JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Toujours pas d'ordi pour le moment. Merci encore à tous pour vos reviews, j'y répondrais dès que possible, promis juré.


Chapitre 19


Sherlock arracha d'un geste brusque le film plastique du paquet de Dunhill, l'ouvrit et en tira une cigarette qu'il glissa entre ses lèvres. Il fit claquer son Zippo et l'alluma, rejetant la tête en arrière avec un soupir de plaisir à peine contenu. La saveur amère du tabac lui fit passer la nausée et il posa le briquet sur la table de la cuisine en se tournant vers John, occupé à ranger les courses.

-Merci pour les clopes, souffla-t-il. Et le Times.

-Hm, de rien. Plus de crampes, de douleurs ?

Le médecin referma le placard et s'assit face à lui.

-Non.

-Ton frère était là depuis longtemps ?

La colère de John était passée et il avait maintenant des questions.

-Trop longtemps à mon goût.

-Sherlock, dit-il lentement.

-Qu'est-ce que tu veux savoir sur lui ?

-Pourquoi en sait-il autant pour moi ? Il travaille dans les services secrets ou quoi ?

-Oh, plus ou moins.

Le junkie recracha un peu de fumée, observant avec une esquisse de sourire amusé l'expression ahurie de John.

-Au gouvernement, en fait, précisa-t-il.

-Merde. Je lui ai vraiment dit d'aller se faire foutre ?

-Apparemment. Pourquoi en sait-il autant sur toi, hein ? Simplement à cause de moi. Il m'espionne depuis que je suis dans la rue, il me fait suivre – il croit qu'il va réussir à me faire revenir à la maison. Il a un complexe du pouvoir, ajouta-il.

-…Peut-être qu'il s'inquiète ? lança-t-il en haussant les épaules, tentant de retrouver la moindre trace d'humanité dans le souvenir des yeux froids de Mycroft.

Sherlock éclata d'un rire amer.

-Tu es si optimiste, John. Dis-toi que c'est un enfoiré et qu'il va s'immiscer dans ton existence, que tu le veuilles ou non. Tu n'arriveras pas à t'en débarrasser – je le sais, j'y échoue depuis des années.

Le médecin soupira et passa une main dans ses cheveux blonds. Sherlock tira distraitement sur sa cigarette.

-Maintenant qu'il m'a retrouvé, il ne va pas me lâcher, acheva-t-il avec mauvaise humeur. Oh, bon sang, je le hais.

John ne trouva rien à répondre à ça. Il y eut un bref silence, puis le junkie écrasa sa clope et arqua un sourcil.

-Où étais-tu, d'ailleurs ? Pas au centre, ça t'aurait pris plus de temps que ça.

-Au St. James Park. J'avais besoin de prendre un peu l'air.

Sherlock pencha légèrement la tête sur le côté dans une attitude purement enfantine, et John sourit en se disant qu'il n'en avait pas conscience.

-Rien te concernant. Ma sœur a des problèmes de cœur et je déteste quand elle garde tout pour elle. Je passerais la voir dans deux jours.

-…Si ça te concerne, ça me concerne aussi, dit-il lentement après un temps d'hésitation.

-Oh.

John se racla la gorge.

-Oui, c'est vrai. Sans doute. À ce propos, qu'est-ce que tu comptes faire quand le sevrage sera terminé ?

Sherlock haussa les épaules, l'air pas franchement à l'aise.

-J'en sais rien.

Le médecin laissa passer un silence, compta jusqu'à dix et soupira.

-Tu peux rester, si tu veux.

Sherlock fronça les sourcils et le considéra un instant. Il y avait une lueur inconnue dans ses yeux gris – de la reconnaissance, décida John.

-Merci, dit-il faiblement.

Il se leva, glissa le paquet de Dunhill dans la poche arrière de son jean.

-Six heures et demie, lut-il en jetant un coup d'œil à l'horloge murale. Bien, parfait. Prends ta veste, je t'invite à dîner, ajouta-t-il en disparaissant dans le couloir.

-Pardon ?

-C'est assez loin d'ici, il vaut mieux qu'on parte maintenant.

-Sherlock, c'est quoi ce délire ? lâcha John en le voyant revenir avec son trench.

