JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Mauvaise nouvelle : mon ordinateur m'a lâché la semaine dernière, donc je risque de ne pas répondre aux reviews avant un certain temps. Heureusement, j'ai une copie des prochains chapitres. Je continuerais donc à poster, mais sûrement à un rythme différent puisqu'en plus, je pars bientôt en vacances. On verra.

Bref, merci encore à tous pour vos adorables reviews.


Chapitre 18


Les croissants étaient bons et le parfum amer du café embaumait la cuisine. Assis sur le bord de la table, Sherlock se lécha les doigts et reposa sa tasse. John avait pris la salle de bains et il profitait d'un peu de solitude et de silence. Cette nouvelle vie qui commençait avait un goût de manque mais il sentait qu'il reprenait le dessus sur la drogue, qu'il appréhendait son ancien lui, celui qui déduisait et n'avait peur de rien.

Il parcourut le contenu des placards pour récolter des données supplémentaires sur John, sachant qu'elles pourraient s'avérer utiles pour plus tard. Ses habitudes alimentaires n'avaient rien de passionnant, mais il fallait qu'il occupe son cerveau et tout était bon à prendre. Le junkie passa rapidement au salon, s'efforçant de s'intéresser aux magazines sur la table basse – des trucs de sport, d'actualité, de sciences et de psychologie.

Il aurait aimé lire le Times. Il ne l'avait pas fait depuis trois ans, choisissant de se couper totalement du reste du monde, mais les informations du journal alimentaient toujours son cerveau. Sherlock arriva dans la chambre et commença à mémoriser les titres et les auteurs de chaque bouquin qui traînait sur le sol et gisait sur la commode.

John le trouva là, assis en tailleur sur le parquet avec un pavé dans les mains.

-Ce truc a l'air ennuyeux à mourir.

-Dan Brown n'apprécierait pas que tu qualifies son Da vinci code d'ennuyeux.

-Quel titre ridicule.

Le médecin esquissa un sourire.

-Assorti au contenu, tout simplement.

-Tu l'as lu ? demanda-t-il en le reposant négligemment pour en prendre un autre.

-Non. Tout le monde m'a déjà raconté la fin, ça n'avait pas grand intérêt.

-Les gens sont tellement stupides.

-Ah.

Le junkie leva les yeux et son regard gris traversa littéralement John.

-Quoi ? lança-t-il en retournant machinalement le livre qu'il tenait.

Le médecin mit un moment à répondre.

-J'avais oublié que tu es un… génie.

-Pourquoi cette pause dans ta phrase ? Tu ne me crois pas ?

-Si, si, je te l'ai déjà dit. Mais j'ai du mal à concilier l'image que j'ai de toi avec celle d'un Einstein moderne.

-N'essaie pas de me comparer avec tes clichés, je suis unique, répliqua-t-il.

-Mon Dieu, quelle modestie.

Sherlock leva les yeux au ciel.

-Je viens de retrouver une partie de mes capacités mentales, John, laisse-moi en profiter.

Le médecin hocha vaguement la tête, se demandant s'il avait encore de la fièvre.


En milieu d'après-midi, Sherlock eut à nouveau la nausée et quelques crampes musculaires.

-Je pensais que c'était passé, se plaignit-il.

-Je t'avais dit que les symptômes allaient s'atténuer, pas disparaître.

Le junkie marmonna quelque chose d'intelligible, but lentement le verre d'eau que John lui tendait et s'allongea sur le canapé.

-Repose-toi, tu es encore faible, ajouta-t-il en ignorant la grimace du junkie. Je vais prendre l'air et faire quelques courses, je reviens dans moins de deux heures.

Il se retint de dire sois sage et enfila son manteau.

-Mon numéro de portable est sur le frigo, tu peux m'appeler avec le fixe s'il y a un problème.

-Quel genre de problème ?

-Du genre urgent.

Sherlock remua et John rabattit la couverture sur ses épaules. Il passa une main dans ses cheveux bouclés, remarqua avec un sourire que le junkie ne protesta pas et sortit de l'appartement.


John prit le métro jusqu'au St James Park – il y passait souvent, quand un patient avait un problème, que quelque chose ne s'était déroulé comme il l'aurait espéré ou que ça n'allait pas, tout simplement. Aujourd'hui, c'était un peu différent. Il n'était pas à l'aise avec l'idée de laisser Sherlock seul à l'appartement mais il voulait un peu de calme, se tenir en retrait pour prendre du recul.

Les grandes étendues d'herbe verte, les enfants qui jouaient dans les allées et l'alignement impeccable des bancs l'aidaient toujours à réfléchir.

Il fallait qu'il appelle Harry.

