JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Merci beaucoup à Glasgow pour sa review. Je crois que tout le monde est très curieux de voir comment va dérouler le sevrage.


Chapitre 16


Quand Sherlock se réveilla, la nuit commençait à tomber et John s'était endormi dans une position qui ne manquerait pas de lui filer des courbatures. Il se leva difficilement, prit son paquet de Dunhill posé sur la table basse et soupira. La nausée ne le quittait pas. Il aurait aimé vomir et en finir – merde, il savait que le sevrage était éprouvant mais il n'imaginait pas à quel point ce serait horrible. Le junkie fit craquer ses articulations douloureuses et se traîna jusqu'à la cuisine.

Sherlock se pencha au-dessus de l'évier, tourna le robinet et but un peu d'eau à petites gorgées. Il se redressa lentement et essuya ses lèvres avec la manche de son pull. Allumant une cigarette, il s'appuya contre le plan de travail et coula un regard en direction de John. Il ne le voyait pas très bien, et il attendit un moment que ses yeux s'habituent à l'obscurité naissante. Le goût de tabac dans sa bouche était atrocement amer.

Le junkie se demanda à quel moment il s'était perdu.

Il y avait eu le commencement, avec le premier shoot, le premier cachet, les premières hallucinations et ce sentiment de bien-être jouissif. Puis les disputes avec Mycroft avaient pris une tournure plus violente, plus mauvaise. Il voulait le blesser, lui faire du mal et ça avait foutrement bien marché.

Le junkie déglutit difficilement. Non, il ne voulait pas y penser. Pas maintenant. Ensuite il avait quitté la maison, laissant derrière-lui les regrets qu'il ne voulait pas avoir. Il avait goûté à cette liberté si désirée, à cette solitude tant souhaitée. Presque trois ans dans le vide, tout ça pour finir dans cet appartement confortable avec ce médecin trop gentil et trop perspicace.

Sherlock s'autorisa néanmoins un sourire. Jamais il ne pourrait regretter d'avoir rencontré John. C'était déjà ça.


Plus tard, Sherlock fumait à la fenêtre de la chambre quand il remarqua l'homme en contrebas. Il se tenait sur le trottoir, sous un lampadaire, tenant un parapluie ouvert au-dessus de sa tête pour se protéger de la pluie, vêtu d'un costume gris élégant et d'un manteau long. Le junkie ne parvenait pas à voir son visage, mais l'attitude de l'homme et les circonstances actuelles lui suffirent pour reconnaître Mycroft.

Ainsi, son frère l'avait retrouvé.

Sherlock tira sur sa cigarette, posa le bout de ses doigts sur la vitre embuée et écrivit va te faire foutre en lettres inversées. Il attendit un court instant, puis Mycroft inclina imperceptiblement son parapluie et s'éloigna d'un pas tranquille. Le junkie resta indifférent. Avant son premier séjour au centre, il aurait sans doute été ravi d'avoir fait fuir son frère avec une telle facilité – il avait plus changé qu'il ne le pensait.

-Tu veux du thé ? lança la voix de John depuis la cuisine.

Le junkie écrasa sa cigarette dans l'assiette creuse que le médecin lui avait laissé et effaça les mots sur la fenêtre.

-Je veux bien, répondit-il en s'asseyant à la table de la cuisine.

Le lustre qui pendait au plafond laissait couler une lumière chaude et dorée, loin de l'obscurité pluvieuse de la chambre. John lui sourit brièvement et mit l'eau à chauffer.

-Sherlock ?

Le junkie leva les yeux vers lui.

-On devrait parler de Sebastian Moran.

-Tu es psy, maintenant ?

Le médecin se retint de soupirer.

-Je t'ai déjà tout dit, reprit le junkie avec un certain agacement. Je pensais que ce type suivait les ordres de mon frère, je me suis trompé, tu m'as recousu, fin de l'histoire.

-Je voulais parler du fait qu'il est à nouveau libre.

Sherlock haussa les épaules.

-Je m'en contrefous, John.

Le médecin parut sincèrement surpris. L'eau se mit à frémir et il s'occupa du thé pendant un moment. Néanmoins en s'asseyant face à Sherlock tout en posant deux tasses sur la table, l'une blanche et l'autre noire, il prit un air si grave que le junkie eut envie de rire.

-Il t'a quand même poignardé.

-Et tu m'as soigné. Tout va bien, John, je me fiche de ce type et tout ce qui compte pour le moment, c'est la probabilité que je parvienne à arrêter la drogue.

