JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Un immense merci à Chou-Gum (Tout à fait d'accord avec toi sur David Bowie.), Deltaplane (Je compte bien continuer dans cette voie.) et CastielaMalfoy (Une autre fan de Bowie, génial.).
Chapitre 17
Sherlock était couché sur le flanc, ses bras ramenés à hauteur de son visage et les yeux clos, et il aurait eu l'air de dormir si sa respiration n'était pas aussi saccadée et son front luisant de sueur. John était assis sur le parquet, le dos appuyé contre le canapé. Ses mains trituraient nerveusement la bande de sparadrap – il venait de vérifier la blessure du junkie, plus par automatisme que par réelle inquiétude.
La fièvre était montée brusquement aux alentours de cinq heures du matin.
John, qui faisait une sieste dans sa chambre, avait été réveillé par un Sherlock tremblant et affaibli, et s'était presque brûlé en posant une main sur son front. Le junkie venait de finir son paquet de Dunhill et le mot irritation était devenu un euphémisme. John s'était senti comme un soldat sur un champ de bataille, sauf que son unique arme était un thermomètre et son ennemi une mauvaise humeur dévastatrice accompagné d'un cynisme en béton armé.
Sherlock s'était finalement couché sur le parquet, parce que c'était plus froid, la bassine bleue posée à ses côtés. John n'avait pas envie de retourner dans sa chambre. Tout ce qu'il voulait, c'était appeler Harry et mettre les choses au clair. Clara et elle ne pouvaient pas se séparer. La dernière fois qu'il les avait vues, quelques mois plus tôt, elles refaisaient la décoration de leur salon.
Sa sœur portait un vieux survêtement tâché de peinture, rappelant à John le garçon manqué qu'elle avait été pendant son adolescence. Elle avait été comme d'habitude depuis sa rencontre avec Clara, belle et radieuse et tellement heureuse. John se souvenait des sourires complices que les deux femmes échangeaient parfois, des sourires si touchants et sincères qu'il avait envié leur bonheur.
Il avait pensé, en voyant Clara pour la première fois, qu'elle était trop brillante pour quelqu'un comme sa sœur, quelqu'un qui avait ses défauts et son caractère – mais jamais plus par la suite, tant leur relation semblait évidente. John ne s'entendait pas avec Harry, mais il ne souhaitait que le meilleur pour elle et apprendre aussi brutalement qu'elle avait perdu la seule personne qui comptait réellement le rendait dingue.
Ce n'était pas juste. Harry ne méritait pas ça.
-John, marmonna le junkie d'une voix rauque. Eau.
Le médecin se leva en s'appuyant sur l'accoudoir du canapé et revint de la cuisine avec un verre d'eau. Sherlock se redressa, le prit et but à petites gorgées.
-Tu as toujours la nausée ?
Il hocha vaguement la tête.
-Rallonge-toi.
Le junkie obéit et grogna un merci quand John étendit une couverture sur son corps fatigué. Le médecin reprit sa place, attrapa un magazine qui traînait sur la table basse et le feuilleta pour passer le temps.
Le crissement de ses ongles sur la porcelaine était presque en lui, maintenant. Il l'entendait avec une clarté affolante, sentait le léger tremblement crispé et en connaissait chaque note, chaque nuance. Ce n'était pas un bruit agréable. D'ailleurs, ce n'était pas un bruit. C'était plus un cri, un gémissement. Il y avait tant de douleur et de désespoir dans cette musique-là.
Sherlock redressa la tête, desserra ses doigts accrochés aux bords de la cuvette et ferma les yeux. Il garda la bouche entrouverte, se demandant si ça allait passer ou recommencer. Il avait les lèvres étrangement sèches et les humidifia du bout de la langue, goûtant avec une grimace de dégoût la saveur amère et tiède de la bile qu'il avait vomi. La nausée revint et il se pencha à nouveau.
