JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je devrais poster un chapitre par semaine en moyenne.

Sherlock étant dans la série un ex-junkie, j'avais envie d'imaginer sa vie à cette époque, et comment une rencontre avec John aurait pu être possible. Ayant déjà écrit sur le sujet de la drogue, j'ai fini par le faire.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Merci à Proserpine pour sa review – j'aime tes compliments, c'est chouette, et j'adore ton pseudo.

Comme convenu, le retour de Sherlock et un peu plus d'action, mais sur la fin seulement.


Chapitre 7


Mrs. Hudson avait rencontré John Watson par l'intermédiaire de son neveu, et quand il lui avait expliqué en quoi consistait son travail au centre, elle avait semblé réellement intéressée par l'idée de participer. Mais elle avait rappelé, un peu modestement, que son seul talent était le thé et les bavardages incessants. John en avait parlé à Sarah et à la psychologue, et elles avaient aussitôt demandé à voir.

Depuis, Mrs. Hudson passait trois fois par semaine au centre, le temps d'un après-midi ou d'une soirée, avec des scones, des services à thé en porcelaine et beaucoup de chaleur humaine. Les patients l'adoraient. Elle discutait avec eux pendant des heures de tout et de rien, et son rôle oscillait entre celui d'une assistante sociale, d'une sympathique logeuse et d'une grand-mère idéale. Les professionnels du centre lui avaient aménagés un petit salon au rez-de-chaussée, avec canapés, fauteuils et tapis persans.

Sarah l'embrassa sur les deux joues en arrivant au centre.

-Vous nous avez manqué, Mrs. Hudson.

La vieille dame lui sourit tendrement et prit la main que John lui tendait pour l'aider à descendre de la camionnette.

-Parfois, je me demande si je ne suis pas la mascotte du centre.

Christie gloussa, lui donna les clefs du petit salon et Mrs. Hudson entama son tour du centre pour rencontrer les nouveaux patients. Sarah s'apprêtait à rentrer chez elle, tenant déjà son sac à main et son manteau.

-C'est ton jour de congé, John.

Le médecin haussa les épaules.

-Tu me connais.

-Oh que oui. N'en fais pas trop, quand même. Demain tu reprends le jour.

-Je sais. Comment va Carol ?

-Beaucoup mieux. Elle est avec la psy. Et avant que tu ne me demandes, Sherlock Holmes est parti juste après ton départ avec une quantité de nourriture suffisante pour tenir deux jours, ajouta-t-elle en claquant un baiser sur sa joue. Essaie de te ménager, John.

Il la salua distraitement avant de rejoindre son bureau. Il consulta la fiche de Sherlock, soupira bruyamment et appela Greg Lestrade pour vérifier s'il n'avait pas encore trouvé le moyen de finir en cellule. Pas vraiment rassuré par la réponse négative de l'inspecteur, il envoya un mail à tous les professionnels pour leur demander de le prévenir si cet abruti-là passait près d'eux – c'était une procédure courante quand un patient jugé instable disparaissait, mais son efficacité était limitée et John avait peu d'espoir de le revoir un jour.

Mais il avait d'autres patients.


La psychologue du centre était loin des clichés qui entouraient sa profession. Elle attachait ses longs cheveux roux en une queue de cheval quand John entra dans son bureau. Elle lui adressa un regard neutre, croisa les bras sur sa poitrine et désigna le siège devant elle avec un demi-sourire flottant sur ses lèvres.

-Encore une peine de cœur, John ? lança-t-elle de sa voix suave.

Solveig Harter – que tout le monde appelait la psy – était une belle femme quand on prenait le temps de la regarder.

-Je ne suis pas là pour une consultation, répliqua-t-il en s'asseyant néanmoins.

Avec ses vêtements amples, sa vieille veste aux motifs écossais et son visage anguleux, Solveig passait presque inaperçue parmi les patients du centre. Elle était néanmoins observatrice et minutieuse, et elle gardait en permanence son carnet bleu avec elle pour noter chaque détail, chaque évènement. Elle savait tant de choses sur le centre que ça en devenait presque flippant.

