JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Merci à Yumi-chan pour sa review anonyme. Merci à tous de continuer à me suivre. Je vous adore et je souhaite bon courage à tous ceux qui passent des exams. Je comprends votre douleur, très chers.
Chapitre 11
John quitta le centre en fin de soirée avec la nette impression d'avoir gagné la confiance de Sherlock – ce qui au fond était une bonne chose, même si le fait d'avoir largement dépassé les limites patient/médecin l'inquiétait un peu. Ce n'était pas la première fois, mais vu que souvent ça finissait mal, il n'aimait pas ça. Néanmoins il ne dit pas un mot au junkie à ce sujet et nota qu'il pourrait en parler à Clara s'il parvenait à la contacter.
Le junkie se contenta de hausser les épaules quand John lui demanda de dormir au dortoir pour laisser l'infirmerie au patient malade, espérant ainsi diminuer le risque de contamination. Il prit ses affaires et disparut dans les escaliers et, quand John le rejoignit un moment plus tard, il était couché sur un lit de camp dans le fond de la pièce, le regard rivé sur Carol et Tim, allongés tout près de lui et profondément endormis.
-Tu ne trouves pas ça écœurant, toi ? dit-il dans un murmure quand John s'approcha.
Le médecin remonta la couverture sur les épaules de la jeune mère et s'assit sur le bord du lit de Sherlock.
-Qu'est-ce que tu veux dire par écœurant ?
-Elle l'aime. C'est qu'un gamin, il ne sait même pas marcher. Il n'est qu'un poids pour elle et pourtant elle l'aime et elle le protège.
John lui jeta un regard neutre.
-Oh. Alors c'est comme ça que tu vois les choses ?
-Oui.
-L'amour n'a rien d'écœurant, Sherlock.
-Je n'ai pas dit ça, répondit-il.
Le junkie soupira en sentant le regard perdu de John.
-Tu ne comprends pas.
-Pas vraiment, non, admit-il.
Nouveau soupir. Sherlock se surprit à répondre, d'un ton plus vague et hésitant – merde, c'était pas son genre de s'ouvrir comme ça.
-Elle ne l'a pas abandonné. Il y en a qui sont juste laissés derrière, mais elle, elle… elle l'aime. Voilà, c'est écoeurant. Ça me donne envie de vomir.
John détourna le regard, frappé par la douleur ardente dans les yeux du junkie. C'était ça, alors. Il avait été abandonné. Sachant que rien de ce qu'il ne pouvait dire y changerait quelque chose, il se pencha au-dessus de Sherlock pour claquer un baiser sur son front. Il se redressait quand la main du junkie s'accrocha au bas de son pull.
-John, lâcha-t-il avec un mélange de curiosité et de crainte.
-Ouais ?
Le son de sa voix sonnait bizarrement quand il franchit ses lèvres.
-Tu seras là demain ?
-Oui. Je serais toujours là, Sherlock.
Le junkie se détendit et arqua un sourcil, esquissant un demi sourire.
-Tu mens, n'est-ce pas ?
-Bien sûr que je mens. Comment je pourrais en être certain ?
Son sourire atteignit le gris de ses yeux et John se sentit plus léger.
-Bonne nuit, John.
-…Bonne nuit, Sherlock.
Le médecin se leva, traversa les allés improvisées du dortoir et ferma doucement la porte en sortant.
Sherlock ne rêva pas, cette nuit-là. Il dormit profondément et s'éveilla dans la lumière jaune teintée d'oranges du lever de soleil. Le dortoir était animé, habité par toute une foule de patients qui baillaient, s'étiraient et marmonnaient à propos du temps, de drogues et d'épidémie de gastro. Sherlock se surprit à apprécier ce charivari indistinct, ces mots anodins pourtant chargés d'espoir et la vie qui reprenait, simple et dépouillée, de ces créatures qui n'avaient plus grand-chose à perdre.
Le junkie se sentait moins étranger ici. Il n'en était pas encore à un stade de sentimentaliste stupide et futile où il aurait l'impression d'avoir trouvé une nouvelle famille, mais il se leva de meilleure humeur et sourit presque à Carol. L'adolescente arrangeait ses cheveux en quelques gestes mécaniques, gardant un oeil sur Tim enroulé dans la couverture.
-Encore toi ? dit-elle doucement en lissant son t-shirt. Tu comptes rester ici combien de temps ?
Le junkie haussa les épaules.
-J'en sais rien.
-Longtemps, donc. C'est bien, ajouta-t-elle avec un demi-sourire. Tu vas voir, tu vas vite adorer le centre.
Sherlock arqua un sourcil.
-On verra.
-Oh, non, j'en suis certaine, assura-t-elle.
