JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Un grand merci à ShikaeshiYuukito (On en saura plus sur Sherlock dans ce chapitre. Et désolée, mais je suis complètement hermétique à Harry Potter.) et à Indonis (Le site doit t'en vouloir. Avec tes reviews, je commence à me sentir comme le gourou d'une secte.) à qui je n'ai pas eu le temps de répondre, ainsi qu'à Jam2 (N'aie pas honte de la taille de ta review, elle est tout à fait normale, ce sont mes Lecteurs qui sont de grands malades. Les exceptions, c'est bien. Va pour la confiance, et merci beaucoup beaucoup beaucoup.)


Chapitre 12


Sherlock avait peur. Une vraie trouille qui lui prenait les tripes, faisait crisper ses doigts osseux sur le drap du lit et rendait sa gorge sèche. Presque latente au début puis de manière plus nette quand John se leva, ses yeux acajou braqués sur le type à l'allure de videur de boites de nuit. Le junkie ne reconnut pas le son de sa propre voix quand il lui parla, tirant d'un geste brusque sur la manche de sa chemise du médecin.

-Reste là. N'y vas pas.

-Quoi ?

Le médecin semblait aussi abasourdi que vexé.

-Il est dangereux.

-Je suis au courant, merci. Ne t'inquiète pas, Sherlock, je sais me défendre.

-Reste là, répéta-t-il froidement.

Sherlock fixait le type, à quelques mètres à peine. Il ne regretta jamais autant d'avoir commencé à se droguer. Trois ans plus tôt, le junkie aurait pu déduire tellement de choses de cet homme d'un seul regard – tout, en fait, de sa relation avec ses parents à ce qu'il avait mangé au petit-déjeuner, en passant par son orientation sexuelle et les dimensions de sa salle de bains au mètre près. Il murmura un merde rageur avant de se lever, lâchant la chemise de John.

-Sherlock ?

Le junkie l'ignora et alla droit vers le type. Il fallait qu'il règle ça, qu'il comprenne enfin. Il était sûr de lui avant le coup de couteau, mais cette blessure lui paraissait étrange – il le voulait vivant, en pleine forme même. Arrivé à la hauteur du type, il lui lança un regard noir et attendit sa réaction. Le mec le dévisagea, l'air embué. Avec sa barbe de trois jours, la cicatrice qui barrait sa joue et sa mâchoire carrée, il ressemblait finalement plus à un ex-taulard, impression renforcée par le tatouage vert émeraude dans son cou.

-Vous vous souvenez de moi ?

Le type haussa les épaules et Sherlock perdit son assurance. Il releva le bas de son pull, montrant la compresse et le sparadrap sur son ventre. Une lueur indéchiffrable traversa les yeux du mec et avant que le junkie ne puisse faire quoique ce soit, le type tenait un couteau dans une main et agrippait le col de son pull de l'autre. Puis une troisième main donna un coup sec sur le torse du type, le prenant par surprise mais sans violence. Il tituba, baissa le couteau et recula prudemment.

-Rangez-moi ça immédiatement et restez le plus loin possible en entendant que je m'occupe de votre cas, compris ?

John se tenait entre lui et Sherlock, les épaules droites et les muscles tendus. Sa voix était calme, limpide, teintée d'une autorité rare mais la menace explicite. Le type obéit, gardant néanmoins un visage méfiant et pas franchement sympathique. John revint au junkie, vérifia brièvement son état physique avant de poser une main sur son épaule.

-Comment tu te sens ?

-Ça va, mentit-il.

L'adrénaline courrait dans ses veines, étouffante. Il eut un instant d'hésitation avant de repousser le médecin. Il arborait un air perplexe, comme un gamin qui ne comprend pas.

-Plus tard. Je…

Sherlock se força à reprendre rapidement, agacé par le regard inquiet de John.

-C'est bon, ça va. Je vais bien. Occupe-toi de lui. Je veux plus le revoir.

-J'avais déjà l'intention de le foutre dehors, de toute façon. Attends-moi ici, je reviens.