John l'aimait bien.

-Sherlock Holmes, ça te dit quelque chose ?

La psy fit la moue.

-Un junkie brun avec une ecchymose sur la joue ?

-C'est un nouveau patient, confirma-t-il.

-Je l'ai croisé ce matin, devant le dortoir. Il m'a à peine remarqué. Sarah m'a raconté qu'il s'était servi en cuisines, le petit coquin. Tu le cherches ?

-Oui. Qu'est-ce que tu penses de lui ? demanda-t-il en fronçant les sourcils à petit coquin.

-Oh, hé bien je ne lui ai même pas parlé, nota-t-elle en souriant néanmoins.

-Solveig.

-Franchement, c'est un drôle de type. J'en ai vu passer, des camés, mais lui est… différent. D'ordinaire, avec mon expérience, j'arrive à évaluer les raisons qui ont poussé ces gens ordinaires à se droguer. Mais là, je ne sais pas – il est autre, tu vois ? Il n'a pas l'air d'un gamin abandonné, ni d'un fils de junkies, encore moins d'une pute.

La psy pencha la tête sur le côté, décroisant ses bras pour prendre un stylo sur son bureau et le faire tourner entre ses doigts.

-Sherlock Holmes, dit-elle lentement, va te donner bien du mal.

John ne put retenir un sourire cynique.

-Tu fais dans la divination, maintenant ?

-Préviens-moi s'il revient au centre. Il a attisé ma curiosité.

-Bien, si tu veux. Mais il y a peu de chances.

Solveig cessa de jouer avec son stylo pour le fixer longuement de ses grands yeux en amande.

-Ne te sous-estime pas. Tu es un aimant à cœurs brisés, John. N'as-tu jamais remarqué l'étrange ballet de ces âmes perdues quand elles viennent chercher un peu d'humanité dans tes bras ?

John arqua un sourcil.

-Si je n'étais pas psy, je serais poétesse, remarqua-t-elle avec une pointe de fierté. En entendant, casse-toi d'ici que je puisse m'occuper de mes patients.

-Mrs. Hudson est revenue, informa-t-il en se levant.

-Cool. J'irais la voir plus tard.

Solveig agita une main aux ongles vernis de noir vers la porte.

-Arrête de faire des heures supplémentaires, elles ne sont pas payées, lança-t-elle en guise d'au revoir.


John finit par rentrer chez lui ce soir-là, quasiment mis à la porte par Mrs. Hudson et Christie. La pluie avait cessé mais son parfum amer flottait encore dans la ville. Il atteignit son appartement à la tombée de la nuit, les mots de la psy tournant en boucle dans son esprit – Sherlock Holmes va te donner bien du mal. Il ne savait pas si c'était vrai, mais plus le temps passait et plus il avait envie de le revoir. Sans doute un nouveau patient de type obsession, comme disait parfois Greg.

Selon son ami, le médecin s'attachait régulièrement à un patient plus qu'il ne le devrait, et là-dessus John ne pouvait pas le contredire.

Il était humain, merde. C'était comme ça, il n'y pouvait rien.

Il y pensait encore en allumant le poste de télévision, puis en commandant des nouilles chinoises. La douche le détendit un peu et lui fit oublier le centre, au moins pour quelques heures, et il se vautra dans son canapé pour suivre le journal du soir de la BBC avec un mélange de satisfaction et de sérénité. Il mangea avec appétit et finit par s'endormir, la télécommande encore dans la main.


Sherlock erra pendant trois jours à la recherche de fric pour payer ses doses. Il pensait ne pas pouvoir faire grand-chose avec son poignet foulé, mais après deux sacs à main et un portefeuille volés, il parvint à acheter deux grammes d'héro, puis cinq cachets de LSD en revendant la moitié de la nourriture qu'il avait piqué au centre et un flingue qu'il avait récupéré sur le cadavre d'un mac.

