JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je devrais poster un chapitre par semaine en moyenne.
Sherlock étant dans la série un ex-junkie, j'avais envie d'imaginer sa vie à cette époque, et comment une rencontre avec John aurait pu être possible. Ayant déjà écrit sur le sujet de la drogue, j'ai fini par le faire.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Merci à Yumi-chan pour sa review, et à vous tous à qui je n'ai pas eu le temps de répondre – le week-end a été chargé. Vos hypothèses sont toutes très intéressantes, mais il va falloir attendre un moment avant de voir qui a raison et qui a tort. En tous cas, je suis toujours ravie par l'enthousiasme que suscite Junkie. Ruize, j'ai vu que tu avais encore posté sur Fides - mais non, tu n'es pas irrécupérable - faudra que je lise ça quand j'aurais le temps.
Voilà, on en est à 100 reviews. J'aime bien ce chiffre. Encore merci à vous.
Chapitre 8
Le junkie sortit du brouillard aussi brusquement que brutalement. Il eut conscience de quelque chose de froid et un peu rugueux sur sa peau, et rien d'autre. Ce quelque chose était vivant, ou du moins animé, et avec comme des… doigts au bout. Ouais, des doigts. Une main, donc. Il voulut en déduire plus et
oh putain de merde
Ah. Il avait presque oublié qu'il avait commencé à se shooter pour ne plus réfléchir, et que ça avait foutrement bien marché. Mais ce simple rappel lui fit mal. Allez, remue-toi un peu, souffla le peu de lucidité qu'il lui restait.
Sherlock fut ébloui par la lumière crue et blanche des néons en ouvrant les yeux, tenta de se redresser mais fut plaqué sans agressivité mais fermement sur le lit. Il haletait un peu, sa bouche était pâteuse et la douleur de sa plaie au ventre était terrible. Il regarda autour de lui, vit un plafond, tourna la tête et reconnut l'infirmerie du centre.
-Sherlock.
Le junkie jeta un coup d'œil à – John, c'était John, penché au-dessus de lui, occupé à soigner sa blessure tandis qu'un autre médecin, une femme blonde, essuyait le sang sur son ventre et sa hanche.
-Reste tranquille.
Sherlock se sentait trop nauséeux pour répondre. Il vit la main tâchée de sang de John posée juste au-dessous de la plaie, et sa peau était froide et un peu rugueuse sur la sienne. Le contact le fit frissonner.
-John, bredouilla-t-il en refoulant l'envie de vomir.
-Oui, dit-il en prenant l'aiguille et le fil que la femme médecin lui tendait.
Le junkie déglutit difficilement.
-Je vais mourir, John ?
Sa voix se réduisait à un croassement rauque, mais Sherlock sut que le médecin l'avait entendu à la légère crispation de ses doigts sur sa peau nue et sale.
-Non, Sherlock, assura-t-il en attendant que la femme médecin finisse. La plaie est peu profonde, et tu t'es évanoui parce que tu es en hypoglycémie et que la perte de sang n'a rien arrangé. C'est tout.
John semblait sincère, néanmoins le junkie ne put ignorer l'inquiétude dans ses yeux acajou. Il tourna encore la tête et vit la perfusion à son bras, celui où le médecin l'avait piqué. Se tourna à nouveau vers lui et lui sourit. Sourire que l'autre lui rendit. John était avec lui. Tout allait bien. Il sombra.
Le dortoir était quasiment vide, l'après-midi tout juste entamée. Ida avait littéralement dévoré les gâteaux secs que lui avait apporté Mrs. Hudson. Elle s'était essuyée la bouche avec la manche de son pull, avait murmuré un merci et s'était assise sur un lit de camp. Carol était juste en face d'elle, son enfant dans ses bras, et John garda un œil sur elle en parlant à Ida.
-Alors ?
La gamine avait encore du sang sous les ongles.
-Sais pas trop. Y'avait cette veste que je voulais mais j'étais trop petite pour l'attraper, alors j'ai demandé à Sherly de me suivre et après quand je me suis retournée, Sherly tenait ce type bizarre par son blouson contre le mur. J'ai compris qu'il s'était passé quelque chose quand j'ai vu le sang. Le type l'a poignardé, je crois. Je sais même pas pourquoi.
John hocha lentement la tête, songeant qu'il allait devoir parler à Sherlock. Le junkie s'était endormi et son état était stable. La perfusion lui avait fait du bien, et d'ici quelques jours il devrait être en bonne santé. C'était rassurant, mais John avait eu très peur en voyant Ida débarquer en courant au centre, complètement paniquée, avec tout ce sang sur ses mains et le prénom Sherlock au bord des lèvres.
