qui réveilla John pour la première fois. Il ouvrit difficilement les yeux, constata qu'il n'était que dix heures et se leva. Enfilant un jean et un t-shirt, il traversa son appartement et ouvrit la porte.
-Wilfried ? Un problème ?
Le jeune homme considéra le médecin un instant.
-Je vous réveille, John ?
-Ouais.
-Navré, dit-il rapidement en lui tendant un colis. Un livreur est passé et j'ai signé à votre place. Votre sonnette est hors service, non ? Bref, je vais chez ma copine et je risque de rentrer que demain, alors je préfère vous donner ça maintenant.
John prit le colis et acquiesça.
-Merci.
-C'est naturel entre voisins. Au fait, ma tante revient aujourd'hui au centre, sa hanche va mieux.
-C'est une bonne nouvelle. Encore merci.
-Retournez vous coucher, John, vous avez une tronche de zombie.
Le médecin nota le sweat rouge vif lacéré de Wilfried, ses cheveux décolorés en bataille, son jean déchiré aux genoux et ses multiples percings.
-Venant de toi.
Le jeune homme lui sourit et disparut dans les escaliers. John ferma la porte, se traîna jusqu'au canapé et retourna le colis pour lire l'adresse de l'expéditeur. C'était celle d'Harry, en lettres noires et féminines. Il n'avait pas la moindre idée du contenu, et fut surpris en découvrant une cravate soigneusement enveloppée dans du papier bulle. Cravate qu'il identifia comme celle que portait son défunt père les rares fois où il sortait en ville, d'un bleu marine sombre et élégant.
Harry l'avait récupérée après l'enterrement et John l'avait complètement oubliée. Mais il l'aimait bien, cette cravate, elle lui évoquait des souvenirs heureux, et il fut touché par l'attention. Le mariage de l'ami de sa sœur approchait et John reconnaissait dans le geste le souci du détail typique d'Harry. Il se promit de l'appeler pour la remercier et retourna se coucher.
Sarah s'occupa de Carol en priorité et les professionnels du centre se répartirent ses autres patients. L'adolescente allait mieux. Elle avait pris une douche, mangé un morceau et parlé avec la psy, ne lâchant pas Tim une seule seconde. Carol voulut savoir quand elle pourrait voir John et sa collègue se sentit bêtement jalouse de la popularité du médecin.
La pause déjeuner fut courte, comme toujours, et Sarah dévora un reste de poulet au curry, assise à son bureau, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur. Christie avait mis à jour les fiches des patients et elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à celle de Sherlock Holmes. John l'avait ramené au centre la veille seulement, et pourtant il semblait décidé à lui faire suivre une cure de désintoxication. Sarah l'avait vu au dortoir, et le type avait l'air instable et aussi, de manière tout à fait inattendue et vague, mystérieux.
Et sans gêne, mais c'était juste l'avis de Xander. Néanmoins dans la mesure où Sherlock s'était barré sans un mot en emportant ses affaires, un paquet de pain de mie entier, deux sachets de chips et une demie livre de cheddar piqués en cuisine aux alentours de neuf heures, Sarah comprenait. Elle se demanda si elle devait prévenir John, songea que son ami et collègue bossait trop en ce moment puis termina son assiette et retourna dans son enfer familier.
L'air était chargé d'humidité, les nuages lourds et gris et le ciel d'une teinte maussade quand John sortit en milieu d'après-midi. Il avait prévu de faire quelques cours au Tesco pour remplir son frigo désespérément vide, et il devina qu'il allait rentrer totalement trempé à l'appartement. Ah, les joies de la pluie londonienne. Il comptait appeler Harry sur son portable dans le supermarché, espérant que la présence d'inconnus ne l'oblige à rester poli avec sa sœur.
John et elle ne s'entendaient pas, de toute façon.
Les disputes étaient fréquentes, et avec eux tout devenait un éventuel sujet de discorde. La dernière fois, ils avaient failli s'entretuer pour une histoire de brosses à dents. Mais la plupart du temps, c'était le travail de John qui posait problème, le centre et ses junkies adorés, comme disait Harry. Elle avait toujours été incapable de comprendre la vocation de son frère, ce besoin quasi vital de venir en aide à des loques humaines.
Quand John était d'humeur joueuse, il disait que désinfecter une blessure par balle était plus marrant que soigner un rhume. Et quand il était moins tolérant, souvent après une journée difficile dans son enfer familier, il lui disait juste d'aller se faire foutre. Harry appréciait moyennement, et les répliques acides qu'ils échangeaient rappelaient à John un tournoi de boxe verbal.
Esquissant un sourire distrait à cette idée, il jeta un tas de trucs comestibles dans le caddie – céréales, pudding, pâtes, œufs. Il cherchait le numéro de sa sœur dans le répertoire de son portable quand il arriva au rayon frais. Harry répondit à la troisième sonnerie – sa voix était un peu agacée, diffuse comme si elle tenait le téléphone loin d'elle.