Le junkie acquiesça en silence. Il vit le médecin attraper le bras du type et disparaître dans le couloir, et cette manière un peu égoïste que les patients avaient de les ignorer. Sherlock se laissa tomber sur le lit de camp, soupira bruyamment et ferma les yeux, encore conscient de la sensation grisante d'avoir été protégé par John, de l'adrénaline et de la peur. Il ne voulait pas penser au reste pour le moment.


John avait demandé à Sarah de prendre des notes pour le système de fiches et à Xander de rester dans le couloir au cas où le type essaierai de s'enfuir. Le bureau paraissait plus petit, plus étouffant. Le type était assis sur une chaise, au milieu de la pièce, John se tenait devant lui, à une distance raisonnable, et Sarah était près de la fenêtre, un bloc-notes sur les genoux.

-Nom ?

Le type semblait calme, peu enclin à foutre la merde. Mais John n'avait pas oublié la rapidité avec laquelle il avait empoigné Sherlock, encore moins le couteau qu'il lui avait confisqué.

-Sebastian Moran.

Grattements de stylo, du côté de Sarah.

-Date et lieu de naissance ?

Sebastian répondit docilement. Le médecin demandait rarement ce genre d'informations à ses patients – là, c'était pour vérifier s'il avait un casier judiciaire.

-Connaissez-vous l'homme que vous avez menacé ?

-Non.

-Vous l'avez déjà rencontré, il y a quelques jours.

-Ouais. Mais je connais pas ce type.

Sebastian se pencha légèrement en avant et le tatouage vert émeraude dans son cou, un serpent aux écailles luisantes, sembla se mouvoir sous la lumière.

-Entre nous, doc, il avait l'air un peu dérangé, glissa-t-il.

-Je ne me souviens pas vous avoir demandé votre avis sur l'état psychologie de mon patient, répliqua-t-il froidement. Pourquoi l'avez-vous poignardé ?

Sebastian haussa les épaules.

-C'est lui qui m'a provoqué. Il racontait des trucs de tarés.

-Quels trucs de tarés ?

-Il disait que je le suivais. Franchement, ce type est pas net.

-Vous niez ses accusations, donc ? reprit John.

-Bah ouais, évidemment.

-Pourquoi étiez-vous au dortoir ce matin ?

Sebastian gloussa.

-Pour dormir, pardi. Je croyais que le centre était ouvert à tous.

John ne répondit pas. Sebastian parlait comme un innocent, mais ses yeux noirs ne trompaient pas le médecin.

-Et le couteau ?

-Pour me défendre, rien de plus. La vie dehors, c'est pas toujours rose, vous devriez le savoir, doc.

-Je le sais, Sebastian. Il y a quelques jours, j'ai recousu un homme qui avait pris un coup de couteau. D'ailleurs, je connais un inspecteur de Scotland Yard qui sera ravi d'en discuter avec vous, ajouta-t-il avec un sourire sans joie.

Le visage de Sebastian se décomposa et le regard qu'il lança au médecin fut haineux, animal.

-Vous allez le regretter, siffla-t-il.

-C'était ma réplique. Sarah, passe-moi le téléphone, s'il te plait.

La femme médecin reposa le bloc-notes sur le bureau et lui tendit. John composa le numéro, colla le combiné à son oreille et parla sans quitter Sebastian des yeux.

-Salut, Greg. J'ai un élément perturbateur qui n'attend que toi, et son couteau aussi – un beau modèle, militaire je crois.

-Perturbateur jusqu'où ? s'enquit la voix neutre de l'inspecteur.

-Cinq points de suture.

-J'arrive.

-Merci. Ne viens pas avec Anderson, s'il te plait, je ne suis pas d'humeur.

John raccrocha, rendit le téléphone à Sarah. Sebastian le foudroyait toujours du regard, comme prêt à lui sauter à la gorge. Le médecin attendit patiemment l'arrivée des flics en évitant soigneusement le regard de Sarah – la politique du centre excluait ce genre de pratiques, mais pour le moment il s'en foutait.

Il espérait juste que sa colère passerait rapidement.


