JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Je vais être en révision jusqu'à la fin du mois donc je répondrai aux reviews plus tard, mais je continue à poster régulièrement, bien sûr.

Anne-Ju, non tu n'avais pas encore laissé de review (ou bien ma mémoire m'a encore lâché), et c'est à moi de te remercier. John, un nounours ? Ma foi, ça lui va plutôt bien.

Ruize, sache que je suis aussi mauvaise en sciences qu'une littéraire, alors non, l'image n'est pas un compte-rendu de je ne sais trop quoi – c'est un ciel avec des nuages, tout ce qu'il y a de plus banal, trafiqué avec photoshop pour rappeler une vision sous LSD. Parce que non, les nuages ne sont pas oranges. Et il faut que j'aille lire Novocaïne.

Bref, je vous laisse avec Sherlock.


Chapitre 10


Sherlock avait une conscience aiguë de tout ce qui l'entourait et le touchait – l'héro lui faisait cet effet-là, parfois.

Les mains de John l'effleuraient, juste au-dessous des côtes, retirant délicatement la compresse. Il sentait la peau froide et un peu rugueuse sur la sienne encore humide, les doigts aux ongles courts, la petite cicatrice sur le pouce. L'odeur aigre du désinfectant et sa teinte brunâtre sur le rouge sale de sa plaie le déconcentrèrent un moment, puis il revint à ces mains et au visage du médecin.

Sherlock trouvait que l'acajou de ses yeux ressemblait à du bois. C'était bien, en fait. Le bois était un matériau solide, auquel on pouvait faire confiance. Et en cet instant, avec les mains de John qui frôlaient son ventre et le silence confortable de l'infirmerie, Sherlock avait envie de tout lui dire, de tout lui confier, à commencer par son corps et son âme, et de juste le laisser prendre soin de lui. Mais il ne dit rien. Il frissonna sous ses doigts, grimaça à l'odeur désagréable du désinfectant, enfila le nouveau pull quand le médecin termina.

Ses cheveux bruns étaient encore mouillés et les boucles étaient aplaties, collant à ses tempes.

-Il faut que j'aille voir Carol et Tim, lança John en rangeant la bouteille de désinfectant dans le placard. Si tu as besoin de quoique ce soit, il y a toujours du monde à l'accueil. Ne touche à rien sans en avoir l'autorisation. Ne sors pas du centre. C'est clair ?

Il acheva sa phrase par un regard appuyé vers le junkie, et Sherlock hocha docilement la tête en le maudissant intérieurement.

-Bien sûr. Autre chose ?

-Essaie de te reposer un peu, Sherlock.

Le junkie arqua un sourcil sans répondre. John l'observa un instant, silencieux, puis acquiesça et sortit de l'infirmerie.


Ida ne fit aucun bruit en entrant, ou bien Sherlock était trop défoncé pour l'entendre – c'était ça, sans doute. Il avait gobé un cachet de LSD après la montée d'héroïne, et le mélange lui allait bien. Il sourit en se demandant ce que John allait en penser, se dit qu'il allait sans doute être en colère et se redressa sur le lit de camp pour se concentrer sur Ida.

L'adolescente avait les cheveux propres, un demi sourire flottant sur ses lèvres sèches et une bouteille de Gin à la main. Elle tira sur le bas de son sweat, pas franchement à l'aise dans ses vêtements lavés, et vint s'asseoir aux côtés du junkie.

-Sherly. Tu vas bien. C'est cool.

-En effet. Tu voulais quelque chose ? s'enquit-il en grimaçant. Et cesse de me donner ce surnom ridicule.

-Juste te voir, souffla-t-elle.

Sherlock hocha la tête, espérant l'encourager à continuer, mais Ida ne réagit pas et resta prostrée sur le lit, sa bouteille à la main.

-Ida.

Elle sursauta et le regarda fixement.

-Ouais ?

-Tu m'as vu, tu peux partir maintenant.

-C'est ce que je vais faire. Peux pas rester, de toute façon, dit-elle très vite.

Le junkie fronça les sourcils, regrettant d'être distrait par le placard rendu lumineux et coloré par le LSD.

