JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Merci au revieweur anonyme, sache que la cruauté fait partie de mes qualités. Ruize, désolée pour la 200e review, tu risques en effet de la louper. Il devrait y avoir au moins 30 chapitres minimum.
Ce chapitre devrait apporter pas mal de questions, donc je m'excuse d'avance.
Chapitre 14
Sebastian Moran n'était pas particulièrement beau, mais il dégageait un certain charme sauvage et un parfum suave de danger. Il en jouait en étirant son cou pour mouvoir le serpent tatoué sur sa peau, vert et luisant et tellement lui. Assis dans la cellule du commissariat, il passa une main dans ses cheveux noirs et grogna quelque chose au sujet des junkies.
Sebastian se leva et agrippa les barreaux, refoulant les souvenirs des années passées en taule à attendre. Il bâilla, se demandant s'il aurait le temps de faire une sieste. Il avait passé presque deux jours à surveiller un dealer, et il s'était arrêté dans ce centre d'hébergement pour dormir un peu, n'ayant pas la moindre envie de traverser Londres pour rejoindre son appartement. Il commençait à le regretter.
Il allait s'allonger dans un coin de la cellule quand le flic dont le nom sonnait un peu français vint jusqu'à lui, gardant néanmoins une certaine distance physique comme si Sebastian pouvait passer le bras entre les barreaux pour l'étrangler. Ce qui était foutrement ridicule – Seb n'aimait pas étrangler, c'était trop de temps perdu pour une simple exécution.
-Vous allez avoir besoin d'un avocat.
L'ex-taulard n'aimait pas qu'on lui donne des conseils.
-Pourquoi ?
-Coups et blessures avec l'intention de donner la mort ou tentative de meurtre, je vous laisse choisir.
Sebastian grimaça.
-C'est une blague ?
-Pas vraiment, non.
-Je voulais pas le tuer, ce junkie.
-D'après sa blessure, je dirais le contraire.
Greg avait vu dans son casier judiciaire que Moran avait déjà été condamné pour agression, homicide involontaire – apparemment, il avait eu un bon avocat – et vol à main armé, ce qui lui avait valu dix ans de prison et une liberté conditionnelle pour bonne conduite à la moitié de sa peine. Actuellement, on le soupçonnait de tremper dans un trafic de drogues mais les collègues de Greg qui bossaient sur l'affaire n'avaient aucune preuve.
-Sauf qu'il est toujours vivant, ce junkie, siffla-t-il avec un étrange mélange de dédain et de hargne.
-Oui, en effet.
-Ce qui prouve que je ne voulais pas le tuer. Quand je suis décidé à buter quelqu'un, il ne se relève pas.
Greg se força à soutenir son regard.
-Jolie formulation. Je penserais à la noter dans votre déposition.
Seb eut un sourire mauvais. On se foutait de sa gueule, en plus.
-Vous allez avoir un avocat commis d'office, reprit Greg.
Une porte claqua quelque part, il y eut des murmures et l'ex-taulard lâcha les barreaux.
-Pas besoin. J'en ai déjà un.
-Inspecteur Greg Lestrade ?
La voix était masculine quoiqu'un peu aiguë, polie et légèrement doucereuse. Si Sebastian était le serpent, ce type-là était le charmeur. Greg se retourna.
Il devait avoir une trentaine d'années, même si les traits secs de son visage avaient quelque chose d'enfantin. L'expression de son visage était impassible, impénétrable, comme la plupart des avocats, néanmoins sa neutralité était exacerbée, un peu faussée peut-être mais ses yeux sombres brillaient et brûlaient. Ce regard semblait capable de détruire des hommes en un instant fugace et Greg se méfia aussitôt de lui.
Lissant les plis de son costume luxueux et impeccablement coupé, il s'approcha et tendit une main que l'autre serra prudemment.
-Maître Richard Brook, enchanté de faire votre connaissance.
Il appuya ses mots d'un sourire sans joie et coula un regard vers Sebastian.
-Mr Moran.
L'ex-taulard s'efforça de ne pas rire – cet air coincé n'allait pas avec l'image qu'il avait habituellement de Moriarty.
-Maître, lâcha-t-il.
L'avocat ne l'écoutait pas, les yeux rivés sur Greg.
-J'aimerais connaître les raisons qui vous autorisent à garder mon client derrière les barreaux.
-Il est accusé de tentative de meurtre, répliqua-t-il en croisant les bras sur son torse.
-Oh, vraiment ?
Moriarty semblait savourer l'instant.
-Puis-je voir la déposition de sa soi-disant victime ?