Le junkie ne répondit pas et se détourna d'elle quand elle prit son enfant dans ses bras. Il enfila son trench, prit son paquet de Dunhill et descendit au rez-de-chaussée. La fille de l'accueil, une grande brune à la peau mat, se tourna brièvement vers lui avant de tendre une pile de dossiers à une femme blonde, le médecin qui était avec John quand il avait soigné sa blessure au ventre.
-Bonjour, Sherlock, lui lança-t-elle alors qu'il passait près d'elle. Ne m'oblige pas à te courir après, sois gentil et reste ici.
Sarah ponctua ses mots d'un sourire trop amical pour être honnête. Le junkie ne s'étonna pas du fait qu'elle connaisse son nom – John était décidément du genre coriace.
-Bonjour, qui que vous soyez, répliqua-t-il avec nonchalance en enfouissant ses mains dans les poches de son trench.
Babeth gloussa.
-Oh, c'est l'homme qui ne doit pas franchir la porte ?
La femme médecin acquiesça. Sherlock les dévisagea lentement, légèrement agacé.
-J'aimerais juste aller fumer une clope, si ce n'est pas une entorse au règlement carcéral.
-Aucun problème, je t'accompagne, répliqua Sarah.
L'air matinal était frais et humide, et Sherlock resserra les pans de son trench en sortant sur le trottoir. La femme médecin le suivit en enfilant son manteau, passant une main dans ses longs cheveux blonds en pestant contre le froid.
-Au fait, je m'appelle Sarah, si ça t'intéresse.
Le junkie l'ignora royalement. Il coinça une cigarette entre ses lèvres, fouilla ses poches à la recherche de son Zippo et l'alluma. Il tira une bouffée de tabac et ferma les yeux pour mieux profiter de la sensation de plaisir. C'était loin de la drogue, mais ça lui suffisait pour le moment. Le manque d'héro était toujours là, comme une douleur sourde, latente – patiente, aussi, terriblement patiente.
-John a l'air de vous apprécier.
Sherlock rouvrit les yeux et darda sur elle un regard perçant.
-Vous me vouvoyez, maintenant ?
Elle ne releva pas.
-Je n'aime pas ça, quand il s'attache à un patient.
-Vous êtes… jalouse ? remarqua-t-il. Sérieusement ?
Sarah rougit et le foudroya du regard.
-J'aurais mieux fait de me taire.
-C'est aussi mon avis, siffla-t-il en tirant sur sa clope.
Elle n'ajouta rien et attendit qu'il termine sa cigarette. Le junkie laissa tomber son mégot, l'écrasa d'un coup de talon et passa une main dans ses boucles brunes. Il rentra rapidement à l'intérieur, ignorant Sarah qui le suivait de près et soupirant en sentant que son regard ne le lâchait pas.
-Quoi ? dit-il sèchement en se tournant vers elle.
-John est plus vulnérable qu'il n'y parait. Ne le blesse pas.
Elle affichait un air grave qui fit glousser le junkie.
-Sinon quoi ?
-Rien. Ne le blesse pas, c'est tout, énonça-t-elle froidement.
Sherlock la considéra un instant, arqua un sourcil dédaigneux et remonta au dortoir sans un regard pour la femme médecin.
John remercia Darren de l'avoir déposé au centre, claqua la portière et alla directement à son bureau. Sarah y était, la lumière bleutée de l'écran de l'ordinateur éclairant son visage aux traits crispés. Elle leva la tête en l'entendant retirer sa veste et lui sourit.
-Bonjour, John.
-Salut. Comment ça s'est passé avec le patient malade ?
-Il va mieux, il sera en pleine forme d'ici quelques jours. Personne ne semble atteint pour le moment, mais on va le laisser à l'infirmerie en attendant de voir comment les choses évoluent.
John acquiesça.
-Bien. Carol ?
-Elle a passé pas mal de temps avec moi et Babeth. Elle semble éviter les hommes, mais franchement elle m'épate. C'est une très bonne mère pour Tim et on croirait que le viol n'est déjà qu'un lointain souvenir, dit-elle en haussant les épaules. Qu'est-ce que tu en penses ?
-Cette fille a des tripes.
Elle rit.
-Aucun doute là-dessus. Au fait, Mrs. Hudson m'a dit qu'elle avait parlé – monologué, en fait, tu la connais – avec Sherlock Holmes. Elle l'adore déjà. Je ne vois vraiment pas pourquoi, ajouta-t-elle.
-Ah oui ?
Elle haussa les épaules.
-Bon, j'y vais. On mange ensemble ce midi ?
John lui souriait simplement, ses yeux acajou posés sur elle. Il portait cette chemise bleu pâle qu'il mettait parfois, celle qui faisait ressortir son teint légèrement hâlé et laissait deviner le contour de ses muscles. Elle baissa la tête et tenta de se concentrer sur la comptabilité du centre en répondant.
-Oui, bien sûr. Bon courage avec l'homme qui ne doit pas franchir la porte.
Il rit un peu, répétant machinalement le surnom avec un air mi-amusé, mi-ahuri, et quand il sortit du bureau, Sarah lâcha un soupir de soulagement.