John ne savait même pas quoi lui dire. Il avait peur de sa réaction. Il s'en voulait de ne pas avoir senti la dernière fois qu'il se passait quelque chose. Et si elle se mettait à pleurer ? Il ne pourrait pas la prendre dans ses bras, il pourrait juste imaginer la manière dont ses larmes couleraient sur ses joues. Bon sang, il détestait que sa sœur pleure. Avec un soupir résigné, le médecin s'assit sur un banc et sortit son téléphone portable.

La voix d'Harry était un mélange d'incertitude et d'impatience.

-Oui ?

-C'est John.

-Oh.

Elle semblait déçue, attendant sans doute un appel de Clara.

-Pourquoi tu ne m'as rien dit ? demanda-t-il.

C'était un peu abrupt comme approche, et il soupira doucement avant de reprendre d'une voix plus calme.

-J'ai parlé avec Clara et elle m'a tout raconté.

-Je vois. J'aurais dû t'appeler, je sais, mais ça n'aurait rien changé.

Il y eut un silence.

-Je ne comprends pas, Harry, souffla-t-il. Ça semble si évident entre vous.

-On n'est pas dans un film, dit-elle amèrement.

-Tu ne l'aimes plus ?

Harry renifla.

-Bien sûr que si. Mais parfois, ça ne suffit pas.

John resserra ses doigts sur le téléphone.

-Je viendrais te voir quand j'aurais le temps.

-Oh, John, je t'en prie, pas besoin de jouer au grand frère protecteur.

-Je suis sérieux.

Harry mit un moment à répondre.

-Elle me manque, dit-elle platement.

-Elle reviendra.

-Ouvre les yeux, frérot, elle est trop bien pour moi. Tu le penses toujours, hein ?

-Non, enfin, je-

-Arrête de faire ce truc de médecin gentil, je suis ta sœur, pas un de tes junkies en manque d'affection, coupa-t-elle sèchement. J'ai un boulot de merde, un caractère de merde et j'ai pas été foutue de retenir la femme que j'aime. N'essaie pas de me faire croire que je la mérite, John, je sais que c'est faux.

-Je t'interdis de te sous-estimer, Harriet Watson. Tu vaux plus que toutes les Clara du monde, lâcha-t-il en fermant brièvement les yeux. Je viens te voir dans deux jours, sois sage et ne regarde pas de films tristes, petite sœur stupide.

John raccrocha et se demanda si l'heure était venue de se réconcilier définitivement avec sa sœur.


John posa les sacs de course en bas des escaliers et fouilla les poches de son manteau à la recherche de ses clefs. Il entendit une voix féminine, se dit que ça devait être la copine de Wilfried et leva les yeux. Une jeune inconnue se tenait sur la dernière marche, vêtue d'un tailleur noir élégant et sans doute hors de prix. Pas vraiment le style de son voisin de palier.

-Docteur Watson ?

Elle avait une voix légère et douce, comme un murmure.

-Heu, c'est moi.

John avait une impression de déjà-vu. La jeune femme avait un visage fin aux pommettes hautes, de longs cheveux bruns qui retombaient en boucles gracieuses sur ses épaules et un teint joliment hâlé. Il l'avait déjà rencontrée, quelques semaines plus tôt, et il mit un moment à se souvenir.

Elle semblait attendre une réaction de sa part, même si elle gardait les yeux rivés sur son Blackberry dont la lumière blanche faisait des ombres sur son visage. C'était la femme du dortoir, celle qu'il avait réveillé pour prévenir Christie quand Henry Knight avait tiré sur sa psychologue. John ouvrit la bouche, la referma et fronça les sourcils.

-Montez, le patron n'aime pas qu'on le fasse attendre, dit-elle.

-Quel patron ?

Anthéa leva les yeux et esquissa un sourire lourd de sens.

-Mycroft Holmes, bien sûr.

John prit les sacs de course, se souvint que le nom de Sherlock était Holmes et sentit revenir son mal de tête. Il adressa un dernier regard à la jeune femme et entra dans son appartement. Le junkie était assis sur le canapé, enroulé dans la couverture et les yeux posés sur l'homme qui se tenait devant lui, appuyé nonchalamment sur un parapluie.

-J'avais fermé à clef et ce n'est sans doute pas Sherlock qui vous a laissé entrer, lâcha-t-il en posant les sacs dans la cuisine.

-Enchanté de faire enfin votre connaissance, docteur Watson.

Le médecin se tourna vers lui et croisa les bras sur son torse. Le frère de Sherlock était plutôt grand, habillé d'un costume gris qui semblait aussi hors de prix que le tailleur de la jeune femme et avait de courts cheveux roux. Une expression polie et patiente était peinte sur son visage aux traits simples, comme s'il s'adressait à un enfant particulièrement turbulent.

Enfant qui devait être Sherlock, donc.

John revint à lui et sourit en voyant son air indigné et agacé.

-C'est vraiment lui, alors ? demanda-t-il.

Le junkie haussa les épaules avec dédain.

-Je vois.

-Docteur Watson ? intervint Mycroft.

John se tourna vers lui.