Plus tard, Sherlock était assis en tailleur sur le carrelage froid. John lui tendit une serviette qu'il prit aussitôt. Il essuya la sueur sur son visage, rejeta en arrière ses boucles désordonnées et inspira profondément. Il s'était rincé la bouche plusieurs fois mais le goût ne partait pas. John s'assit face à lui, contre le mur, et attendit. Comme le junkie ne disait rien, il ne dit rien non plus.
Il sembla à Sherlock qu'il somnola un peu, il n'en savait trop rien, mais peu importait le moment où il fermait les yeux puisqu'en les rouvrant, il voyait le médecin près de lui. Il avait eu raison. John était là.
Le junkie passa la plupart de la journée couché sur le carrelage de la salle de bains. Il vomit encore deux fois, dormit une heure, but un peu d'eau. John lui donna des médicaments pour faire baisser la fièvre et, en les posant sur sa langue, le junkie aurait aimé que ces cachets blancs et lisses soient du LSD. John sembla comprendre puisqu'il le serra brièvement contre lui et lui murmura doucement que c'était bientôt fini.
Qu'il allait y arriver.
Sherlock pleurait d'épuisement quand la nausée commença à s'atténuer et que la fièvre baissa un peu. Il sentait parfois la main rugueuse et froide de John sur sa joue, essuyant distraitement les larmes en lui parlant de toutes les choses qu'il allait pouvoir faire après. Mais Sherlock s'en foutait. Sherlock voulait juste mourir avec les yeux de John posés sur lui.
Le lendemain, on frappa à la porte. John ouvrit difficilement les yeux, soupira et se demanda ce qu'il foutait là. Il était allongé sur le carrelage de la salle de bains avec le corps tiède de Sherlock appuyé contre son dos. Il se redressa en pestant contre l'abruti qui avait osé le réveiller, se leva en prenant soin de ne pas déranger le junkie et rabattit la couverture sur ses épaules. Sa respiration était régulière et il avait repris un peu de couleur.
Le médecin lâcha un soupir soulagé et se traîna jusqu'au salon. Il lissa les plis de sa chemise froissée, arrangea vaguement ses cheveux et ouvrit la porte. Greg Lestrade se tenait là, en costume noir et manteau long, impeccable et souriant. Il avait un sac en papier dans la main d'où se dégageait une odeur appétissante.
-Je suis passé au quartier français avant de venir, indiqua-t-il en entrant.
-Ce sont des croissants ?
-J'espère bien, doc.
-Greg, tu es un génie.
L'inspecteur posa le sac sur la table de la cuisine, jeta son manteau sur une chaise et se tourna vers John.
-Qu'est-ce que tu fais là, Greg ? demanda-t-il en clignant des yeux pour s'habituer à la lumière du jour – quelle heure était-il, bon sang ?
-J'ai parlé avec Sarah après être venu au centre la dernière fois. Elle m'a expliqué ce truc de sevrage et m'a dit à quel moment venir. Je suis un type ouvert d'esprit, John, mais je ne tiens pas à prendre le risque que Sherlock me vomisse dessus.
-Attends, tu avais prévu de venir ?
-Bien sûr.
Il affichait un sourire confiant.
-J'en ai assez de te laisser seul. Où est Sherlock ?
-…Il dort dans la salle de bains, répondit-il en fronçant les sourcils. Mais pourquoi es-tu là, Greg ?
L'inspecteur partait déjà vers le couloir et il répondit d'une voix plus basse en entrant dans la salle de bains.
-Pour te remonter le moral pendant que ton junkie de compagnie fait une sieste.
John ne prit même pas la peine de protester. Sherlock dormait profondément, l'air plus vulnérable que jamais. Ils le portèrent jusqu'à la chambre et l'allongèrent sur le lit. Le médecin lui retira son pull, le borda comme un enfant et laissa une bouteille d'eau et la bassine bleue sur la table de chevet.