-Quoi, tu n'as pas faim ?

Le junkie leva les yeux au ciel devant le manque de réaction du médecin.

-Je te dois bien ça, reprit-il.

-Oui, d'accord, mais depuis quand tu as de l'argent ?

Sherlock se tourna brièvement vers lui, la main sur la poignée de la porte.

-Oh, il se pourrait que le portefeuille de mon frère soit malencontreusement tombé de sa poche, dit-il avec un air innocent.

John esquissa un sourire.

-Tu es machiavélique.

-Il n'avait qu'à me laisser dormir. Et il est entré chez toi par effraction. A fouillé dans ton passé. Il méritait au moins ça.

-Oui, c'est évident, ajouta John.

Il se sentit sourire à nouveau et, jetant un coup d'œil à Sherlock qui enfouissait les mains dans les poches de son trench en descendant les escaliers, se demanda s'il pouvait finalement être heureux.


L'air était frais et humide et la lumière très pâle, étirant les ombres au fur et à mesure que la nuit tombait. John garda le silence pendant un moment, marchant près de Sherlock en jetant des coups de d'œil de temps à autre à l'expression impassible de son visage, parfois troublée par une vague de manque, d'agonie perpétuelle comme il avait avoué l'appeler. John trouvait que le nom sonnait bien.

Le médecin regardait les gens qui s'affairaient, ceux qui sortaient des boutiques ou discutaient sur le pas d'une porte. Les rues où le junkie l'entraînait étaient bien différentes de celles, plus sales et grises, qui entouraient le centre. Il ne sentait pas très à l'aise ici, au milieu de ces femmes en tailleur chic et de ces hommes en costume. Soupirant à cette idée, John leva les yeux vers Sherlock.

-Où est-ce que tu m'amènes, au juste ?

-Chez Angelo. On devrait bientôt y être, si ma mémoire est bonne.

Le médecin gloussa.

-Sérieusement ?

-Oui, dit-il prudemment en se tournant vers lui.

-J'y vais assez souvent, en fait. Je connais bien Angelo.

-Le monde est petit, finalement. Je n'y suis pas allé depuis trois ans, mais j'ai envie…

-De faire un pèlerinage ? proposa-t-il.

Sherlock leva les yeux au ciel.

-Bon sang, non. C'est juste que ça m'a manqué.

Il s'arrêta brusquement devant la façade colorée du restaurant, soupira doucement et jeta un coup d'œil à John.

-Après toi.

-Tu es si gêné que ça de revenir après des années de silence ?

Le junkie eut un haussement d'épaules que John interpréta comme un oui-maintenant-laisse-moi-tranquille-s'il-te-plait. Il poussa le battant de la porte, remarqua que la salle était presque déserte et vit Angelo lever les yeux vers lui. Il essuya ses mains sur son tablier et afficha un sourire chaleureux avant d'avancer vers le médecin.

-Bonsoir, doc. Vous avez l'air en forme.

-Merci, Angelo.

-Vous êtes venu seul ?

Sherlock ferma la porte dans son dos et adressa un sourire crispé à Angelo. Il le reconnut aussitôt – John songea distraitement qu'il devait être difficile d'oublier un type comme lui – et posa une main ferme sur son épaule, souriant plus grandement encore.

-Bon sang, Sherlock, ça fait une éternité !

-Trois ans, en fait, indiqua-t-il faiblement.

-Tu as maigri, dis-moi. Où étais-tu passé ?

Le junkie haussa les épaules avec dédain.

-Oh, un peu partout. On aimerait bien dîner, en fait.

Angelo eut un hochement de tête avant de désigner une table près de la fenêtre, légèrement à l'écart.

-Installez-vous, je reviens tout de suite, dit-il avant de disparaître dans la cuisine.

John retira sa veste et s'assit, observant Sherlock qui jetait son trench en travers de la banquette.

-S'il te demande comment on s'est rencontré, change de sujet. Ou invente quelque chose, peu importe.

Le médecin fronça les sourcils, légèrement indécis.

-Tu as honte ?

-Quoi ? demanda-t-il un peu sèchement en regardant par la fenêtre.

-D'avoir été un junkie.