-Ah ?

-John est trop gentil.

Sherlock pencha légèrement la tête sur le côté et elle reprit d'une voix hésitante.

-Si je reste, il va vouloir que j'arrête l'alcool, expliqua-t-elle en jetant un regard à la bouteille dans sa main. Je peux pas. C'est trop dur. Ma mère, les gens, tout ça – c'est trop dur. Mais je sais qu'il va insister et moi je peux pas lui résister. John est trop gentil.

Le junkie acquiesça en baissant les yeux sur les marques de piqûres à son avant-bras, celles qui étaient plus récentes, plus discrètes aussi.

-Oui, c'est vrai. Tu vas aller où ?

Il s'en foutait royalement, mais Ida était définitivement plus supportable quand il était défoncé.

-Sais pas encore, avoua-t-elle de sa voix trop aiguë.

L'adolescente se leva et but une gorgée de Gin. Elle essuya ses lèvres du dos de la main, soupira et se tourna vers le junkie.

-Bonne chance, Sherly. John va pas te lâcher.

Elle sortit sans attendre sa répondre, et Sherlock se rallongea sur le lit de camp en passant une main dans ses cheveux maintenant secs et bouclés.

-Je sais, dit-il au silence. Mais il ne pourra jamais me convaincre.


Mrs. Hudson venait de mettre l'eau à bouillir quand Sherlock entra dans le petit salon. Elle se tourna vers lui, lui adressa un sourire en cherchant dans sa mémoire si elle l'avait déjà vu, nota que non et le laissa faire le tour de la pièce. L'endroit était plutôt grand, éclairé par de larges fenêtres et un lustre en fer forgé que la psy avait déniché dans une brocante.

Deux canapés en cuir et un fauteuil aux motifs floraux entouraient une table basse, des coussins étaient éparpillés sur le parquet blanc et un tapis persan couvrait un mur. Un réchaud était installé dans le fond de la pièce, et de lourdes boites en aluminium reposaient sur un petit frigo. Le petit salon sentait le thé, les muffins et le parfum féminin. Mrs. Hudson adorait cet endroit autant que son propre appartement, et elle savait que les patients appréciaient aussi cette ambiance décalée et ce décor exotique – loin du dortoir froid et utilitaire.

Sherlock parcourut du regard les bibelots sur les étagères – poupées russes, statuettes en bronze, bougeoirs dorés, figurines de superhéros, et toute une collection d'objets bizarres que le junkie ne parvint pas à identifier. Se tournant vers la vieille dame, il voulut demander à quoi servait cet endroit mais elle parla la première, d'une voix douce et teintée de malice.

-Du thé, mon garçon ?

Le junkie arqua un sourcil.

-Je veux bien, répondit-il en s'approchant de la vieille dame. Vous… ?

-Mrs. Hudson, enchanté. Et cet endroit s'appelle le petit salon. Vous êtes nouveau au centre, non ? Je ne me souviens pas vous avoir vu avant.

-Oui. Sherlock Holmes.

Elle lui sourit en levant les yeux, sa main ridée serrée sur la hanse de la théière.

-Asseyez-vous, Sherlock, je vous en prie.

Le junkie l'observa un instant, intrigué, puis se laissa tomber dans le fauteuil. Il croisa les jambes et passa une main dans ses cheveux bouclés, écoutant le bruit léger de sa propre respiration. Mrs. Hudson vint poser la théière sur la table basse et s'assit sur un des canapés, face à lui. Le cuir crissa sous son poids quand elle se redressa en lissant distraitement les plis de sa robe.

-Je crois que John m'a parlé de vous, mais malheureusement ma mémoire n'est plus ce qu'elle était. Vous êtes là depuis longtemps ?

Sherlock haussa les épaules.

-Deux jours, je crois. Peut-être moins.

Mrs. Hudson hocha lentement la tête, attendit que le thé infuse pour en verser un peu dans une tasse et la tendre au junkie. Il la prit avec précautions et frissonna au contact de la porcelaine brûlante. Le parfum de bergamote qui s'en dégageait était totalement inédit.

