JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Merci à mes revieweurs anonymes – mettez un pseudo, ce sera plus pratique.
1 : Je comprends que tu puisses trouver l'univers de la drogue pathétique, puisque c'est le cas. Mais je suis contente que tu aies lu malgré tout et aimé. J'adore aussi le surnom de Sherlock.
2 : Merci beaucoup, voilà donc la suite.
Chapitre 13
John vit Greg en se levant et lâcha aussitôt les mains de Sherlock, ni sèchement ni brusquement, mais assez vivement pour que le junkie suive son regard.
-C'est le flic de la dernière fois ?
Assis sur le bord d'un lit de camp, les pans de son long manteau effleurant le sol poussiéreux et ses mains posées sur ses genoux, Greg avait l'air gêné et hésitant, pas certain d'être à sa place dans le dortoir. John se demanda pourquoi il n'était pas retourné au commissariat avec Sebastian Moran, puis s'il y avait un problème. Il jeta un coup d'œil à Sherlock. Le junkie semblait calme, maintenant, presque serein, comme soulagé d'un poids trop lourd pour ses épaules trop fragiles.
-Je reviens tout de suite.
Le junkie arqua un sourcil dédaigneux.
-Je suis sûr de pouvoir survivre quelques minutes sans toi, John.
Le médecin l'ignora et rejoignit l'inspecteur. Greg se leva, adressa un vague hochement de tête au junkie qui ne prit pas la peine de répondre et sourit à John.
-Mes gars s'occupent de ton type.
-Bien. Un problème ?
-Non. Enfin, à toi de me le dire.
John se contenta de hausser les épaules.
-Encore un nouveau patient de type obsessionnel, c'est ça ? insista-t-il.
-Tu n'as aucune raison de t'inquiéter, je vais très bien. Et arrête avec cette histoire d'obsession.
-Oh, John, je t'en prie. Je te connais, mon vieux, et je n'aime pas quand tu me mens.
Le médecin soupira.
-Une des mes patientes a été violée récemment, et j'ai aussi cet abruti sur les bras, ajouta-t-il en désignant Sherlock d'un vague geste de la main, que j'ai dû recoudre il y a quelques jours et que je vais devoir aider à arrêter la drogue. Mais je t'assure que selon mes critères, je vais très bien.
-Ce sont justement tes critères qui m'inquiètent, lâcha-t-il avec un soupir las. Ce Sebastian Moran, qu'est-ce qu'il a fait pour mériter ta colère ?
John soutint brièvement le regard déterminé de Greg.
-Les cinq points de suture étaient pour Sherlock. Je n'aime pas qu'on s'en prenne à mes patients, encore moins qu'on se permette de les menacer ici même.
-Je vois. Qu'est-ce que je fais de ce type, alors ?
Le médecin hésitait – il n'avait pas vraiment réfléchi à la question.
-Je suis navré, John, mais la peine de mort n'est plus en vigueur en Grande-Bretagne.
Greg souriait, maintenant, et le médecin se mordit la lèvre pour ne pas rire.
-Ouais, je sais.
L'inspecteur posa une main sur son épaule.
-Après sa nuit en garde à vue, je verrais ce que je peux trouver et s'il a un casier judiciaire. N'en fais pas trop, s'il te plait, et essaie de te reposer un peu sur les autres – n'hésite pas à m'appeler, surtout.
-J'y penserai.
-Bien.
Greg tapota son épaule, enfouit ses mains dans les poches de son manteau et adressa un dernier regard à Sherlock.
-Ne l'abîmez pas trop, conseilla-t-il avec un mélange de douceur et de dureté.
John s'apprêtait à répliquer qu'il n'était pas en sucre quand Greg lui sourit avant de disparaître dans le couloir. Le médecin soupira, notant que son ami pouvait être une vraie plaie quand il voulait.
Carol avait attendu que les larmes arrêtent de couler avant de remonter au dortoir. Elle croisa John dans les escaliers, espéra qu'il ne remarquerait pas ses yeux rougis et sursauta quand il posa une main sur son épaule.
-Est-ce que ça va ? demanda-t-il.
Il était deux marches au-dessus d'elle, la surplombant sans l'étouffer. John avait ce don de mettre les gens en avant, comme s'il s'effaçait pour ne faire ressortir que du bien des autres. Carol croisa les bras sur sa poitrine, se sentant un peu vide sans son enfant.
-Où est Tim ? ajouta-t-il comme elle ne répondait pas.
-Avec la psy.
Le médecin semblait perplexe.
-Je lui fais confiance, ça va. Elle a déjà été mère. C'est elle qui me l'a proposé, elle dit qu'il faut que je pense à moi.