-John ?
C'était Mrs. Hudson.
-Oui ?
-Je retourne au petit salon. N'hésitez pas si vous avez besoin de moi, ajouta-t-elle avec un doux sourire en tapotant l'épaule d'Ida. Passez me voir si vous voulez, jeune fille.
La gamine hocha vivement la tête, ses cheveux sales retombant sur son front.
-Merci pour les gâteaux, Mrs. Hudson.
La vieille dame s'éloigna d'un pas léger, adressant un signe de tête à Carol et son fils. John attendit qu'elle soit partie pour reprendre.
-Est-ce que ça va ? demanda-t-il à Ida.
-Hm, moi ? Ouais, ouais, pas de problème.
Il y eut un bref silence.
-J'ai soif, admit-elle en détournant le regard.
John soupira.
-Je vois. Depuis combien de temps ?
Elle ne daigna pas répondre et le médecin sentit sa patience s'effriter.
-Ida. Tu vomissais tripes et boyaux la semaine dernière au nouveau squat.
-Seulement quelques mois. Je te jure.
-Qu'est-ce que tu veux ?
-…Peu importe.
-Je vais voir ce que je peux trouver en cuisine. Tu restes ici et tu ne bouges pas, lâcha-t-il avant de se tourner vers Carol. Garde un œil sur elle, s'il te plaît.
La jeune mère acquiesça.
-Excuse-moi, je m'occupe de toi après.
Elle lui sourit, semblant avoir repris des forces depuis le viol.
-C'est bon, John, ne t'inquiète pas. J'ai tout ce qu'il me faut au centre, tout va bien.
Le médecin hésita un instant, constata que Carol était sincère et quitta le dortoir en lâchant un soupir soulagé.
Quand John revint à l'infirmerie, la nuit venait de tomber et il était temps pour lui de quitter le centre. Mais comme souvent, il ne parvenait pas à s'y résoudre.
Sherlock était couché sur le flanc, les jambes repliées et les bras à hauteur de son visage, ses longs doigts osseux jouant avec une mèche de cheveux brune. Il gardait ses yeux gris rivés sur le mur nu, immobile, et son torse se soulevait à peine. Il rappela à John les statues en marbre de l'antiquité, d'une beauté surnaturelle et d'une pâleur cadavérique. Sauf que Sherlock portait le pull trop grand que Sarah lui avait trouvé, et qu'une large tâche de sang séché se dessinait de son ventre à sa hanche et que ses manches relevées jusqu'aux coudes laissaient voir les marques noires de piqûres sur son avant-bras.
-C'est la gamine alcoolique qui m'a amené ici ? dit-il d'une voix au timbre rauque.
-Ida est venue me chercher, confirma-t-il.
Le junkie lui lança un regard neutre quand John s'assit sur le bord du lit de camp, au niveau de ses genoux.
-Elle ne fait confiance qu'à moi, au centre. Elle peut être farouche, par moments.
Sherlock s'en foutait visiblement, et le médecin sourit légèrement, amusé. Et intrigué, encore, parce que Sherlock sortait décidément de l'ordinaire – enfin, cet ordinaire-là.
-Comment tu te sens ?
-Comme si un bus m'était passé dessus. C'est encourageant, non ?
John rit un peu, et fut agréablement surpris de voir que le junkie en faisait autant. Ils échangèrent un regard.
-Où est mon trench ?
Le médecin trouva le manteau roulé en boule sur le bureau. Sherlock lui prit un peu brusquement des mains, lâcha un excuse-moi distrait et fouilla les poches pour en sortir un minuscule sachet en plastique. Il le tendit à John, sans la moindre trace d'hésitation dans ses yeux gris.
-Mon poignet me fait encore mal, justifia-t-il.
John prit l'héroïne en soupirant bruyamment. Sherlock se redressa et le lit de camp grinça sous lui. Il s'assit en tailleur, passa une main dans ses boucles désordonnées et le mouvement souleva le bas de son pull. Le médecin put voir la compresse qu'il avait lui-même scotchée sur la plaie, devina le fil blanc qui faisait comme des coups de crayon assurés sur sa peau.
-Dis-moi d'abord ce qu'il s'est passé.
Le junkie pencha la tête sur le côté.
-C'est du chantage ?
-Je suis médecin, Sherlock. J'aimerais bien savoir pourquoi j'ai du te recoudre cette après-midi.
-Curiosité professionnel ? proposa-t-il.
-Appelle ça comme tu veux, je m'en contrefiche. Réponds.
-Je ne te savais pas si autoritaire, John, nota-t-il avec un demi sourire cynique.
Le médecin darda sur lui un regard froid.
-Il me suivait.