-Vous êtes blessé, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

Il esquissa un sourire cynique.

-Tout dépend de ce que vous voulez dire par blessé, murmura-t-il pour lui-même et elle ne l'entendit pas.

-Vous sentez le désinfectant, reprit-elle en soufflant sur sa tasse.

Sherlock écarquilla les yeux et se demanda s'il avait une chance de renifler son pull sans qu'elle ne le remarque. Bon sang, tu deviens ridicule, nota-t-il en chassant cette idée.

-Désolé.

-Oh, ça ne fait rien, répondit-elle en agitant une main ridée. Je reconnais facilement cette odeur, avec tout le temps que j'ai passé dans les hôpitaux. Cette satanée hanche m'aura au moins fait voir du pays. Enfin, si on peut voir ça comme ça.

Mrs. Hudson semblait parler toute seule, maintenant, et le junkie se surprit à sourire, amusé.

-Bref, avant l'opération, j'ai dû prendre une douche à la Bétadine. Vous savez, le désinfectant dans la bouteille jaune, celui qui dégage une odeur insupportable ?

Il hocha automatiquement la tête avant de boire une gorgée de thé.

-J'avais la peau toute marron, après. Comme… je ne sais pas, un morceau de bois, peut-être – déjà que les pyjamas des hôpitaux ne sont pas très seyants, alors avec ça en plus, j'avais un drôle d'air. Vous m'auriez vu, mon garçon… Enfin, peu importe. Parlez-moi un peu de vous.

Sherlock haussa les épaules.

-Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ma présence au centre est assez explicite, non ?

Mrs. Hudson pencha légèrement la tête sur le côté, souriant patiemment.

-Non, mon garçon. Les gens viennent ici pour des raisons différentes. J'aimerais bien connaître les vôtres, disons que c'est de la curiosité, d'accord ?

-Va pour la curiosité, céda-t-il en posant sa tasse sur la table basse.

Le junkie remonta la manche de son pull sur son avant-bras gauche, montrant sans la moindre gêne les marques de piqûres qui faisaient comme des trous sur sa peau. Mrs. Hudson se pencha un peu et posa doucement sa main sur la sienne. Il releva la tête, surpris et perplexe.

-Ce sont les causes, mon garçon, pas les raisons.

Elle tapota doucement sa main et se redressa.

-Finissez votre thé avant qu'il ne refroidisse, ajouta-t-elle avec douceur.

Sherlock la considéra un instant, prit sa tasse et croisa les jambes.

-Merci, murmura-t-il.

Mrs. Hudson haussa les épaules. Quelque chose dans ses yeux clairs disait un jour vous serez prêt, et Sherlock commença à croire qu'il le souhaitait réellement, qu'il souhaitait réellement ce jour où il arriverait à parler sans hésiter de ce qui l'avait poussé à se droguer, de ce qui l'avait poussé à fuir comme ça. Alors peut-être les choses se simplifieraient et il redeviendrait lui-même, enfin.


John était pressé quand il entra dans l'infirmerie. Un patient de Xander avait vomi sur un clochard mais le médecin était sorti avec Darren pour une collecte de vêtements, si bien qu'il l'avait pris en charge. Le type était très malade, fiévreux. John craignait un virus, et la proximité des patients du centre pourrait vite générer une épidémie. Il avait laissé le type au dortoir et, préoccupé par cette histoire, avait oublié que Sherlock était toujours à l'infirmerie.

Brusquement l'idée d'une épidémie lui sembla risible à côté de l'état du junkie.

-Sherlock ?

Il était assis sur le lit de camp, la tête baissée et ses boucles brunes tombant sur ses yeux. Il avait une seringue dans la main et le matériel était étalé sur le sol, mais son poignet foulé le faisait souffrir et il semblait incapable de se shooter seul.

-Sherlock ? insista-t-il en s'approchant.

John ne reconnut pas sa propre voix. Il aurait pu engueuler rapidement le junkie, prendre les médocs pour le patient malade et repartir aussitôt. Mais quelque chose n'allait pas, il le sentait.

-John, souffla-t-il.