-Ouais ?
-Harry ?
-Oh, souffla-t-elle avant de faire une pause et de coller le téléphone à son oreille. John, quelle surprise.
Il crut percevoir une autre voix féminine, sans doute Clara, la petite amie de sa sœur.
-Comment vas-tu ?
-Bien, très bien, dit-elle rapidement. Et toi ?
-Ça va. J'ai reçu la cravate ce matin.
John devina son sourire en jetant des yaourts dans le caddie.
-Super. Papa l'adorait, tu sais.
-Je sais. Merci beaucoup, Harry, ça me fait vraiment plaisir.
-J'ai hâte de te voir avec au mariage de Fabienne. Tu la mettras, hein ?
-Promis.
Elle gloussa.
-Génial. Au fait, tu viens seul ou avec Jeannette ?
-Seul.
John ignora la légère crispation de ses doigts sur la bouteille de lait.
-On s'est séparé.
-Ah. C'est dommage. Et Sarah ?
Harry n'avait rencontré sa collègue qu'une seule fois mais elle était persuadée qu'ils étaient faits pour être ensemble.
-On est juste ami, je te rappelle.
-Oui, bon. Tu pourrais lui proposer de venir quand même, ça vous changera des camés.
John leva les yeux au ciel. Le moment était venu de changer de sujet.
-Comment va Clara ? lança-t-il innocemment.
-Bien, répondit-elle un peu abruptement.
Apparemment, ce n'était pas non plus un bon sujet. Youpi.
-Elle est avec toi ?
-Non.
-J'essaierai de l'appeler d'ici demain.
-Si tu veux.
Si John marchait toujours sur des œufs avec Harry, il s'entendait à merveille avec sa copine. Clara était une jeune femme bien dans sa peau, drôle et dynamique, et John devait bien l'admettre, incroyablement sexy. Si elle ne sortait pas avec sa sœur, il l'inviterait volontiers dans ce petit restaurant chic du quartier français dont lui avait parlé Angelo.
-Tout va bien au boulot ?
-Oh, c'est difficile, mais on fait de notre mieux.
Penser au centre lui rappela les yeux gris délavés de Sherlock. Le reniflement dédaigneux de sa sœur l'agaça.
-Je sais déjà ce que tu penses de mon travail, dit-il platement. Alors s'il te plaît, ne commence pas.
-Hm. Tu bosses, ce soir ?
-Non, c'est mon jour de congé, répondit-il en sachant qu'il allait quand même passer au centre pour Carol – et Sherlock, sans le moindre doute.
-Bien.
Elle soupira doucement.
-Je suis contente que la cravate de papa te fasse plaisir, John. Bonne soirée.
-Hm. À bientôt.
John raccrocha et resta un moment sans bouger. Puis il passa une main dans ses cheveux blonds, lâcha un soupir et se dirigea vers la caisse.
L'air était chargé du parfum amer de la pluie. John arriva en courant à son immeuble, les cheveux trempés et ses vêtements imbibés d'eau. Pestant contre le climat londonien, il posa les sacs de courses dans le hall le temps de reprendre son souffle. Il sursauta en entendant la porte s'ouvrir derrière-lui mais sourit en reconnaissant Mrs. Hudson, la tante de son voisin de palier.
-Oh, John. Vous êtes dans un sale état, mon garçon, dit-elle en repliant son parapluie.
La vieille dame portait une longue robe prune, des bottines à talons plats et un manteau élégant quoiqu'un peu kitch. Ses cheveux blond-roux étaient coupés court et ses yeux clairs luisaient dans la semi pénombre du hall.
-Mrs. Hudson, c'est un plaisir de vous revoir. Wilfried m'a dit que vous alliez mieux.
-Cette saleté de hanche a fini par me laisser tranquille. Mais je vous rassure, John, les médecins de l'hôpital ne vous arrivent pas à la cheville.
Ils échangèrent un sourire entendu.
-Vous revenez au centre, alors ?
-Bien sûr, avec plaisir, répondit-elle. Mon neveu est là ?
-Non, il est avec sa copine.
Mrs. Hudson soupira.
-Et ce gredin ne m'a même pas prévenu. Ah, les jeunes, de nos jours.
Elle secoua un peu son parapluie et sourit au médecin.
-Vous devriez vous changer, John.
Il acquiesça sous le regard bienveillant de la vieille dame, reprit les sacs Tesco et réfléchit un instant.
-Je vais appeler Sarah pour qu'elle passe nous prendre.
-Bonne idée, mon garçon. Je vous attends ici.
John monta rapidement les escaliers, laissa les sacs dans la cuisine et se changea. Il appela Sarah en récupérant sa sacoche de médecin, et quand il descendit dans le hall, sa bonne humeur disparue depuis des semaines était résolument revenue.
Note :
Chapitre terriblement calme, yep. Ne criez pas, Sherlock reviendra au prochain.