-Elle a raison.
Il retira sa main de son épaule et elle soupira doucement.
-Tu as pleuré ?
Carol déglutit difficilement. Foutu médecin trop perspicace, foutus yeux qui la trahissaient.
-Je vais aller voir Sarah. Pour les tests.
-Tu veux que je t'accompagne ?
Elle ravala le oui qui lui brûlait les lèvres.
-Non. Je vais le faire toute seule, ça ira.
John ne sembla pas convaincu, et elle tenta de lui sourire. Il hocha vaguement la tête.
-Sherlock a finalement décidé de commencer le sevrage, indiqua-t-il. Je risque d'être très occupé, surtout la première semaine, mais tu peux m'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, tu n'as qu'à demander à l'accueil. Je suis là, d'accord ?
Carol acquiesça vivement.
-Tu es une fille sensationnelle, dit-il avec tendresse, et une mère formidable.
John déposa un baiser sur son front, écarta délicatement les mèches de cheveux qui tombaient sur ses yeux et la laissa dans les escaliers. La jeune femme attendit qu'il s'éloigne et éclata en sanglots. La douleur la sciait en deux, ardente, soudaine, et elle monta les dernières marches avec difficulté, ses pieds heurtant le sol et ses gémissements déchirant le silence. Elle sentait comme une odeur d'alcool et de sexe.
Si réelle.
Sherlock était seul dans le dortoir, tout au fond de la pièce, assis sur un des lits de camp et les yeux rivés sur le mur en face. Il ne tourna pas la tête, comme s'il n'entendait pas ses pleurs, et elle vint s'asseoir juste à côté de lui, sa jambe touchant presque la sienne. Elle inspira profondément, parvint à calmer un peu sa respiration saccadée et essuya ses yeux humides du revers de sa manche.
-Un être humain verse en moyenne quarante-cinq litres de larmes dans une vie.
Carol se tourna vers le junkie en reniflant.
-Si tu essayais de me consoler, c'est raté.
-Je n'avais pas cette prétention.
-Je m'en doutais un peu, dit-elle platement. Ne dis rien à John, s'il te plait.
Sherlock arqua un sourcil.
-Pourquoi ?
La jeune femme le fixa froidement.
-Je ne lui dirais rien, de toute façon. Mais je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas qu'il sache.
Elle soupira doucement, lissa les plis de son pull et regarda le mur devant elle.
-John est inquiet par nature, je pense. Il est tout le temps en train de se faire du souci pour les autres, ses patients, ses proches, toi – tout le monde, en fait. Il est comme ça, on ne le changera pas. Mais qui va s'inquiéter pour lui ?
Le junkie hocha la tête.
-Je ne sais même pas s'il a une copine, reprit-elle. John ne parle jamais de lui.
Carol essuya distraitement ses joues et se tourna vers Sherlock.
-J'en ai assez de pleurnicher dans ses bras.
Il la regarda enfin et esquissa un sourire amusé.
-Il va se vexer.
Elle rit pour la première fois depuis longtemps et haussa les épaules.
-Je m'en fiche.
Le junkie gloussa. Il ne protesta pas quand la jeune femme appuya sa tête contre son épaule, et attendit qu'elle reprenne tout à fait contenance pour se racler la gorge et exiger qu'elle le laisse tranquille.
Solveig Harter se pencha vers John, le fixant de ses yeux en amande. Elle portait un pull en laine aux motifs floraux ringards qui lui donnait dix ans de plus, et le médecin se demanda si elle avait vraiment aussi mauvais goût que ça ou si c'était un moyen de ne pas intimider les patients – même si ces fleurs étaient franchement horribles.
-Tu avais dit que tu me préviendrais, siffla-t-elle.
John eut une moue d'excuse.
-Je sais, excuse-moi. Mais Sherlock ne voudra pas te parler, de toute façon, du moins pas pour le moment.
La psy tenait Tim dans ses bras, déposant parfois un baiser sec sur le haut de son crâne, ajustant son emprise sur son petit corps tiède, et en la voyant ainsi John sut que Carol lui avait dit la vérité. Solveig avait déjà été mère. C'était l'emploi du passé qui préoccupait le médecin.
-Alors, qu'est-ce que tu en penses ?
La question était pour Sarah, assise dans le fauteuil habituellement réservé aux patients. John était appuyé contre le bureau, assez près d'elle pour sentir son parfum féminin et fruité. Elle haussa les épaules sans répondre.
-Voyons, Sarah, tu as forcément un avis, intervint Solveig.
-Non, pas vraiment. C'est une bonne chose que Sherlock ait finalement décidé de commencer le sevrage, mais à part ça je ne vois pas ce que je peux dire.