Greg suivit la procédure habituelle et ne fit aucun commentaire. Il avait choisi ses hommes les moins défavorables au centre, Donovan compris. La jeune femme se montrait souvent méprisante avec les patients, mais elle respectait le travail des professionnels, et sa perspicacité toute féminine aidait l'inspecteur. Ce fut elle qui le prit à part alors que les autres faisaient monter Sebastian Moran dans le véhicule.

-Patron ?

Greg se tourna vers elle, n'ayant aucune idée de ce qu'elle allait lui dire.

-Qu'est-ce qu'il y a, Sally ?

-Vous devriez parler au docteur Watson.

Il la dévisagea un instant, considérant son regard sérieux et son expression perplexe.

-Il a l'air différent, reprit-elle. D'habitude, il ne fait jamais appel à nous pour embarquer un type tant qu'il n'y a pas eu de blessé. Il a refusé de me répondre quand je lui ai demandé s'il y avait un problème – je sais, il ne m'apprécie pas beaucoup, mais il était fuyant, pas agacé.

Greg hocha vaguement la tête.

-Je préfère éviter de me mêler des affaires de John.

Donovan leva les yeux au ciel.

-Je n'ai pas dit qu'il faisait mal son job, patron. Il ne va pas bien, ça se sent. Vous êtes amis, oui ou merde ?

-Je-

-Allez-y, vous n'avez qu'à nous rejoindre plus tard. Je m'occupe de ce type, ajouta-t-elle en indiquant le véhicule d'un geste de la main. Faites-moi confiance, patron.

Greg lui sourit.

-Je te fais toujours confiance, Sally.

Donovan l'ignora et rejoignit les autres, d'une démarche assurée et avec un dédain élégant qui fit sourire Greg. Il soupira en entrant dans le centre et s'avança vers Babeth, la fille de l'accueil.

-John est à son bureau ?

-Il est monté au dortoir, inspecteur. Avec l'homme qui ne doit pas franchir la porte, ajouta-t-elle en gloussant.

-Qui ça ?

-Le nouveau, le junkie tout maigre avec les cheveux en bataille. Je crois que c'est vous qui nous l'avez refilé, d'ailleurs.

-Oh, je vois.

Greg fouilla dans sa mémoire et se souvint du regard troublant du jeune homme, de ses yeux gris vides.

-Sherlock, c'est ça ?

Babeth haussa les épaules et Greg la remercia avant de monter au dortoir. Il entra, considéra les quelques patients qui s'apprêtaient à descendre et s'avança prudemment, peu familier de cet endroit et de cette atmosphère légèrement étouffante. Il se sentait étranger, ici. Il venait rarement au centre et encore moins seul, alors en traversant les allées, il hésita. Il voyait la silhouette de John, au fond, mais aussi celle plus maigre de Sherlock.

L'air était lourd près des deux hommes et Greg s'arrêta à quelques mètres d'eux, indécis. Il choisit d'attendre et s'assit sur le bord d'un lit de camp.


Sherlock avait pris peu de décisions importantes au cours de sa vie – la dernière remontant au moment où il s'était retrouvé dans un squat, une seringue dans la main et des regards avides posés sur lui. Celle qui s'imposait à lui aujourd'hui semblait étrangement impulsive et réfléchie, comme si elle avait toujours été là, quelque part sous le déni. Constante et presque née en une seconde, furtive et fuyante.

Il avait eu envie de pleurer quand elle était devenue une pensée concrète.

-Sherlock ?

C'était la voix de John, douce et patiente et tout-va-bien-je-suis-là. Le junkie se demanda à quoi aurait ressemblé sa vie s'il l'avait connu plus tôt.

-Il s'appelle Sebastian Moran et va passer la nuit en garde à vue, indiqua-t-il en s'asseyant face à lui. Ce nom te rappelle quelque chose ?

Sherlock leva ses yeux gris vers le médecin.

-John, dit-il d'une voix éraillée.

Il reprit aussitôt cet air inquiet et tellement professionnel.

-On peut en parler.