-Elle n'a pas encore portée plainte, mais ce n'est qu'une question de temps.
-Est-elle hospitalisée ?
John ne va pas aimer, songea-t-il avec amertume.
-Non. Elle a été soignée par un médecin… indépendant.
L'avocat esquissa un sourire, dévoilant discrètement des canines blanches et pointues.
-Dans une structure particulière, je présume.
-Un centre d'hébergement. D'ailleurs, vous avez un avocat mais vous vivez dans la rue ? ajouta-t-il pour Sebastian.
-Mon client était épuisé et il a souhaité se reposer avant de rejoindre son logement – il habite à l'autre bout de la ville, vous comprenez.
Seb déglutit difficilement en sentant le regard lourd de reproches du patron.
-Je présume, siffla-t-il avec suffisance.
L'ex-taulard acquiesça en silence.
-L'identité de la victime ?
-Sherlock Holmes, répondit-il par automatisme. C'est un patient du centre et-
-Un patient ? coupa-t-il d'une voix onctueuse. Quel genre de patient, inspecteur ?
Greg se maudit intérieurement.
-Mr Holmes, commença-t-il prudemment, souffre d'une addiction et bénéficie des soins de professionnels.
-Quelle addiction ?
Moriarty perdait patience, et le ton de sa voix s'était considérablement durci.
-Drogue.
-Dans ce cas, je présume que le jugement de ce monsieur est quelque peu altéré.
-Surtout depuis sa rencontre avec votre client, oui, cingla-t-il.
L'avocat l'ignora royalement.
-Libérez mon client, inspecteur. Je vous assure qu'il restera à la disposition des forces de police de notre beau pays, mais avant que toute poursuite ne soit engagée, j'aimerais voir de mes propres yeux le dépôt de plainte de ce Mr Holmes.
Greg soutint son regard, soupira et se détourna. Il revint avec le trousseau de clefs et le grincement de la porte quand elle s'ouvrit le fit frissonner. Un subordonné apporta à Sebastian ses quelques affaires – portefeuille, montre, ceinture. L'ex-taulard n'adressa pas un mot à l'inspecteur, se contentant de le fixer avec une lueur de victoire dans les yeux et l'avocat l'ignora.
Néanmoins quand Moriarty quitta le commissariat, Greg eut la nette impression de s'être fait bouffer tout cru.
Sebastian se laissa tomber sur la banquette arrière de la Mercedes, respirant profondément l'odeur de cuir, de tabac et de parfum bon marché qui s'en dégageait. Moriarty s'assit à ses côtés, lança un ordre au chauffeur et passa une main dans ses cheveux gominés, les ébouriffant distraitement en fixant son reflet dans la vitre. Il retira sa veste, desserra le nœud de sa cravate et entrouvrit le col de sa chemise.
-Donne-moi une seule raison de ne pas te faire tuer maintenant, Seb, siffla-t-il.
L'ex-taulard se tourna vers son patron.
-Je suis votre meilleur tireur.
Moriarty le foudroya du regard et Sebastian s'efforça de rester impassible.
-N'espère même pas recevoir le moindre penny de ma part ce mois-ci. Et parle-moi de ce junkie.
Sebastian raconta la rencontre dans la ruelle, comment Sherlock l'avait agressé et comment il avait répliqué.
-Et tu ne l'avais jamais vu avant ? demanda-t-il en coinçant une cigarette entre ses lèvres.
L'ex-taulard trouva un briquet, se pencha vers son patron et alluma la clope. Moriarty tira une bouffée de tabac.
-Jamais.
-Hm, intéressant, murmura-t-il. Dis-moi en plus.
Sebastian reprit, d'une voix plus assurée, observant avec un mélange d'admiration et de crainte le jeune homme qui fumait à ses côtés, avachi lascivement sur la banquette. Il voyait ses yeux bruns briller dans la fumée, emplis d'une intelligence hors norme et d'une détermination sans pitié. Moriarty était plus qu'un charmeur de serpents. Il était le venin.
Parfois, Sebastian se demandait ce qu'il foutait avec un type pareil, si foutrement séduisant et dangereux.
-Bref, ce mec est juste un junkie, acheva-t-il.
Moriarty acquiesça en silence, sa cigarette aux lèvres.
-Sherlock Holmes, dit-il lentement en appréciant la sonorité du nom. Je me demande si on le recroisera un jour.