Sherlock ne répondit pas, agacé.

-C'est bien, lâcha John après un silence.

-…Pardon ?

-C'est une bonne chose, que tu aies honte, précisa-t-il. Ça signifie que tu as des regrets, et plus tu en auras, moins tu auras de chances de replonger.

-Oh. D'accord.

John lui sourit et il se détendit un peu.

-Prends ce qu'il y a de plus cher, c'est mon frère qui offre, ajouta-t-il.

Le médecin s'exécuta en se souvenant des paroles cruelles de Mycroft au sujet de la gamine qui s'était suicidée dans les douches l'an dernier. Bien sûr que ses collègues lui faisaient confiance. Si ce n'était pas le cas, il aurait quitté le centre depuis longtemps – il fallait le meilleur environnement possible pour les patients.

Angelo leur apporta la carte mais ne posa aucune question. Sherlock parcourut rapidement la liste des plats, espérant que la nausée ne reviendrait pas, et John le détailla en silence, lui et son visage anguleux si particulier, ses yeux gris maintenant vifs et attentifs et ses boucles brunes qui retombaient sur son front. Il avait forcément perdu un peu de poids, encore, et le médecin se promit d'arranger ça.

Sherlock leva la tête et lui sourit brièvement, comme s'il avait lu dans ses pensés. John eut envie de se lever pour le serrer dans ses bras. Il y avait un monde entre le junkie cynique et désespéré qu'il avait rencontré dans un squat qui puait la pisse et ce type mystérieux qui semblait reprendre goût à la vie avec une rapidité affolante.

C'était tellement plus que ce que John avait espéré.

-Je suis content que tu ne partes pas, en fait, dit-il doucement.

L'ex-junkie arqua un sourcil, vaguement surpris.

-Ouais, moi aussi. Mais arrête de sourire comme ça, c'est gênant.


Il était tard dans la soirée quand ils rentrèrent.

Le dîner se passa dans un calme relatif, mais au moment de payer Sherlock fit une remarque sur un client qui arracha un fou rire à John. Plus tard, il se rappela qu'il avait bu plus de vin que d'habitude et se dit que ça avait sans doute joué, mais à ce moment-là il s'en foutait, il se sentait juste foutrement bien et tant pis si Angelo le regardait avec un mélange d'étonnement et d'amusement.

Sherlock resta impassible en brandissant la carte bleue de Mycroft, traitant mentalement son frère d'abruti pour ne pas avoir changer de code en trois ans. Néanmoins, en croisant le regard de John en sortant, il fut contaminé par un excès d'hilarité et ils ricanèrent comme des gosses jusqu'à l'appartement. Le médecin mit un moment à déverrouiller la porte.

Sherlock s'était appuyé contre la rambarde des escaliers pour reprendre son souffle, des larmes au coin des yeux. Il se sentait plus léger, légèrement stupide mais plus léger.

-Est-ce que ta sœur te ressemble ? dit-il d'une voix un peu rauque.

John haussa les épaules en entrant.

-Tu sais que tu es complètement hors sujet ?

L'ex-junkie gloussa.

-M'en fiche. Elle est blonde comme toi ?

-Non, brune. N'essaie pas d'imaginer une version féminine de moi, elle ne me ressemble pas du tout.

John retira sa veste, la jeta sur une chaise dans la cuisine et passa une main dans ses cheveux.

-Je vais me coucher, lâcha-t-il en réprimant un bâillement. Prends le canapé et fais comme chez toi.

Sherlock hocha vaguement la tête et sortit son paquet de Dunhill de la poche de son trench.

-Bonne nuit, John.

Le médecin acquiesça et disparut dans le couloir, laissant derrière-lui un silence pensant. L'ex-junkie coinça une cigarette entre ses lèvres, alla ouvrir la fenêtre et s'assit sur le rebord, resserrant les pans de son trench pour se protéger de l'air froid. Il fit claquer son briquet, son regard se perdant un instant dans la lueur orange de la flamme. La nuit allait être longue, très longue.


Note :

Non, je n'ai pas adapté la scène du premier épisode avec Angelo et les bougies pour faire plus romantique, c'est par choix. J'aurais pu, mais ça aurait été un peu facile.