Le junkie eut un sourire désabusé en secouant la tête sur le côté, ses mains fines jointes sous son menton. Les manches relevées de son pull trop grand laissaient ses bras presque nus, et le léger courant d'air était froid sur sa peau, froid sur les marques de piqûres qui faisaient comme des trous dans la chair.

-Il n'y a pas grand-chose à dire. Je ne connais pas ce type et il ne me suivait pas.

John ouvrit la bouche et le junkie reprit pour le faire taire.

-Je me suis trompé, John. La drogue embrouille mon cerveau – et c'était le but, au début, tu sais ? Mais je ne suis plus sûr de vraiment le vouloir, maintenant. Les choses ont… changé.

Tu m'as changé, eut-il envie de dire sans y parvenir.

-Je vais arrêter, acheva-t-il.

Le médecin semblait partager entre le soulagement et autre chose de plus grave, de plus triste.

-C'est… Tu me fais confiance ?

La question ressemblait à une affirmation, mais Sherlock y répondit.

-Oui. Définitivement.

-Bien. Tu as conscience qu'il y a des choses qu'il faut que je sache, avant.

Le junkie hocha vaguement la tête pour l'encourager à continuer. John eut un bref instant d'hésitation, puis il prit les mains jointes de Sherlock dans les siennes et les abaissa sur ses genoux. L'autre ne protesta pas, resserra même ses doigts osseux sur les siens. Il y avait une distance réelle entre lui et le médecin, et il n'entendait pas le bruit de sa respiration, mais ils étaient subitement proches d'une manière non physique absolument troublante et rassurante.

-Pourquoi pensais-tu que tu étais suivi ?

-Paranoïa due à la drogue ?

-Sherlock.

-…Il y a un homme que je connais qui me cherche.

-Qui ?

Sherlock déglutit difficilement.

-Mon frère.

La réponse surprit John.

-Tu as une famille ?

-Plus ou moins. Mycroft, dit-il, et l'effort de prononcer ce prénom sembla lui coûter beaucoup, a essayé de m'envoyer en cure de désintox assez souvent. J'ai quitté la maison pour qu'il me laisse tranquille mais il me cherche depuis, j'ai déjà croisé des hommes qu'il paie pour me retrouver. La dernière fois que je l'ai vu, c'était il y a six mois et je crois qu'il a perdu ma trace depuis.

-Tu pourrais essayer de le contacter, maintenant, proposa-t-il.

-Non, dit-il sèchement.

John soupira et reprit.

-Pourquoi as-tu commencé à te droguer ?

-Plusieurs raisons. Tu ne vas pas croire la principale.

Le médecin fronça les sourcils.

-Sherlock, j'ai besoin d'en savoir plus sur toi.

-Je suis un génie.

Le son de sa voix était le même que s'il avait dit j'ai le sida.

-Pardon ?

-J'ai subi des tests, il y a longtemps. J'ai sans doute le triple de tes points de QI, John, mais j'ai oublié le chiffre. Mon cerveau est une centrale nucléaire, je calcule, j'examine, je catalogue, je trie, je cherche, je déduis – enfin, déduisais – sans interruption. C'est plus usant que ça en a l'air, avoua-t-il. J'en ai eu marre. La drogue me ralentie et m'empêche de penser.

-Oh. Je m'attendais à tout sauf à ça.

John se détendit un peu, gardant ses mains sur celles de Sherlock.

-Je m'ennuie très vite, aussi.

-On trouvera bien quelque chose pour t'occuper.

Le junkie arqua un sourcil.

-J'en doute.

-Bon, la dépendance physique pour l'héroïne dure environ une semaine – ça ne va pas être une partie de plaisir, mais tu devrais y arriver. Le plus dur, ce sera de ne pas replonger.

Sherlock encra ses yeux gris dans ceux de John.

-Tu seras là ?

Le médecin resserra ses doigts sur les siens pour toute réponse, et le junkie se demanda si cette histoire pouvait avoir une fin heureuse.


Note :

Voilà pour Mycroft. Je tiens toujours mes promesses. Il apparaîtra en chair et en os, bien sûr, mais dans un looooonnng moment.