John ouvrit la bouche, la referma, fronça les sourcils.
-Pardon ?
-Ce type me suivait. Peut-être depuis plusieurs jours, il me semble l'avoir déjà vu quelque part mais je n'arrive pas à m'en souvenir.
-Mais pourquoi ?
-J'ai répondu, cingla-t-il en le foudroyant du regard, brusquement furieux.
John réfléchit un instant avant de céder. Sherlock était au centre, et maintenant que les professionnels savaient qu'il était blessé – voire la moitié des patients, Ida ensanglantée avait fait son petit effet – il risquait d'avoir du mal à s'enfuir sans être remarqué. Alors John laissa passer et choisit de profiter de cette opportunité pour gagner sa confiance. Peut-être qu'ensuite, il pourrait le convaincre d'arrêter la drogue.
Il déverrouilla le placard de l'infirmerie, sortit le sac en plastique des prestations particulières et ignora le sentiment de culpabilité qui commençait à le tirailler quand il piqua Sherlock.
Sherlock s'était assis en tailleur sur le lit, ses mains jointes sous son menton dans un simulacre de prière, l'expression de son visage apaisée et les yeux clos. Il sentait l'odeur de désinfectant mêlée à celle du sang séché, et le parfum plus subtil du plastique. Le silence qui régnait dans l'infirmerie était à peine troublé par le tintement des touches du clavier de l'ordinateur. John répondait au mail du psychiatre en charge de l'affaire Henry Knight, jetant parfois un coup d'œil au junkie à quelques mètres de lui.
Il soupira en s'apercevant qu'il était maintenant minuit passé, étira ses muscles engourdis et se souvint qu'il avait laissé les sacs de courses dans la cuisine de son appartement. Tant pis, de toute façon il achetait peu de produits frais. Le médecin se tourna à nouveau vers Sherlock, songeur. Le junkie ne bougeait pas, semblant profiter pleinement de l'héroïne dans ses veines sans penser à rien.
John se demanda pourquoi il était là.
Il aurait dû rentrer chez lui depuis longtemps, il était épuisé et il commençait à sérieusement avoir faim. Mais il n'avait pas le courage d'aller en cuisine pour trouver un truc à grignoter, ni l'envie de quitter l'infirmerie – et Sherlock, sans doute. Pourtant le junkie allait bien, il n'était plus inquiet pour lui, et il avait repoussé l'idée de l'aider à arrêter la drogue dans un coin de son emploi du temps, se promettant néanmoins d'y revenir d'ici une semaine ou deux.
Nouveau soupir. Sherlock était décidément une énigme.
John ferma les yeux, passa une main dans ses cheveux blonds et sentit clairement l'odeur de sang séché, plus amère et aigre que celle de tous ses fantômes personnels. Il resta là un moment, assis au bureau, se détendant complètement pour la première fois depuis longtemps, se vidant la tête de toutes ces mauvaises choses qui le hantaient et cherchant juste un peu de sérénité. Il ne trouva qu'un grand vide effrayant et rouvrit les yeux.
Regarda à nouveau Sherlock. Sourit face à sa propre stupidité.
John ne sentait pas le poids de la solitude quand il était avec lui. C'était seulement ça. Mais bon sang, ça lui faisait un bien fou.
-Tu as des horaires bizarres.
John arqua un sourcil.
-Il parait.
-Tu comptes rester là longtemps ?
-Tu comptes me mettre à la porte si la réponse est oui ? répliqua-t-il avec un demi sourire.
Sherlock ouvrit les yeux. Yeux gris qui luisaient sous les néons blancs.
-Tu finiras par partir, dit-il lentement d'une voix légèrement vacillante.
John ne savait pas si c'était une question ou une affirmation.
-Tout dépend de toi, Sherlock.
-Bien. Alors ne pars pas.
Le junkie ferma les yeux et reprit son air de statue grecque, pendant un instant qui dura et dura encore avant de tendre une main vers son trench et d'en sortir un paquet de Dunhill. Il coinça une cigarette entre ses lèvres, l'alluma sans une hésitation et tira une bouffée de tabac. La fumée s'éleva et fit des cercles brumeux et informes.
-Je reviens demain. Ne fais rien d'inconsidéré, ménage-toi et ne force pas sur ton poignet.
-Oui, docteur, souffla-t-il avec une esquisse de sourire narquois.
John se leva, prit sa sacoche de médecin et s'arrêta devant Sherlock. Il y eut un silence. Le junkie tira sur sa clope et ouvrit les yeux.
-Promis.
John lui sourit franchement, hocha vaguement la tête et sortit de l'infirmerie.
Et à bientôt pour le prochain chapitre.