Greg offrit de faire du café et John s'appuya sur le plan de travail de la cuisine en grignotant un croissant.
-Je ne m'attendais vraiment pas à te voir.
-Je sais.
-Je ne mérite pas un ami aussi génial.
Greg leva les yeux au ciel et lui tendit une tasse de café.
-Tu mérites tout l'or du monde, John. Considère-moi comme un rond de serviette, d'accord ?
Le médecin sourit, profitant d'un peu de répit. Les dernières vingt quatre heures avaient été éprouvantes. C'était toujours douloureux de voir un patient souffrir autant sans rien pouvoir faire pour le soulager, et ça l'avait été plus encore avec Sherlock.
-Comment tu vas ?
John leva les yeux vers Greg.
-Mieux.
Son ami ne sembla pas satisfait par sa réponse mais il n'ajouta rien. John but un peu de café, appréciant la chaleur et les arômes amers en s'efforçant d'oublier Sherlock. Il avait besoin de se reposer aussi pour le soutenir. Il se demanda si appeler Harry maintenant serait une bonne chose. Sans doute que non.
Greg ne resta pas longtemps. Il voyait que John était épuisé et ne voulait pas abuser de la patience du médecin – sa visite inattendue avait fait son petit effet, c'était le principal. Il connaissait John depuis presque quatre ans, mais pourtant il venait très rarement le voir au centre quand il travaillait. L'inspecteur s'intéressait à son job, néanmoins il ne voulait pas de mêler de ses affaires.
C'était peut-être une erreur, finalement.
Greg y avait beaucoup pensé après le suicide de la gamine dans les douches, se demandant s'il aurait pu y changer quelque chose, être plus présent pour le médecin. C'était une question qui le tiraillait régulièrement et la culpabilité qui en découlait n'avait rien d'agréable. Il ne voulait pas que ça recommence avec Sherlock. Il ne voulait pas voir son ami englué dans le désespoir. Il ne voulait pas subir ça à nouveau.
-Tu aimes les pains au chocolat ? demanda-t-il sur le pas de la porte.
Le sourire de John disait oui.
-Je repasse dans quelques jours.
-Tu n'es pas obligé de faire ça, Greg.
Greg leva les yeux au ciel.
-Il faut bien que quelqu'un le fasse.
Sherlock mit un moment à se lever. Il était enroulé dans les couvertures, le visage enfoui dans l'oreiller et les yeux mi-clos. Un rayon de soleil faisait une ligne dorée de sa hanche à son épaule, dégageant une chaleur tiède et une douceur apaisante. Il aurait aimé imprimer cette sensation dans sa chair pour ne plus jamais l'oublier.
Quand le rayon mourut – saloperies de nuages – il se redressa, posa ses pieds nus sur le parquet en frissonnant et se leva. Un léger vertige lui vint puis passa. Le junkie trouva le pull de John sur la commode et l'enfila en traversant le couloir. L'appartement était silencieux, à peine troublé par le bruit de la circulation dans la rue. L'horloge de la cuisine indiquait onze heures.
John dormait sur le canapé, couché sur le flanc avec un bras passé sous sa tête. Sherlock posa une main sur son épaule et le secoua doucement. Le médecin émergea difficilement, clignant des yeux sous la lumière et considérant le junkie avec une certaine appréhension.
-Est-ce que ça va ? demanda-t-il très vite.
-Oui, ne panique pas, s'il te plait.
Un léger soupir lui échappa et il passa une main sur son visage.
-Plus de nausées ?
-Pas pour le moment. Je ne savais pas si je devais te réveiller, ajouta-t-il en haussant les épaules.
-Tu as bien fait. Tu devrais manger un peu, pour reprendre des forces.
Il y eut un bref silence.
-Tu as une tête à faire peur, acheva-t-il.
Sherlock se sentit sourire.
-Je te retourne le compliment.
-Merci. Tu veux des croissants ?
Note :
Voilà déjà une étape de franchie.