John lui sourit en réponse. Sherlock prit la tasse blanche – le médecin se demanda ce qu'en aurait pensé Solveig – et lui la noire. Ils burent lentement, appréciant les aromes du thé et le silence confortable de la cuisine pendant un long moment, si bien que le junkie ne put s'empêcher de soupirer quand John parla à nouveau.

-Il faudra qu'on discute de ce que tu as vécu pendant les trois dernières années, aussi.

-Bon sang, John-

-Laisse-moi finir, s'il te plait, coupa-t-il. Je me doute que tu as pris plus qu'un coup de couteau, mais le problème n'est pas de savoir si tu as connu pire ou non – ça n'a rien d'anodin, Sherlock, peu importe que les violences soient courantes dans la rue, ça reste quelque chose de difficile et tu vas avoir besoin d'en parler si tu veux retrouver une vie plus… calme.

Le junkie le considéra un instant, ses yeux devenus lumineux et vifs. Il y avait une lueur d'intelligence dans le gris qui rappela à John que Sherlock était un authentique génie, que quelque chose de brillant vivait en lui sous la drogue et le désespoir.

-D'accord, dit-il après un silence.

Il but une gorgée de thé et reprit.

-Est-ce que les conséquences du sevrage vont empirer avec le temps ?

-Tu as quels symptômes pour le moment ? s'enquit-il en reposant sa tasse sur la table.

-Nausées, fatigue, douleurs articulaires.

-Des crampes ?

Sherlock pencha légèrement la tête sur le côté.

-J'en ai eu une pendant que tu prenais ta douche, admit-il en grimaçant au souvenir de la douleur qui lui avait coupé le souffle.

-D'ici demain, tu seras pris de vomissements accompagnés de fièvre, puis tous les symptômes diminueront peu à peu sauf l'anxiété et la fatigue. Et le manque, bien sûr.

-Bien sûr.

Le junkie lâcha un soupir las.

-Mais ça, c'est seulement pour la première semaine.

John eut un hochement de tête navré.

-Le sevrage psychologique peut prendre des mois, ou même des années.

Sherlock ne trouva rien à répondre à ça et termina son thé en silence.


Les ruissellements de l'eau chaude formaient des courbes étranges sur le carrelage, tantôt décidées tantôt tremblantes. Leurs reflets argentés sous la lumière crue et blanche fascinaient Sherlock. Il s'accroupit, rejeta en arrière ses cheveux dégoulinants et tendit une main hésitante vers le chatoiement humide. Il avait oublié que les choses pouvaient être belles sans LSD. Il se redressa lentement pour ménager ses articulations, décrocha le pommeau de la douche et finit de se laver.

Sherlock évita son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo en enfilant son jean et sortit de la salle de bains. John était assis sur le canapé, son téléphone portable dans la main. Il avait essayé d'appeler Clara mais s'était encore heurté au ton mécanique et froid du répondeur. Il entendit le bruit des pas de Sherlock avant de le voir, et ne s'attendait pas à le trouver torse nu en levant la tête.

-Qu'est-ce que tu fais ? demanda le junkie en coulant un regard vers son portable.

-C'est ma réplique, merci.

-Mon pull est sale et dans la mesure où tu n'as pas pensé à récupérer des vêtements au centre, je me suis dit que tu pouvais m'en prêter.

-Tu aurais pu me le rappeler.

Sherlock eut un demi sourire narquois.

-C'est toi le pro, John.

Il l'ignora et traversa le couloir. Sa commode avait besoin de rangement – comme toujours. Il fouilla un moment et finit par trouver un pull trop petit pour lui, gris perle avec le bout des manches rouge, un cadeau d'une tante éloignée pour ses vingt-cinq ans qu'il avait gardé sans vraiment savoir pourquoi. Sherlock l'enfila en marmonnant un vague merci. Le vêtement lui allait bien, cachant sa maigreur et sa pâleur.

Son téléphone sonna alors qu'il allait lui proposer une cure de protéines après le sevrage et il soupira en reconnaissant un vieux tube de David Bowie. Encore un truc dont il devait se charger.

-Je ne savais pas que tu étais si vieux que ça, John, lâcha le junkie en le suivant jusqu'au salon.

-Starman n'est pas une chanson si ancienne que ça, protesta-t-il en décrochant. Ouais ?

Il sourit alors que Sherlock articulait silencieusement seulement quarante ans, puis soupira de soulagement en reconnaissant la voix rieuse de Clara.

-John, je suis désolée de ne pas t'avoir rappeler plus tôt. Tu vas bien ?

John était incapable de lui en vouloir, de toute façon. Il s'assit dans le canapé.