La psy lui lança un regard étrange, et John fronça les sourcils en se demandant s'il avait raté quelque chose.
-Je vais avoir besoin d'une pièce, en fait. L'infirmerie est occupée pour le moment, et je préfère éviter le dortoir, reprit-il.
-On peut débarrasser notre bureau, proposa Sarah.
-Trop loin des toilettes.
-Hm. Celui de Xander n'est pas plus près.
-Le mien non plus, ajouta Solveig. Pourquoi pas le petit salon ?
John eut un hochement de tête négatif.
-Non, je ne veux pas priver les patients de Mrs. Hudson.
La psy soupira, se leva pour déposer Tim dans la poussette que Carol n'utilisait que pendant les consultations et sortit son carnet du tiroir de son bureau en retournant s'asseoir. Elle le posa, prit un stylo d'une main et l'ouvrit de l'autre, ses doigts agiles effleurant la couverture de cuir bleu roi. Elle trouva une page vierge et leva les yeux vers Sarah et John.
-Tu as une idée ?
-Oui, mais avant tout je dois connaître un minimum de choses sur Sherlock.
John semblait perplexe mais il la laissa continuer.
-D'après toi, est-ce qu'il pourrait être dangereux ?
-Non, je ne crois pas. Du moins pas pour les autres.
-Il a des tendances suicidaires ?
-Oh, non, ça ne va pas jusque là, contredit-il en écarquillant les yeux. Plutôt autodestructrices, comme la plupart des junkies.
Le crissement du stylo sur le papier résonna dans le bureau.
-Comment décrirais-tu votre relation ?
John ouvrit la bouche, la referma et soupira.
-J'ai du mal à te suivre, là.
Sarah sourit sans rien dire.
-La question était claire, pourtant. Je devine à ton comportement et au brusque changement d'avis de Sherlock que vous avez dépassé le stade patient/médecin.
Le médecin se fit méfiant.
-Qu'est-ce que tu insinues ?
-Rien de sexuel, ne t'inquiète pas, répondit-elle platement. À moins que… ?
-Bien sûr que non, enfin !
Sarah ne souriait plus, et Solveig le remarqua distraitement.
-De l'amitié, alors ?
John hocha la tête en marmonnant.
-Fraternelle, si tu as besoin d'un adjectif.
-Je te remercie. Autre chose : est-ce qu'il te fait confiance ?
-Oui.
-J'aime les réponses précises, dit-elle avec un sourire. Est-ce réciproque ?
-Oui, plutôt. C'est… bizarre, non ?
Solveig releva la tête, ses yeux en amande brillant d'une lueur inconnue.
-Tout dépend de ce que tu définis comme normal. Je pense que tu as vu beaucoup de choses difficiles, cruelles et décourageantes au cours de ta vie, John, alors tu devrais accueillir à bras ouverts ce qui est bizarre.
Il esquissa un demi sourire.
-J'y penserai.
Sarah se pencha pour tenter de lire les pages noircies du carnet mais la psy le referma d'un geste sec.
-Laisse tomber, chérie, j'emporterai ce truc dans ma tombe.
-Je t'interdis de m'appeler chérie. Et cette idée, alors ?
-Je ménage mon suspense. Une dernière chose, John, il n'y a qu'une seule chambre dans ton appartement ?
-Heu, ouais.
-Un canapé-lit, peut-être ?
-Oui. Dis-nous, bon sang.
-Sherlock pourrait emménager chez toi pendant la première semaine de cure, et ensuite on devrait pouvoir récupérer l'infirmerie.
Il y eut un silence pesant. Sarah leva les yeux au ciel, éclata de rire et se tourna vers John.
-John ?
-Ce n'est pas une si mauvaise idée que ça.
Elle le dévisagea, incrédule.
-Mais enfin, tu ne peux pas faire ça ! C'est ton patient, je te rappelle, pas ton meilleur ami.
-Ce serait temporaire, Sarah. Et il n'y a aucun mal à loger un patient en tout bien tout honneur.
La femme médecin soupira bruyamment, dépitée par le regard déterminé de John. Solveig gloussa.
-Allons voir Sherlock, maintenant. Je tiens à le rencontrer pour de bon et à voir sa tête quand tu lui proposeras de s'installer chez toi.
Sarah l'ignora, les yeux toujours rivés sur John. Il esquissa un sourire d'excuse.
-Désolé, mais on mangera ensemble une autre fois.
Elle acquiesça vaguement, incertaine. Quelque chose lui disait qu'elle ne reverrait pas John de sitôt.
Note :
C'était le retour du chapitre-où-il-ne-se-passe-rien.