Il avait trouvé un squat à la sortie de la ville où Ida, l'adolescente alcoolique qu'il s'était coltiné avant de finir au commissariat, s'était fait un plaisir de le harceler jusqu'à ce qu'il lui donne une cigarette. Depuis elle le collait partout où il allait, et il finit par tolérer sa présence – de toute façon, après un shoot, il avait à peine conscience de ce qui l'entourait, alors Ida devenait floue et sa foutue voix trop aiguë se fondait dans un charivari informe.

-Sherly. Hé, Sherly !

Le junkie rouvrit les yeux, se souvenant qu'il était avachi sur un matelas, profitant d'une dernière heure dans son univers béat.

-Quoi ?

-Viens, j'ai trouvé une super veste pendue à une poutre mais je suis trop petite pour l'attraper.

-Rien à foutre de ta veste.

Ida le tira par la manche de son trench – qui avait retrouvé sa couleur d'origine et sentait encore la lessive.

-Allez, bouge ton cul.

Sherlock marmonna quelque chose d'intelligible, se leva et la suivit, chancelant. Ils arrivèrent à l'angle d'une rue et, en négociant le virage, le junkie vit un homme derrière eux, un grand mec à l'allure de videur de boite de nuit. Son visage lui était familier, et l'impression ne le lâcha pas. Il marcha avec Ida pendant un moment, l'adolescente retrouvant difficilement le chemin jusqu'à cette veste qu'elle voulait tant, abrutie par l'alcool. Sherlock faisait à peine attention à elle, occupé à jeter de brefs coups d'œil par-dessus son épaule pour voir si le type les suivait.

C'était le cas.

Sherlock était trop défoncé pour paniquer, mais il sentit clairement la pointe d'adrénaline piquer son cœur quand il s'arrêta brusquement, laissant Ida continuer seule.

-Hé, lança-t-il au type.

Le mec fronça les sourcils et sembla hésiter avant de s'avancer vers lui.

-Quoi ?

Le junkie l'attrapa par le col de son blouson et le plaqua violemment contre le mur. La tête du type percuta le béton dans un bruit sourd, puis il écarquilla les yeux et tenta de se débattre. Sherlock lui flanqua un coup de genou dans l'estomac et ricana au gémissement que l'autre laissa échapper.

-Qui t'envoie ? siffla-t-il.

-Hein ? Mais t'es dingue !

-Qui t'envoie, connard ? Réponds !

Le junkie refusa de prononcer le nom qui lui brûlait les lèvres. Ce n'était possible, ce n'était juste pas possible. Il avait tout fait pour lui échapper, pour disparaître de sa vie, et voilà que ça recommençait.

-Non, murmura-t-il pour lui-même. Je ne vais pas le laisser faire.

Sherlock ferma les yeux, les rouvrit, resserra sa prise sur le col du blouson et soupira. Il prit brusquement conscience de quelque chose de poisseux et tiède sur son ventre. Quelque chose qui imbibait son pull, le pull que John lui avait donné. Quelque chose qui coulait le long de sa cuisse. Il y porta sa main libre et déglutit difficilement. Relâchant le mec, il recula vivement, écarta le pan de son trench, souleva le bas de son pull.

Une plaie se dessinait sur sa peau, au niveau des côtes, et l'épais filet de sang qui en dégoulinait gouttait sur le sol.

-Casse-toi ! hurla la voix aiguë d'Ida. Casse-toi, sale fils de pute !

Le mec au couteau partait déjà en courant, et Ida courut aussi, jusqu'au corps courbé et vacillant de Sherlock. Elle vit le sang et la blessure, poussa un cri apeuré et aida le junkie à s'asseoir contre le mur.

-Oh, Sherly, oh mon Dieu, souffla-t-elle. Je… Bouge pas, je vais chercher le doc.

Sherlock la regarda partir, essuyant ses mains poisseuses sur son jean. Avant de s'évanouir, il songea qu'il aurait préféré une fin plus grandiose.


Note :

Là, vous pouvez crier. Ruize, je te laisse décider du sort du pain de mie. Mangé par Sherlock ? Vendu ? Mystère.