-Excusez-moi, je n'ai pas l'habitude de recevoir des gens qui entrent chez moi par effraction. Il doit rester du café tiède, vous voulez du sucre et du lait avec ?

L'homme au parapluie esquissa un sourire froid.

-Je me suis renseigné sur vous, docteur.

-Ah oui ? Je préfère ne pas rencontrer le reste de la famille – sans vouloir te vexer, Sherlock, indiqua en jetant un coup d'œil au junkie.

Il ne répondit pas, gardant ses yeux gris braqués sur son frère. La tension était palpable et le médecin soupira en s'asseyant sur l'accoudoir sur l'accoudoir du canapé.

-Mycroft, c'est ça ?

L'homme hocha la tête et reprit, d'une voix limpide qui ne laissait place à aucune forme de protestation :

-John Hamish Watson, originaire d'une famille modeste et très pratiquante. Vous avez été un étudiant brillant à la fac de médecine, très populaire aussi, et rien ne laissait deviner que vous finiriez par travailler dans ce centre d'hébergement. Vous avez des relations dans la police, notamment avec votre ami le lieutenant Lestrade, et ce sont ces relations qui vous ont permis d'aider vos patients par n'importe quel moyen, légal ou non. Vous y consacrez la plupart de votre temps et vos collègues vous décrivent comme un homme courageux, généreux et qui ne vit que pour les autres.

Il marqua une pause, le temps d'adresser un regard à son frère.

-Aucune relation sentimentale durable. Vous avez eu de nombreuses petites amies par le passé, mais jamais le désir de vous marier ou de fonder une famille. On pourrait en déduire que vous êtes un homme solitaire, seulement vous gardez toujours un lien avec vos proches, même ceux avec qui vous entretenez des rapports tendus, comme votre sœur Harriet. Vous êtes quelqu'un de responsable, à qui on accorde facilement sa confiance, et ce malgré la mort d'une de vos patientes l'an dernier.

Mycroft laissa passer un silence. John le foudroyait du regard, incapable de prononcer un seul mot.

-Alors dîtes-moi, docteur Watson, reprit-il d'une voix onctueuse, que faites-vous avec un homme aussi lâche et égoïste que mon frère ?

Sherlock se crispa et voulut se lever, mais John le retint par le bras.

-Laisse moi régler ça, lui murmura-t-il.

Le junkie le considéra un bref instant et lut sur son visage une fureur nouvelle. Intéressant.

-Je m'occupe de Sherlock, il est mon patient, commença-t-il.

-Il vit chez vous. Cela ne pose pas de problème d'ordre déontologique ?

-Je l'ai pas forcé, monsieur Holmes, dit-il en se levant.

John fit un pas vers Mycroft.

-Je m'occupe de lui, parce qu'il a visiblement été abandonné par tous ses proches. Un homme qui laisse son propre frère dormir dans la rue n'a aucun reproche à me faire. Alors oui, parfois je dépasse les limites. Parfois mes patients meurent. Mais je donne tout ce que j'ai pour les sauver et je méprise les salauds dans votre genre qui se croient meilleurs que moi, ceux qui osent fouiller dans mon passé et entrer chez moi par effraction.

Il fit un autre pas.

-Cette jeune femme, dans les escaliers, que faisait-elle au centre ? Elle cherchait Sherlock, elle espionnait ? Est-ce que c'est légal, ça ? Et si vous êtes là aujourd'hui, c'est qu'elle vous a dit que votre frère était avec moi – alors pourquoi venir seulement maintenant ? cracha-t-il en faisant un dernier pas.

Mycroft recula par réflexe, le visage blême et dénué de toute arrogance.

-Sortez de chez moi, acheva John, ou j'appelle les flics. Je m'occupe très bien de Sherlock, contrairement à vous, alors allez vous faire foutre et foutez le camp d'ici.

L'homme au parapluie sortit sans un mot et ferma la porte derrière-lui. Le médecin attendit que les bruits de pas ne s'éloignent pour inspirer profondément et se tourner vers Sherlock.

-Je t'avais dit de m'appeler s'il y avait un problème.

Le junkie avait l'air complètement ahuri.

-John, tu viens de mettre mon frère dehors ? articula-t-il.

-Oui, visiblement.

Sherlock éclata d'un rire sec et franc qui brisa les restes de la tension mêlée de rancœur qui flottait encore dans la pièce. Le médecin sourit en s'approchant de lui.

-Quoi, j'ai fait un truc si génial que ça ?

-Tu mériterais une médaille, John, lâcha-t-il en reprenant son souffle.

Ils se dévisagèrent un moment, silencieux, et Sherlock sut qu'il ne serait plus jamais seul.


Note :

Aussi, pour ceux qui ne l'auraient pas vu sur mon profil, Ashes to ashes a été traduite en anglais par TribalGirl. Inutile de préciser que je nage dans le bonheur.