-Très bien. Et toi ?

Le junkie leva les yeux au ciel et retourna se poster à la fenêtre du salon avec ses clopes, comme s'il craignait d'être contaminé par tant de banalité.

-Bonne question, chéri. Repose-la moi quand j'aurais signé cette saloperie de contrat avec les chinois.

-Ton cabinet marche bien, alors ?

-Du tonnerre.

Clara éclata d'un rire franc et sec.

-Ou bien Harry est passée par là, ajouta-t-elle.

-Comment ça ?

-Oh, hé bien, elle m'avait promis qu'elle était capable de jeter tous les architectes de Londres dans la Tamise pour que mon cabinet marche.

Elle gloussa et continua.

-Ce serait embêtant. Tu as un toujours un ami flic, j'espère ?

John sourit, l'imaginant assise à son bureau, ses longs cheveux blonds retombant sur ses épaules en boucles délicates, son visage rond aux traits harmonieux et ses yeux cobalt. Elle tenait sûrement un crayon entre ses doigts aux ongles vernis, gribouillant distraitement sur un bout de papier comme elle le faisait toujours quand elle était au téléphone.

-Bien sûr.

-Ouf, je suis rassurée. Comment vont tes patients ?

Clara était la seule à ne jamais faire de commentaires désagréables sur le centre. Elle avait un oncle qui avait fini à la rue après avoir perdu son emploi, et même si elle s'inquiétait un peu que John en fasse trop, elle comprenait qu'il se donne à fond pour aider les autres – parce qu'elle aurait aimé que quelqu'un soit là pour son oncle, sans doute, qu'elle n'ait pas à identifier son cadavre à la morgue.

-Ils s'accrochent.

-C'est bien. Toi aussi ?

-Je fais de mon mieux. En fait, commença-t-il en jetant un coup à Sherlock, trop loin pour l'entendre, j'en héberge un en ce moment.

-Oh. Un ou une ?

John leva les yeux au ciel.

-Un.

-Mon Dieu, chéri, tu as changé de bord ? Est-ce que l'homosexualité serait inscrite dans les gênes de la famille Watson ? lâcha-t-elle avec un tel aplomb qu'il crut un moment qu'elle était sérieuse.

-Bon sang, non. Et c'est mon patient, Clara.

-Diantre, c'est trop de fantasmes à la fois. Laisse-moi respirer, veux-tu ?

Elle rit et il rit aussi. Clara lui manquait plus qu'il ne le pensait.

-Excuse-moi, chéri, je suis vraiment fatiguée. Quelle heure est-il ?

John jeta un coup d'œil à l'horloge numérique sous le poste de télévision.

-…Onze heures. Désolé, je n'ai pas vu le temps passer depuis ce matin.

-Moi non plus, soupira-t-elle doucement. Tu as parlé avec Harry récemment ? ajouta-t-elle avec une légère hésitation.

John se redressa un peu.

-Pas depuis qu'elle m'a envoyé la cravate de papa.

-C'était toi, alors.

-Clara, il y a un problème ?

-Le jour où tu as appelé, on venait de se… disputer.

-Merde. À propos de quoi ?

-Franchement, je ne sais plus, reprit-elle sur un ton amer. On a eu des tas d'engueulades ces derniers mois, c'était devenu invivable. Harry était tout le temps de mauvaise humeur, alors je restais le plus longtemps possible au cabinet, et au final c'était à peine si on s'adressait la parole.

-…C'était ? répéta-t-il.

-On…

Clara inspira profondément.

-On s'est séparé, John. On a décidé de prendre nos distances pendant quelques temps, histoire de savoir si on allait se manquer.

-Le jour où j'ai appelé ?

-Oui.

John soupira bruyamment et passa une main dans ses cheveux. Le poids du téléphone dans sa main était insupportable.

-Enfin, Clara, vous êtes le couple le plus soudé que je connaisse et-

-Chéri, s'il te plait, coupa-t-elle fermement. Je suis désolée, mais ce n'était plus possible.

-Je ne comprends pas.

-Moi non plus, dit-elle d'une voix plus faible. Je suis vraiment fatiguée, là, il faut que j'aille me coucher. Je te rappelle plus tard, d'accord ?

-Ouais, d'accord.

-Tu es un amour, John. Je t'embrasse.

Clara raccrocha et John ferma les yeux, se demandant si sa sœur allait bien.


Pardon pour la référence à David Bowie. Je n'ai pas pu m'en empêcher. Mais bon, John est anglais, et beaucoup d'anglais aiment toujours Bowie, hein.