La blessure de Sherlock cicatrisait normalement, mais l'état de son poignet était plus inquiétant. John se demanda s'il devait lui faire passer une radio.
-On ne peut pas faire ça ailleurs ? maugréa Sherlock en soulevant le bas de son pull.
John fouilla dans sa sacoche de médecin à la recherche du désinfectant et des compresses propres.
-Bon sang, ce que tu peux être prude. L'infirmerie est occupée pour le moment, alors tu meurs peut-être d'envie de chopper la gastro, mais moi non.
Sherlock fit la moue. John s'aperçut que sa maigreur lui était devenue familière, et que le blanc de sa peau semblait moins cadavérique à la lumière naturelle du dortoir. Carol, assise à quelques mètres d'eux, Tim sur ses genoux, ne quittait pas le médecin du regard.
-Aïe-euh.
John l'ignora, refit le pansement et se tourna vers Carol alors que le junkie arrangeait les plis de son pull en marmonnant – le médecin crut comprendre les mots abus de pouvoir, cruauté et vengeance. Il esquissa un sourire narquois qui s'effaça aussitôt en voyant le visage grave de la jeune mère.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je peux te parler une minute ? demanda-t-elle presque timidement.
-Oui, bien sûr.
John s'avança vers elle. Elle lui indiqua Tim d'un vague geste de la main, gênée. Le médecin parcourut la salle du regard, ne compta qu'une dizaine de patients auxquels il ne faisait pas suffisamment confiance pour leur confier l'enfant et soupira en se tournant vers Sherlock. Le junkie comprit immédiatement et grimaça – le médecin savait qu'il n'aurait intérêt à faire du mal à un gosse.
-Une minute, hein.
-Merci, murmura Carol.
Elle déposa Tim sur ses cuisses, lui montra comment le tenir fermement sans le blesser et déposa un baiser sur le front de l'enfant.
-Je reviens tout de suite, mon cœur.
Tim cligna des yeux, observa Sherlock qui le fixait froidement et babilla joyeusement. John songea distraitement que le junkie allait lui en vouloir à mort avant de revenir à Carol, lui proposant de rejoindre le fond de la pièce. Elle inspira profondément, ses mains fines crispées sur les mailles de son pull.
-Je voudrais faire le test pour les MST.
Sa voix ne tremblait pas et John, comme toujours, admira son courage et sa détermination.
-Bien. Je dois avoir le numéro d'un gynécologue, et Sarah pourra s'occuper des prises de sang.
Carol hocha la tête.
-Ne t'inquiète pas trop, en attendant, d'accord ? Même si les résultats sont positifs, il existe un tas de traitements maintenant, pour le SIDA aussi.
John hésita brièvement avant de la prendre dans ses bras, stupéfait par la confiance de la jeune mère, elle qui d'après Sarah évitait les hommes. Il la repoussa rapidement, avec douceur, et posa une main sur son épaule.
-Tu peux parler à Solveig, si tu veux. Elle est dans son bureau et je ne crois pas qu'elle ait des rendez-vous prévus ce matin.
Carol acquiesça en silence. John la vit rejoindre d'un pas vif Sherlock pour lui prendre Tim des bras, un peu brusquement, puis disparaître dans le couloir. Le junkie semblait partagé entre la surprise et le soulagement.
-Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda-t-il quand John arriva à sa hauteur.
Le médecin soupira bruyamment et s'assit sur le lit de camp à ses côtés. Les yeux gris de Sherlock s'accrochaient à lui, et il remarqua qu'ils semblaient moins vides, plus vifs.
-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
Le junkie eut un sourire cynique.
-Elle a un comportement étrange, surtout avec les hommes. Alors soit elle est particulièrement lunatique, soit elle a subie un traumatisme.
Il arqua un sourcil, comme surpris par ses propres mots.
-Tiens, mon cerveau est moins endommagé que je ne le pensais.
-Elle a été violée il y a quelques jours à peine, dit-il platement.
Sherlock eut un hochement de tête.
-Je vois.
-Ah oui ? Permets-moi d'en douter.
Le junkie lui dédia un regard noir.
-Je ne suis pas aussi insensible que ça, John. Mais excuse-moi de ne pas m'être fait violé, c'est vrai que j'aurais été plus en mesure de comprendre Carol et-
Il se tut brutalement et écarquilla les yeux.
-Sherlock ?
John se tourna pour suivre son regard. Plusieurs patients étaient là, assis sur les lits ou discutant entre eux. Il en reconnut quelques uns, mais pas celui que fixait Sherlock avec une colère teintée d'amertume, un grand mec à l'allure de videur de boite de nuit.
-C'est lui, murmura-t-il d'une voix rauque. C'est le type qui me suivait quand j'étais avec Ida.
Note :
Oh, je suis siiiiii cruelle.