Le médecin s'accroupit à sa hauteur et lui prit doucement la seringue des mains. Il tremblait, sa respiration était légèrement saccadée et quand il leva les yeux vers lui, il vit qu'il pleurait.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Sherlock eut un regard déçu pour la seringue, l'air plus perdu que jamais. Les larmes coulaient sur ses joues, humides et translucides, luisantes sous la lumière. Il s'était retrouvé là brusquement, sans rien comprendre, le manque lancinant dans la poitrine et le cœur aux bords des lèvres.

-Sherlock, parle-moi.

-J'ai rien à dire.

John leva une main vers son visage et écarta les mèches de cheveux sur son front.

-Comment tu te sens ? demanda-t-il dans un murmure.

-Vide, répondit-il aussitôt.

John acquiesça en silence, essuyant délicatement ses larmes de la manche de son sweat.

-Quoi d'autre ?

Les doigts du médecin effleurèrent ses pommettes saillantes et il ferma les yeux.

-Seul.

John sourit.

-Moi aussi. Ensuite ?

-Stupide.

John rit, cette fois, et Sherlock ouvrit les yeux, surpris.

-Là, je ne peux pas te contredire.

Il fit la moue, vexé, et John vit un peu de vie dans le gris.

-Pourquoi tu restes ?

Le médecin tressaillit et baissa le bras.

-Aucune idée.

Ce n'était pas vraiment la vérité, mais ce n'était pas non plus un mensonge. John songea que ça devrait suffire.

-Il y avait un palais.

John fronça les sourcils.

-Quoi ?

-Dans mon bad trip, il y avait un palais. J'en suis certain, maintenant.

-Ah. D'accord.

Sherlock soupira bruyamment et désigna la seringue.

-Tu peux… ?

John le considéra un instant, perplexe. Le junkie semblait épuisé et las. C'était douloureux de le voir ainsi, mais il pouvait peut-être faire quelque chose. Enfin, quelque chose d'autre, rectifia-t-il en jetant un coup d'œil à la seringue.

-Ne m'oblige pas à te supplier, murmura-t-il.

John soupira et se redressa. Le regard de Sherlock s'accrochait désespérément à lui, collant à sa peau et cherchant une faille dans ses convictions. Il va te blesser si tu ne fais rien, remarqua-t-il avec un mélange de fascination et de terreur. Il en a le pouvoir.

-Sherlock.

Le junkie tremblait un peu et il frissonna quand la main de John se posa sur son épaule. Elle était tiède, différente de ses souvenirs, un peu humide aussi, et sa peau était rugueuse sur la sienne laissée nue par le col trop large du pull qu'il portait.

-Ne joue pas à ça, s'il te plait.

Le junkie ne put que hocher la tête, complètement largué. Il ne protesta pas quand John l'enlaça étroitement, en douceur, et ferma les yeux en enfouissant son visage dans son cou. L'odeur du médecin était un mélange de transpiration, de désinfectant et de quelque chose de poivré qui n'appartenait qu'à lui. Sherlock passa un bras dans son dos et l'autre autour de sa taille, serrant plus fort le corps de John contre lui.

Il ne savait pas vraiment ce que ça signifiait, mais quand John recula et revint à l'armoire à médicaments, sa respiration était à nouveau régulière. Le médecin jeta des boites en carton et un thermomètre dans un sac, puis se tourna vers lui et lui lança un bref regard. Sherlock lui sourit et il vit le soulagement sur le visage du médecin. Il n'eut pas le temps de demander quoique ce soit que John était déjà parti.

Baissant les yeux sur la seringue qui roulait sur le sol, il grimaça. Il avait clairement senti le brusque dégoût de John pour ce truc, et lui aussi n'en avait plus si envie que ça – c'était la première fois, et c'était foutrement déroutant. Sherlock décida que le LSD ferait l'affaire. Il était encore perdu dans ce charivari d'émotions qui l'envahissait brutalement, mais il se sentait moins seul, maintenant. Mieux, même. Beaucoup mieux.


Et merci à ceux qui ont laissé une review sur La fille de la morgue.