Sherlock était à la fenêtre, une main posée sur le battant en plastique froid. Dehors, il pleuvait. L'eau ruisselait sur le trottoir, frémissante et luisante, et des taches de couleurs naissaient un peu partout, parapluies ouverts à la va-vite et capuches rabattues sur des visages agacés. Le junkie voyait les formes, les mouvements, devinait les sons et les voix. Il se sentait presque aussi lucide qu'avant la drogue, le manque lancinant et latent en plus.
C'était une sensation glissante, dérangeante. Il n'avait jamais pu mettre de mots précis jusque là mais maintenant qu'il avait retrouvé un peu de ses capacités mentales, maintenant que le brouillard avait disparu, il se dit que c'était une agonie perpétuelle. L'expression le fit sourire. Il appuya son front contre la vitre embuée et souffla doucement. Des bruits de pas le firent se redresser, et il reconnut John à l'entrée du dortoir, accompagné d'une femme inconnue.
Le médecin semblait un peu hésitant en s'avançant vers lui.
-Il y a un problème ?
-Ah, ça dépendra de toi.
Sherlock arqua un sourcil.
-On ne peut pas utiliser l'infirmerie pour le moment, commença John.
-Je sais.
-Les bureaux ne sont pas très pratiques, donc Solveig, reprit-il en lui indiquant la femme inconnue, a proposé quelque chose.
-Enchanté, lança-t-elle avec un sourire.
Sherlock la considéra un instant avant de revenir à John.
-Et ?
-Tu pourrais vivre chez moi le temps qu'on puisse utiliser l'infirmerie.
Le junkie rit.
-C'est ça qui t'embarrasse à ce point ?
John lâcha un soupir soulagé et se surprit à rire aussi. En fait, Sherlock s'en fichait – il avait confiance en lui, rien de plus.
-Tu es un idiot.
-Ouais, je sais.
Le haussement de sourcils de Solveig interpella Sherlock.
-Quoi ? lança-t-il sèchement.
-Oh, rien. Au fait, je ne me suis pas présenté.
Elle fit quelques pas vers lui.
-Je suis la psychologue du centre, Solveig Harter. Il faudra qu'on discute un peu, un jour ou l'autre.
-Non merci.
La psy hocha la tête.
-On verra plus tard, d'accord ? Rien ne presse.
Le junkie acquiesça en silence. Solveig adressa un vague salut à John, un sourire à Sherlock et disparut dans les escaliers.
-Je sais que tu n'es pas prêt pour ça, Sherlock, mais elle est très douée.
-Je m'en fiche. Je n'ai pas besoin de voir un psy, marmonna-t-il.
-Je disais la même chose, avant.
Le junkie le fixa, perplexe. Il s'écarta de la fenêtre et croisa les bras sur son torse.
-C'est-à-dire ?
John prit conscience d'à quel point ses yeux gris avaient changé. Son regard était devenu vivant, curieux et attentif. Il ne fouillait plus son âme avec brusquerie et un manque total de délicatesse, il cherchait, effleurait à peine. John décida qu'il préférait ça.
-Tu as tes secrets, j'ai les miens, éluda-t-il avec un demi sourire.
Sherlock fit la moue.
-On déménage, donc ?
-Ouais. Il faut que je règle quelques détails avec mes collègues, que j'appelle Darren et-
-Par pitié, ne me demande pas d'attendre ici, coupa-t-il avec un mélange de frustration et d'agacement. Je ne suis plus un gosse, John.
-N'emmerde pas les autres patients, alors.
Le junkie acquiesça en réprimant un sourire. Il rassembla ses maigres affaires, enfila son trench et suivit John dans les escaliers.
-Au fait, lança-t-il alors qu'il était deux marches au-dessus de lui.
Le médecin se tourna vers lui.
-Hm ?
-Ida est parti, il y a quelques jours.
-Je sais.
-Elle est venue me voir pour me dire que tu étais trop gentil.
John fronça les sourcils.
-Elle ne voulait pas arrêter l'alcool, donc elle est partie avant que tu ne parviennes à la convaincre.
John soupira et le junkie vit quelque chose changer dans son regard acajou.
-Elle a dit autre chose ? demanda-t-il d'une voix calme.
Bonne chance, Sherly. John va pas te lâcher.
-Non, rien de particulier.
-Tu as une idée d'où elle a pu aller ?
-Elle ne savait pas encore, donc non.
Nouveau soupir. John se retourna et descendit les marches en silence. Sherlock se demanda s'il pouvait faire quelque chose pour atténuer ses regrets inutiles.
Note :
Voilà, les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Mais je rappelle que non, ce n'est pas un slash, tout le monde garde ses vêtements.
